29/09/2026
𝐐𝐔𝐀𝐍𝐃 𝐓𝐎𝐔𝐓𝐄 𝐔𝐍𝐄 𝐅𝐀𝐌𝐈𝐋𝐋𝐄 𝐒𝐄 𝐋𝐈𝐆𝐔𝐄 𝐂𝐎𝐍𝐓𝐑𝐄 𝐔𝐍𝐄 𝐒𝐄𝐔𝐋𝐄 𝐏𝐄𝐑𝐒𝐎𝐍𝐍𝐄, 𝐂𝐄𝐋𝐀 𝐍𝐄 𝐏𝐑𝐎𝐔𝐕𝐄 𝐏𝐀𝐒 𝐐𝐔’𝐄𝐋𝐋𝐄 𝐀 𝐓𝐎𝐑𝐓.
Mon histoire de vie m’a amenée à étudier 𝐥𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐦𝐩𝐨𝐫𝐭𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭𝐬 𝐡𝐮𝐦𝐚𝐢𝐧𝐬 𝐞𝐭 à 𝐦’𝐢𝐧𝐭𝐞𝐫𝐫𝐨𝐠𝐞𝐫 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐦𝐚𝐧𝐢è𝐫𝐞 𝐝𝐨𝐧𝐭 𝐜𝐞𝐫𝐭𝐚𝐢𝐧𝐬 𝐬𝐲𝐬𝐭è𝐦𝐞𝐬 𝐟𝐚𝐦𝐢𝐥𝐢𝐚𝐮𝐱 𝐩𝐚𝐫𝐯𝐢𝐞𝐧𝐧𝐞𝐧𝐭 à 𝐬𝐞 𝐦𝐚𝐢𝐧𝐭𝐞𝐧𝐢𝐫.
J’ai pu observer que lorsqu’une famille éclate, ses membres ne cherchent pas forcément la vérité. 𝐈𝐥𝐬 𝐜𝐡𝐞𝐫𝐜𝐡𝐞𝐧𝐭 𝐝’𝐚𝐛𝐨𝐫𝐝 à 𝐫𝐞𝐭𝐫𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐬é𝐜𝐮𝐫𝐢𝐭é, 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐜𝐨𝐡é𝐫𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐞𝐭 𝐮𝐧 𝐬𝐞𝐧𝐭𝐢𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐝’𝐚𝐩𝐩𝐚𝐫𝐭𝐞𝐧𝐚𝐧𝐜𝐞.
Entendre les deux versions obligerait chacun à douter, à 𝐩𝐞𝐧𝐬𝐞𝐫 𝐩𝐚𝐫 𝐥𝐮𝐢-𝐦ê𝐦𝐞 et parfois à 𝐫𝐞𝐜𝐨𝐧𝐧𝐚î𝐭𝐫𝐞 𝐬𝐚 𝐩𝐫𝐨𝐩𝐫𝐞 𝐫𝐞𝐬𝐩𝐨𝐧𝐬𝐚𝐛𝐢𝐥𝐢𝐭é. 𝐒𝐞 𝐫𝐚𝐧𝐠𝐞𝐫 𝐜𝐨𝐥𝐥𝐞𝐜𝐭𝐢𝐯𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐞𝐫𝐫𝐢è𝐫𝐞 𝐮𝐧𝐞 𝐬𝐞𝐮𝐥𝐞 𝐡𝐢𝐬𝐭𝐨𝐢𝐫𝐞 𝐜𝐨û𝐭𝐞 𝐛𝐞𝐚𝐮𝐜𝐨𝐮𝐩 𝐦𝐨𝐢𝐧𝐬 𝐜𝐡𝐞𝐫 𝐩𝐬𝐲𝐜𝐡𝐢𝐪𝐮𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭.
Plusieurs mécanismes peuvent alors se superposer.
𝐋𝐚 𝐩𝐞𝐮𝐫 𝐝𝐞 𝐥’𝐞𝐱𝐜𝐥𝐮𝐬𝐢𝐨𝐧 : l’être humain est profondément conditionné pour appartenir à un groupe. 𝐁𝐞𝐚𝐮𝐜𝐨𝐮𝐩 𝐩𝐫é𝐟è𝐫𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐨𝐧𝐜 𝐚𝐝𝐡é𝐫𝐞𝐫 𝐚𝐮 𝐜𝐥𝐚𝐧 𝐝𝐨𝐦𝐢𝐧𝐚𝐧𝐭 plutôt que de risquer de devenir la prochaine personne exclue.
𝐋𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐟𝐨𝐫𝐦𝐢𝐬𝐦𝐞 : lorsque plusieurs personnes répètent la même chose, les autres finissent facilement par penser que cette version doit être vraie. 𝐂𝐞𝐫𝐭𝐚𝐢𝐧𝐬 𝐟𝐨𝐧𝐭 é𝐠𝐚𝐥𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐬𝐞𝐦𝐛𝐥𝐚𝐧𝐭 𝐝’𝐲 𝐜𝐫𝐨𝐢𝐫𝐞 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐧𝐞 𝐩𝐚𝐬 𝐬𝐞 𝐫𝐞𝐭𝐫𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫 𝐬𝐞𝐮𝐥𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐭𝐨𝐮𝐬.
𝐋𝐞 𝐛𝐨𝐮𝐜 é𝐦𝐢𝐬𝐬𝐚𝐢𝐫𝐞 : une famille en tension peut concentrer sur une seule personne. tout ce qu’elle refuse de reconnaître en elle-même. Cette personne devient alors « le problème ». Tant que tout le monde regarde le bouc émissaire, 𝐩𝐞𝐫𝐬𝐨𝐧𝐧𝐞 𝐧’𝐚 𝐛𝐞𝐬𝐨𝐢𝐧 𝐝’𝐢𝐧𝐭𝐞𝐫𝐫𝐨𝐠𝐞𝐫 𝐥𝐞 𝐟𝐨𝐧𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧𝐧𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐜𝐨𝐥𝐥𝐞𝐜𝐭𝐢𝐟.
𝐋𝐚 𝐩𝐫é𝐬𝐞𝐫𝐯𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐮 𝐬𝐲𝐬𝐭è𝐦𝐞 : une famille cherche à maintenir son é𝐪𝐮𝐢𝐥𝐢𝐛𝐫𝐞, 𝐦ê𝐦𝐞 𝐥𝐨𝐫𝐬𝐪𝐮𝐞 𝐜𝐞𝐥𝐮𝐢-𝐜𝐢 𝐞𝐬𝐭 𝐝𝐲𝐬𝐟𝐨𝐧𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧𝐧𝐞𝐥. Celui qui révèle un secret, pose des limites, refuse de continuer à jouer son ancien rôle ou raconte une réalité dérangeante 𝐦𝐞𝐧𝐚𝐜𝐞 𝐜𝐞𝐭 é𝐪𝐮𝐢𝐥𝐢𝐛𝐫𝐞. Il peut alors être rejeté, non parce qu’il a tort, mais parce que ce qu’𝐢𝐥 𝐝𝐢𝐭 𝐨𝐛𝐥𝐢𝐠𝐞 𝐭𝐨𝐮𝐭 𝐥𝐞 𝐬𝐲𝐬𝐭è𝐦𝐞 à 𝐛𝐨𝐮𝐠𝐞𝐫.
𝐋𝐚 𝐝𝐢𝐬𝐬𝐨𝐧𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐜𝐨𝐠𝐧𝐢𝐭𝐢𝐯𝐞 : écouter la personne isolée pourrait obliger certains membres à admettre : « 𝘑’𝘢𝘪 𝘴𝘰𝘶𝘵𝘦𝘯𝘶 𝘲𝘶𝘦𝘭𝘲𝘶’𝘶𝘯 𝘲𝘶𝘪 𝘢 𝘮𝘦𝘯𝘵𝘪 », « 𝘑𝘦 𝘯’𝘢𝘪 𝘱𝘢𝘴 𝘱𝘳𝘰𝘵é𝘨é 𝘭𝘢 𝘣𝘰𝘯𝘯𝘦 𝘱𝘦𝘳𝘴𝘰𝘯𝘯𝘦 » 𝘰𝘶 « 𝘑’𝘢𝘪 𝘱𝘢𝘳𝘵𝘪𝘤𝘪𝘱é à 𝘴𝘰𝘯 𝘦𝘹𝘤𝘭𝘶𝘴𝘪𝘰𝘯 ». Pour éviter cette culpabilité, 𝐢𝐥𝐬 𝐫𝐞𝐧𝐟𝐨𝐫𝐜𝐞𝐧𝐭 𝐩𝐚𝐫𝐟𝐨𝐢𝐬 𝐝𝐚𝐯𝐚𝐧𝐭𝐚𝐠𝐞 𝐞𝐧𝐜𝐨𝐫𝐞 𝐥𝐚 𝐯𝐞𝐫𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐜𝐨𝐥𝐥𝐞𝐜𝐭𝐢𝐯𝐞.
𝐋𝐞 𝐫é𝐜𝐢𝐭 𝐝𝐨𝐦𝐢𝐧𝐚𝐧𝐭 : dans une famille, l𝐚 𝐩𝐞𝐫𝐬𝐨𝐧𝐧𝐞 𝐪𝐮𝐢 𝐩𝐚𝐫𝐥𝐞 𝐥𝐚 𝐩𝐫𝐞𝐦𝐢è𝐫𝐞, 𝐩𝐚𝐫𝐥𝐞 𝐥𝐞 𝐩𝐥𝐮𝐬 𝐟𝐨𝐫𝐭, 𝐩𝐨𝐬𝐬è𝐝𝐞 𝐮𝐧𝐞 𝐚𝐮𝐭𝐨𝐫𝐢𝐭é 𝐡𝐢𝐬𝐭𝐨𝐫𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐚𝐮 𝐬𝐞𝐢𝐧 𝐝𝐮 𝐜𝐥𝐚𝐧 ou entretient individuellement tous les liens peut imposer sa version avant même que l’autre ait pu parler.
Le clan transforme alors l’un en « 𝐛𝐨𝐧 » et l’autre en « 𝐦𝐚𝐮𝐯𝐚𝐢𝐬 ».
Pourtant, la personne laissée seule n’est pas nécessairement celle qui a tort. 𝐄𝐥𝐥𝐞 𝐞𝐬𝐭 𝐩𝐚𝐫𝐟𝐨𝐢𝐬 𝐬𝐢𝐦𝐩𝐥𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐜𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐝𝐨𝐧𝐭 𝐥’𝐞𝐱𝐜𝐥𝐮𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐩𝐞𝐫𝐦𝐞𝐭 𝐚𝐮𝐱 𝐚𝐮𝐭𝐫𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐢𝐧𝐮𝐞𝐫 à 𝐟𝐨𝐧𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧𝐧𝐞𝐫 𝐞𝐧𝐬𝐞𝐦𝐛𝐥𝐞.
En se rassemblant contre un seul individu, les membres de la famille é𝐯𝐢𝐭𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐞 𝐫𝐞𝐠𝐚𝐫𝐝𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐟𝐫𝐚𝐜𝐭𝐮𝐫𝐞𝐬 𝐪𝐮𝐢 𝐞𝐱𝐢𝐬𝐭𝐞𝐧𝐭 𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐞𝐮𝐱. Le rejet fabrique ainsi une 𝐮𝐧𝐢𝐭é 𝐚𝐫𝐭𝐢𝐟𝐢𝐜𝐢𝐞𝐥𝐥𝐞 et permet au système de préserver 𝐥’𝐢𝐥𝐥𝐮𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞 𝐬𝐨𝐧 é𝐪𝐮𝐢𝐥𝐢𝐛𝐫𝐞.
Lorsqu’un groupe refuse catégoriquement d’entendre la version de la personne exclue, 𝐜𝐞𝐥𝐚 𝐫é𝐯è𝐥𝐞 𝐝é𝐣à 𝐪𝐮𝐞𝐥𝐪𝐮𝐞 𝐜𝐡𝐨𝐬𝐞 𝐝𝐞 𝐬𝐨𝐧 𝐟𝐨𝐧𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧𝐧𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 : il ne cherche plus à comprendre, 𝐢𝐥 𝐜𝐡𝐞𝐫𝐜𝐡𝐞 à 𝐩𝐫𝐨𝐭é𝐠𝐞𝐫 𝐬𝐨𝐧 𝐫é𝐜𝐢𝐭.
Quand une famille éclate, elle ne se rassemble donc pas toujours autour de la vérité. Elle se rassemble souvent 𝐚𝐮𝐭𝐨𝐮𝐫 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐯𝐞𝐫𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐪𝐮𝐢 𝐦𝐞𝐧𝐚𝐜𝐞 𝐥𝐞 𝐦𝐨𝐢𝐧𝐬 𝐬𝐨𝐧 é𝐪𝐮𝐢𝐥𝐢𝐛𝐫𝐞.
Et celui qui oblige le système à se remettre en question 𝐝𝐞𝐯𝐢𝐞𝐧𝐭 𝐩𝐚𝐫𝐟𝐨𝐢𝐬 𝐩𝐥𝐮𝐬 𝐟𝐚𝐜𝐢𝐥𝐞 à 𝐞𝐱𝐜𝐥𝐮𝐫𝐞 𝐪𝐮’à 𝐞𝐧𝐭𝐞𝐧𝐝𝐫𝐞.
~ Aurélie Trément