04/09/2026
Mardi j'étais en bottes au milieu d'un champ, à vérifier une tranchée. Dimanche je tiendrai une salle où des gens tremblent, pleurent et bougent sans savoir pourquoi.
Les deux, c'est moi. Je n'ai jamais eu besoin de choisir.
Je suis maître d'œuvre en infrastructures. Je dessine des réseaux qui passeront sous terre et que personne ne verra jamais, je planifie les chantiers, et je vérifie que ce qui sort de terre correspond à ce qui était sur le plan. Une partie du temps au bureau, l'autre dehors, dans les champs ou dans une rue selon les chantiers.
On me montre une étude, on m'annonce un résultat, et mon travail est d'aller voir. Pas par méfiance. Parce que c'est comme ça qu'on évite que les choses lâchent trois ans plus t**d.
J'ai gardé ce réflexe en entrant dans ce milieu. Il m'a servi tout de suite.
Parce qu'on y entend beaucoup de choses. Des énergies qui circulent, des mémoires qui se libèrent, des plans de conscience. Certaines de ces phrases décrivent quelque chose de réel avec des mots anciens. D'autres ne décrivent rien du tout, et personne n'ose le dire.
Ça ne m'empêche pas de reconnaître ce que je ne comprends pas. Il se passe des choses en séance que je ne sais pas expliquer, et je le dis quand c'est le cas. La différence, c'est que je ne comble pas le trou avec une théorie qui sonne bien.
Je crois que beaucoup de gens se perdent là. On leur fait croire qu'il faut choisir entre être rationnel et être sensible. Que poser des questions bloque l'ouverture. Que ressentir des choses veut dire abandonner son esprit critique.
C'est faux, et c'est même l'inverse. Plus tu comprends comment ton corps fonctionne, moins tu as besoin de quelqu'un pour te l'interpréter.
Il y a aussi une raison beaucoup plus terre à terre de garder ce métier. Il me permet de ne pas dépendre du remplissage de mes séances pour vivre. Je peux annuler une date. Je peux dire non à quelqu'un. Je peux refuser de promettre un résultat pour vendre trois places de plus.
La structure économique d'un accompagnement change ce qu'on s'autorise à faire. Personne n'en parle jamais.