Yoann Fleurice, thérapeute, formateur

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J aime les jeux de mots 😉très utiles aussi parfois en thérapie !
21/08/2026

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03/08/2026

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26/07/2026
25/07/2026

L’insensibilité au vivant

Le feu comme symptôme de notre séparation

Joëlle Lanteri — Psychanalyste



« Il faut toujours ramener la vie à sa nécessité première de faim, de soif et de poésie. Le monde moderne détruit nos forces vitales, notre capacité à être attentif, rêveur, lent, amoureux, notre capacité à faire des gestes gratuits.

Les livres, l’écriture, la beauté, la poésie, certaines musiques peuvent nous ramener à nous-mêmes et donner des forces pour lutter contre l’éparpillement où nous nous trouvons avec une âme déchiquetée, partout sur la planète, lancée aux chiens.

La méditation, la beauté, la simplicité, le resserrement sur quelques phrases, sur un visage, sur la vie ordinaire, tout ça nous donne des forces pour résister. C’est le grand mot, c’est résister. »

Christian Bobin, France Inter, 2012

I. Le feu devant lequel nous ne savons plus nous arrêter

Des forêts brûlent.

Des chevaux fuient. Des oiseaux tombent. Des nids disparaissent. Des animaux meurent encerclés par les flammes. Des arbres centenaires s’effondrent dans un fracas que personne n’entend vraiment.

Nous regardons les images. Nous voyons les fumées, les routes évacuées, les maisons menacées, les avions survolant les massifs. Puis une autre information arrive. Une autre catastrophe prend la place de la précédente.

Ce n’est pas seulement la nature qui brûle.

C’est peut-être aussi notre capacité à être atteints par ce qui lui arrive.

Les incendies témoignent du dérèglement climatique. Mais ils révèlent également un dérèglement de notre sensibilité. Ils montrent ce qui se produit lorsque le vivant cesse d’être éprouvé comme une présence et devient un décor, une ressource, une réserve, un espace de loisir ou une surface disponible.

La forêt ne nous apparaît plus comme un monde peuplé. Nous disons qu’un nombre d’hectares a brûlé. Nous mesurons des surfaces, des températures, des coûts et des pertes économiques.

Mais que mesurons-nous de la terreur d’un cheval lancé au galop devant les flammes ?

Que savons-nous de l’affolement d’une biche séparée de son petit ?

Que savons-nous de la lente agonie d’un arbre, incapable de courir, de fuir ou d’appeler ?

Le chiffre informe.

Il ne suffit pas toujours à rendre sensible.

II. Quand le vivant devient un arrière-plan

Nous avons progressivement relégué le vivant à l’arrière-plan de nos existences.

La nature est encore admirée, photographiée, visitée. Nous voulons une maison près des arbres, une vue sur la mer, un jardin agréable, un sentier où marcher. Mais cette beauté demeure souvent pensée à partir de notre propre confort.

Nous aimons la nature à condition qu’elle se tienne à sa place.

L’arbre ne doit pas soulever le goudron.

L’animal ne doit pas traverser la route.

L’insecte ne doit pas entrer dans la maison.

La pluie ne doit pas contrarier les vacances.

La rivière ne doit pas déborder.

La forêt ne doit pas brûler près de nos habitations.

Le vivant est toléré tant qu’il ne rappelle pas qu’il possède ses rythmes, ses besoins, ses dangers, ses lenteurs et ses lois propres.

Nous nous sommes installés dans le monde comme si tout devait répondre à nos usages. Cette position ne relève pas seulement de l’économie ou de la technique. Elle révèle une organisation psychique dans laquelle l’autre vivant n’existe plus véritablement comme autre.

Il est là pour nous.

III. La destruction de l’attention

Christian Bobin désigne avec une grande précision ce que le monde moderne attaque : notre capacité à être attentifs, rêveurs, lents, amoureux, capables de gestes gratuits.

L’attention n’est pas seulement une faculté intellectuelle. Elle est une disposition affective.

Être attentif, c’est accepter qu’une réalité extérieure interrompe notre mouvement, déplace notre regard et nous impose sa présence.

L’attention suppose que le monde ne soit pas entièrement soumis à notre programme.

Or nos sociétés sollicitent sans cesse notre réaction tout en détruisant notre capacité de présence. Nous sommes continuellement alertés, mais rarement véritablement touchés. Les images se succèdent trop vite pour devenir des expériences.

Nous voyons tout, mais nous ne rencontrons presque plus rien.

L’incendie devient une séquence spectaculaire. La forêt embrasée est saisissante, presque cinématographique. Les chevaux courant devant un mur de flammes nous bouleversent quelques secondes, puis leur fuite est recouverte par le flux.

La répétition du désastre ne produit pas nécessairement davantage de conscience. Elle peut engendrer une défense : pour ne pas être submergé, le sujet réduit ce qu’il voit à une information parmi d’autres.

Il sait.

Mais il ne sent plus.

IV. L’anesthésie comme protection psychique

Cette perte de sensibilité ne relève pas toujours d’une indifférence morale. Elle peut constituer une protection contre une douleur devenue trop grande.

Reconnaître pleinement ce qui arrive au vivant obligerait à éprouver la perte, la culpabilité, l’impuissance et l’angoisse. Il faudrait admettre que certaines destructions sont irréversibles, que des espèces disparaissent, que des paysages familiers ne reviendront pas et que l’avenir ne garantit plus la continuité du monde que nous avons connu.

Devant cette réalité, plusieurs défenses sont possibles.

Le déni affirme que rien n’est réellement grave.

La banalisation soutient que les incendies ont toujours existé.

L’intellectualisation accumule les données sans laisser paraître l’émotion.

Le cynisme transforme l’angoisse en dérision.

L’agitation pousse à passer immédiatement à autre chose.

L’omnipotence promet qu’une innovation future réparera tout, sans que nous ayons à modifier notre rapport au monde.

Ces défenses protègent momentanément contre l’effondrement. Mais elles peuvent aussi aggraver notre séparation d’avec le vivant.

À force de ne pas souffrir avec ce qui disparaît, nous finissons par ne plus savoir ce qui mérite d’être sauvé.

V. Des pertes sans sépulture

Pour qu’un deuil puisse commencer, encore faut-il que la perte soit reconnue.

Or les pertes écologiques restent souvent sans sépulture, sans rituel et sans récit commun.

Qui pleure une forêt disparue ?

Qui nomme les animaux morts dans un incendie ?

Qui marque la disparition d’une source, d’une haie, d’un insecte, d’une espèce d’oiseau ou d’un sol devenu stérile ?

Le deuil humain s’organise autour d’un corps, d’un nom et d’une histoire. Le vivant non humain disparaît souvent dans l’anonymat. Sa mort est dissoute dans des catégories générales : biodiversité, hectares, faune, végétation.

L’absence de rites ne signifie pas l’absence de douleur. Elle peut au contraire laisser se déposer une inquiétude diffuse, une mélancolie sans objet clairement reconnu.

Beaucoup éprouvent une tristesse devant l’état du monde sans pouvoir en identifier précisément la source. Ils sont affectés par des pertes qu’aucune culture commune ne les autorise véritablement à pleurer.

Le chagrin écologique devient alors une douleur sans adresse.

VI. L’animal qui fuit nous regarde

L’image des chevaux courant devant une forêt en flammes est particulièrement saisissante.

Le cheval est puissance, élan, souffle et sensibilité. Il perçoit avant nous les vibrations, les odeurs et les transformations de l’air.

Dans l’incendie, cette puissance devient fuite.

Le galop n’est plus liberté, mais tentative de survie.

Quelque chose se renverse.

L’animal que l’être humain a domestiqué, monté, utilisé et admiré se trouve chassé par un désastre auquel les activités humaines ne sont pas étrangères. Son corps lancé hors des flammes nous montre brutalement ce que nous préférons ne pas voir : le vivant paie physiquement les conséquences de nos modes d’existence.

L’animal ne dispose d’aucun discours pour expliquer la catastrophe. Son corps parle pour lui. Ses muscles tendus, ses naseaux ouverts et son regard agrandi par la peur donnent une forme visible à ce que nous avons désappris à éprouver.

Il ne fuit pas une idée.

Il fuit le feu.

Devant lui, aucune abstraction ne tient longtemps.

VII. Sanctuariser n’est pas abandonner

Il faut cependant interroger une représentation devenue presque intouchable : celle selon laquelle protéger une forêt consisterait toujours à ne plus y intervenir.

Certaines forêts anciennes, certains habitats rares et certaines zones de régénération doivent évidemment être strictement protégés. Il existe des territoires où l’absence d’exploitation humaine est indispensable à la biodiversité.

Mais toutes les forêts ne relèvent pas de la même histoire, du même climat ni du même régime de feu.

Dans plusieurs territoires méditerranéens, la déprise agricole, l’abandon du pâturage et la fermeture progressive des paysages ont favorisé l’embroussaillement et la continuité de la végétation combustible.

Lorsque les friches, les arbustes et les sous-bois se rejoignent sans interruption sur de vastes surfaces, le feu trouve devant lui un chemin continu.

Une forêt laissée totalement à elle-même n’est donc pas toujours une forêt sauvée.

Elle peut devenir, dans certains contextes, une masse végétale continue, sèche, inaccessible et inflammable : une véritable bombe à ret**dement lorsque surviennent la sécheresse, le vent et l’étincelle.

L’insensibilité au vivant peut paradoxalement prendre deux formes opposées.

La première consiste à exploiter la forêt jusqu’à l’épuiser.

La seconde consiste à l’idéaliser de loin, puis à la délaisser, comme si toute présence humaine constituait nécessairement une profanation.

Dans les deux cas, il n’y a plus de relation.

D’un côté, l’emprise.

De l’autre, l’abandon.

Entre les deux pourrait exister une troisième voie : prendre soin.

VIII. De la forêt sanctuaire à la forêt habitée

Habiter une forêt ne signifie pas nécessairement la coloniser.

Il ne s’agit pas de multiplier les lotissements, les routes et les villas isolées sous les pins. Les activités humaines peuvent elles-mêmes augmenter les risques de départ de feu. Les habitations dispersées compliquent également la protection, l’évacuation et le travail des secours.

Il ne s’agirait donc pas de distribuer la forêt en parcelles constructibles.

Habiter autrement pourrait signifier restaurer des hameaux déjà existants, réinvestir des terres abandonnées, maintenir des clairières cultivées, rouvrir des chemins, entretenir les points d’eau, faire revenir des troupeaux et créer des activités compatibles avec la préservation des sols et des espèces.

Il serait possible d’imaginer des terres confiées à des projets partagés :

des jardins nourriciers ;

des vergers collectifs ;

des cultures sobres en eau ;

des pépinières d’essences locales ;

des pâturages entretenus par des chèvres ou des moutons ;

des ateliers de transformation du bois issu des éclaircies nécessaires ;

des lieux de transmission des savoirs forestiers ;

des habitats collectifs installés dans des espaces déjà occupés ou anciennement cultivés ;

des réserves de biodiversité reliées entre elles par des corridors protégés.

La présence humaine ne serait plus une prise de possession, mais une responsabilité.

Il ne s’agirait plus de dire : « Cette terre m’appartient. »

Il faudrait pouvoir dire : « Cette terre m’est confiée. »

IX. Créer des paysages en mosaïque

Les grands incendies trouvent leur puissance dans la continuité.

Lorsque des kilomètres de végétation homogène et sèche se succèdent sans cultures, sans pâturages, sans clairières ni coupures entretenues, le feu peut se propager avec une extrême violence.

Une agriculture adaptée, l’agroforesterie, le sylvopastoralisme, les vergers, les prairies et les espaces ouverts peuvent créer des paysages en mosaïque.

Ces discontinuités ne suppriment pas tous les incendies, mais elles peuvent ralentir leur progression, diminuer localement leur intensité et faciliter l’intervention des secours.

Le paysan, le berger, le forestier, le naturaliste, l’habitant et le pompier ne devraient plus être pensés comme des adversaires.

Ils sont les gardiens possibles d’un même territoire, à condition que les places, les usages et les limites soient clairement organisés.

La forêt ne doit devenir ni un musée immobile ni une marchandise sans fin.

Elle peut redevenir un milieu relié à des présences humaines qui connaissent ses rythmes, ses fragilités, ses ressources et ses dangers.

X. Une responsabilité partagée plutôt qu’une appropriation

Donner des terres à des projets partagés ne devrait pas signifier les livrer à l’initiative privée sans contrôle.

La fragmentation foncière, les installations anarchiques et les constructions isolées pourraient aggraver le problème que l’on prétend résoudre.

Il faudrait au contraire penser des formes de propriété ou d’usage dans lesquelles la terre ne serait pas immédiatement transformée en marchandise : communes forestières, coopératives, associations foncières, fermes collectives, conventions de pâturage, obligations d’entretien et projets intergénérationnels.

Les projets devraient être évalués à partir de plusieurs questions :

Que protègent-ils ?

Que cultivent-ils ?

Quelle eau consomment-ils ?

Quels sols préservent-ils ?

Quel combustible retirent-ils ?

Quels animaux peuvent-ils accueillir ?

Quelle continuité écologique maintiennent-ils ?

Quelle responsabilité assument-ils en période de sécheresse et de risque d’incendie ?

Il ne s’agit donc pas simplement de remettre des humains dans la forêt.

Il s’agit de reconstruire une culture du soin.

XI. La forêt comme monde psychique extérieur

La psychanalyse nous a appris que le sujet ne vit pas seulement dans la réalité extérieure. Il habite un monde interne peuplé de traces, de visages, de voix, de peurs, de désirs et d’objets aimés.

Mais peut-être avons-nous parfois oublié que ce monde interne a besoin d’un monde extérieur vivant pour se constituer, se soutenir et se renouveler.

L’arbre, l’animal, la saison, la lumière, la pluie, le vent, la mer et la montagne ne sont pas de simples décors.

Ils participent à notre vie psychique.

Ils offrent des formes, des rythmes, des métaphores, des abris et des limites. Ils enseignent la croissance, la patience, la transformation, la vulnérabilité et la mort.

La destruction de la nature atteint donc aussi notre appareil de représentation.

Que deviendra l’imaginaire d’un enfant qui ne connaît les animaux sauvages qu’à travers des écrans ?

Que signifie le printemps lorsque les saisons ne structurent plus le temps ?

Que devient notre capacité à penser la durée lorsque tout est soumis à l’immédiateté, au rendement et au remplacement ?

Une forêt ancienne porte une temporalité qui excède la vie humaine. Elle rappelle au sujet qu’il n’est ni le commencement ni la fin du monde.

La détruire, c’est aussi attaquer cette limite symbolique.

Mais abandonner toute transmission des savoirs permettant de l’entretenir, de la traverser et de vivre auprès d’elle constitue une autre forme de rupture.

XII. Sortir de l’illusion de séparation

Nous nous comportons comme si la nature était située devant nous, autour de nous, à notre disposition, mais séparée de nous.

Cette séparation est une fiction.

Nous respirons grâce à des équilibres que nous n’avons pas créés. Nous dépendons de l’eau, des sols, des végétaux, des insectes, des cycles climatiques et d’innombrables formes de vie dont nous ignorons jusqu’au nom.

La faim et la soif auxquelles Bobin ramène la vie ne sont pas des métaphores lointaines. Elles rappellent notre appartenance corporelle au monde.

Nous sommes des êtres de besoin avant d’être des êtres de maîtrise.

La modernité cherche pourtant à nous faire croire que toute dépendance pourrait être supprimée. Elle promet un sujet autonome, rapide, connecté, assuré d’une disponibilité permanente des objets.

Mais cette autonomie apparente repose sur un immense réseau de dépendances rendues invisibles.

Nous ne voyons plus ce qui nous nourrit.

Nous ne savons plus d’où vient l’eau.

Nous ne savons plus quels vivants rendent possible la fertilité d’un sol.

Cette ignorance nourrit l’illusion que le monde pourrait continuer à nous servir même après avoir été dévasté.

XIII. Retrouver la capacité d’être atteint

Résister commence peut-être par retrouver la capacité d’être atteint.

Non pas être continuellement submergé par la culpabilité ou la peur, mais consentir à ce que le vivant compte psychiquement.

Accepter qu’un arbre abattu, un animal brûlé, une rivière polluée ou un paysage détruit ne soient pas des événements totalement extérieurs à nous.

La sensibilité n’est pas une faiblesse.

Elle est ce qui permet de discerner la valeur avant qu’elle ne soit convertie en prix.

Ce que nous ne sentons plus, nous ne le protégeons plus.

Mais protéger suppose aussi d’agir.

Il ne suffit pas d’aimer abstraitement la forêt. Il faut débroussailler, surveiller, cultiver, entretenir, rouvrir des passages, préserver l’eau, soutenir les bergers, transmettre les connaissances et créer des solidarités territoriales.

Prendre soin du vivant n’est pas le contempler de loin.

C’est accepter d’en devenir responsable.

XIV. La poésie comme acte de résistance

Bobin associe la faim, la soif et la poésie.

Il ne place pas la poésie après les besoins essentiels, comme un luxe accordé à ceux qui seraient déjà rassasiés. Il la situe au même niveau de nécessité.

Car la poésie restaure ce que le langage utilitaire détruit.

Elle rend un nom à ce qui était devenu une catégorie.

Elle redonne une présence à ce qui était réduit à une donnée.

Elle permet qu’un cheval ne soit plus seulement un animal évacué d’une zone d’incendie, mais un corps vivant, affolé, cherchant une issue dans un monde devenu irrespirable.

La poésie ne nie pas la catastrophe.

Elle empêche qu’elle devienne banale.

Écrire, lire, regarder, écouter et contempler ne sont pas des retraits hors du monde lorsqu’ils nous rendent plus disponibles à ce qui existe.

Ils peuvent être des gestes de réanimation psychique.

La beauté ne nous détourne pas nécessairement du réel.

Elle peut nous rendre la force de ne pas l’abandonner.

XV. Les gestes gratuits contre le règne de l’utilité

Le geste gratuit dont parle Bobin est un geste qui ne cherche pas immédiatement son rendement.

Planter un arbre dont nous ne connaîtrons pas l’ombre.

Déposer de l’eau pour un animal.

Protéger un espace sans en tirer profit.

Regarder un insecte sans l’écraser.

Marcher sans produire.

S’arrêter devant un paysage sans immédiatement le photographier.

Écouter un enfant parler de la peur qu’il éprouve pour les animaux ou pour la planète sans réduire cette peur à une fragilité personnelle.

Participer à l’entretien d’une terre qui ne nous appartient pas.

Ces gestes restaurent une relation au monde qui n’est pas fondée sur l’appropriation.

Ils rappellent que toute présence n’a pas à justifier son existence par son utilité pour l’être humain.

Le vivant n’a pas à mériter de vivre.

XVI. Ne pas détourner les yeux

Les chevaux fuient devant la forêt en flammes.

Nous pourrions considérer cette image comme une scène de plus dans l’immense archive des catastrophes.

Nous pouvons aussi décider de ne pas détourner immédiatement les yeux.

Derrière eux brûle plus qu’un paysage.

Brûle une certaine manière d’habiter la terre.

Brûle l’illusion que le vivant pourrait indéfiniment absorber nos excès.

Brûle notre croyance en un monde toujours disponible, toujours réparable, toujours recommençable.

Mais dans la course des chevaux demeure aussi une force. Ils cherchent une issue. Ils portent dans leur fuite l’obstination du vivant à continuer.

Peut-être nous appartient-il encore de courir non pas devant eux, comme les maîtres du monde, ni derrière eux, trop t**d, mais à leurs côtés.

Assez proches pour entendre leur peur.

Assez sensibles pour reconnaître leur droit à l’existence.

Assez responsables pour entretenir les territoires dont nous dépendons.

Assez inventifs pour créer des formes d’habitation qui ne soient ni l’abandon de la terre ni sa conquête.

Résister, aujourd’hui, c’est peut-être cela.

Rendre au vivant sa présence.

Rendre à la forêt ses gardiens.

Rendre aux habitants une responsabilité.

Rendre à notre regard sa lenteur.

Rendre à notre âme la capacité d’être bouleversée.

Et protéger ce qui brûle avant qu’il ne soit plus possible que d’en écrire le deuil.

Joëlle Lanteri —
Psychanalyste

19/07/2026

L’amour confondu avec la possession
Quand le désir de la femme devient une menace

Joëlle Lanteri — Psychanalyste

Dans le cabinet, certaines femmes ne racontent pas immédiatement les coups. Elles parlent d’abord de leur fatigue, de leur confusion, de cette impression de devoir surveiller chacun de leurs gestes.

Elles disent qu’elles ne peuvent plus sortir sans se justifier, téléphoner sans être interrogées, sourire à quelqu’un sans provoquer un soupçon.

Elles ont peu à peu renoncé à des amis, à un travail, à une manière de s’habiller, parfois même à une façon de penser. Elles ont appris à anticiper l’humeur de l’homme avec lequel elles vivent. Elles savent reconnaître le bruit d’une clé dans la serrure, la façon dont une porte se referme, le silence qui précède l’accusation.

Elles ne disent pas encore :

« Je suis en danger. »

Elles disent :

« Il est jaloux parce qu’il m’aime. »

« Il a peur de me perdre. »

« Il a beaucoup souffert dans son enfance. »

« Quand il est calme, il est merveilleux. »

« Je ne voudrais pas le détruire en partant. »

C’est souvent ainsi que commence le travail clinique : rendre à une femme la perception du danger que la relation lui a demandé de désavouer.

Certaines femmes ne peuvent désirer ailleurs sans s’exposer à la violence. Elles ne peuvent vouloir autre chose, regarder ailleurs, prendre de la distance, retrouver une amie, reprendre un travail ou simplement demander à rester seules sans que leur mouvement soit vécu comme une trahison.

Leur désir d’exister devient, pour l’homme qui prétend les aimer, une menace.

Partir ne signifie alors plus seulement mettre fin à une relation. Partir revient à transgresser une loi tacite : celle qui faisait de la femme une propriété, un territoire, une extension narcissique de l’homme.

La femme qui tente de sauver sa vie découvre parfois qu’elle risque précisément de la perdre au moment où elle cherche à la reprendre.

I. L’amour confondu avec la possession

Ce qu’un homme appelle amour peut parfois être une organisation de possession.

« Je ne peux pas vivre sans elle » semble être une déclaration passionnée. Mais cette phrase peut aussi révéler l’impossibilité de reconnaître l’autre comme un être séparé.

L’homme ne dit pas seulement qu’il aime cette femme. Il dit qu’elle lui est nécessaire pour maintenir son équilibre, son identité, sa continuité psychique. Elle doit le rassurer, réparer ses blessures, contenir ses angoisses, confirmer sa valeur et demeurer disponible.

La femme devient alors moins une compagne qu’une fonction.

Elle doit être là.

Elle doit répondre.

Elle doit comprendre.

Elle doit pardonner.

Elle doit empêcher l’homme de s’effondrer.

Son absence est vécue comme un abandon. Son silence devient une provocation. Son désir propre est interprété comme une attaque.

Il ne lui est plus reconnu le droit d’exister en dehors de la relation.

La confusion entre amour et possession s’installe lorsque l’homme ne peut supporter que la femme soit autre que ce qu’il attend d’elle. Il ne l’aime pas seulement pour ce qu’elle est : il a besoin qu’elle reste conforme à l’objet intérieur dont il dépend.

Il ne lui demande pas seulement de partager sa vie. Il lui demande de garantir qu’il ne sera jamais quitté, jamais confronté à son manque, jamais renvoyé à sa solitude.

La jalousie devient alors un système de surveillance.

Les questions ne cherchent pas véritablement des réponses. Elles cherchent à maintenir la femme sous contrôle.

Où étais-tu ?

Avec qui as-tu parlé ?

Pourquoi as-tu souri ?

Pourquoi as-tu mis cette robe ?

Pourquoi n’as-tu pas répondu immédiatement ?

Pourquoi as-tu besoin de sortir sans moi ?

La femme est sommée de produire les preuves permanentes de son innocence. Mais aucune preuve ne suffit, car le soupçon ne repose pas sur ce qu’elle fait. Il provient de l’impossibilité de l’homme à supporter qu’elle possède une vie psychique qui lui échappe.

Même fidèle, elle est accusée de pouvoir ne plus l’être.

Même présente, elle est soupçonnée de vouloir partir.

Même silencieuse, elle est interrogée sur ce qu’elle pourrait penser.

Le contrôle devient ainsi une tentative de colonisation de l’intériorité de la femme.

L’homme veut savoir non seulement ce qu’elle fait, mais ce qu’elle désire. Il voudrait empêcher le désir avant même qu’il ne se forme.

Dans cette organisation, l’amour ne repose plus sur la rencontre de deux sujets. Il devient l’exigence que l’un renonce à son altérité afin de garantir la sécurité narcissique de l’autre.

La femme peut longtemps interpréter cette emprise comme la preuve d’un attachement exceptionnel. Elle peut se sentir irremplaçable, nécessaire, investie d’une mission réparatrice.

Elle pense :

« Il a besoin de moi. »

Mais cette nécessité devient progressivement une prison.

Parce qu’elle est devenue indispensable, elle ne peut plus s’absenter.

Parce qu’elle est censée le sauver, elle ne peut plus se sauver elle-même.

Parce qu’elle connaît ses blessures, elle croit devoir excuser ce qu’il lui fait subir.

La compréhension psychologique se retourne alors contre elle. Elle utilise son intelligence et son empathie pour expliquer la violence plutôt que pour s’en protéger.

Elle sait qu’il a été abandonné.

Elle sait qu’il a été humilié.

Elle sait qu’il a peur.

Mais comprendre l’histoire d’un homme ne signifie pas consentir à devenir le lieu où il la répète.

Une enfance blessée n’accorde aucun droit sur le corps, les déplacements ou la pensée d’une femme.

L’amour ne peut être la confiscation de la liberté de l’autre.

Il suppose au contraire de supporter qu’il existe en dehors de soi, qu’il pense autrement, qu’il puisse s’éloigner et qu’il ne soit jamais entièrement possédé.

II. La femme qui part devient une femme persécutrice

Lorsque la femme tente de se dégager, un renversement peut se produire.

Elle n’est plus perçue comme celle qui cherche à échapper à la violence. Elle devient, dans le discours de l’homme, celle qui détruit.

Il dira qu’elle abandonne la famille, qu’elle brise le foyer, qu’elle lui enlève ses enfants, qu’elle le pousse au désespoir. Il pourra menacer de se tuer et lui faire porter la responsabilité de sa mort éventuelle.

La femme qui part devient alors une femme persécutrice.

Son geste de survie est transformé en acte de cruauté.

L’homme ne dit pas :

« Elle ne supporte plus ma violence. »

Il dit :

« Elle me fait du mal. »

Il ne dit pas :

« Elle a peur de moi. »

Il dit :

« Elle veut me détruire. »

Il ne reconnaît pas la séparation comme une conséquence de ses actes. Il la vit comme une agression incompréhensible.

Ce renversement est particulièrement dangereux, car il permet à l’homme de se vivre comme une victime au moment même où il menace.

Il ne pense plus exercer une violence. Il pense répondre à celle qu’il attribue à la femme.

Elle devient coupable de son effondrement, de sa colère et de ce qu’il pourrait lui faire.

La phrase « Regarde ce que tu m’obliges à faire » résume cette expulsion de la responsabilité.

La violence est attribuée à celle qui la subit.

Dans le cabinet, cette construction apparaît souvent dans les paroles mêmes de la femme :

« Je n’aurais peut-être pas dû lui annoncer que je partais de cette façon. »

« J’aurais dû attendre qu’il aille mieux. »

« J’ai été dure avec lui. »

« Je savais qu’il ne supporterait pas. »

Elle cherche dans son propre comportement la cause d’une violence qui appartient à celui qui l’exerce.

Cette culpabilité est l’une des attaches les plus puissantes de l’emprise. Elle peut la pousser à retourner auprès de l’homme afin de l’apaiser, de vérifier qu’il est vivant, de retirer une plainte ou de reprendre une relation qu’elle venait pourtant de quitter.

Elle croit encore qu’en trouvant les bons mots, le bon moment ou la bonne distance, elle pourra éviter l’explosion.

Mais aucune formulation parfaite ne peut protéger une femme d’un homme qui ne reconnaît pas son droit de partir.

La séparation ne crée pas la violence. Elle révèle la violence contenue dans le refus de la séparation.

Il est essentiel que la femme puisse retrouver une phrase intérieure suffisamment ferme :

Je ne suis pas responsable de la violence que mon départ révèle.

Elle est responsable de la manière dont elle agit, de ses paroles et de ses décisions.

Elle n’est pas responsable de ce que l’homme choisit de faire de sa frustration.

III. Détruire ce qui échappe

Dans le féminicide, la logique de possession atteint son point ultime.

Lorsque la femme ne peut plus être possédée, elle doit parfois être détruite.

Le meurtre ne surgit pas nécessairement d’un excès d’amour. Il révèle l’impossibilité radicale de reconnaître la femme comme sujet séparé.

« Si tu n’es plus à moi, tu ne seras à personne » n’est pas une déclaration passionnelle. C’est la formule d’une appropriation absolue.

La femme est traitée comme un objet dont le propriétaire prétend décider de l’existence.

Tant qu’elle reste, elle peut être surveillée, humiliée ou violentée. Lorsqu’elle part, elle échappe au dispositif. Elle redevient une personne capable de choisir.

C’est précisément ce retour à la subjectivité qui peut déclencher la rage.

Elle ne lui appartient plus.

Elle ose vivre sans lui.

Elle pourrait être heureuse ailleurs.

Elle pourrait parler.

Elle pourrait raconter ce qu’elle a subi.

Elle pourrait aimer de nouveau.

Pour l’homme enfermé dans une logique de possession, cette possibilité est parfois vécue comme une annihilation narcissique. Il ne se représente pas la séparation comme la fin douloureuse d’un lien. Il la vit comme sa propre disparition.

Il cherche alors à supprimer celle qui lui rappelle qu’il ne peut pas tout maîtriser.

Le passage à l’acte tente d’abolir la réalité insupportable de l’autre : son indépendance, son désir et sa liberté.

Le corps de la femme devient le lieu sur lequel l’homme veut rétablir une maîtrise perdue.

Le meurtre constitue alors la forme la plus extrême du contrôle : immobiliser définitivement celle qui avait commencé à reprendre sa vie.

La tuer pour l’empêcher de partir.

La réduire au silence parce qu’elle avait commencé à parler.

La rendre absente parce qu’elle était redevenue trop présente à elle-même.

Le féminicide n’est donc pas seulement un crime commis dans l’intimité. Il est aussi l’expression d’un ordre archaïque dans lequel certains hommes continuent de considérer que le désir féminin doit rester sous leur autorité.

La femme qui choisit, qui refuse ou qui quitte transgresse cet ordre.

Elle devient dangereuse parce qu’elle démontre qu’elle n’est la propriété de personne.

IV. La maison transformée en piège

Le domicile est souvent présenté comme le lieu de la sécurité. Pourtant, pour certaines femmes, il devient le lieu le plus dangereux.

Les murs protègent l’agresseur du regard extérieur. Les violences peuvent se déployer derrière une façade ordinaire : une maison entretenue, des enfants scolarisés, un couple qui paraît fonctionner.

La femme apprend à dissimuler.

Elle maquille une blessure.

Elle invente une chute.

Elle annule un rendez-vous.

Elle parle moins fort au téléphone.

Elle évite de recevoir des amis.

La maison se referme progressivement autour d’elle.

Ce qui fut construit comme un foyer devient un dispositif d’isolement.

L’homme peut alterner violence et réparation. Après l’explosion viennent les excuses, les fleurs, les promesses, les larmes. Il jure qu’il va changer. Il redevient, pour quelques jours, celui qu’elle avait aimé.

Cette alternance entretient l’espoir et désorganise la perception.

La femme ne vit pas avec un homme constamment violent. Elle vit avec un homme qui peut être tendre, vulnérable et bouleversé après l’avoir terrorisée.

Elle reste attachée à la possibilité du retour de l’homme aimant.

Elle pense parfois que le véritable homme est celui qui demande pardon, tandis que l’homme violent ne serait qu’une version accidentelle de lui-même.

Mais les excuses sans transformation participent du cycle de la violence.

La promesse répare momentanément le lien sans supprimer le danger.

La femme se trouve ainsi enfermée entre la mémoire de la tendresse et l’anticipation de la prochaine explosion.

Partir suppose alors de renoncer non seulement à l’homme violent, mais aussi à l’homme qu’elle espérait retrouver.

Elle doit faire le deuil d’un avenir promis.

C’est pourquoi la séparation n’est jamais un geste simple.

Elle peut aimer encore celui qu’elle doit quitter.

Elle peut souffrir de son absence tout en sachant que sa présence la met en danger.

Elle peut vouloir partir et revenir.

Ces mouvements contradictoires ne prouvent pas qu’elle consent à la violence. Ils témoignent de la profondeur du lien, de la peur, de la dépendance et du travail psychique nécessaire pour se dégager.

V. Partir n’est pas abandonner

L’emprise commence souvent par une réduction du mouvement : ne plus sortir, ne plus voir, ne plus parler, ne plus choisir.

La femme apprend à s’immobiliser pour ne pas déclencher la violence.

Elle réduit ses gestes, ses désirs, son corps et sa voix.

Partir signifie alors retrouver ce qui avait été interdit : la capacité de décider de ses déplacements et de son existence.

Elle ne part pas parce qu’elle est faible.

Elle part parce qu’elle a compris que rester pouvait la détruire.

La fuite n’est pas une lâcheté. Elle est parfois l’acte le plus courageux et le plus lucide qui soit.

Mais ce départ nécessite des relais. Une femme isolée ne devrait pas avoir à organiser seule sa protection, celle de ses enfants, son hébergement, ses démarches et sa reconstruction psychique.

Il faut des proches qui croient sa parole.

Des professionnels qui ne minimisent pas.

Des institutions qui évaluent réellement le danger.

Des lieux où elle puisse parler sans devoir immédiatement tout expliquer.

Il faut surtout renoncer à la question qui lui est trop souvent adressée :

« Pourquoi n’est-elle pas partie plus tôt ? »

La véritable question est :

« Qu’est-ce qui l’a empêchée de partir, et qu’avons-nous mis en place pour qu’elle puisse le faire sans risquer sa vie ? »

VI. Dans le cabinet : restaurer le discernement

Le travail analytique ne consiste pas à décider à la place de la femme. Il vise à restaurer ce que l’emprise a progressivement attaqué : son discernement, sa confiance dans ses perceptions et son droit à une pensée propre.

Elle a souvent entendu qu’elle exagérait.

Qu’elle était trop sensible.

Qu’elle provoquait les disputes.

Qu’elle imaginait le danger.

Elle ne sait plus si ce qu’elle ressent est légitime. Elle demande au clinicien de confirmer la réalité de ce qu’elle vit.

Il ne s’agit pas de produire une nouvelle dépendance, mais de lui permettre de retrouver son propre jugement.

Nommer la violence est parfois une première rupture avec l’emprise.

Non, ce n’est pas une preuve d’amour de contrôler un téléphone.

Non, une menace n’est pas une simple parole prononcée sous le coup de la colère.

Non, une enfance malheureuse n’autorise pas à terroriser une compagne.

Non, la femme n’a pas à devenir thérapeute de l’homme qui la met en danger.

Le cabinet peut devenir un lieu où elle recommence à entendre sa peur comme une information plutôt que comme une faiblesse.

La peur dit parfois ce que la culpabilité empêche encore de penser.

Elle dit :

« Quelque chose est dangereux. »

Le travail clinique consiste également à distinguer la souffrance de l’homme de la responsabilité de la femme.

Elle peut reconnaître qu’il souffre sans accepter d’être frappée.

Elle peut comprendre son histoire sans sacrifier la sienne.

Elle peut éprouver de la compassion tout en maintenant une séparation.

Elle peut aimer quelqu’un et refuser de mourir pour lui.

VII. L’amour commence là où la possession s’arrête

Aimer un être, ce n’est pas exiger qu’il renonce à lui-même pour nous rassurer.

Ce n’est pas l’enfermer afin qu’il ne puisse pas partir.

Ce n’est pas surveiller son regard, son corps ou ses pensées.

L’amour suppose une limite :

L’autre ne m’appartient pas.

Il peut m’aimer et rester distinct.

Il peut avoir besoin de solitude.

Il peut ne pas vouloir ce que je veux.

Il peut même décider de me quitter.

La séparation peut provoquer une douleur immense. Mais cette douleur ne confère aucun droit de destruction.

Devenir capable d’aimer suppose d’accepter que l’autre ne soit jamais une propriété acquise.

L’amour véritable ne supprime pas la liberté. Il s’éprouve au contact de cette liberté.

Il ne dit pas :

« Tu es à moi. »

Il dit :

« Tu es avec moi, aussi longtemps que nous le choisissons tous les deux. »

Conclusion — Recommencer à s’appartenir

Le départ d’une femme n’est pas nécessairement la destruction de l’amour.

Il peut être la fin de ce qui en avait usurpé le nom.

Elle ne quitte pas toujours un lien parce qu’elle ne ressent plus rien. Elle peut partir précisément parce qu’elle ne veut plus être détruite par ce qu’elle ressent.

Elle ne renonce pas à aimer.

Elle renonce à disparaître.

Car l’amour ne demande jamais à une femme d’abandonner sa voix, son corps, ses amitiés, son travail ou sa liberté pour prouver qu’elle aime.

L’amour ne se mesure pas à ce que l’on accepte de subir.

Il commence lorsque chacun peut exister sans que l’existence de l’autre soit vécue comme une menace.

La femme qui part n’est pas nécessairement une femme qui abandonne.

Elle est parfois une femme qui recommence à penser, à choisir, à désirer.

Une femme qui recommence à s’appartenir

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1, Rue Lamartine
Armentières
59280

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