18/02/2020
RUPTURE(S)
En s’appuyant très à propos sur des écrits littéraires (souvent autobiographiques) et philosophiques, Claire Marin explore l’hypothèse que la vie est principalement faite de ruptures, que celles-ci nous construisent peut-être encore plus que les liens. Elle y décrit la rupture comme une expérience physique et corporelle.
Elle constate que nous sommes inégaux devant la rupture, que certains s’en sortiront avec plus de plasticité dans la vie, tandis que d’autres resteront au mieux fragilisés, au pire anéantis. Mais tous passeront par le tourment des épreuves et la rupture n’est jamais sans conséquence.
C’est un livre précieux, profond, exploratoire qui résonnera forcément en chacun de nous, mais qui pourra aussi éclairer notre propre expérience et ouvrir des pistes de connaissance de ce que nos entourages vivent parfois.
Pour éviter de paraphraser, voici une citation par chapitre, un très court exemple de la richesse que ce livre contient. C’est un livre dont, vous l’aurez bien compris, je vous recommande la lecture.
L’impossible fidélité à soi et aux autres : « Il faut parfois bifurquer quand le chemin emprunté semble tracé d’avance. »
La rupture amoureuse : « Dans la rupture amoureuse, il reste un sentiment que partage les anciens amants, celui d’une fracture intime qui touche profondément leur identité. »,
Devenir soi : « On veut devenir quelqu’un d’autre sans savoir encore qui, mais en étant persuadé que notre véritable identité ne pourra pas éclore là, dans ces lieux, avec ces gens, dans ce réel là qui nous étouffe. »
Le plaisir de la dispersion : « Nous avons besoin d’être plusieurs individus différents, pour nous délasser de l’un en retrouvant l’autre. »
L’être accidenté : « Le corps se dérobe, l’esprit se découvre autre [...] »
Naissances et séparation : « La naissance déplace, elle redéfinit les contours et les limites des identités, des relations. »
Rompre avec sa famille : « Parfois le lien familial fais de moi un « otage », me privant d’une vie psychique propre. »
Disparitions : « Il est parfois une manière très particulière de perdre une personne qui nous est chère, quand la maladie l’arrache à nous tout en la maintenant présente, vivante mais méconnaissable... »
Sexualité de la rupture : « La violence de l’épreuve transforme notre désir et modifie notre sexualité [...] »
Traverser la nuit : « La nuit est le lieu des angoisses et des mémoires torturantes [...] »
Rupture des contrats : « Dans la traversée de ces catastrophes personnelles, quelque chose se fissure en nous. Quelque chose qui touche à notre représentation de l’ordre du monde, à la question du sens de nos existences, à celle du juste et de l’injuste. »
Rupture(s) - Claire Marin, Editions de l’Observatoire.