13/08/2026
Ça y est, l’éclipse est passée, le téléphone a retrouvé un rythme normal de sonnerie.
Ce soir, après ces quelques jours de folie, je tenais à écrire quelques mots.
Les premiers sont pour remercier mon équipe de la Pharmacie. Durant quatre jours, nos trois lignes téléphoniques ont sonné sans discontinuer, toutes les trois secondes et toutes les trois à la fois. Un rythme d’appel infernal, sans compter les demandes insistantes au comptoir. On a eu l’impression de se retrouver en pleine période Covid… mais sans virus.
« Pharmacie Porte d’Azur, bonjour ! Non, nous n’avons plus de lunettes ! ». Au bout de la 4000eme fois, c’est épuisant, mais on a continué à répondre, sans rater un seul appel, parce qu’au bout du compte, noyé dans cette folie de recherche de lunettes, il y avait des demandes fondamentales : comme des commandes d’anticancéreux, ou autres, et celles-là, il ne fallait pas les louper, parce que des vies en dépendent. 
Notre métier, c’est avant tout de délivrer des médicaments, de soigner, d’accompagner, de conseiller, et d’effectuer tout un tas de nouvelles missions passionnantes.
Les second remerciements sont pour les patients compréhensifs et sympathiques, que nous avons eu tout au long de ces jours de folie. Le choix que nous avons fait était simple : un partage équitable des lunettes, parce que des lunettes ça se prête. Nous avons pensé qu’il valait mieux deux paires par famille, plutôt que certaines familles en aient dix et d’autres pas du tout. Notre devoir était aussi de rester éthique, se s’approvisionner à nos fournisseurs connus et sérieux, certificats à l’appui, plutôt que 10 000 de provenance douteuse. Alors évidemment, on a pas pu servir tout le monde, et on n’en est désolé. Ce choix de rationner à deux par famille a occasionné une file d’attente impressionnante, alors en voyant le monde devant la pharmacie avant même l’ouverture,  l’une de mes préparatrices, a même décidé de rester pour nous aider, alors que c’était son heure… C’est aussi à cela qu’on perçoit qu’on est une super équipe : la solidarité.
Enfin, la police municipale a eu la gentillesse de sécuriser la zone, car bien sûr il y a toujours des personnes et qui sont là pour mettre le bazar. Un grand merci à eux ! Je suis passée tout à l’heure leur déposer un petit goûter avec quelques mots parce que leur métier à eux, il n’est pas simple tous les jours non plus. Mention spéciale au petit monsieur au T-shirt bleu qui a fait trois fois la queue et insisté pour en avoir trois fois plus que les autres en vue de le revendre je ne sais où à un prix exorbitant, et qui est parti en courant quand je lui ai montré les forces de l’ordre !
Pour conclure : qu’est-ce que c’est que toute cette folie ? En 1999, tout le monde avait des lunettes, et l’État avait organisé la distribution. En 2026, c’est le flou artistique. Les grandes surfaces en avaient pourtant des gondoles pleines deux mois avant, certaines villes en donnaient, d’autres en vendait, avec ou sans normes, sans aucune concertation. Difficile de prévoir des stocks dans de telles circonstances ! Et au final, quel est le rôle du pharmacien dans tout cela ? Pallier à la désorganisation de l’état ? Subir la pluie et le beau temps des médias ?
À méditer pour la prochaine vague de folie.