Xavier Pommereau

Xavier Pommereau On y apprécie le sens des mots, on y écoute parfois du blues-rock qui a fait ses preuves, et on partage des valeurs simplement humaines...

Géolocalisés… mais désorientésNous n’avons jamais été aussi précisément localisés. À un mètre près, notre smartphone sai...
19/08/2026

Géolocalisés… mais désorientés
Nous n’avons jamais été aussi précisément localisés. À un mètre près, notre smartphone sait où nous sommes. Waze nous conduit à destination, parfois par d’improbables chemins, avec une efficacité remarquable.
Mais savons-nous encore vraiment où nous sommes ?
Autrefois, en dépliant un atlas Michelin, nous découvrions non seulement la route à suivre, mais aussi les villages voisins, les rivières, les reliefs, les distances et les détours possibles. Nous pouvions embrasser un territoire du regard. Un nom aperçu sur la carte éveillait parfois un souvenir, une curiosité, le désir d’un détour.
Le GPS, lui, nous guide dans un couloir. Il optimise notre trajectoire, mais rétrécit notre champ de vision. Il nous dit où tourner, beaucoup moins ce que nous traversons. Nous suivons une ligne sans toujours percevoir l’espace auquel elle appartient.
La même chose se produit sur les chaînes d’information en continu. Lors d’un incendie ou d’une inondation, les caméras nous montrent les flammes au plus près, les maisons menacées, les habitants évacués. L’image est spectaculaire, immersive, chargée d’émotion. Mais où cela se passe-t-il exactement ? À proximité de quelle ville ? Dans quel paysage ? À quelle distance des lieux que nous connaissons ?
Les cartes se font rares. Nous voyons le sinistre, mais nous peinons à le situer.
Or, situer un événement, ce n’est pas seulement lui attribuer des coordonnées. C’est le replacer dans un territoire, parmi d’autres lieux, dans une géographie, mais aussi dans une histoire. Les cartes nous permettaient peut-être de mieux comprendre que tout lieu entretient des relations avec ce qui l’entoure et porte les traces de ce qui l’a précédé.
Nous sommes ainsi confrontés à un étrange paradoxe : jamais aussi bien géolocalisés, jamais aussi puissamment plongés au cœur des événements… et pourtant de moins en moins capables d’en avoir une vue d’ensemble.

Toujours aucune nouvelle de FB quant à ses censures inopportunes…Réseaux sociaux interdits aux moins de 15 ans : qu'en p...
15/08/2026

Toujours aucune nouvelle de FB quant à ses censures inopportunes…

Réseaux sociaux interdits aux moins de 15 ans : qu'en penser ?
Censuré par le Conseil constitutionnel, ce projet répondait à une volonté évidente de protection, inspirée par les conclusions de la commission « Enfants et écrans » et par celles de la commission d’enquête parlementaire consacrée aux effets de TikTok sur les mineurs.
Les risques invoqués sont indiscutables :
• captation de l’attention par des mécanismes addictogènes ;
• altération du sommeil ;
• cyberharcèlement ;
• exposition à des contenus violents, pornographiques, suicidaires ou pro-anorexiques ;
• comparaison sociale permanente ;
• amplification possible de fragilités préexistantes.

Les adolescents doivent évidemment être protégés. Fixer le seuil à 15 ans, pourquoi pas, cela peut en effet constituer une borne juridique, éducative et symbolique.
Mais une question demeure :
Une interdiction formelle imposée aux adolescents peut-elle être crédible lorsque les adultes continuent d’utiliser les mêmes réseaux sous leurs yeux ?
Il existe bien sûr des interdictions légitimes liées à l’âge : l’alcool, le tabac, la conduite automobile… Mais les réseaux sociaux sont utilisés quotidiennement par les adolescents comme par les adultes, souvent dans les mêmes lieux. La question de l’exemplarité devient alors centrale.
Comment demander à un adolescent de poser son téléphone à table si ses parents consultent le leur ?
Comment lui interdire les écrans le soir si les adultes restent eux-mêmes hyperconnectés ?
Comment dénoncer sa dépendance quand toute la famille réagit à la moindre notification ?
"La maison sans tabac" est souvent efficace parce qu'elle concerne tout le monde. Il devrait en aller de même pour certaines règles numériques.
Plutôt qu’un interdit (d’ailleurs compliqué à faire respecter), on devrait pouvoir dire, en famille :
« Chez nous, nous choisissons ensemble de ne pas laisser les écrans envahir les repas, les conversations, la nuit et les moments partagés. »

Pour protéger efficacement les adolescents, il faudrait surtout contraindre les plateformes à désactiver, pour les mineurs, les fonctionnalités les plus prédatrices : défilement infini, notifications incessantes, recommandations algorithmiques, géolocalisation, sollicitations nocturnes…
Et en ce qui nous concerne, apprendre aux jeunes à comprendre ces mécanismes, plutôt que de leur demander seulement de s’en tenir éloignés.
Car une interdiction facilement contournable peut préserver la conscience des adultes sans modifier réellement les pratiques adolescentes.
On ne protégera pas durablement les adolescents des dérives du numérique en leur imposant une abstinence des réseaux sociaux que les adultes seraient eux-mêmes incapables de pratiquer.
Une limite éducative n’est crédible que si elle s’inscrit dans une sobriété numérique partagée.
Enfin, quid des aspects positifs des réseaux sociaux ?




Les scarifications à l’adolescence (7/7) … Aucune nouvelle de FB …Comment aider sans dramatiser… ni banaliser ?Découvrir...
13/08/2026

Les scarifications à l’adolescence (7/7) … Aucune nouvelle de FB …
Comment aider sans dramatiser… ni banaliser ?

Découvrir qu’un adolescent se scarifie provoque souvent de la peur ou de la colère. Pourtant, reproches, menaces et interrogatoires pressants ne font qu’accroître sa honte et son besoin de se cacher.
La première chose à faire est d’examiner la plaie avec calme et délicatesse. En cas de saignement, il faut exercer une compression douce avec une compresse propre, puis nettoyer la plaie à l’eau et au savon et la protéger par un pansement. Une plaie profonde, béante ou souillée, un saignement persistant, une perte de sensibilité ou de mobilité nécessitent un avis médical rapide ; il faut également vérifier que la vaccination antitétanique est à jour. Frotter brutalement une blessure pour « lui passer l’envie de recommencer » serait aussi maltraitant qu’inefficace.
Soigner doucement, c’est déjà traiter l’adolescent comme un écorché vif : auteur de son geste, mais victime d’une souffrance qu’il ne parvient pas encore à exprimer autrement. Il lui arrive même d’écrire « sacrifications » à propos de ses gestes.
Il faut chercher à ouvrir le dialogue sans imposer le regard. Chaque fois que possible, « parler à la plaie », ce qui est une manière explicite de reconnaître l’adolescent comme il est : « à vif ». On peut alors dire : « Je ne te juge pas. Si tu te blesses ainsi, c’est que tu souffres et que tu ne trouves pas d’autre moyen de t’apaiser. Je sais que cela ne s’arrêtera pas sur commande. Mais cherchons ensemble une autre façon de te soulager, sans avoir besoin de te faire du mal. »
Lorsque les larmes coulent, ne pas se précipiter pour les essuyer : elles constituent une expression naturelle et non délétère de la douleur. Pleurer « sur la plaie » peut même avoir une forte valeur symbolique.
Lorsque le dialogue devient possible, on cherchera à comprendre ce qui a précédé le geste : événement déclencheur, émotions, pensées, tension, moyen utilisé et soulagement obtenu. Non pour enquêter, mais pour repérer ce qui a conduit à la scarification.
Il faut aussi poser clairement la question des idées suicidaires et apprécier l’existence d’une intention, d’un scénario, de moyens immédiatement accessibles et la capacité du jeune à se maintenir en sécurité. En cas de danger imminent — intention suicidaire active, scénario précis avec moyens accessibles, impossibilité de garantir sa sécurité — ou de blessure grave, il ne faut pas le laisser seul et une orientation immédiate vers un service d’urgence s’impose.
Chaque fois que l’adolescent parvient à différer le geste, à demander de l’aide ou à s’apaiser autrement, c’est déjà une victoire. On peut lui demander de noter ce qui l’a aidé dans un petit « carnet de correspondance » : personne à appeler, lieu où s’apaiser, activité qui fait baisser la tension, mise à distance des objets utilisés. On peut également l’inviter à y faire des dessins, des peintures, des créations pour parler de sa souffrance, autrement qu’avec des mots. 
Les scarifications appellent une évaluation psychologique et médicale. Une psychothérapie adaptée peut aider à mettre des mots sur ce qui déborde et à développer d’autres stratégies d’apaisement. Un médicament n’est ni systématique ni une réponse directe aux scarifications ; il ne se justifie qu’en présence d’un trouble associé identifié.
Aider, ce n’est ni surveiller chaque centimètre de peau ni fermer les yeux. C’est soigner la blessure, entendre la souffrance, évaluer le danger et rester présent pour qu’une autre issue devienne possible.
Danger immédiat : 15 ou 112. Le 3114 répond 24 h/24 et 7 j/7.

[illustration : œuvre d’une patiente]

09/08/2026

LETTRE OUVERTE À FACEBOOK

Cher Facebook, chère communauté,

Je suis psychiatre et travaille depuis plus de trente-cinq ans auprès d’adolescents en difficulté. Je suis notamment spécialisé dans la prévention du su***de, les blessures auto-infligées et les troubles des conduites alimentaires.

À ce titre, je publie régulièrement sur cette page des contenus à visée éducative et préventive. Ils s’adressent aux parents, aux éducateurs, aux enseignants, aux soignants et, plus largement, à toutes celles et tous ceux qui cherchent à mieux comprendre ces conduites afin de les repérer, de les prévenir et d’y répondre de manière adaptée.

Je publie actuellement une série consacrée aux scarifications à l’adolescence. Or les illustrations qui accompagnent ces textes sont systématiquement masquées au titre des « contenus sensibles ». Plus préoccupant encore, plusieurs internautes me signalent que certaines de mes publications sont purement et simplement rendues inaccessibles, au motif qu’elles pourraient « conduire des personnes à se faire du mal » et contreviendraient aux standards de la communauté relatifs « au su***de, à l’automutilation et aux troubles alimentaires ».

Le paradoxe est saisissant : des contenus conçus pour prévenir ces conduites et aider à leur prise en charge sont censurés au nom même de leur prévention.

Je peux parfaitement comprendre que Facebook se dote d’algorithmes capables de détecter les images et les propos susceptibles de promouvoir, de banaliser ou d’encourager l’automutilation. Cette vigilance est nécessaire.

Mais encore faut-il savoir distinguer l’incitation de l’information, la complaisance de la prévention, l’exhibition morbide de la pédagogie clinique.

Une illustration médicale ou éducative n’est pas destinée à séduire, à provoquer ou à encourager. Elle permet de reconnaître ce dont on parle, d’en mesurer la gravité et d’apprendre à réagir. Dans ces domaines, montrer avec discernement fait parfois partie intégrante de la prévention. On ne protège pas mieux en empêchant de voir ; on risque, au contraire, d’entretenir le déni, l’incompréhension et le silence.

Je pose donc publiquement plusieurs questions à Facebook :

Qui examine réellement ces contenus lorsqu’ils sont signalés par un algorithme ?

Une analyse humaine et contextualisée est-elle systématiquement effectuée avant leur suppression ?

Quelles sont les qualifications scientifiques, médicales ou cliniques des personnes chargées de statuer ?

Comment sont distingués les contenus faisant l’apologie de l’automutilation de ceux qui poursuivent un objectif manifeste d’information, de soin et de prévention ?

Existe-t-il une procédure de recours permettant aux professionnels de santé identifiés de faire réexaminer rapidement une décision manifestement inadaptée ?

Car enfin, en censurant indistinctement tout contenu relatif au su***de, aux scarifications ou aux troubles alimentaires, Facebook ne protège pas nécessairement les personnes vulnérables. Il peut aussi les priver — ainsi que leur entourage — d’informations susceptibles de les aider, de favoriser un repérage précoce et, parfois, de conduire à une demande de soins.

Une modération automatisée qui ne tient aucun compte du contexte devient une modération aveugle. Et une prévention aveugle peut finir par produire l’effet inverse de celui qu’elle prétend rechercher.

La santé mentale mérite mieux qu’un filtrage automatique géré par des robots. Elle exige de la compétence, un véritable sens des responsabilités et surtout de l’humanité.

Dr Xavier Pommereau
Psychiatre, spécialiste de l’adolescence

Les scarifications à l’adolescence (6/7)Toutes les scarifications ne racontent pas la même histoireCes blessures cutanée...
08/08/2026

Les scarifications à l’adolescence (6/7)
Toutes les scarifications ne racontent pas la même histoire
Ces blessures cutanées auto-infligés sans intention suicidaire, improprement nommées « automutilations », réalisent des effractions de la peau constituant à la fois une attaque de l’enveloppe corporelle et une tentative d’extériorisation d’un trop-plein de tension. Elles concernent près d’un quart des adolescents, avec un pic vers 14–16 ans. Les filles sont davantage concernées. Dans leur forme que je qualifie de « typique », ce sont des estafilades multiples et parallèles, « barrant » le poignet ou l’avant-bras opposé à la main dominante, parfois la jambe. Elles sont effectuées au moyen d’une lame (rasoir, taille-crayon), de la pointe d’un compas scolaire ou d’un morceau de verre ; souvent le soir, après une perte, une frustration, un sentiment de manque, une colère ou une montée d’angoisse. Agies en secret, elles laissent souvent des indices indirects : drap souillé, gouttes de sang au sol, lame "oubliée". Les scarifications sont parfois remplacées par des griffures ou des abrasions.
Lorsqu’elles sont répétées, de plus en plus marquées, et surtout accompagnées d’ecchymoses (coups portés contre soi), ou de plages étendues de dermabrasion, elles sont très inquiétantes. Une évaluation du risque suicidaire est même indispensable.
À un degré de plus, on observe des formes alarmantes que je qualifie d’« atypiques ». Leurs caractéristiques sont les suivantes :
· début avant l'âge de 12 ans ;
· lésions profondes, nombreuses, dont la gravité s’accroît ;
· incision de lettres bâtons — « MORT », « NO FUTURE » ;
· cumul de coupures, dermabrasions, et brûlures (cigarette, objet chauffé) ;
· localisations multiples : racine des membres, cuisses, hanches, ventre, poitrine et, plus encore, visage ou cou ;
· dissociation, consommation de substances, préparatifs suicidaires.

Les lésions sévères sont très souvent liées à des antécédents de maltraitance ou de violences sexuelles subies, de harcèlement, de vécu traumatique, ou encore d’appartenance à une minorité sexuelle ou de genre stigmatisée. Les lésions à la face interne des cuisses doivent interroger d’éventuelles violences sexuelles ou de menaces intrusives. Celles affectant « l’extérieur » des cuisses ou le ventre doivent faire explorer le rapport au corps et l'existence d’un TCA.

Point essentiel : tous les détails comptent. Ne jamais s’en tenir à « Il/elle s’est fait du mal. » Il faut demander : quelles formes ont les lésions ? Quand le geste survient-il ? Qu’est-ce qui l’a précédé ? Quelle émotion cherchait-il à faire cesser ? Quel objet a été utilisé, et pourquoi celui-là ? À qui appartient-il ? Le geste était-il préparé ou impulsif ? Quel soulagement a-t-il procuré ? L’adolescent voulait-il « en finir », craignait-il de passer à l’acte ?

Nous verrons dans le prochain post quelle attitude adopter face à l’adolescent scarifié.

Les scarifications à l’adolescence (5/7)Pourquoi certains adolescents cachent-ils leurs scarifications… tandis que d’aut...
05/08/2026

Les scarifications à l’adolescence (5/7)
Pourquoi certains adolescents cachent-ils leurs scarifications… tandis que d’autres les montrent ?
C’est probablement l’une des questions qui déroute le plus les parents.
Certains adolescents cherchent à les dissimuler sous des manches longues, ou des bracelets. Lorsqu’ils se scarifient sur les cuisses ou les hanches, ils expliquent souvent qu’ils ont choisi ces endroits pour éviter que leurs parents ne les découvrent. Nous verrons dans le prochain volet que cela peut avoir un autre sens.
À l’inverse, d’autres adolescents laissent apparaître leurs cicatrices, voire les exposent sur les réseaux sociaux. Comment expliquer cette différence ?
La scarification est un langage. Et, comme tout langage, elle est polysémique : un même geste peut répondre à des mécanismes psychiques très différents.
Dans la majorité des cas, les adolescents cherchent à dissimuler leurs blessures.
Ils éprouvent de la honte, de la culpabilité. Ils redoutent le regard des autres. Beaucoup vivent la scarification comme une tentative intime de réguler leur souffrance.
Or, très souvent et à leur insu, ces mêmes adolescents finissent par laisser entrevoir leurs blessures : une manche qui remonte, un geste qui expose, une lame souillée dans un lit…
Comme si une partie d’eux espérait, sans pouvoir le dire, que quelqu’un reconnaisse enfin leur souffrance.
C’est pourquoi, lorsque je demande à un adolescent :
« T’arrive-t-il de te faire du mal en te scarifiant ? »
et qu’il me répond « oui », je poursuis par une autre question :
« Peux-tu me dire où tu te scarifies ? »
Si les lésions sont situées sur une partie visible du corps, je lui propose de me les montrer.
Si elles concernent une zone plus intime, je lui suggère d'aller aux toilettes les photographier avec son smartphone pour que nous les regardions ensemble.
Dans la très grande majorité des cas, il accepte.
À l’inverse, ceux qui exposent d’emblée leurs blessures vives ou leurs cicatrices, semblent vouloir dire : « Regardez dans quel état je suis. Je suis un écorché vif. Je suis à feu et à sang » Elles deviennent alors le témoignage visible d’une souffrance indicible.
Pour certains adolescents, elles constituent même la "mémoire vive" de ce qu’ils ont traversé.
Chez d’autres, notamment sous l’influence des réseaux sociaux, elles peuvent aussi participer à un sentiment d’appartenance ou d’identification. Et malheureusement susciter des imitations.
Une scarification n’est jamais seulement une coupure. Elle peut traduire une tentative désespérée d’apaiser une tension intérieure, une haine de soi, un traumatisme indicible, un appel silencieux à être reconnu, voire une marque identitaire en quête d'affiliation.

Dans le prochain volet, nous verrons pourquoi toutes les scarifications ne racontent pas la même histoire. Leur localisation, le moyen utilisé, leur répétition et leur contexte apportent souvent des informations précieuses.

La jalousie : une émotion universelle… aux multiples visages.Qui peut honnêtement prétendre n’avoir jamais été jaloux ?L...
01/08/2026

La jalousie : une émotion universelle… aux multiples visages.

Qui peut honnêtement prétendre n’avoir jamais été jaloux ?

La jalousie n’est pas une maladie. C’est d’abord un penchant profondément humain. Elle naît de cette tendance, souvent inconsciente, à désirer ce que possède l’autre, ou à croire que son voisin détient ce qui nous manque.

Le plus souvent, nous ne sommes pas jaloux de la réalité, mais de l’idée que nous nous faisons de la vie des autres.

La jalousie devient alors le miroir de nos propres frustrations.

Mais toutes les jalousies ne se ressemblent pas.

Il existe une jalousie ordinaire, plus ou moins active, qui accompagne souvent les histoires d’amour, les rivalités avec les siens (toute fratrie est notamment un « nid » de jalousies) ou entre collègues. Lorsqu’elle reste mesurée, elle peut même révéler l’attachement que nous portons à l’autre. Et, pourquoi pas, nous aider à nous améliorer.

À l’inverse, la jalousie amoureuse pathologique constitue une véritable aliénation. L’autre est considéré(e) comme « à soi », sans nuances — aboutissement tragique d’un sentiment de possession. Alimentée par le doute, les interprétations et les certitudes délirantes, elle conduit certains à surveiller, contrôler, interroger, espionner, jusqu’à commettre parfois des violences ou des crimes dits « passionnels ».

Il existe aussi une autre forme de jalousie, plus silencieuse et très fréquente. Elle appartient à ceux que j’appelle les « envieux empêchés ». Ces derniers admirent ce que les autres accomplissent, rêvent de réussir, désirent créer, entreprendre ou aimer… mais quelque chose, en eux, les retient constamment. Leur conflit intérieur est tel qu’ils demeurent dans le désir sans parvenir à l’action.
Là où certains transforment l’envie en énergie créatrice, eux la transforment en ressentiment.
Ils finissent alors par dévaloriser ce qu’ils auraient secrètement aimé devenir ou posséder.

Finalement, la jalousie parle beaucoup moins de l’autre que de nous-mêmes. Elle révèle nos blessures narcissiques, nos manques, nos peurs de ne pas être suffisamment aimés, reconnus ou désirés.

C’est pourquoi, sauf tragédie, elle mérite moins d’être condamnée que comprise.

Car lorsqu’elle devient capable de nous renseigner sur ce qui nous manque réellement, la jalousie cesse d’être un poison. Elle peut alors devenir un moteur de transformation.

Y a pas l'feu à France 2 !Hier, le 13 Heures de France 2 a consacré, à juste titre, une large place aux incendies catast...
25/07/2026

Y a pas l'feu à France 2 !
Hier, le 13 Heures de France 2 a consacré, à juste titre, une large place aux incendies catastrophiques qui ravagent depuis plusieurs jours la Gironde et les Landes.
Des images insoutenables. Des milliers d'hectares détruits. Des familles contraintes de quitter leur domicile. Au moment du journal, plus de 110 000 personnes étaient évacuées.
Et puis...
Sans la moindre transition, le téléspectateur découvre Laurent Delahousse annonçant un documentaire intitulé « Des femmes et des vagues », montrant de joyeuses surfeuses glissant sur l'océan... une spécialité bien connue du Sud-Ouest.
J'avoue ne pas comprendre.
Non pas la qualité du documentaire, qui n'est pas en cause, mais le choix de le maintenir à cet instant précis.
Lorsqu'un territoire brûle, lorsque des pompiers risquent leur vie, lorsque des habitants vivent dans l'angoisse de tout perdre, la responsabilité d'une chaîne de service public ne consiste-t-elle pas aussi à adapter sa programmation à l'événement ?
Déprogrammer n'aurait pas été un acte de censure.
Cela aurait été un signe de solidarité, de décence et de respect envers toutes celles et ceux qui traversent cette épreuve.
La télévision publique n'est pas seulement un diffuseur de programmes ; elle est aussi le reflet de la conscience collective d'un pays.
Qu'en pensez-vous ?


[Illustration IA]

Les scarifications à l’adolescence (4/7)Pourquoi les filles sont-elles plus nombreuses à se scarifier ?Cette différence ...
19/07/2026

Les scarifications à l’adolescence (4/7)
Pourquoi les filles sont-elles plus nombreuses à se scarifier ?
Cette différence reste complexe à interpréter. Les données actuelles suggèrent la convergence de plusieurs facteurs.
Les filles connaissent en moyenne une maturation pubertaire et cérébrale plus précoce que les garçons, notamment dans certaines régions impliquées dans le traitement des émotions et des relations interpersonnelles. Ces particularités peuvent contribuer à des manières différentes d’éprouver et d’exprimer la souffrance.
Les filles entretiennent très tôt un rapport particulier avec leur intériorité. À partir de la puberté, les règles, les nouvelles formes corporelles, mais aussi la sexualisation du regard porté sur elles interrogent les rapports entre l’intérieur et l’extérieur, l’intime et le visible, l’enfance et le devenir-femme.
L’attention souvent plus grande portée à leurs états émotionnels les conduit davantage à interroger ce qu’elles ressentent. Leur corps peut alors devenir un lieu de conflits et la peau, un écran sur lequel viennent s’inscrire des « fentes qui saignent ». Celles-ci peuvent traduire aussi bien une tentative inconsciente de « coupure » avec une dépendance aliénante aux liens primordiaux que les traces tangibles de traumatismes précoces, de maltraitances ou, trop souvent, de violences sexuelles subies.
Chez les garçons, la souffrance tend plus souvent à s’exprimer sous une forme externalisée : agitation, opposition, conduites à risque ou violences hétéroagressives. Il leur arrive bien sûr de la retourner contre eux-mêmes. Les coups auto-portés semblent alors vouloir confirmer leurs propres limites corporelles. Dans mon expérience clinique, les garçons qui se scarifient présentent souvent des vulnérabilités importantes, notamment des difficultés identitaires, des expériences traumatiques ou des troubles sévères de la personnalité.
Dans une société dominée par l’image, jamais les adolescentes n’ont été autant exposées au regard et au jugement d’autrui. Les réseaux sociaux entretiennent les comparaisons permanentes et diffusent les représentations d’un corps féminin « idéal », fondé sur la minceur, la sveltesse, le contrôle des formes et la performance. Ils peuvent également susciter une recherche de validation jusque dans l’expression du mal-être. Cette « extimité » peut favoriser des phénomènes d’identification et d’imitation délétères.
La douleur et l’exposition des scarifications peuvent permettre à certaines filles d’apaiser momentanément une culpabilité, de reprendre le contrôle ou de "se retrouver", à travers la sensation corporelle.

Ces différences ne doivent cependant jamais faire oublier que toute scarification possède une fonction singulière, dont le sens ne peut être compris qu’à partir de l’histoire propre de chaque adolescent.

Les scarifications à l'adolescence (3/7)⚠️ IMPORTANT : le volet 3 est désormais composé de deux publications complémenta...
15/07/2026

Les scarifications à l'adolescence (3/7)
⚠️ IMPORTANT : le volet 3 est désormais composé de deux publications complémentaires : 3.1 Neurosciences et 3.2 Psychopathologie clinique.

Pourquoi les scarifications soulagent-elles la souffrance ? (2/2)
Il s'agit de comprendre POURQUOI, chez certains adolescents, le recours à l’effraction de l’enveloppe corporelle est devenu nécessaire pour s'apaiser.
La souffrance psychique est diffuse, constituée d'un mélange d'émotions, de souvenirs et de traces traumatiques. Elle déborde les capacités de représentation et de symbolisation. L'adolescent ne parvient plus à penser ce qu'il ressent ; il ne peut que l'éprouver en donnant des contours à une souffrance devenue indicible.
La scarification produit une douleur « exquise », au sens clinique du terme, accompagnée d’une blessure précise, localisée et limitée à l’épiderme, sans franchir le derme. Cette limite est essentielle : il ne s'agit pas d'une réelle automutilation, mais d'une inscription sur sa surface destinée à faire couler le sang à la place des larmes.
La peau devient une scène extérieure sur laquelle est projeté ce qui ne peut encore être pensé, élaboré ou mis en mots.
Ces adolescents ont vécu des expériences où dominaient la passivité et l'impuissance : abandon, emprise, intrusions diverses… et hélas trop souvent violences sexuelles. Ils subissaient avec le profond sentiment d’être « objet de l’autre ».
La scarification inverse cette position par une « reprise en main ».
Sans toujours en avoir conscience, le sujet met en scène un renversement de la passivité en activité. De sa main dominante, il agit sur l'avant-bras opposé, devenu le support corporel de ce qui était jusque-là subi.
Sous le contrôle permanent de son regard, il ne se contente plus d'endurer la souffrance : il la produit, la limite et espère la maîtriser.
Pour se contenir, c'est-à-dire retrouver des limites et ne pas "exploser", il attaque sa peau — enveloppe frontière, espace entre-deux, surface de contact avec autrui et support visible de l'identité.
La scarification constitue aussi une tentative de figuration.
Ce qui ne peut être pensé ou symbolisé trouve une première expression dans cette blessure, support d'une représentation que la pensée ne parvient pas à mettre en forme.
La scarification peut aussi constituer une autopunition qui vise souvent moins à se faire souffrir qu'à tenter d'apaiser une culpabilité intenable.
Elle devient souvent une trace de mémoire destinée à ne pas oublier un trauma, une violence, ce qui explique le refus de les effacer ultérieurement, sauf en les recouvrant d’un tatouage.
En définitive...
La clinique cherche pourquoi, chez certains adolescents, la peau est devenue le dernier lieu où la souffrance pouvait encore s'écrire. La scarification n'est pas stricto sensu l'écriture, étymologiquement. Elle en partage pourtant une fonction essentielle : inscrire une trace lorsque les mots ne peuvent être exprimés.

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