19/08/2026
Géolocalisés… mais désorientés
Nous n’avons jamais été aussi précisément localisés. À un mètre près, notre smartphone sait où nous sommes. Waze nous conduit à destination, parfois par d’improbables chemins, avec une efficacité remarquable.
Mais savons-nous encore vraiment où nous sommes ?
Autrefois, en dépliant un atlas Michelin, nous découvrions non seulement la route à suivre, mais aussi les villages voisins, les rivières, les reliefs, les distances et les détours possibles. Nous pouvions embrasser un territoire du regard. Un nom aperçu sur la carte éveillait parfois un souvenir, une curiosité, le désir d’un détour.
Le GPS, lui, nous guide dans un couloir. Il optimise notre trajectoire, mais rétrécit notre champ de vision. Il nous dit où tourner, beaucoup moins ce que nous traversons. Nous suivons une ligne sans toujours percevoir l’espace auquel elle appartient.
La même chose se produit sur les chaînes d’information en continu. Lors d’un incendie ou d’une inondation, les caméras nous montrent les flammes au plus près, les maisons menacées, les habitants évacués. L’image est spectaculaire, immersive, chargée d’émotion. Mais où cela se passe-t-il exactement ? À proximité de quelle ville ? Dans quel paysage ? À quelle distance des lieux que nous connaissons ?
Les cartes se font rares. Nous voyons le sinistre, mais nous peinons à le situer.
Or, situer un événement, ce n’est pas seulement lui attribuer des coordonnées. C’est le replacer dans un territoire, parmi d’autres lieux, dans une géographie, mais aussi dans une histoire. Les cartes nous permettaient peut-être de mieux comprendre que tout lieu entretient des relations avec ce qui l’entoure et porte les traces de ce qui l’a précédé.
Nous sommes ainsi confrontés à un étrange paradoxe : jamais aussi bien géolocalisés, jamais aussi puissamment plongés au cœur des événements… et pourtant de moins en moins capables d’en avoir une vue d’ensemble.