Xavier Pommereau

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Xavier Pommereau On y apprécie le sens des mots, on y écoute parfois du blues-rock qui a fait ses preuves, et on partage des valeurs simplement humaines...

Série « Les conduites suicidaires chez les jeunes » — 4. Ce qui déclenche la crise, ce qui la sous-tendUne rupture amour...
04/10/2026

Série « Les conduites suicidaires chez les jeunes » — 4. Ce qui déclenche la crise, ce qui la sous-tend
Une rupture amoureuse. Une humiliation. Un conflit familial. La réactivation d’une violence subie. Après une tentative de su***de, on cherche souvent l’événement qui pourrait tout expliquer. Mais le déclencheur ne résume pas les causes de la crise.
Un événement vécu comme une perte, un abandon ou une blessure identitaire peut précipiter une crise. Pour en comprendre la portée, il faut aussi entendre la souffrance dans laquelle il survient, l’histoire du jeune et les ressources auxquelles il peut — ou ne peut plus — accéder.
Lorsque cette souffrance paraît insurmontable, le geste suicidaire peut s’inscrire dans une recherche d’issue, dans le désir de faire cesser la douleur ou de reprendre la main sur une situation subie. Ces vécus ne sont ni uniformes ni toujours clairement formulés.
Une dépression, les séquelles de violences se*****es, le rejet ou les discriminations liés à l’orientation se****le ou au genre peuvent faire partie de cette histoire. Comprendre la crise demande donc d’aller au-delà du « qu’est-ce qui s’est passé ? » pour entendre « qu’est-ce qui était devenu insupportable ? »
Un jour, une jeune fille que nous prenions en charge avec mon équipe après une tentative de su***de avait écrit sur le tableau mis à disposition des jeunes : « Je voulais pas mourir, je voulais juste me tuer. »
Chez cette jeune fille, le sentiment de « non-exister », de ne plus avoir de place ou de ne plus compter pour personne faisait partie de sa souffrance. Nous avons compris ses mots comme l’expression possible d’un désir d’« exister autrement » : se défaire de son existence corporelle tout en imaginant prendre davantage de place dans la mémoire des autres.
Cette lecture ne résumait pas sa souffrance, mais elle ouvrait une voie pour l’entendre.
C’est pourquoi reconnaître le sujet en détresse, lui faire une place et accueillir sa parole est indispensable pour « redonner corps » à sa souffrance et l’aider à la traverser grâce à une prise en charge adaptée.

PISA 2025 : comment tirer de nouveau l’école vers le haut ?Après le constat, huit pistes pour agir.Donner davantage d’au...
19/09/2026

PISA 2025 : comment tirer de nouveau l’école vers le haut ?
Après le constat, huit pistes pour agir.
Donner davantage d’autonomie aux établissements
Les équipes doivent pouvoir adapter leur organisation et leurs projets aux besoins des élèves, avec des objectifs clairs, des évaluations régulières et une responsabilité collective.
Renforcer la lecture dès la maternelle
Développons le langage oral, le vocabulaire, l’écoute et la familiarité avec les livres, sans transformer la maternelle en école élémentaire. Au CP, le décodage doit être explicite et progressif. Mémorisation, « par cœur » et automatismes ne s’opposent pas à la compréhension : ils en sont souvent les fondations.
Réserver cinq matinées aux apprentissages fondamentaux
Lecture, écriture, mathématiques, sciences et langues le matin ; davantage de musique, de dessin, de théâtre, de sport et d’activités pratiques l’après-midi. Ces activités développent aussi l’attention, la créativité, la coopération et la confiance en soi.
Redonner toute leur place aux mathématiques
Préservons leur temps d’enseignement et associons progression structurée, exercices réguliers, maîtrise des tables et plaisir de chercher et de raisonner.
Clarifier la politique de l’école inclusive
Accueillir sans personnel formé ni accompagnement adapté n’est bon pour personne. Renforçons les aides spécialisées et maintenons des structures spécifiques lorsque les besoins de l’enfant l’exigent. Une inclusion sans moyens peut devenir une nouvelle forme d’exclusion.
Construire une alliance avec les parents
N’attendons pas les difficultés pour les rencontrer. Des échanges réguliers permettraient de préciser comment soutenir les apprentissages et quelle place donner à la lecture, à la curiosité et à l’effort. Les parents sont des partenaires, pas des enseignants de substitution.
Commencer les cours à 9 heures dès le collège
Le rythme du sommeil se décale à l’adolescence. Un début plus tardif pourrait réduire la dette de sommeil et favoriser la vigilance. Expérimentons-le en repensant les transports, la fin de journée et l’organisation familiale.
Profiter de la baisse démographique pour alléger les classes
La diminution des élèves offre l’occasion de réduire les effectifs là où les difficultés sont les plus fortes. À condition d’utiliser cette possibilité pour mieux accompagner chacun et faire participer tous les élèves.
Aucune mesure ne suffira isolément. L’école a moins besoin d’une réforme spectaculaire que d’une politique cohérente, exigeante, évaluée et poursuivie dans la durée.

PISA 2025 : qui est responsable de la chute du niveau scolaire ?Les enseignants ? Les parents ? Les enfants des quartier...
12/09/2026

PISA 2025 : qui est responsable de la chute du niveau scolaire ?
Les enseignants ? Les parents ? Les enfants des quartiers populaires ? Les smartphones ?
La tentation est grande de désigner un coupable.
Les résultats de PISA 2025 sont en effet alarmants : la France demeure dans la moyenne des pays de l’OCDE, mais ses élèves obtiennent leurs scores les plus faibles depuis la création de l’enquête. Environ 36 % d’entre eux ne maîtrisent pas les compétences élémentaires en mathématiques et 33 % en compréhension de l’écrit.
Un résultat mérite une attention particulière.
Entre 2015 et 2025, en sciences, les performances des élèves défavorisés sont restées globalement stables, tandis que celles des élèves favorisés ont diminué.
L’écart social s’est donc réduit, mais par le bas : non parce que les plus fragiles ont progressé, mais parce que les plus favorisés ont reculé.
Cette donnée interdit d’attribuer la baisse générale du niveau aux seules difficultés des élèves issus des milieux populaires.
Les inégalités sociales restent certes considérables. Beaucoup de parents des quartiers populaires souhaitent la réussite de leurs enfants, mais ne disposent pas toujours du temps, de la maîtrise de la langue ou des codes scolaires nécessaires pour les accompagner. Et lorsque les difficultés se concentrent dans les mêmes établissements, l’école peine davantage à les compenser.
Mais le recul des élèves favorisés montre que le problème est désormais beaucoup plus général.
Il concerne aussi la transmission des savoirs, la continuité des exigences, la capacité à lire des textes longs, à soutenir son attention, à mémoriser et à accepter l’effort nécessaire pour comprendre.
Les écrans et les réseaux sociaux contribuent sans doute à la fragmentation de l’attention. Mais les orientations pédagogiques sans cesse remaniées concernant les apprentissages fondamentaux doivent également être interrogées : quelle place accorde-t-on réellement à la lecture, à la mémorisation, au « par cœur » et à l’acquisition des automatismes ?
Au-delà du suivi anxieux des notes, tous les parents devraient trouver le temps de soutenir ces apprentissages dans la vie quotidienne : lire, discuter, expliquer, exercer la mémoire, éveiller la curiosité et valoriser l’effort.
Quant aux enseignants, beaucoup se sentent mal rémunérés, peu considérés, sans cesse confrontés à de nouvelles réformes et insuffisamment soutenus. Même les plus motivés peuvent finir par baisser les bras. Il s’agit moins d’une démission que d’un désinvestissement défensif provoqué par l’usure et la perte de sens.
La chute du niveau ne désigne donc pas un coupable unique. Elle révèle un système scolaire qui ne parvient plus ni à faire progresser les élèves les plus défavorisés ni à maintenir le niveau des plus favorisés.
Dans un prochain post, nous examinerons les solutions qui pourraient permettre à l’école de tirer de nouveau chacun vers le haut.

Série « Les conduites suicidaires chez les jeunes » — 3. Filles et garçons : des expressions différentes du désespoirLes...
09/09/2026

Série « Les conduites suicidaires chez les jeunes » — 3. Filles et garçons : des expressions différentes du désespoir
Les filles déclarent davantage d’idées suicidaires et de tentatives, tandis que les garçons meurent davantage par su***de. La surmortalité masculine s’établit ainsi : deux décès sur trois avant 25 ans ; tous âges confondus, trois décès sur quatre.
En santé publique, ce constat est souvent qualifié de « paradoxe de genre ». Je conteste cette expression : ce différentiel n’exprime pas une contradiction, il traduit des manières différentes de mettre en acte le désespoir.
Les explications avancées — moyens masculins plus létaux, dépression moins détectée, souffrance féminine davantage exprimée — sont fondées, mais insuffisantes.
Pour faire cesser une souffrance morale insupportable, beaucoup de garçons — et d’hommes en général — déprimés ou désespérés sont tentés de recourir à un passage à l’acte violent et expéditif, comme s’il leur fallait faire exploser leur détresse à la face du monde. Cela contribue à expliquer l’emploi plus fréquent de moyens très létaux, tels que la pendaison ou l’arme à feu.
Les normes de virilité peuvent aussi freiner l’expression de la tristesse ou de la peur. La souffrance se manifeste alors par l’irritabilité, les prises de risque, l’alcoolisation, la violence ou le retrait brutal, sans toujours être reconnue comme dépressive ou annonciatrice d’un risque suicidaire.
L’impulsivité raccourcit le temps entre l’idée et le geste ; l’alcool ou les drogues accentuent la désinhibition. À la puberté, la testostérone peut favoriser, chez certains, la recherche de sensations, la prise de risque et la réactivité agressive. Elle ne provoque pas le su***de mais peut, associée à l’impulsivité, contribuer à la soudaineté du geste, surtout si un moyen dangereux est à disposition.
Face à une souffrance tout aussi insupportable, beaucoup de filles — et de femmes en général — privilégient des modalités imaginées ou ressenties comme plus « douces », notamment l’intoxication : autrefois le gaz domestique, aujourd’hui surtout les médicaments, dont les psychotropes.
Pour nombre d’entre elles, il s’agit de dormir, de ne plus penser, de ne plus souffrir… voire de mourir en s’endormant. Ces intoxications laissent plus souvent un délai pour être découvertes et secourues, ce qui contribue à leur moindre létalité.
Cela ne signifie pas que l’intention serait moins grave : une intoxication peut être mortelle et une récidive beaucoup plus létale. Et les femmes peuvent aussi recourir à des méthodes très violentes.
Dans les deux sexes, certains troubles graves de la personnalité ou de l’humeur sont plus fréquemment associés au recours à des méthodes très létales.
Prochain volet : 4. « Vouloir mourir… ou cesser de ne pas exister ? »
En cas de risque ou de doute : 3114. Danger immédiat : 15 ou 112.
***de

Série « Les conduites suicidaires chez les jeunes » — 2. Des chiffres qui inquiètentQue nous disent les données français...
08/09/2026

Série « Les conduites suicidaires chez les jeunes » — 2. Des chiffres qui inquiètent
Que nous disent les données françaises les plus récentes ?
Selon l’enquête nationale EnCLASS 2024, menée auprès des collégiens et lycéens :
20 % des lycéens déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois ;
15 % rapportent avoir déjà fait une tentative de su***de (TS) au cours de leur vie ;
Environ 3 % déclarent une tentative ayant entraîné une hospitalisation.
Rapportés à une classe de trente lycéens, ces chiffres représenteraient six élèves ayant pensé au su***de dans l’année et quatre ou cinq déclarant avoir déjà fait une tentative.
Ces données déclaratives doivent naturellement être interprétées avec prudence. Mais elles donnent la mesure d’une souffrance qui ne peut plus être considérée comme marginale.
Les données hospitalières confirment une évolution très préoccupante.
En 2025, un peu plus de 84 000 personnes âgées de 10 ans ou plus ont été hospitalisées en France pour un geste auto-infligé. Les femmes représentent 64 % de ces patients.
Attention : cette catégorie hospitalière regroupe les tentatives de su***de et certaines automutilations non suicidaires, sans toujours permettre de les distinguer.
Chez les filles de 10 à 19 ans, l’évolution est frappante :
482 adolescentes sur 100 000 ont été hospitalisées en 2025 pour un geste auto-infligé.
Après une hausse de 56 % entre 2020 et 2021, dans le contexte de la crise sanitaire, puis de 16 % entre 2023 et 2024, ce taux progresse encore de 4 % en 2025. La crise sanitaire a probablement joué un rôle d’accélérateur, sans pouvoir expliquer à elle seule une évolution amorcée auparavant et persistante depuis.
Les garçons ne sont pas épargnés : chez les 10-19 ans, leur taux d’hospitalisation a augmenté de plus de 10 % en 2024, puis de nouveau de plus de 10 % en 2025.
Et les décès ?
Le su***de demeure la deuxième cause de mortalité chez les jeunes, après les accidents. Les garçons et les jeunes hommes en meurent davantage que les filles et les jeunes femmes. À l’échelle de l’ensemble de la population, les hommes représentent les trois quarts des décès par su***de.
Une différence majeure apparaît ainsi entre les sexes : les adolescentes et les jeunes femmes déclarent davantage de pensées suicidaires et sont beaucoup plus souvent hospitalisées pour un geste auto-infligé, tandis que les garçons et les hommes meurent davantage par su***de.
Comment comprendre ce différentiel ? Ce sera l’objet du prochain volet.
Nous examinerons ensuite les facteurs déclenchants et les multiples déterminants de cette inquiétante réalité.
Besoin d’écoute ou d’aide : 3114. Danger immédiat : 15 ou 112.

Série « Les conduites suicidaires chez les jeunes » — 1. De quoi parle-t-on ?Un adolescent n’est pas « suicidaire » comm...
05/09/2026

Série « Les conduites suicidaires chez les jeunes » — 1. De quoi parle-t-on ?
Un adolescent n’est pas « suicidaire » comme s’il s’agissait d’une identité. Il traverse une crise, plus ou moins intense et durable, au cours de laquelle sa perception de lui-même, des autres et de l’avenir peut se rétrécir jusqu’à lui donner le sentiment qu’aucune autre issue n’est possible.
Encore faut-il distinguer plusieurs situations.
Les interrogations existentielles sont fréquentes à l’adolescence : « Quel est le sens de ma vie ? », « Pourquoi faut-il vivre et pour qui ? » Elles ne constituent pas, en elles-mêmes, des idées suicidaires, mais leur contexte doit être pris en compte.
Les idées de mort vont plus loin : « À quoi bon continuer ? », « Je voudrais disparaître » Elles traduisent une souffrance ou le désir d’échapper à une situation devenue intolérable.
Les idées suicidaires désignent, stricto sensu, le fait de penser à se donner la mort ou, à tout le moins, à rompre avec une situation jugée insupportable au point de mettre sa vie en jeu.
Elles peuvent être fugaces ou répétitives, rejetées ou peu à peu investies comme une solution possible. Elle impose d’aller plus loin : depuis quand sont-elles là ? À quelle fréquence reviennent-elles ? Qu’est-ce qui les déclenche ou les apaise ?
Le scénario — ou plan suicidaire — marque un degré supplémentaire.
L’adolescent a imaginé un moyen, un lieu ou un moment. Plus le scénario est précis, accessible et imminent, plus l’urgence augmente.
Il ne faut pourtant pas imaginer une progression obligatoire et bien ordonnée allant de l’idée de mort au su***de. Certaines crises évoluent lentement ; d’autres connaissent une accélération brutale, notamment sous l’effet d’une rupture, d’une humiliation, d’une consommation d’alcool...
La tentative de su***de (TS) traduit l’intention, même ambivalente, de mettre un terme à son existence.
Chez beaucoup d’adolescents, le désir de mourir coexiste avec celui d’être secouru, reconnu ou simplement délivré d’une souffrance devenue insupportable. Cette ambivalence ne diminue en rien la gravité de l’acte.
Une TS ne doit donc jamais être qualifiée de « théâtrale » ou de « chantage ». Sa gravité psychique ne se mesure pas uniquement à ses conséquences physiques. Un geste médicalement peu sévère peut révéler une détresse majeure.
On évitera également les expressions « su***de réussi », « su***de raté » ou « su***de abouti ». Il est plus juste de parler de tentative de su***de ou de décès par su***de.
Enfin, parler de crise suicidaire rappelle une chose essentielle : une crise a un début, une évolution et une fin possible.
Au moment où il envisage la mort, l’adolescent ne souhaite pas toujours cesser d’exister. Il veut surtout que cesse la vie devenue invivable qu’il mène à cet instant. Nous verrons comment l'aider à trouver une autre issue.

À noter : appeler le 3114 pour trouver une écoute et de l'aide. En cas de danger immédiat : 15 ou 112.

Les journalistes racontent-ils l’actualité… ou contribuent-ils à la fabriquer ?Les médias ne fabriquent pas nécessaireme...
28/08/2026

Les journalistes racontent-ils l’actualité… ou contribuent-ils à la fabriquer ?
Les médias ne fabriquent pas nécessairement les faits, mais ils contribuent puissamment à décider lesquels deviendront des événements.
Un fait ne devient une actualité que lorsqu’il est sélectionné, nommé, mis en récit, répété et hiérarchisé. Pendant plusieurs jours, les mêmes images, les mêmes chiffres et les mêmes controverses peuvent occuper l’espace médiatique. Cette insistance produit alors des effets très concrets : elle oriente les conversations, suscite des réactions politiques, impose des prises de position et peut finir par provoquer de nouveaux événements. Le commentaire devient ainsi une partie de ce qu’il commente.
Tout n’est évidemment pas à condamner !
Le journalisme d’investigation révèle une réalité jusque-là cachée. Respect. Espérons qu’il reste libre d’enquêter et d’informer.
Le journalisme d’information rapporte et contextualise des faits déjà survenus ou en train de se produire. « Des faits, rien que des faits », entend-on souvent. Respect également, lorsque cette ambition est tenue — surtout lorsque l’information vient du terrain plutôt que d’un commentaire à distance, sur un plateau.
Le journalisme de flux, lui, sélectionne, amplifie et scénarise certains sujets jusqu’à leur conférer une importance sociale parfois sans commune mesure avec leur poids réel.
C’est particulièrement visible sur les chaînes d’information continue et les réseaux sociaux : un propos marginal devient une polémique ; la polémique appelle des réactions ; ces réactions deviennent à leur tour des informations. On assiste ainsi à une véritable boucle de fabrication de l’importance d’un sujet.
Et ce journalisme de flux a le vent en poupe.
Bien sûr, les médias sont eux-mêmes pris — de plus en plus, malheureusement — dans une économie de l’attention faite d’urgence, de concurrence, d’audience, d’algorithmes, de communication politique et d’emballements sur les réseaux sociaux. Ils contribuent donc à fabriquer l’actualité, mais au sein d’un système qui les pousse à privilégier ce qui choque, divise ou inquiète.
L’enjeu n’est donc pas seulement de savoir si une information est vraie. Il faut aussi se demander pourquoi celle-ci nous est montrée, pourquoi elle l’est autant — et quelles réalités cette lumière intense laisse simultanément dans l’ombre.

Géolocalisés… mais désorientésNous n’avons jamais été aussi précisément localisés. À un mètre près, notre smartphone sai...
19/08/2026

Géolocalisés… mais désorientés
Nous n’avons jamais été aussi précisément localisés. À un mètre près, notre smartphone sait où nous sommes. Waze nous conduit à destination, parfois par d’improbables chemins, avec une efficacité remarquable.
Mais savons-nous encore vraiment où nous sommes ?
Autrefois, en dépliant un atlas Michelin, nous découvrions non seulement la route à suivre, mais aussi les villages voisins, les rivières, les reliefs, les distances et les détours possibles. Nous pouvions embrasser un territoire du regard. Un nom aperçu sur la carte éveillait parfois un souvenir, une curiosité, le désir d’un détour.
Le GPS, lui, nous guide dans un couloir. Il optimise notre trajectoire, mais rétrécit notre champ de vision. Il nous dit où tourner, beaucoup moins ce que nous traversons. Nous suivons une ligne sans toujours percevoir l’espace auquel elle appartient.
La même chose se produit sur les chaînes d’information en continu. Lors d’un incendie ou d’une inondation, les caméras nous montrent les flammes au plus près, les maisons menacées, les habitants évacués. L’image est spectaculaire, immersive, chargée d’émotion. Mais où cela se passe-t-il exactement ? À proximité de quelle ville ? Dans quel paysage ? À quelle distance des lieux que nous connaissons ?
Les cartes se font rares. Nous voyons le sinistre, mais nous peinons à le situer.
Or, situer un événement, ce n’est pas seulement lui attribuer des coordonnées. C’est le replacer dans un territoire, parmi d’autres lieux, dans une géographie, mais aussi dans une histoire. Les cartes nous permettaient peut-être de mieux comprendre que tout lieu entretient des relations avec ce qui l’entoure et porte les traces de ce qui l’a précédé.
Nous sommes ainsi confrontés à un étrange paradoxe : jamais aussi bien géolocalisés, jamais aussi puissamment plongés au cœur des événements… et pourtant de moins en moins capables d’en avoir une vue d’ensemble.

Toujours aucune nouvelle de FB quant à ses censures inopportunes…Réseaux sociaux interdits aux moins de 15 ans : qu'en p...
15/08/2026

Toujours aucune nouvelle de FB quant à ses censures inopportunes…

Réseaux sociaux interdits aux moins de 15 ans : qu'en penser ?
Censuré par le Conseil constitutionnel, ce projet répondait à une volonté évidente de protection, inspirée par les conclusions de la commission « Enfants et écrans » et par celles de la commission d’enquête parlementaire consacrée aux effets de TikTok sur les mineurs.
Les risques invoqués sont indiscutables :
• captation de l’attention par des mécanismes addictogènes ;
• altération du sommeil ;
• cyberharcèlement ;
• exposition à des contenus violents, pornographiques, suicidaires ou pro-anorexiques ;
• comparaison sociale permanente ;
• amplification possible de fragilités préexistantes.

Les adolescents doivent évidemment être protégés. Fixer le seuil à 15 ans, pourquoi pas, cela peut en effet constituer une borne juridique, éducative et symbolique.
Mais une question demeure :
Une interdiction formelle imposée aux adolescents peut-elle être crédible lorsque les adultes continuent d’utiliser les mêmes réseaux sous leurs yeux ?
Il existe bien sûr des interdictions légitimes liées à l’âge : l’alcool, le tabac, la conduite automobile… Mais les réseaux sociaux sont utilisés quotidiennement par les adolescents comme par les adultes, souvent dans les mêmes lieux. La question de l’exemplarité devient alors centrale.
Comment demander à un adolescent de poser son téléphone à table si ses parents consultent le leur ?
Comment lui interdire les écrans le soir si les adultes restent eux-mêmes hyperconnectés ?
Comment dénoncer sa dépendance quand toute la famille réagit à la moindre notification ?
"La maison sans tabac" est souvent efficace parce qu'elle concerne tout le monde. Il devrait en aller de même pour certaines règles numériques.
Plutôt qu’un interdit (d’ailleurs compliqué à faire respecter), on devrait pouvoir dire, en famille :
« Chez nous, nous choisissons ensemble de ne pas laisser les écrans envahir les repas, les conversations, la nuit et les moments partagés. »

Pour protéger efficacement les adolescents, il faudrait surtout contraindre les plateformes à désactiver, pour les mineurs, les fonctionnalités les plus prédatrices : défilement infini, notifications incessantes, recommandations algorithmiques, géolocalisation, sollicitations nocturnes…
Et en ce qui nous concerne, apprendre aux jeunes à comprendre ces mécanismes, plutôt que de leur demander seulement de s’en tenir éloignés.
Car une interdiction facilement contournable peut préserver la conscience des adultes sans modifier réellement les pratiques adolescentes.
On ne protégera pas durablement les adolescents des dérives du numérique en leur imposant une abstinence des réseaux sociaux que les adultes seraient eux-mêmes incapables de pratiquer.
Une limite éducative n’est crédible que si elle s’inscrit dans une sobriété numérique partagée.
Enfin, quid des aspects positifs des réseaux sociaux ?




Les scarifications à l’adolescence (7/7) … Aucune nouvelle de FB …Comment aider sans dramatiser… ni banaliser ?Découvrir...
13/08/2026

Les scarifications à l’adolescence (7/7) … Aucune nouvelle de FB …
Comment aider sans dramatiser… ni banaliser ?

Découvrir qu’un adolescent se scarifie provoque souvent de la peur ou de la colère. Pourtant, reproches, menaces et interrogatoires pressants ne font qu’accroître sa honte et son besoin de se cacher.
La première chose à faire est d’examiner la plaie avec calme et délicatesse. En cas de saignement, il faut exercer une compression douce avec une compresse propre, puis nettoyer la plaie à l’eau et au savon et la protéger par un pansement. Une plaie profonde, béante ou souillée, un saignement persistant, une perte de sensibilité ou de mobilité nécessitent un avis médical rapide ; il faut également vérifier que la vaccination antitétanique est à jour. Frotter brutalement une blessure pour « lui passer l’envie de recommencer » serait aussi maltraitant qu’inefficace.
Soigner doucement, c’est déjà traiter l’adolescent comme un écorché vif : auteur de son geste, mais victime d’une souffrance qu’il ne parvient pas encore à exprimer autrement. Il lui arrive même d’écrire « sacrifications » à propos de ses gestes.
Il faut chercher à ouvrir le dialogue sans imposer le regard. Chaque fois que possible, « parler à la plaie », ce qui est une manière explicite de reconnaître l’adolescent comme il est : « à vif ». On peut alors dire : « Je ne te juge pas. Si tu te blesses ainsi, c’est que tu souffres et que tu ne trouves pas d’autre moyen de t’apaiser. Je sais que cela ne s’arrêtera pas sur commande. Mais cherchons ensemble une autre façon de te soulager, sans avoir besoin de te faire du mal. »
Lorsque les larmes coulent, ne pas se précipiter pour les essuyer : elles constituent une expression naturelle et non délétère de la douleur. Pleurer « sur la plaie » peut même avoir une forte valeur symbolique.
Lorsque le dialogue devient possible, on cherchera à comprendre ce qui a précédé le geste : événement déclencheur, émotions, pensées, tension, moyen utilisé et soulagement obtenu. Non pour enquêter, mais pour repérer ce qui a conduit à la scarification.
Il faut aussi poser clairement la question des idées suicidaires et apprécier l’existence d’une intention, d’un scénario, de moyens immédiatement accessibles et la capacité du jeune à se maintenir en sécurité. En cas de danger imminent — intention suicidaire active, scénario précis avec moyens accessibles, impossibilité de garantir sa sécurité — ou de blessure grave, il ne faut pas le laisser seul et une orientation immédiate vers un service d’urgence s’impose.
Chaque fois que l’adolescent parvient à différer le geste, à demander de l’aide ou à s’apaiser autrement, c’est déjà une victoire. On peut lui demander de noter ce qui l’a aidé dans un petit « carnet de correspondance » : personne à appeler, lieu où s’apaiser, activité qui fait baisser la tension, mise à distance des objets utilisés. On peut également l’inviter à y faire des dessins, des peintures, des créations pour parler de sa souffrance, autrement qu’avec des mots. 
Les scarifications appellent une évaluation psychologique et médicale. Une psychothérapie adaptée peut aider à mettre des mots sur ce qui déborde et à développer d’autres stratégies d’apaisement. Un médicament n’est ni systématique ni une réponse directe aux scarifications ; il ne se justifie qu’en présence d’un trouble associé identifié.
Aider, ce n’est ni surveiller chaque centimètre de peau ni fermer les yeux. C’est soigner la blessure, entendre la souffrance, évaluer le danger et rester présent pour qu’une autre issue devienne possible.
Danger immédiat : 15 ou 112. Le 3114 répond 24 h/24 et 7 j/7.

[illustration : œuvre d’une patiente]

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