30/06/2025
Nos culpabilités quotidiennes seraient-elles parfois des « culpabilités-écrans » ?
En effet. Nous nous blâmons souvent pour des motifs en apparence anodins : ne pas avoir été assez aimable, assez mince, assez engagé… Mais ces reproches masquent parfois une autre réalité, bien plus profonde. La véritable faute, celle qui nous habite inconsciemment, s’est jouée ailleurs (dans notre histoire personnelle ou même dans celle de nos ascendants) et a été refoulée. Il n’en subsiste alors qu’un déplacement de la culpabilité vers des objets plus acceptables. Parfois, il ne reste même rien de cette culpabilité originelle, sinon une angoisse sourde, une honte diffuse, un sentiment d’insuffisance difficile à nommer.
Chez la plupart d’entre nous, ce qu’on pourrait appeler des névrosés « ordinaires », cette culpabilité inconsciente se manifeste par une crainte irrationnelle d’un malheur imminent. Comme si notre bonheur ne pouvait être légitime, et qu’une punition devait inévitablement survenir : maladie, accident, drame affectif… Le psychisme inconscient attribue à ces événements la fonction d’une sanction, bien que notre conscience n’en fasse pas le lien.
Le besoin de punition est un indice à ne pas négliger à condition de parvenir à le reconnaître. Car, par définition, nous n’avons pas conscience d’être sous l’emprise d’une culpabilité inconsciente, encore moins d’attendre un châtiment pour une faute que nous ignorons avoir commise. Et pourtant, ce besoin de punition se manifeste, notamment par des conduites d’échec, où l’on se sabote soi-même en l’absence de sanction extérieure.
Prenons l’exemple fréquent d’étudiants qui, malgré une préparation solide, se retrouvent paralysés le jour de l’examen. Ou celui d’athlètes qui, à quelques mètres de la victoire, ralentissent subitement. Ces auto-sabotages peuvent signaler une culpabilité refoulée. De même, en thérapie, nombre de patients consultent après avoir constaté la répétition d’un scénario problématique « Je tombe toujours sur des partenaires qui refusent l’engagement… » et commencent à se demander si cette répétition n’a pas une logique interne, plutôt qu’une simple malchance.
Oui, nos petites culpabilités peuvent être des masques. Elles voilent une culpabilité plus ancienne, enfouie, et souvent indicible. Et tant qu’elle reste inconsciente, elle continue d’agir, en silence, comme une dette jamais réglée. La reconnaître, c’est déjà s’en libérer un peu.
Jung vous aurait dit « Tant que vous n’aurez pas rendu l’inconscient conscient, il dirigera votre vie et vous appellerez cela le destin. »