Roxana Mihalache Psychanalyste

Roxana Mihalache Psychanalyste J’accompagne toutes celles et ceux qui sont sur un chemin de découverte de soi et de libération

Cette année est celle des libérations, des révélations nouvelles sur soi-même, l'année où beaucoup de masques tombent. C...
05/06/2026

Cette année est celle des libérations, des révélations nouvelles sur soi-même, l'année où beaucoup de masques tombent. Ce que tu pensais de toi-même, des autres, ne semble plus valable. C’est moi qui aime à penser que ce ne sont que des masques, car j'ai toujours aimé ce qui se cache, pour mieux le révéler. Mais au fond je crois qu'il s'agit plutôt d'une transformation qui guettait dans un coin depuis longtemps. Elle adore « faire la fête » à « quelqu’un ». Les jeux de pouvoir s’essoufflent, les vieilles amitiés partent en fumée. Tu les regardes passer, tel un cadavre emporté par le Nil, sans tristesse ni regret. Avoir cueilli ou avoir été cueilli… aujourd'hui, cela n'a plus d'importance. Quelque chose de radieux t’attend pour t’accueillir dans un nouveau monde. Je le vois aussi au cabinet… des transformations étonnantes s'opèrent chez ceux qui ont passé longtemps à se sentir divisés. Je pourrais te souhaiter d'« être toi-même », mais ce serait un blasphème… car même dans la souffrance, même en faisant « comme les autres », tu es déjà « toi-même ». Alors je dirais plutôt ceci… accepte de naître sans anesthésie, car d’une manière ou d’une autre, tu en sortira toujours les pieds baignés dans la lumière de ton nouveau soleil.

Roxana Mihalache Psychanalyste

Le véritable traumatisme d’une séparation ne réside pas tant dans la perte de l’objet que dans la désintégration des inv...
01/05/2026

Le véritable traumatisme d’une séparation ne réside pas tant dans la perte de l’objet que dans la désintégration des investissements narcissiques que le sujet y avait déposés. Ce que tu pleures, ce ne sont pas les contours de l’autre, mais ces fragments de ton propre Moi, ces potentialités que, faute de les assumer, tu avais projetées sur cet Autre.

Ce que tu nommes tes « attentes » n’était en réalité qu’un manque-à-être que tu tentais de combler par sa présence. Si l’objet de ton amour te manque au point que sa représentation devienne une obsession, alors interroge le symptôme... quelle faille en toi cette obsession vient-elle désigner et recouvrir à la fois ?
Était-ce son apparente chaleur ? Ou la fonction de pare-excitation qu'il remplissait contre ton propre froid intérieur ? Cette fixation révèle peut-être une béance affective structurale, un déficit ancien dans ta capacité à te prodiguer ta propre reconnaissance. L’absence de l’autre n'est plus alors un vide, mais le miroir impitoyable de ton économie psychique, révélant la nature de tes dépendances. Si c'était sa fonction de protection que tu recherches, c'est l'injonction à édifier une sécurité interne qui ne dépende plus d'un tuteur extérieur. Si c'était sa beauté, c'est l'appel à cesser d'aliéner ta propre valeur dans le regard de l'Autre.

Il ne s'agit nullement de dénier la nécessité du travail de deuil, mais de comprendre sa nature. Car si tu te demandes «pourquoi cette fixation morbide ? pourquoi suis-je incapable de faire le deuil de cet objet ? », c’est que le symptôme parle. Il est une formation de l'inconscient, un signifiant insistant qui te somme de te retourner vers toi-même. La résolution n'est pas dans l'oubli, elle est dans le déchiffrage de ce que cette douleur signifie. La réponse ne se loge pas à l'extérieur de la souffrance ; elle est la trame même de ce symptôme.

L'intensité du trauma est toujours corrélée à la puissance de l'idéalisation. Ce processus, par lequel le sujet pare l'objet de toutes les perfections, sert avant tout à combler ses propres failles narcissiques. Plus les qualités que tu lui attribuais correspondent à des aspects refoulés ou non développés de ton propre Idéal du Moi, plus la perte de cet objet idéalisé est vécue comme une amputation. Idéaliser, c’est voir en l’autre non plus un être distinct, mais l’objet a, l'objet supposé détenir la clé de ta complétude.

Si la reconstruction te paraît insurmontable, c’est que tu avais sans doute aliéné une part de ta propre structure psychique en la faisant reposer sur lui. Si, manquant de confiance, tu te sentais soudain plus solide à ses côtés, c’est qu'il fonctionnait comme un Moi-auxiliaire, un étayage pour ton propre édifice chancelant. Son départ ne te prive pas seulement de sa présence, il te confronte brutalement à ta propre incomplétude. C’est se retrouver face à la béance originelle que sa présence venait masquer. Dès lors, la seule question qui vaille, la seule qui puisse initier la guérison, émerge : quelle était la substance de ton désir avant qu'il ne s'incarne entièrement en l'autre ? Quelle était la question qui te constituait, avant que cet autre n'y apporte une réponse trop simple ?

Roxana Mihalache Psychanalyste

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La thérapie s’apparente à une reconstitution minutieuse d’une scène de crime. On retourne sur les lieux, on balise le te...
19/04/2026

La thérapie s’apparente à une reconstitution minutieuse d’une scène de crime. On retourne sur les lieux, on balise le terrain, on délimite les zones de fracture. À la craie, on retrace les contours du passé, attribuant à chaque trace une teinte émotionnelle… le sépia du chagrin, le gris du désespoir, le rouge vif de la colère, le flou de la nostalgie ou le chaos de la confusion. On observe la fresque, on suspend le souffle. « Qui était là, dans l’ombre, à ce moment-là ? ». Cette analyse exige une lenteur chirurgicale ; se précipiter, c’est risquer d’effacer les indices, de corrompre les preuves, de fausser la vérité du sujet.

Celui qui pousse la porte du cabinet arrive souvent en « prévenu ». Il vient se rendre, accablé par un sentiment de culpabilité primaire. Coupable d’avoir ressenti, ou à l’inverse, d’être resté de glace. Coupable de sa propre impuissance à se défendre, de ses amnésies, de son aveuglement. En thérapie, le patient est une instance à lui seul : il est simultanément le coupable, le juge, le procureur et la victime. Une scène se rejoue en boucle, un huis clos où les voix se déchirent :
Le Coupable : « Pourquoi ai-je agi ainsi ? Comment réparer ce qui est brisé ? »
Le Juge : « Comment as-tu pu ? La sentence sera à la hauteur de ta faute. »
Le Procureur : « Ton acte est impardonnable. Je requiers la peine maximale : le bannissement, l’abandon, le manque d’amour à perpétuité. »
La Victime : « Pitié, je ne mérite pas cet exil. »

Jeté dans les geôles de son propre psychisme, le sujet appelle alors un avocat… le thérapeute. Sa mission n’est pas de nier les faits, mais de réviser le procès. Il est là pour rappeler au prévenu ses droits fondamentaux, pour lui rendre sa dignité d’humain. Il est appelé à faire justice, non par la loi, mais par la vérité. Et contrairement au tribunal des hommes, la thérapie ne condamne pas… elle absout. Ici, le « coupable » finit toujours par être innocenté.
C’est alors que le juge intérieur, transformé par le travail de conscientisation, dépose son marteau et prononce enfin l’acquittement :
« Je te déclare libre. Libre d’avoir réapproprié ton corps, libre d’avoir déposé tes armes, libre d’avoir pleuré. Libre, enfin, d’avoir pardonné à l’autre, et surtout, de t’être pardonné à toi-même. La vérité t’a rendu justice. »

Roxana Mihalache Psychanalyste

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Elle dit avoir l’impression que sa vie est pleine d’obstacles, qu’elle voudrait avancer mais n’y parvient pas. Elle aime...
02/04/2026

Elle dit avoir l’impression que sa vie est pleine d’obstacles, qu’elle voudrait avancer mais n’y parvient pas. Elle aimerait avoir confiance en elle, « cette » fameuse confiance dont tout le monde parle, mais elle ne sait pas à quoi elle ressemble.
— L’avez-vous déjà eue ?
— Non.
— Et que feriez-vous avec cette confiance ?
— Eh bien, je serais plus à l’aise avec les gens.
Je lui demande alors de quoi cette Catherine idéale (nom fictif) aurait besoin pour se sentir davantage confiante.
— Oh, très bonne question… Je ne sais pas. Je n’y avais jamais pensé.

Que souhaite-t-elle, au fond, pour elle-même ?

C’est là que réside le blocage… dans le désir. La difficulté de vouloir, tout simplement. Quand on n’arrive même plus à souhaiter — par l’imagination ou le fantasme — alors le blocage et l’interdiction se situent au niveau du désir lui-même. Le manque de confiance en soi et les obstacles ne sont alors que la conséquence de cette difficulté à désirer.
Pourquoi est-il interdit de souhaiter ? Quels inconvénients ou changements désagréables ton désir pourrait-il engendrer ?

Si ta « demande » de confiance en soi s’accompagne d’un dialogue intérieur empli de peur qui te dit : « Je voudrais avoir confiance en moi, mais cela ne m’apporte que du malheur. Regarde comme je suis laide ! Personne ne m’aime à cause de ça, personne ne me veut, je suis repoussante », etc., alors cette confiance ne viendra pas. Tu prépares un terrain où tu sèmes chaque jour des graines stériles, vestiges du passé, décomposées depuis longtemps. Ces graines sont inertes, sans vie.
La confiance en soi — même si elle n’existe pas au départ — doit d’abord être DÉSIRÉE et FANTASMÉE pour apparaître, comme un enfant. Il faut l’appeler, elle a besoin d’une incantation intérieure, d’un rituel sur un terrain où elle puisse éclore, là où elle sentira qu’elle a sa place. Pour cela, il faut des semences fertiles du type de désir qui dit : « Ah… j’aimerais avoir confiance en moi, et je m’imagine avec une démarche incroyable… quand je marche, c’est comme si je flottais sur les vagues, et quand je parle, mes idées sortent avec une clarté étonnante », etc.
L’apparition de ce que l’on désire ne se construit pas sur un fond d’imaginaires passés, fantomatiques et douloureux, mais se nourrit d’imaginaires futurs, concrets, clairement exprimés, détaillés, longuement rêvés et intensément désirés.

Roxana Mihalache Psychanalyste

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« Tu es né seul et tu mourras seul. » Voilà une phrase qui, à force de répétition, s’est imposée comme un axiome, une so...
02/04/2026

« Tu es né seul et tu mourras seul. » Voilà une phrase qui, à force de répétition, s’est imposée comme un axiome, une sorte d’oracle pessimiste collé au mur de notre imaginaire collectif. Mais si l’on ouvrait un instant la porte de la psychanalyse pour laisser entrer un peu de lumière dans cet axiome un peu rugueux… que deviendrait cette affirmation ?
Commençons par la naissance, cet instant que l’on nous décrit communément comme un « venir à soi », ce moment dernier de solitude absolue et première prise de conscience individuelle. Or, si l’on s’y penche un peu, ce « soi », à la naissance, est un concept flou, un territoire encore brouillé, une mosaïque mouvante où les frontières entre « moi » et « autre » sont plus poreuses qu’on ne l’imagine. La mère et l’enfant inexistants l’un sans l’autre dans une danse clinique et symbolique… un tissage, une couture, un acte éminemment relationnel qui dépasse la simple juxtaposition de corps.

Le ventre maternel, loin d’être une cellule isolée, est ce premier espace intersubjectif — un lieu d’immersion totale dans l’Autre. Un véritable « campus du lien », où chaque contraction, chaque souffle, chaque frisson émotionnel maternel ne fait que renforcer cet entrelacs intime. De là découle la plus grande énigme psychanalytique. À quel moment ce bébé, encore ancré dans ce foisonnement sensoriel partagé, commence-t-il à se distinguer de cette « mer-mère » qui l’enveloppe ? Peut-on vraiment parler de solitude à une époque où le sujet est encore une question ouverte, une négociation permanente entre dedans et dehors, soi et non-soi ?

Et surgit alors le grand moment de la naissance, cet actant du réel freudien qui vient imposer sa coupure, son traumatisme originel, cet événement premier qui sépare brutalement le bébé de la fusion et l’introduit dans le monde des objets partiels, des séparations, des pertes. En ce sens, naître « seul », c’est avant tout se confronter à une solitude inaugurale, une confrontation avec l’altérité archaïque, ce « manque » originel qui est la racine même du désir et de l’inconscient. Mais à aucun moment, ce « seul » n’est un isolement inévitable ou total, car il prend racine dans une histoire relationnelle — dans le regard maternel, dans les interstices du langage à venir, dans ce rapport d’objet premier qui constitue notre psyché.

Passons maintenant à la mort, la signification ultime de cette solitude revendiquée. Là encore, c’est une posture séduisante que d’imaginer ce dernier souffle comme une extinction pure, une fin stérile où l’individu se fermerait hermétiquement au monde. Pourtant, la psychanalyse, si elle a quelque chose à nous enseigner sur ce départ, c’est que la mort, comme la vie, est remplie de présences spectrales, d’empreintes mnésiques, de figures qui hantent la psyché. Les récits de ceux qui voient soudain apparaître des visages chers, ou qui sentent comme un souffle familier à la frontière entre deux mondes, ne sont pas simplement des croyances naïves - ils témoignent de la puissance du lien, du travail incessant de l’inconscient pour lier les absents à la vie psychique des vivants.

La solitude, en vérité, au-delà de la simple présence ou absence d’un corps dans la pièce, est une affaire beaucoup plus subtile. Elle renvoie à cette dimension de la désaffiliation, à ce repli psychique où l’individu s’enferme derrière sa propre fermeture narcissique, refusant l’altérité qui fait pourtant l’essence de la condition humaine. Une solitude dite « psychique », une auto-exclusion du dialogue avec l’autre, un mur érigé entre le moi et le dehors, et parfois même entre le moi et lui-même. C’est précisément cette forme de solitude, souvent masquée sous les faux-semblants du « je me débrouille tout seul », qui peut s’avérer profondément douloureuse, voire pathologique.

En vérité, le sujet humain est fondamentalement une créature du lien, un être en quête d’objet, de regard, de reconnaissance. Il n’y a pas de naissance véritable sans ce tissage d’altérité, pas de mort qui ne s’enracine dans un réseau de souvenirs, d’affects et de relations, pas de solitude qui ne soit, avant tout, une illusion de séparation.
« Né seul, mort seul » ? Une formule qui fascine par sa simplicité, mais qui, à la lumière de la psychanalyse, révèle sa complexité paradoxale - ce que l’on croit fracture est en réalité un processus continu, une oscillation constante entre le jeu des absences et des présences, entre le dedans et le dehors, le moi et l’autre.
Un bon motif pour réfléchir — et peut-être pour accueillir cette solitude non pas comme un gouffre, mais comme un espace où le lien, pourtant invisible, continue de se déployer.

Roxana Mihalache Psychanalyste

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"La « Jeune Fille sans Mains » est une histoire sur les vraies femmes, dans la vraie vie. Elle ne traite pas d'une parti...
29/03/2026

"La « Jeune Fille sans Mains » est une histoire sur les vraies femmes, dans la vraie vie. Elle ne traite pas d'une partie de notre existence, mais des phases d'une vie entière. Elle nous apprend en essence que les femmes ont pour tâche d'errer encore et encore dans la forêt. Notre âme et notre psyché sont équipées de façon à ce que nous puissions effectuer la traversée des territoires psychiques souterrains, en nous arrêtant ici et là, pour écouter la voix de la vieille Mère Sauvage, pour nous nourrir des fruits de l'esprit, et retrouver tout ce que nous aimons et tous ceux que nous chérissons.

Au debut, c'est dur d'être avec la Femme Sauvage. Restaurer l'instinct endommagé, bannir toute naïveté et, au fil du temps, apprendre à connaître les aspects les plus profonds de la psyché, nous accrocher à ce que nous avons appris, ne pas nous détourner de notre route, défendre nos positions...tout cela nécessite une endurance sans limites, une endurance mystique. Quand nous émergeons du monde du dessous après l'une de nos incursions, il est possible que nous ne semblions pas changées. Pourtant, à l'intérieur, nous avons reconquis un vaste espace de féminité sauvage. En surface, nous sommes encore amicales, mais sous la peau, nous n'avons plus rien de domestique."

Femmes qui courent avec les loups - Clarissa Pinkola Estes

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28/03/2026

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Vivre à la manière de la « gentille fille », c’est souvent répondre à un appel intérieur ancestral… celui d’abriter, dan...
27/03/2026

Vivre à la manière de la « gentille fille », c’est souvent répondre à un appel intérieur ancestral… celui d’abriter, dans le sanctuaire fragile de la psyché, une forme de pureté originelle. Ce rôle immaculé, presque sacré, se déploie comme une armure de douceur destinée à conjurer les assauts du monde extérieur. Être bonne, toujours prête à apaiser, sourire, protéger, ce n’est pas seulement une aspiration altruiste, c’est un stratagème psychique subtil — un véritable « mode d’emploi » anti-agression. En quelque sorte, la gentille fille s’arme de ses bonnes intentions comme on brandit un bouclier magique convaincu qu’il repoussera les flèches du « mal » ambiant.

Elle se persuade que sa constance dans l’aide, son sourire irréprochable, son « oui » indéfectible, finiront par engendrer une justice équitable : les autres, inéluctablement charmés par sa sainteté domestique, devront lui rendre la pareille. Quel ennemi pourrait bien vouloir s’en prendre à une telle figure ? Difficile à concevoir ! Et pourtant, lorsque la trahison frappe, la déception est d’autant plus large que son cocon materno-laiteux était dense et protecteur, tissé de projections tendres, mais fragile face aux réalités cruelles.
Car au fond, la « gentille fille » s’abrite derrière un écran de fumée psychique contre une « Autre » bouleversante — sa jumelle inversée, son double obscur, la fameuse « fille-méchante ». Celle-ci, au contraire, est un feu indompté qui gronde et frappe du poing sans préavis contre les portes closes de son sous-sol intérieur. Elle est cette force irrépressible, brute, sans nuances, qui refuse les compromis. Là où la gentille fille marche prudemment en évitant les dérapages, la méchante file droit, quitte à brûler quelques ponts en chemin.

L’« Autre », c’est la rebelle tapie dans l’ombre, perçue comme une menace aux contours incertains. Pas de codes, pas de rassurances, juste un souffle fougueux, cru et vivant… un monde intérieur aussi imprévisible que fascinant, où la liberté se décline sans gants de velours. Parfois, une telle intensité peut faire peur, il faut bien l’avouer. Qui a envie de sauter dans l’inconnu lorsque la douceur rassurante tend les bras ?
Pourtant, nier ou réprimer cette part sombre ne fait que l’alimenter davantage, attisant un feu intérieur que la gentille fille tente d’étouffer. L’« Autre » surgit alors sous forme de tempête, prête à réduire en cendres l’édifice soigneusement construit de la gentillesse passive. Elle ne cherche ni à plaire ni à déplaire, elle cherche simplement à exister — intensément, sans filet, à coups d’authenticité brutale.

Roxana Mihalache Psychanalyste

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Du pic à glace à la mante religieuseBasic Instinct ou la femme fatale comme scène de l’angoisse masculineJoëlle Lanteri ...
27/03/2026

Du pic à glace à la mante religieuse

Basic Instinct ou la femme fatale comme scène de l’angoisse masculine

Joëlle Lanteri – Psychanalyste

I. Quand un objet banal devient mythe

Dans Basic Instinct, le pic à glace n’est pas seulement une arme. Il est l’exemple parfait de ce que le cinéma sait faire de mieux : arracher un objet domestique à sa banalité pour le hisser au rang de fétiche tragique. Rien, au départ, de plus ordinaire. Et pourtant, par la mise en scène, par la lumière, par l’érotisation du danger, il devient le prolongement d’une figure féminine fascinante et redoutée.
C’est là toute la force fantasmatique du film : faire basculer un accessoire neutre dans une dramaturgie du désir et de la mort. L’objet entre alors dans une logique sacrificielle. Il ne sert plus simplement à tuer. Il sert à condenser une peur archaïque : celle d’une femme qui ne serait plus objet du désir masculin, mais sujet de son propre désir, sujet de sa jouissance, sujet de sa loi.

II. La femme fatale : un vieux scénario culturel

Le cinéma n’a pas inventé cette figure. Il l’a magnifiée. Avant lui, la littérature, les mythes, les récits religieux et moraux avaient déjà longuement travaillé cette silhouette : la belle meurtrière, la séductrice insaisissable, la femme double, attirante et dangereuse.
Depuis Ève, une certaine tradition imaginaire fait de la femme l’annonciatrice d’une transgression. Elle tend le fruit, ouvre la porte, conduit hors du paradis. Elle serait celle par qui la chute advient, celle qui confronte l’homme à la perte d’un monde ordonné, maîtrisé, protégé. La faute ne serait plus seulement morale ; elle deviendrait ontologique. La femme ferait entrer le sujet dans le réel : celui du manque, du désir, de la finitude.
Hollywood a repris ce fil ancien avec une redoutable efficacité. Il ne cesse de recycler l’idée que la beauté féminine, lorsqu’elle échappe à la maîtrise, devient menace. Tant que la femme aime, attend, dépend, rassure, elle reste tolérable. Mais dès qu’elle désire pour elle-même, dès qu’elle semble n’avoir besoin de personne pour j***r, elle devient suspecte.

III. Catherine Tramell : une femme qui échappe

Catherine Tramell n’est pas seulement une criminelle possible. Elle est, plus profondément, une femme qui déjoue les assignations. Elle ne se laisse ni définir, ni attraper, ni moraliser. Elle écrit, manipule les signes, anticipe le regard des autres, retourne contre eux leurs propres fantasmes. Elle ne se contente pas d’être regardée : elle regarde le regard qui se pose sur elle.
C’est ce point qui la rend si troublante. Elle ne tient pas la place passive à laquelle une longue tradition imaginaire a voulu réduire le féminin. Elle ne se présente ni comme victime, ni comme amante dépendante, ni comme simple énigme romantique. Elle pense, elle met en scène, elle avance masquée, mais sans jamais donner l’impression d’être perdue dans son masque. Elle en joue.
Autrement dit, elle n’est pas simplement désirée : elle est sujet du dispositif. Et cela, pour l’imaginaire masculin classique, est insupportable.

IV. Angoisse de castration : ce que le film met en scène

On peut lire Basic Instinct comme une grande machine cinématographique au service d’une angoisse de castration. Non pas au sens réducteur ou scolaire du terme, mais au sens psychanalytique profond : l’homme y est confronté à une femme qui lui rappelle qu’il n’est ni tout-puissant, ni maître du désir, ni garant de la vérité.
La castration, dans cette perspective, n’est pas simplement la peur d’une atteinte corporelle. C’est l’effondrement d’une illusion narcissique : celle d’être centre, mesure, référence. Catherine Tramell fait vaciller cette fiction. Avec elle, le masculin n’est plus souverain. Il ne sait plus s’il désire, s’il enquête, s’il domine, s’il est déjà pris dans le piège.
Le danger n’est donc pas seulement d’être tué. Le danger est d’être décentré. D’être réduit à son trouble. D’être renvoyé à une faille. D’être mis en présence d’une jouissance féminine qui ne demande pas d’autorisation, qui ne se règle pas sur le désir de l’homme, qui peut même se déployer hors de lui.
C’est là que surgit la question essentielle : la femme qui jouit sans dépendre, que menace-t-elle chez l’homme ?
Elle menace son illusion d’être nécessaire.
Elle menace son pouvoir de nomination.
Elle menace son fantasme de maîtrise.
Elle menace enfin le privilège imaginaire d’être celui qui conduit la scène.

V. La femme qui tue : qui tue-t-elle, psychiquement ?

Dire que “la femme qui jouit est suspectée de tuer” ouvre une question très forte : que tuerait-elle au juste ?
Dans l’économie fantasmatique masculine, elle tue d’abord l’enfant-roi qui voudrait être l’unique objet du désir. Elle tue le rêve d’une féminité entièrement offerte, lisible, rassurante. Elle tue le fantasme d’une mère inépuisable et douce, toute tournée vers l’apaisement. Elle tue aussi, parfois, une certaine représentation virile de l’homme comme détenteur de la loi, du savoir et du contrôle.
Plus encore, elle tue peut-être une fiction narcissique : celle d’un masculin qui pourrait traverser le désir sans jamais y perdre quelque chose. Or désirer, c’est toujours risquer une perte. Aimer, c’est consentir à ne pas tout posséder. Être face à une femme libre, c’est être rappelé à cette vérité que beaucoup de défenses cherchent précisément à éviter.
La meurtrière fascinante condense alors cette peur : non seulement elle peut prendre la vie, mais elle peut enlever au sujet masculin ses certitudes les plus profondes. Elle le met au bord d’un vide : celui où l’autre n’est plus une garantie, mais une altérité irréductible.

VI. La mante religieuse : figure animale du fantasme masculin

La référence à la mante religieuse n’est pas anodine. Elle appartient à tout un bestiaire culturel où le féminin est animalisé pour être pensé comme menace. La mante attire, s’unit, puis détruit. Elle est devenue l’emblème d’un imaginaire où la sexualité féminine serait prédatrice.
Mais ce bestiaire en dit souvent davantage sur la peur masculine que sur les femmes elles-mêmes. Ce qu’il met en image, ce n’est pas une vérité du féminin, c’est une difficulté du masculin à symboliser une altérité qui ne lui obéit pas.
La femme devient alors insecte, sphinge, vampire, v***e noire, sirène. Toutes ces figures ont un point commun : elles incarnent une séduction qui conduit l’homme à sa perte. Or cette “perte” mérite d’être entendue autrement. Ce qui se perd, ce n’est pas seulement la vie, c’est le pouvoir. C’est la position de surplomb. C’est l’assurance d’être sujet face à un objet.
La mante religieuse n’est donc pas un portrait du féminin. C’est la projection dramatisée d’une angoisse masculine face à une jouissance autre.

VII. Le féminin comme confrontation au réel

Il existe dans Basic Instinct une dimension presque métaphysique. Catherine Tramell est moins un personnage psychologique qu’une figure de bord. Elle amène les hommes au bord de ce qu’ils ne maîtrisent pas. Elle les pousse vers une zone où les catégories vacillent : vérité ou mensonge, innocence ou culpabilité, amour ou manipulation, plaisir ou anéantissement.
En ce sens, elle fonctionne comme une confrontation au réel. Non pas le réel factuel de l’enquête, mais le réel au sens psychanalytique : ce qui échappe à la maîtrise, ce qui résiste à la mise en ordre, ce qui vient trouer les récits sécurisants.
Face à elle, les hommes du film se débattent moins avec un crime qu’avec leur propre désarroi. Ils voudraient savoir, classer, posséder, conclure. Or Catherine ne cesse de déplacer la scène. Elle laisse entendre que le désir est un territoire sans garantie, que la vérité ne se livre pas complètement, que le sexe touche à quelque chose de plus sombre et de plus instable que les codes sociaux.

VIII. Le regard, le contrôle, l’humiliation

L’une des grandes réussites du film est d’avoir déplacé le rapport de pouvoir vers le regard. Dans les scènes célèbres d’interrogatoire, ce n’est pas seulement Catherine qui est observée : ce sont les hommes qui sont exposés dans leur propre regard. Leur fascination les trahit. Leur maîtrise se fissure. Leur autorité institutionnelle vacille sous l’effet d’un trouble qu’ils ne peuvent pas contenir.
Autrement dit, la scène ne montre pas simplement une femme dangereuse ; elle montre des hommes déstabilisés par leur propre désir. Et c’est là que se loge une humiliation narcissique profonde. Le sujet masculin découvre qu’il n’est pas maître chez lui. Ni dans son corps, ni dans son regard, ni dans son enquête.
Le film joue brillamment de cette inversion. La femme qui devait être examinée devient celle qui révèle. Elle met à nu la fragilité des défenses viriles. Elle renvoie chacun à la part obscure de sa propre excitation, de sa propre dépendance, de sa propre faille.

IX. Beauté meurtrière ou mythe défensif ?

Il faut ici faire un pas de côté. Car Basic Instinct ne dit pas seulement quelque chose des femmes ; il dit surtout quelque chose de la manière dont une culture construit certaines femmes pour se défendre d’elles.
La “beauté meurtrière” peut être lue comme un mythe défensif. Lorsqu’une femme fascine, dérange, pense, désire, échappe, il devient tentant de l’identifier à un danger. On la transforme en péril afin de ne pas reconnaître ce qu’elle met en crise. Ce procédé protège le narcissisme masculin : si elle est dangereuse, alors il n’est pas nécessaire d’interroger ce qu’elle révèle.
Ce qu’elle révèle, pourtant, est précieux : l’impossibilité de réduire l’autre à une fonction rassurante. Le féminin libre vient rappeler que le désir n’est jamais complètement domestiquable. Et c’est peut-être cela, au fond, que le film dramatise derrière ses codes de thriller érotique : la difficulté à supporter une femme qui ne consent pas à être contenue dans le fantasme masculin.

X. Une clinique du soupçon porté sur la femme libre

Sur un versant plus clinique, cette figure résonne avec de nombreuses formes de soupçon dont les femmes peuvent encore faire l’objet. Une femme trop autonome sera dite froide. Une femme trop intelligente sera dite manipulatrice. Une femme qui assume sa sexualité sera dite dangereuse. Une femme qui ne dépend pas affectivement sera parfois vécue comme humiliante.
Le soupçon naît alors non d’un acte réel, mais d’un trouble provoqué chez l’autre. Ce n’est pas tant ce qu’elle fait qui dérange que ce qu’elle ne demande pas. Ne pas demander à être validée, protégée, guidée, contenue : voilà qui peut être vécu comme une offense dans certaines économies psychiques.
À cet endroit, Basic Instinct rejoint quelque chose de très ancien : la tendance à criminaliser symboliquement les femmes qui ne se soumettent pas à l’ordre imaginaire attendu.

XI. Le cinéma, machine à fantasmes

Le génie du cinéma est de donner corps à ces fantasmes. Il les habille de chair, de lumière, de musique, de montage. Il leur donne un visage inoubliable. Mais il faut alors tenir les deux dimensions ensemble : la puissance esthétique de cette figure, et la structure imaginaire qu’elle reconduit.
Car Basic Instinct fascine précisément parce qu’il met en scène avec raffinement une peur archaïque. Il ne se contente pas de raconter une intrigue criminelle. Il met à l’écran une vieille fable : celle selon laquelle la femme trop belle, trop libre, trop opaque, finit par devenir mortifère.
Et pourtant, ce n’est pas le film qu’il faudrait accuser simplement. Il faut plutôt l’écouter comme un symptôme culturel. Il rend visible une organisation fantasmatique persistante. Il montre combien la liberté féminine reste, dans certains récits, associée à la menace, à la déliaison, à la perte.

XII. Au bord de la crête

C’est sur cette ligne de crête que Basic Instinct reste intéressant cliniquement. Non parce qu’il dirait la vérité sur les femmes, mais parce qu’il expose avec éclat les peurs qu’elles suscitent lorsqu’elles sortent de la place assignée.
Du pic à glace à la mante religieuse, il y a tout un trajet imaginaire. Un objet banal devient arme mythique. Une femme libre devient prédatrice symbolique. Une jouissance non soumise devient péril. Et l’homme, face à elle, découvre qu’il ne risque pas seulement sa vie : il risque sa souveraineté imaginaire.
C’est peut-être cela que le film grave si profondément dans les mémoires : la beauté n’y devient meurtrière que parce qu’elle échappe à la maîtrise. Elle ne tue pas seulement un corps. Elle atteint une croyance plus intime : celle qu’un homme pourrait désirer sans jamais être désarmé.
Or aimer, désirer, rencontrer l’autre, c’est toujours consentir à être désarmé un peu. Là où cette vérité devient intolérable, la femme libre peut être transformée en monstre. Non parce qu’elle tue, mais parce qu’elle rappelle à l’homme qu’il n’est pas tout.

Joëlle Lanteri – Psychanalyste

photo : pinterest

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