23/07/2026
Suite et réponse à certains commentaires sur l'article "L'hébergement équin face à l'impératif de “Souveraineté Alimentaire”
À ceux qui croient qu'une partie du milieu équestre sera épargnée
“une utopie gravissime”
L'analyse des réactions face à la crise actuelle de l'hébergement équin révèle une fracture inquiétante au sein de notre profession, penser que le monde de l'élevage, du sport de haut niveau ou de l'agriculteur pluriactif survivra indemne à l'effondrement des pensions de loisir est une utopie gravissime, le milieu équestre n'est pas une juxtaposition de secteurs indépendants, mais un écosystème macroéconomique hyper-dépendant.
L'agonie actuelle des petites pensions n'est pas un problème isolé, c'est la chute du premier domino d'une réaction en chaîne inéluctable.
- Domino 1 “L'asphyxie des structures d'hébergement”
La crise frappe d'abord la base de la pyramide, prises en étau entre une fiscalité confiscatoire (TVA à 20 % sur la pension de base), l'explosion des coûts fourragers due au dérèglement climatique, et une politique foncière qui sanctuarise les terres pour l'agriculture vivrière via la nouvelle Loi d'Orientation Agricole, la majorité des structures équestres d'hébergement ne sont plus viables.
L'impossibilité de facturer le prix de revient réel conduit inexorablement à la faillite, à l'épuisement des gérants et, par ricochet, à une crise du bien-être animal due au manque de moyens.
- Domino 2 “L'évaporation de la clientèle et la fin de la démocratisation”
L'effondrement de ces structures ou l'augmentation drastique (mais vitale) de leurs tarifs va mécaniquement exclure une immense partie de la clientèle actuelle, le modèle d'une propriété équine accessible à tous est en train de se briser.
Si le coût mensuel d'entretien d'un cheval atteint son véritable niveau de rentabilité pour l'hébergeur, et si les infrastructures de proximité disparaissent, chassées par l'objectif Zéro Artificialisation Nette et la pression agricole nourricière, l'amateur moyen n'aura tout simplement plus les moyens matériels ou financiers d'être propriétaire.
- Domino 3 “Le crash inévitable du marché de l'élevage”
C'est ici que l'illusion de l'éleveur « intouchable » se fracasse contre le mur de la réalité, un éleveur professionnel peut certes récupérer sa TVA et évoluer dans un marché de professionnels (B2B), mais son modèle économique repose in fine sur l'absorption de ses produits par le marché global.
Si la masse des cavaliers amateurs et des propriétaires particuliers de la classe moyenne disparaît, à qui l'éleveur vendra-t-il ses chevaux ? Le circuit professionnel de très haut niveau ne pourra jamais absorber à lui seul le volume des naissances françaises.
Sans acheteurs finaux capables de loger leurs chevaux, les écuries d'élevage se retrouveront avec des poulains invendables, le marché s'écroulera faute de débouchés.
- Domino 4 “L'effacement territorial et l'isolement des agriculteurs diversifiés”
Même les agriculteurs traditionnels, qui tirent aujourd'hui profit d'une diversification en proposant des prés à bas prix, verront cette clientèle se tarir, plus grave encore, si l'élevage s'effondre et que la population équine se contracte, le poids politique et économique de la filière tout entière disparaîtra.
Dans un contexte où l'État doit arbitrer l'attribution de chaque hectare au nom de la souveraineté alimentaire, un monde équestre affaibli et privé de sa base populaire n'aura plus aucune légitimité à conserver ses 800 000 hectares face aux filières ovines ou bovines.
En conclusion
Croire que l'on peut regarder la base de la filière (les hébergeurs et les propriétaires amateurs) s'effondrer sans que cela ne tue la tête (l'élevage et le sport) est un déni de réalité, l'effet domino a déjà commencé.
Il n'y a pas de vainqueurs dans un écosystème qui s'écroule, soit le monde équestre et agricole prend conscience de son interdépendance absolue et fait front commun pour imposer une vérité des prix et revendiquer sa place, soit il sombrera dans sa totalité.
Chevalement Votre
Equina’Bio