24/06/2026
🐾 ÉTUDE DE CAS : PASCALE ET SES BERGERS AUSTRALIENS RÉACTIFS 🐾
(Par respect pour la vie privée de la personne concernée, les noms des chiens et de la propriétaire ont été modifiés).
Lors d’un stage que j’ai animé sur la lecture des interactions canines, j’ai rencontré un cas intéressant : celui de Pascale et de ses deux chiens, des bergers australiens, un mâle entier et une femelle stérilisée. Pascale avait souhaité amener ses chiens afin de mieux comprendre leurs réactions parfois agressives avec leurs congénères. Je lui ai dit que je pouvais sans problème l'accepter au stage, car aucun contact rapproché entre chiens n'était obligatoire. Lire les signaux que les chiens s'échangent à distance est tout aussi intéressant, voire encore plus riche, qu'une rencontre rapprochée entre deux canidés.
Pascale a d'abord fait descendre de la voiture sa femelle, Fenua. Cette dernière m'a étonnée par son calme à la descente du véhicule : quand on m'évoque un berger australien réactif, je m'attends à voir apparaître une petite boule d'énergie submergée par ses émotions, mais Fenua était à l'opposé de ce tableau. J'avais demandé aux deux personnes tenant les chiens « cobayes » de marcher dans la rue plusieurs dizaines de mètres devant nous, afin que Fenua puisse observer ses congénères de loin et prendre leurs odeurs sans se sentir envahie dans son espace personnel. Pour un chien sensible, voir des congénères de dos, et à distance, est la meilleure façon d'entamer une éventuelle discussion canine avec le moins de stress possible. Et en effet, Fenua paraissait sereine : elle trottinait tranquillement en longe devant son humaine, sans présenter d'hésitation particulière à l'idée d'approcher les deux labradors placides qui dandinaient leur popotin loin devant elle. Nous avons donc procédé plus vite que prévu à une rencontre plus rapprochée.
Fenua n'a commencé à présenter des signaux de communication aux deux autres chiens qu'à partir du moment où elle s'est retrouvée à 4 ou 5 mètres d'eux. Elle ne paraissait pas vraiment stressée : à part un petit bâillement et le fait qu'elle conserve ses distances sans chercher à aller renifler ses deux comparses, elle paraissait plutôt paisible. Elle s'est même couchée sur le trottoir pour profiter de la fraîcheur d'un emplacement à l'ombre, alors que les deux labradors ne se trouvaient plus qu'à 2 ou 3 mètres d'elle maximum, en statique de surcroît (le statique peut être difficile à gérer pour beaucoup de chiens réactifs). Aucune volonté de faire plus ample connaissance, mais aucune volonté de prendre de la distance non plus, et aucun stress apparent (un très léger inconfort tout au plus, et encore...).
Pascale m'a expliquée que sa chienne réagissait parfois vivement quand un individu venait la renifler contre son gré. Je lui ai répondu que c'était courant chez beaucoup de chiens, et que bon nombre d'entre eux ne souhaitaient pas que l'on entre dans leur « bulle ». Un chien qui prend en compte les signaux de communication de ses congénères et y répond adéquatement n'insiste pas dans ce genre de cas. Seuls les chiens n'ayant pas acquis tous les codes de politesse ou ayant été conditionnés involontairement à aller investiguer tous les derrières de chiens qui passent sous leur nez sont intrusifs au point de forcer le contact avec un chien qui le refuse. J'ai bien expliqué à Pascale que ce n'était pas sa chienne qui avait un problème, mais plutôt tous les propriétaires de chiens qui laissaient leur compagnon être envahissant avec Fenua. Le cas de Fenua est très courant, et les chiens ne devraient pas avoir à subir les intrusions de chiens laissés libres alors qu'ils ne respectent pas les demandes d'éloignement de leurs congénères.
Nous avons ensuite remis Fenua en voiture et nous avons fait descendre Pongo. Nous avons procédé de la même façon qu'avec la femelle, en gérant notre distance de déclenchement. Pascale m'a expliqué que Pongo pouvait s'avérer très virulent quand il croisait d'autres chiens. En l'approchant peu à peu des deux labradors, je l'ai pourtant trouvé plutôt curieux et désireux d'entrer en contact avec ses congénères. L'un des deux labradors semblait avoir envie de venir le renifler. J'ai donc pris la longe de Pongo, et je l'ai laissé s'approcher à son rythme, sans mettre de tension sur son harnais. Pongo était légèrement tendu, mais rien de très notable. Il s'est approché du labrador, l'a reniflé et s'est laissé renifler calmement. Il n'a envoyé les dents qu'une fois, brièvement, et sans toucher l'autre chien : la tension était un peu forte pour lui, mais il était loin d'être dans un état de stress avancé. Il s'est secoué, le labrador a fait de même et les deux chiens se sont éloignés tranquillement l'un de l'autre, la rencontre étant terminée. Pongo n'a pas cherché à entrer en contact avec le second labrador.
Pascale était ravie : elle n'avait pas vu son chien réagir aussi peu au contact d'un autre chien depuis longtemps. Pourtant, rien de magique ici : Pongo avait simplement eu le temps d'analyser les odeurs de l'autre chien et de l'observer de loin avant de décider s'il souhaitait entrer en contact rapproché avec lui ou non. C'est ce qui manque cruellement dans l'environnement de nos toutous à l'heure actuelle : beaucoup de chiens sont réactifs car ils sont contraints de croiser de nombreux congénères de près, dans de mauvaises conditions, sans avoir le temps de les observer, de les renifler de loin et de déceler leurs intentions. Laisser son chien prendre le temps et la distance dont il a besoin est capital si l'on souhaite que la rencontre se déroule au mieux.
À la fin de la séance, Pascale m'a aussi expliqué que ses deux chiens avaient participé à plusieurs reprises à des promenades en groupe très immersives. Les promenades collectives peuvent être intéressantes si elles sont gérées convenablement. Mais dans certains groupes, il y a des chiens très excités, qui communiquent mal et se montrent intrusifs avec leurs congénères. Nul doute que Fenua et Pongo avaient développé des comportements d'évitement (Fenua) avec des réactions agressives quand un autre chien entraient dans leur zone de confort, et un certain stress au moment de se laisser renifler (Pongo). Il est fort probable que les deux bergers australiens avaient subi des intrusions dans leur « bulle » et appris à développer des comportements d'auto-défense. Seuls des contacts bien préparés, avec des chiens calmes et non intrusifs, permettront désormais à Fenua et Pongo de retrouver plus de sérénité dans les rencontres avec leurs congénères.
Alors, encore une fois, offrez à votre chien le temps nécessaire pour observer, sentir et analyser ses congénères à distance avant d'aller à leur rencontre (s'il en a vraiment envie et si eux-mêmes sont d'accord). Quand un chien inconnu arrive sur le trottoir où vous vous trouvez, n'hésitez pas à traverser pour éviter à votre compagnon de se trouver oppressé. En tant qu'humains, nous voulons toujours aller au plus court, au plus rapide, au plus direct. Nos chiens, eux, ont désespérément besoin de prendre le temps. Pour leur confort, et indirectement, pour le nôtre, accordons-leur ce privilège !
Elsa Weiss - Cynopolis
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