18/04/2026
Pour qu'enfin la honte change de camp...
Steffy Alexandrian et l’association Carl… Un témoignage puissant, empreint de force, de résilience et de dignité.
Depuis que je suis formée à l’EMDR, j’accompagne de plus en plus de femmes sur le chemin de l’intégration des traumatismes.
L’EMDR a fait ses preuves dans l’apaisement du stress post-traumatique, notamment en ce qui concerne le trauma avec un grand “T”, autrement dit “simple” (au sens “événement unique, intense, violent”, et non “simple à vivre”, bien sûr).
En revanche, pour le trauma complexe, c’est-à-dire lorsqu’une multitude d’événements traumatiques sont vécus de manière répétée — qui plus est dans l’enfance et dans des relations où il existe une forme de dépendance (affective, éducative, matérielle, etc.) — on parle alors de trauma développemental.
Dans ce cas, l’apaisement devient beaucoup plus complexe, dans la mesure où l’identité de la personne s’est construite autour d’un vécu traumatique qui, par sa répétition, est devenu “familier”.
Ce n’est plus simplement la mémoire de l’événement (ou des événements) qui est en jeu, mais l’organisation psychique interne de la personne, son système de régulation émotionnelle, la perception de soi et sa façon d’entrer en lien avec les autres qui sont atteints.
Je suis éducatrice de jeunes enfants et travailleuse sociale, formée à cet outil puissant qu’est l’EMDR.
Alors, quand je perçois une situation complexe à accompagner, j’encourage toujours à poursuivre — ou même à engager — un suivi psy en parallèle.
Car l’EMDR ou l’hypnose peuvent soutenir une partie du chemin, mais d’autres outils sont souvent nécessaires pour aider la personne à faire évoluer le regard qu’elle porte sur elle, sur l’Autre et sur la vie.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit : on ne peut pas changer le passé, ni même "oublier"... on ne peut agir que sur la perception subjective qui nous reste, sur la manière dont on transforme notre regard pour que ce passé devienne plus supportable.
Et quand les événements traumatiques perdurent au présent, autant dire que l’urgence ne va pas être d’intégrer mais plutôt de protéger.
Je suis extrêmement sensible à ces situations complexes, parce que l’enfance et la notion d’attachement sont au cœur de ma pratique professionnelle d’éducatrice.
Et justement, ici, le problème, c’est que ce lien d’attachement — qui devrait constituer une base de sécurité — vient s’associer à quelque chose d’imprévisible, de menaçant, de violent ou de négligeant.
Comme l’évoque la psychologue F***y Terrisse dans ses superbes posts, on peut considérer que la majorité des choses se jouent dans l’attachement.
On peut donc difficilement avoir un trauma complexe sans un attachement profondément perturbé (et inversement).
Pour autant, quand on voit la résilience dont certains humains font preuve, l’attachement n’est pas un système totalement figé dans l’enfance.
Il peut évoluer, s’appuyer sur des ressources, des expériences sécurisantes vécues par la suite, de l’aide, de la douceur...
Et je crois que cette femme, Steffy Alexandrian, en est un exemple fort : cette capacité extraordinaire à transformer un vécu traumatique, à lui donner du sens, à poser des mots et des actes pour défendre et protéger les enfants de ces violences innommables, inconcevables, et pourtant bien réelles et trop souvent tues.
On estime qu’en France, environ 1 personne sur 10 a été victime d’inceste ou de violences sexuelles dans sa famille 🤔
Sans oublier bien sûr toutes les autres formes de violences physiques et psychologiques.
Alors merci à ces femmes et ces hommes qui parlent, pour que la honte change enfin de camp, et que ces violences abjectes cessent de se reproduire de génération en génération.
Parler, dénoncer, croire, agir, demander justice pour que ça s’arrête enfin.
Je vous invite à découvrir sa page, son association et son témoignage avec tout le respect que cela implique.
Association Carl
Steffy Alexandrian