05/05/2026
🔵 Le critique intérieur
🔹Qu’est-ce que le critique intérieur ?
Nous avons tous, plus ou moins, une petite voix intérieure qui commente nos gestes, nos choix, nos erreurs.
Parfois douce et prévenante, elle peut aussi devenir dure, exigeante, cassante.
C’est ce qu’on appelle le critique intérieur.
Le critique intérieur est une voix interne ou une part de soi qui formule des jugements, reproches, ou exigences à l’égard de soi-même (et parfois des autres).
Il s’exprime souvent sous des formes comme :
« Tu n’aurais pas dû dire ça »,
« Tu n’es pas à la hauteur »,
« Tu perds ton temps »,
« Tu devrais être plus… ».
En Gestalt, on peut dire que c’est une introjection : une manière d’avoir avalé sans les digérer certaines normes, exigences ou interdits venus de l’environnement (parents, école, culture…).
Cette voix, internalisée, agit aujourd’hui comme un contact interrompu : elle empêche la spontanéité, bride l’élan, ou altère la confiance.
🔹Comment la Gestalt comprend le critique intérieur
Dans la perspective gestaltiste, il ne s’agit pas de « faire taire » le critique, mais de le rencontrer.
Ce qui compte, c’est d’entrer en dialogue avec cette partie de soi, de la situer dans le champ de l’expérience :
Le thérapeute peut inviter le patient à mettre en scène la voix :
– par le jeu des deux chaises (le critique / le soi critiqué) ;
– par un dialogue corporel ;
– ou encore par une exploration dans l’ici et maintenant de la séance.
• D’où vient cette voix ?
• Que cherche-t-elle à protéger ?
• À quoi répond-elle, dans l’histoire du sujet ?
• Quel besoin essaie-t-elle (maladroitement) de servir ?
Ainsi, le critique intérieur peut être vu comme une tentative de régulation de la honte, de la peur du rejet, ou du besoin de reconnaissance.
Souvent, il s’agit d’un ancien ajustement créateur : une stratégie qui, à un moment, a permis de garder le lien ou de survivre psychiquement.
🔹Que faire avec cette voix critique, en thérapie..
En Gestalt-thérapie, nous considérons que cette voix n’est pas notre ennemie.
Elle vient souvent d’un ancien ajustement créateur : une manière, jadis, de rester en lien, de mériter l’amour, d’éviter la honte ou le rejet.
Mais avec le temps, cette stratégie devient trop rigide ; elle coupe le contact avec notre élan spontané, notre plaisir, notre confiance.
Le travail thérapeutique consiste donc à reconnaître la présence du critique intérieur, son ton, sa fonction.
À entendre ce qu’il veut protéger.
Et, petit à petit, à transformer la relation à cette voix intérieure.
Quand elle cesse de diriger, elle peut devenir une alliée : une part de nous attentive, consciente, capable d’ajuster sans juger.
Le travail consiste souvent à :
➤ Rendre la voix consciente (repérage du discours intérieur, de ses formes et de ses effets).
➤ Identifier la fonction du critique : à quoi il sert, quelle peur ou quel besoin il défend.
➤ Différencier le critique du soi : reconnaître qu’il n’est qu’une partie, pas le tout de la personne.
➤ Dialoguer et transformer la relation : passer d’une domination à une cohabitation, voire à une alliance.
➤ Redonner place à l’élan vital, à la spontanéité et à la créativité, qui étaient bloquées par cette voix.
Souvent, quand le critique est accueilli et compris, il se transforme en guide intérieur plus bienveillant, une sorte de parent interne régulateur plutôt que jugeant.
🔹Une phrase gestaltiste pour conclure
« Ce que nous appelons “critique intérieur” n’est pas un ennemi à abattre, mais une partie de nous qui a pris trop de pouvoir parce qu’elle n’a pas été entendue autrement.
En lui donnant place, nous retrouvons du souffle, du mouvement, du choix. »
En Gestalt, nous travaillons avec le corps, l’ici et maintenant, et le dialogue entre ces parts de soi.
C’est un chemin vers plus de liberté intérieure — où la critique laisse place à la confiance et au mouvement vivant de la personne.
« Le critique intérieur n’a pas besoin d’être réduit au silence.
Il a besoin d’être entendu autrement. »