26/08/2026
Sortir le chamanisme de l’univers du « bien-être » est une nécessité historique, anthropologique et politique pour lui redonner sa véritable dimension.
Souvent réduit par l'Occident moderne à un produit de développement personnel, à de la relaxation au tambour ou à des encens à base de plantes médecines, le chamanisme traditionnel n'a pourtant rien d'un espace de confort individualiste. C'est un système rigoureux, parfois violent, de gestion des forces du vivant.
Pour détacher le chamanisme de l'industrie du bien-être, il convient de clarifier ce qu'il est réellement à travers quatre piliers fondamentaux.
🏹 1. Une fonction politique et communautaire et non individuelle. Dans les sociétés traditionnelles, le chaman n'est pas considéré comme un thérapeute privé que l'on consulte pour se relâcher ou s'aligner comme c’est principalement le cas en Europe. Le chaman remplit avant tout un rôle auprès de sa communauté et agit directement pour elle dans les négociations avec les esprits de la nature. Il peut ainsi avoir à faire tomber la pluie pour assurer les récoltes, à trouver de nouveaux remèdes en parlant aux esprits des plantes pour guérir une infection, à guider l'âme des morts.
Le chaman est un intermédiaire politique entre le monde des humains et le monde invisible - esprits des animaux, ancêtres, éléments. Son but est de maintenir un équilibre collectif, pas de maximiser le confort personnel d'un individu. Ses conseils concernent le collectif, pas l’individu même lorsque la question concerne par exemple le choix d’une épouse. Le « nous » prime sur le « je ».
2. La confrontation à l'ombre et à la mort s’oppose à la quête des Occidentaux à vouloir vivre exclusivement des expériences agréables et lumineuses avec des esprits uniquement bienveillants. Le chamanisme originel plonge dans l'effroi. D’ailleurs, on ne choisit pas d’être chaman, on le devient souvent suite à une maladie initiatique qui peut parfois entraîner la mort, suite à une crise de folie ou à un accident violent comme le foudroiement. L’épreuve consiste à vivre sa mort et sa reconstruction psychique violente.
Le voyage chamanique au tambour, contrairement à ce que beaucoup voudraient prétendre, n'est pas non plus une méditation guidée toujours relaxante. C'est une transe où le praticien affronte des entités, négocie des morceaux d'âmes perdus et prend le risque d'y perdre sa propre intégrité mentale ou physique.
3. Le marché du bien-être pousse à la consommation de techniques pour recevoir de l'énergie, et souvent des concrétisations matérielles. Le chamanisme authentique repose sur la notion « d'Ayni » qui est un concept quechua d'interdépendance et de réciprocité sacrée. On reçoit, on donne. On ne prend pas l'énergie d'un arbre ou d'une plante sans donner quelque chose en échange - des offrandes, des prières, des soins,…
Pour le chaman, si un individu est malade, c'est souvent parce que le lien avec la Terre-Mère ou les Ancêtres est rompu. La guérison demande une réparation active, pas seulement un soulagement des symptômes.
4. Détacher le chamanisme de l’univers du bien-être demande de dénoncer le « commerce de l'exotisme ». Il est courant de voir des personnes extraire des rituels de leur contexte géographique, culturel et linguistique pour les vendre sous forme de stages d'un week-end, vidés de leur substance et de leur efficacité réelle.
La consommation de produits dits chamaniques - huiles essentielles, encens, pierres, objets de pouvoir, bijoux…. porte atteinte aux peuples autochtones et à leur lutte pour la survie de leurs territoires.
Sortir le chamanisme de l’univers du « bien-être » est donc une nécessité, un appel à l’approcher avec intelligence et éthique.
Shamandra Chamane