15/03/2026
Aujourd’hui, je suis allée voter.
Et pendant quelques minutes, j'ai essayé de me mettre à la place d'une personne aphasique.
Les locaux étaient accessibles : une rampe pour les personnes en situation de handicap moteur. Pour entrer dans le bureau de vote, pas de problème. Mais l’accessibilité ne s’arrête pas à la porte.
Je m'approche des bulletins.
Il y a du progrès si l'on compare à mes premières années en tant qu'électrice.
Celui des écologistes : uniquement du texte (beaucoup trop de texte), mais avec une écriture verte qui permet de l’identifier. Un repère visuel simple, mais efficace.
Sur les deux autres, la photo du candidat permet aussi de repérer rapidement le bon bulletin. Et c’est clairement mieux que les bulletins d’autrefois : seulement un nom sur fond blanc, sans aucun repère visuel.
Puis je vais vers l’isoloir.
Et là, autre réalité.
Les bulletins sont maintenant bigrement grands… mais l’enveloppe toujours aussi petite.
Glisser ce grand bulletin dans cette micro-enveloppe demande précision, coordination et motricité fine.
Quand on n’a pas d’atteinte neurologique, on n’y pense pas.
Mais avec une hémiplégie ou une hémiparésie du membre supérieur droit, ce geste banal peut devenir un véritable défi.
Un droit démocratique qui se transforme en épreuve de dextérité.
Puis arrive la dernière étape : signer.
Et là encore, je me remets dans la peau d’une personne aphasique.
Écrire son nom peut être difficile, voire impossible. Trouver les lettres, coordonner le geste, produire une signature reconnaissable… Ce qui est automatique pour beaucoup peut demander un effort immense.
On parle souvent d’accessibilité des bâtiments.
Mais l’accessibilité des gestes, des supports et des procédures reste largement oubliée.
Vous me direz, la personne aphasique n'a qu'à donner procuration. Mais pour une personne aphasique, cette procuration rappelle aussi qu’une partie de son pouvoir décisionnel lui échappe...
Aujourd’hui, j’ai voté.
Je me demande combien de personnes vivent encore ce moment comme un parcours d’obstacles, alors qu’il devrait simplement être l’exercice d’un droit fondamental.
Il y a du mieux. Mais on peut, on doit encore pouvoir faire mieux. 🗳️
Camille