Pierre Karcenty - Psychopraticien

Pierre Karcenty - Psychopraticien Psychopraticien en Analyse Psycho-Organique à Gradignan. Accompagnement des adultes sur rendez-vous.

« L’angoisse est une peur sans objet, sans objet actuel et présent, mais pas sans réalité, tant elle asservit notre corp...
16/06/2026

« L’angoisse est une peur sans objet, sans objet actuel et présent, mais pas sans réalité, tant elle asservit notre corps et notre esprit. » CHRISTOPHE ANDRÉ

La peur est une émotion qui connaît son objet, la peur de prendre un coup, d’avoir mal, de mourir. Comme elle a un objet, on peut y faire face, fuir ou se défendre. L’angoisse, elle, n’a pas d’objet. Cette absence d’objet la rend d’autant plus insaisissable, on voudrait nommer ce qui nous tourmente, mais il n’y a rien à désigner. Si l’objet manque, c’est souvent qu’il est devenu invisible, enfoui dans l’inconscient, une peur ancienne ou un traumatisme refoulé. On la confond souvent avec le stress, cette tension devant une pression réelle, une échéance ou un imprévu, qui retombe une fois l’épreuve passée.

L’angoisse est aussi une affaire de corps. Le neuroscientifique américain Joseph LeDoux a montré qu’une menace suit deux chemins dans le cerveau. Le plus court file vers l’amygdale, notre détecteur d’alarme, qui déclenche aussitôt la réaction de survie ; le plus long passe par le cortex, qui prend le temps d’analyser et, souvent, désamorce l’alerte. Un promeneur voit un bâton tordu sur le sentier et son corps a déjà sursauté, croyant à un serpent. Utile devant un vrai danger, ce réflexe se déclenche aussi quand il n’y a rien. Le neuroscientifique Stephen Porges, lui, a décrit le corps comme un radar qui jauge en permanence, avant toute pensée, s’il se sent en sécurité ou en danger. Quand il se sent menacé, il pousse à fuir ou à lutter ; quand il se sent dépassé, il se fige, comme sidéré. L’angoisse est comme une alarme restée allumée alors que le danger est passé.

Chez certains, l’angoisse revient presque chaque jour. L’esprit rumine, « et si je me trompais, et si ça tournait mal, et s’il lui arrivait quelque chose ? ». Comme l’écrivait Montaigne dans ses Essais, « qui craint de souffrir souffre déjà de ce qu’il craint ». Le corps reste en hypervigilance, le sommeil s’abîme et la fatigue gagne. Souvent, elle s’entretient en boucle. Une sensation suffit à l’amorcer. Le cœur s’accélère, le souffle se raccourcit, l’esprit y lit aussitôt une menace. Plus la peur grimpe, plus les sensations s’intensifient et semblent confirmer le danger, ce qui resserre la boucle. À son comble, celle-ci devient une attaque de panique qui submerge sans prévenir, avec l’impression de mourir ou de devenir fou, alors qu’aucun danger réel n’est là. On finit parfois par redouter la peur elle-même, ce qui ne fait que la nourrir.

Pour s’en protéger, les défenses les plus courantes consistent à tout prévoir et tout contrôler, pour garder une sensation de maîtrise, ou à éviter ce qui la déclenche, quitte à ne plus sortir de chez soi, à se couper des autres ou à annuler ses rendez-vous. Sur le moment, l’angoisse retombe et le soulagement est réel. Mais chez ceux qui souffrent de fortes angoisses, ces défenses peuvent devenir très épuisantes et handicapantes, dans la vie sociale comme personnelle. Peu à peu, les possibilités de vivre se rétrécissent. Cet engrenage n’est pas le fruit d’un manque de volonté mais d’une alarme intérieure hypersensible et active pour de bonnes raisons comme nous allons le voir.

D’où vient l’angoisse ? Dans Inhibition, symptôme et angoisse, le neurologue autrichien Sigmund Freud y voit un signal, le moi qui prévient d’un danger intérieur. Ce danger prend bien des visages. Freud en retrouve souvent un, très ancien, la peur de perdre l’objet aimé, d’être séparé ou abandonné, comme chez le tout-petit qui perd sa mère des yeux. Mais l’angoisse peut naître ailleurs, par exemple de ne pas avoir reçu, enfant, de quoi affronter la vie avec assez de confiance.

Le psychiatre britannique John Bowlby a placé cette sécurité première au cœur du développement. Le tout-petit a besoin d’une présence sûre vers laquelle revenir, une base à partir de laquelle explorer le monde. Quand cette présence manque ou se montre imprévisible, l’enfant apprend très tôt à rester sur ses gardes. Cette alerte précoce laisse une empreinte. Mary Ainsworth a montré, en observant de jeunes enfants séparés puis retrouvés par leur mère, que chacun développe sa manière de vivre le lien, plus ou moins confiante, plus ou moins inquiète. Devenue adulte, la personne n’en garde aucun souvenir précis, seulement une façon d’attendre l’autre, de craindre l’abandon sans savoir d’où cela vient. La source est ancienne, souvent enfouie, parfois jamais mise en mots, ce qui rend l’angoisse déroutante. Le philosophe danois Søren Kierkegaard, lui, la rattachait à autre chose encore. « L’angoisse est le vertige de la liberté », écrivait-il dans Le Concept de l’angoisse, ce vertige qui nous saisit devant tout ce que nous pourrions choisir.

L’angoisse n’est pourtant pas qu’une affaire intime. Une époque, aussi, peut être angoissante. Dans La Fatigue d’être soi, le sociologue français Alain Ehrenberg l’a bien vu, nos sociétés attendent désormais de chacun qu’il réussisse, qu’il s’accomplisse, qu’il devienne lui-même. Tout paraît possible, donc tout semble dépendre de nous et l’on s’épuise à ne jamais se sentir à la hauteur. À cela s’ajoute un présent saturé de mauvaises nouvelles et des écrans qui déversent l’inquiétude du monde entier dans notre poche. De là cette angoisse récente qu’on nomme l’éco-anxiété, la crainte diffuse de voir notre environnement se dégrader et l’avenir s’assombrir. Une vaste enquête publiée en 2021 dans la r***e The Lancet Planetary Health l’a chiffrée, dans dix pays, près de six jeunes de 16 à 25 ans sur dix se disent très inquiets face au changement climatique et trois sur quatre trouvent l’avenir effrayant. Entre les crises, les pandémies et les tensions internationales, l’air du temps lui-même nourrit une inquiétude de fond, souvent sans qu’on s’en aperçoive.

Pour y voir un peu plus clair, quelques questions à laisser résonner. Notre peur a-t-elle un objet précis, ou monte-t-elle sans qu’on sache d’où elle vient ? Revient-elle dans les mêmes situations, aux mêmes moments ? Où se loge-t-elle, au juste, dans le corps, une boule qui serre, un point qui pèse, ou quelque chose de plus diffus, presque un vide ? Si on devait lui donner une forme, une densité, une couleur, lesquelles ? Et si, plutôt qu’une ennemie, elle avait quelque chose à nous dire ?

L’angoisse a quelque chose d’un messager. Comme la douleur prévient que le corps souffre, elle signale que quelque chose, en nous, demande à être entendu, un besoin, une limite, une blessure jamais écoutée. Vouloir s’en débarrasser ne fait souvent que l’amplifier ; se mettre à l’écoute de ce qu’elle cherche à dire, au contraire, commence à l’apaiser.

En séance, ce chemin peut s’ouvrir. Avec l’Analyse Psycho-Organique, le travail consiste à accueillir cette angoisse et à prendre le temps de sentir où elle se loge dans le corps, quelle émotion se cache derrière elle, quelle forme elle prend, quelles images nous viennent à son contact. Un travail respiratoire en lien avec l’angoisse peut aussi être proposé, pour l’apaiser quand elle se manifeste, sans pour autant remplacer le travail de fond, celui d’en comprendre la source pour l’apaiser durablement. Peu à peu, cette alarme prend la forme d’un message clair, celui de nos besoins non comblés, de nos élans non réalisés et de nos limites non respectées, voire abusées.

Le poète Rainer Maria Rilke, dans ses Lettres à un jeune poète, propose un autre regard sur ce qui nous effraie. « Tous les dragons de notre vie sont peut-être des princesses qui attendent de nous voir beaux et courageux. Toutes les choses terrifiantes ne sont peut-être que des choses sans secours qui attendent que nous les secourions. » Nos angoisses sont peut-être de ces dragons, qui demandent moins d’être combattus que d’être enfin entendus.

Vous reconnaissez-vous dans ce que vous venez de lire ? Au cabinet, je vous accueille dans un espace d’écoute confidentiel et vous accompagne, à votre rythme, pour apaiser ce qui vous serre et vous aider à respirer, à nouveau, plus librement.

Suis-je dans une relation d'emprise ?« Il est possible de détruire quelqu'un juste avec des mots, des regards, des sous-...
26/05/2026

Suis-je dans une relation d'emprise ?

« Il est possible de détruire quelqu'un juste avec des mots, des regards, des sous-entendus. » MARIE-FRANCE HIRIGOYEN

Dans votre vie, il y a une personne dont vous anticipez chaque réaction. Vous préparez vos phrases avant de la voir. Vous vous excusez souvent, même quand vous n'avez rien fait. Et peu à peu, vous parlez moins de cette relation à vos proches, parce que vous savez déjà ce qu'ils en penseraient. Cette personne peut être un conjoint, une personne de la famille, un patron, un collègue, un ami. Mis bout à bout, ces signes peuvent être ceux d'une relation d'emprise.

L'emprise n'arrive jamais d'un coup. Au début, l'autre se montre presque trop parfait. Il vous écoute comme peu de gens l'ont fait. Il vous comprend, il vous fait sentir choisi et important. Cette relation vous apporte quelque chose de bon, parfois ce qui vous manquait depuis longtemps, et on ne se méfie pas de ce qui fait du bien.

Puis, sans bruit, la relation se referme. Les amis s'espacent, certains sujets deviennent impossibles à aborder. Surtout, une peur s'installe : peur de mal faire, de déclencher la colère ou le silence de l'autre. On devient attentif au moindre signe, sur le qui-vive. Mais rien n'est jamais tout noir : les bons moments reviennent, l'autre redevient celui du début, on se remet à espérer. C'est ce va-et-vient qui rend une emprise si difficile à quitter.

De l'intérieur, l'emprise est difficile à voir. Elle avance par petites concessions, qui semblent toutes raisonnables sur le moment. Le psychanalyste Roger Dorey, l'un des premiers à l'avoir décrite, en parlait comme d'une « neutralisation du désir d'autrui ». On finit par douter de son propre jugement, et par ne plus s'appartenir.

Où qu'elle se joue, l'emprise prend racine bien plus tôt que nos relations adultes. C'est dans la toute petite enfance, dans nos premiers liens avec nos parents, que se forme notre façon d'aimer et de nous laisser aimer. Quand ce premier lien a été marqué par le contrôle ou la confusion, l'adulte rejoue souvent, sans le savoir, ce qu'il a connu enfant. C'est dans le couple que tout cela rejoue le plus fort, parce qu'il réveille ce que nous avons vécu tout petits. Dans Femmes sous emprise, la psychiatre Marie-France Hirigoyen le formule ainsi : « Quand on a rencontré la violence pendant l'enfance, c'est comme une langue maternelle qu'on vous a apprise. »

Toutes les relations difficiles ne sont pas des emprises. Un désaccord, une déception, cela arrive dans les relations les plus saines. L'emprise commence ailleurs : quand vous n'êtes plus libre de partir, ni même d'être en désaccord. Pour y voir clair, quelques questions valent mieux qu'une longue définition. Depuis que cette relation a commencé, vous sentez-vous plus libre, ou plus surveillé ? Pouvez-vous exprimer un désaccord sans craindre la réaction de l'autre ? Vos souvenirs, vos ressentis sont-ils reconnus, ou sans cesse remis en cause ? Vous arrive-t-il de cacher cette relation à vos proches, ou de leur mentir à son sujet ? Avez-vous le sentiment de marcher sur des œufs ? Et votre corps, lui, que dit-il ? Souvent il sait avant la tête. Au contact de cette personne, le corps réagit : la gorge serrée, la voix qui s'éteint, le besoin de se gratter, les épaules qui se referment.

Une relation d'emprise met deux personnes en jeu. Si elle dure, c'est que chacun, à sa façon, y trouve quelque chose. L'un prend le contrôle et y dépose sa propre détresse ; il n'est pas toujours un calculateur froid, lui aussi rejoue une histoire et s'accroche pour ne pas s'effondrer. L'autre, parfois, retrouve enfin le sentiment d'exister, d'être vu et choisi, quitte à le payer très cher. On peut aussi rester pour réparer, sans le savoir, une blessure ancienne, en espérant que cette fois l'amour finira par venir. Alice Miller, dans C'est pour ton bien, l'écrit sans détour : « On se traite soi-même, sa vie durant, de la même façon que l'on a été traité dans la petite enfance. »

Alors, plutôt que de chercher à mettre une étiquette sur l'autre, on peut simplement se demander : est-ce que cette relation est juste pour moi ? Est-ce qu'elle me fait grandir, ou est-ce qu'elle me rétrécit ? Etty Hillesum, dans son journal Une vie bouleversée, écrit : « L'homme est libre de choisir l'accueil qu'il fera en lui-même de son destin. »

Sortir d'une emprise ne se fait pas seul, et c'est normal. Le premier pas, c'est d'en parler. Parler à une personne de confiance, ou à un professionnel, aide à y voir plus clair et à retrouver ses repères. En séance, un autre travail devient possible. Dans un cadre confidentiel et sans jugement, on nomme ce qui se passe. On écoute ce que le corps a à dire. On laisse venir des images de cette relation, pour la regarder autrement. Une emprise ne coupe pas seulement de qui on est. Avant même cela, elle coupe de ses propres besoins, au point de ne plus savoir ce qui nous ferait du bien. Le travail de l'analyse psycho-organique est de remettre en lien et en mouvement toutes les parties de soi. Peu à peu, on se retrouve : on reprend sa place, on renoue avec ses besoins, on laisse revenir son élan de vie.

On croit parfois qu'il faut un grand courage pour partir. Il en faut surtout pour regarder en face, et pour accepter d'être aidé. La liberté revient rarement d'un coup, mais à mesure qu'on cesse de soutenir ce qui nous épuise. La Boétie l'écrivait il y a près de cinq siècles, dans le Discours de la servitude volontaire : « Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. »

Vous reconnaissez-vous dans ce que vous venez de lire ? Au cabinet, je vous accueille dans un espace d'écoute, confidentiel et sans jugement, pour en parler et avancer, à votre rythme, vers ce qui est juste pour vous.

26/05/2026

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Psychopraticien en Analyse Psycho-Organique, j'accompagne les adultes qui traversent une période difficile ou qui souhaitent mieux se comprendre. Cette approche fait dialoguer la parole, les émotions et le ressenti corporel, pour avancer à son rythme dans un cadre confidentiel.

Les consultations ont lieu en présentiel à mon cabinet de Gradignan, ou en visioconférence pour celles et ceux qui préfèrent ou ne peuvent pas se déplacer.

Le premier entretien est l'occasion de faire connaissance et de voir ensemble si cet accompagnement vous correspond, sans engagement de votre part.

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