13/03/2026
Aujourd'hui à Bergonié, c'était une journée qui m'a traversée de part en part.
On a commencé par un soin à 4 mains avec .l , la socio-esthéticienne. Elle s'est occupée du visage de la patiente — gommage, masque, et puis maquillage. Moi, j'ai pris soin de ses mains, ses bras, ses épaules endolories, ses jambes un peu trop gonflées, ses pieds.
Aujourd'hui, cette patiente se mariait.
Dans les couloirs, sa famille était là, bien habillée, ses enfants aussi. Joyeux — et pourtant, quand on regardait bien, il y avait quelque chose dans les yeux. Des sourires pas tout à fait larges. Des regards brillants.
Cette patiente est en soins palliatifs. Ce mariage, c'était peut-être la dernière fois que toute la famille se réunirait avant son grand départ.
On la sentait fatiguée, à bout. Et en même temps, elle tenait. Pour être là, pleinement, une dernière fois avec les siens.
Ève a fait quelque chose d'extraordinaire avec son maquillage. La peau jaune avait disparu, le teint était devenu halé, un trait noir rehaussait son regard vert, ses lèvres roses, les gerçures invisibles.
Elle était belle, c'est comme si les stigmates de la maladie, du cancer avaient disparus.
Ces moments-là, ils sont d'une tristesse et d'une beauté sans nom.
Commencer la journée comme ça… c'est comme si j'avais massé 18 personnes. J'ai l'impression d'avoir mis toute mon énergie dans ce corps pour lui dire : tiens, tu vas tenir, tu vas rire, tu vas aimer, tu es encore là.
Quelques heures plus t**d, j'ai recroisais dans les couloirs ces mêmes gens — leurs habits colorés, et leurs visages noyés de larmes.
Alors en fin de journée, on décompense. On danse, on rigole, on profite de pouvoir encore sauter, danser.
Je suis heureuse de pouvoir partager ça avec Ève ou Maëva (les socio-esthéticiennes). C'est nécessaire.
Parce qu'on a vu ces enfants regarder leur mère avec des étoiles plein les yeux, en sachant que bientôt elle ne sera plus là — et cette injustice, elle pèse.
Ce petit moment de vie, de décompression corporelle, c'est ce qui permet de continuer à avancer. De continuer à prendre soin des autres.
J'adore ce que je fais. Certains jours, c'est juste un peu plus compliqué que d'autres.