30/05/2026
Pourquoi la société patriarcale a tellement de mal a considérer et comprendre l'état de sidération dans lequel peuvent se trouver les femmes pendant une agression VSS ?
# # 1. Le mythe de la "bonne victime" et l'ancrage du modèle de la résistance physique
Le droit pénal occidental s'est historiquement construit sur la notion de contrainte, traditionnellement matérialisée par des indices de résistance physique (cris, griffures, ecchymoses). Ce paradigme juridique a sédimenté un script culturel de l'agression où la victime est attendue combative.
* **Le biais d'agentivité projetée :
** La société évalue l'événement a posteriori en appliquant un raisonnement logique à froid ("Pourquoi n'a-t-elle pas fui ou combattu ?"). Ce biais postule une liberté de choix et une capacité d'action (agentivité) là où les structures cérébrales supérieures (cortex préfrontal) sont court-circuitées par une réponse de survie sous-corticale.
* **La naturalisation de la passivité féminine vs l'exigence de rébellion :
** Paradoxalement, alors que la socialisation de genre enjoint historiquement les femmes à la docilité et à l'évitement du conflit physique, le système patriarcal exige d'elles une démonstration de force héroïque lors d'une agression pour valider le statut de victime. Si la victime ne feint pas ou ne combat pas, son immobilité est lue à tort comme un consentement tacite ou une absence de gravité.
# # 2. La dénégation systémique et la croyance en un "monde juste"
Reconnaître que la sidération est une réaction automatique et fréquente implique d'admettre la vulnérabilité intrinsèque de tout individu face au trauma, une réalité que la structure patriarcale tend à refouler pour maintenir son homéostasie.
* **L'hypothèse du monde juste (Melvin Lerner) :
** Ce biais cognitif fondamental pousse à croire que les individus obtiennent ce qu'ils méritent et méritent ce qu'ils obtiennent. Admettre qu'une femme peut être totalement paralysée, sans défense possible, détruit l'illusion de contrôle que la société cherche à préserver. Blâmer la victime (victim-blaming) pour son "inaction" permet de rationaliser l'événement et de maintenir la croyance rassurante que "cela ne m'arriverait pas car j'aurais réagi".
* **Préservation de l'ordre social et de l'impunité :
** Intégrer pleinement la sidération dans le champ social et judiciaire élargit la qualification de viOl à des situations où aucune violence physique explicite n'a été nécessaire (abus de pouvoir, surprise, emprise). Pour une société patriarcale, cette redéfinition menace les privilèges de domination en criminalisant des comportements de prédation jusqu'alors naturalisés ou minimisés.
# # 3. L'analphabétisme neurobiologique : Le clivage corps-esprit
Il existe un décalage majeur entre la science neurobiologique du trauma et sa vulgarisation dans l'espace public ou judiciaire. La sidération n'est pas une capitulation psychologique, mais un mécanisme de survie neurophysiologique extrême.
[Perception d'un danger vital imminent]
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[Hyperactivation de l'amygdale cérébrale]
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[Sécrétion massive de catécholamines (adrénaline/noradrénaline)]
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[Surcharge cardiovasculaire menaçant le pronostic vital]
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[Disjonction d'urgence : Sécrétion d'endorphines et de kétamine-like]
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[Sidération / Immobilité tonique] [Dissociation psychique]
Et
(Paralysie motrice périphérique) (Déconnexion cortex / sensation d'anesthésie
En situation de menace perçue comme incontournable, lorsque les réponses de fuite (*flight*) ou de combat (*fight*) sont impossibles, l'amygdale cérébrale déclenche cette réponse d'immobilité périphérique (*freeze*).
La culture patriarcale, fortement imprégnée d'un dualisme cartésien mal compris, sépare le corps de l'esprit et postule que la volonté commande toujours le geste. Elle peine à concevoir que le système nerveux puisse déconnecter l'appareil moteur pour protéger l'organisme d'un arrêt cardiaque par choc neurogénique.
# # 4. L'asymétrie de l'empathie et la focalisation sur le point de vue dominant
Dans une structure androcentrique, les récits dominants, les productions culturelles et les grilles d'analyse sont historiquement calqués sur l'expérience masculine de la conflictualité (souvent axée sur le rapport de force direct ou la confrontation).
L'absence d'identification spontanée avec le vécu des femmes crée une asymétrie de l'empathie. Le comportement de l'agresseur est fréquemment rationalisé ("pulsion", "méprise", "signal ambigu"), tandis que le comportement de la victime est disséqué avec une exigence de rationalité chirurgicale. La sidération, privant la victime de la parole et du mouvement au moment des faits, est alors exploitée par la rhétorique patriarcale pour combler le vide du récit par le doute et la suspicion.
Jeremy Fryson - Consciencia avec Jérémy Fryson