15/10/2026
A vingt jours d’intervalle, le Gouvernement Macron a supprimé la dérogation qui permet à l’optique de faire de la publicité grand public, avant de se raviser. Jugeant qu’il était urgent d’attendre, la mesure a été non pas supprimée mais suspendue.
Avec l’émergence des enseignes durant les années 80 comme élément central de la distribution, l’optique est passé d’une discrète activité artisanale à l’un des secteurs les plus agressifs en matière d’investissements publicitaires. Depuis qu’un certain Alain Afflelou a brisé tous les tabous avec son « On est fou d’Afflelou » (1978), ouvrant ainsi la boîte de Pandore.
Une surenchère qui, parallèlement à la dégradation de l’offre en promotion permanente, voit le secteur, au tournant des années 2000, investir chaque année de 150 à 200 millions d’euros. Entre 2012 et 2015, les investissements publicitaires atteignent même des sommets : la barre des 450 millions d’euros annuels en achat d’espace est franchie (TV, radio, presse, affichage, digital). La guerre des égéries bat son plein, jusqu’au ridicule : Johnny (Optic 2000), Antoine (Atol), Sharon Stone (Afflelou), Alain Delon (Krys)… Rien n’est trop beau pour épater le consommateur. Mais convient-il de l’épater, ou de lui apporter une offre de santé visuelle ?
Entrant dans le débat, des opticiens ont décidé de proposer à leur profession une pétition pour réclamer la fin de la pub : « En tant qu'opticiens-lunetiers, nous avons observé l'érosion progressive de notre profession, qui pourtant repose sur des compétences paramédicales et techniques essentielles. Nous sommes confrontés chaque jour à un marché où la publicité domine, éclipsant la réelle valeur de notre travail et, au bout du compte, trompant les consommateurs ».
« Les remises trompeuses et les cadeaux soi-disant gratuits faussent la perception des valeurs réelles. Or, ces « cadeaux » sont répercutés sur les prix, souvent à l'insu des acheteurs. Ce système de consommation axé sur la publicité crée une spirale de dévalorisation qui affecte non seulement l'image de notre métier, mais aussi la relation de confiance construite avec nos clients ».
« Nous croyons fermement que le bouche à oreille est la meilleure des publicités. Fondée sur la satisfaction véritable des clients, elle a le pouvoir de renforcer la proximité et la confiance, éléments centraux de notre profession. Nous aspirons à revenir à un modèle où la compétence et l'intégrité professionnelle priment sur les techniques de vente agressives et peu transparentes ».
Imposer à l’optique les règles d’or qui ont fait le succès de la grande distribution est une logique qui est arrivée à ses limites. On aurait voulu se passer de l’opticien qu’on ne s’y serait pas pris autrement. Or c’est lui, l’opticien, qui connaît son client, qui connaît ses besoins, qui connaît son histoire. Il n’existe pas un marché national de l’optique mais une multiplicité de réalités locales, toutes différentes. En ce sens, bien avant d’être un simple marché, l’optique est une science humaine. Or on n'a jamais vu une seule campagne de communication à la hauteur de cette simple vérité.
Pour signer la pétition : https://c.org/ngbMqPxMPw
Interdire la publicité dans la profession d'opticien-lunetier