12/08/2026
Après plus de 20 ans à accueillir des enfants et à leur faire découvrir l’équitation, certaines situations me laissent aujourd’hui profondément perplexe et, je dois l’avouer, choquée.
Hier, deux enfants inscrits comme cavaliers, qui m’affirmaient savoir trotter et galoper, sont arrivés. Pourtant, au moment de partir au pré, ils ne savaient ni mettre un licol, ni tenir un poney en longe. Le pansage a été fait rapidement, sans réelle attention portée à l’animal. J’ai donc repris derrière eux, en expliquant que le pansage n’est pas une simple étape obligatoire avant de monter : c’est un moment de rencontre, d’observation, de confiance et de respect. C’est là aussi que se construit la relation avec le poney.
Puis, une fois les poneys sellés et les casques mis, vient la question qui m’a véritablement stupéfaite : « Elles sont où les cravaches pour faire avancer les chevaux ? »
Non. Un poney n’est pas une machine qu’il faut faire fonctionner. On ne monte pas sur son dos pour lui donner des ordres à coups de cravache. On apprend à communiquer avec lui, à utiliser son corps, sa voix, son équilibre et des aides adaptées. Et surtout, on apprend à écouter l’animal.
Même chose au moment de demander l’arrêt : « Il faut tirer dessus. » Là encore, non. On ne demande pas à un cheval de s’arrêter en lui tirant brutalement sur la bouche. On apprend à utiliser ses aides, à se positionner correctement et à demander avec justesse.
Ce qui me choque le plus dans tout cela, ce n’est pas que des enfants ne sachent pas faire. On est justement là pour leur apprendre. Ce qui me dérange profondément, c’est qu’ils puissent avoir appris à monter sans avoir appris à connaître, comprendre et respecter le cheval qui leur permet de pratiquer leur passion.
Parce qu’avant d’être un « poney de club », avant d’être une monture, avant d’être un animal sur lequel on monte, le poney est un être vivant, avec ses émotions, ses peurs, ses limites, ses besoins et sa sensibilité.
L’équitation ne devrait pas se résumer à « monter à cheval ». Elle devrait commencer à pied : observer, approcher, attraper, mettre un licol, mener, brosser, seller, écouter… apprendre à créer une relation.
Le pansage n’est pas une corvée.
Le licol n’est pas un simple accessoire.
La longe n’est pas un fil que l’on tire.
La cravache n’est pas un bouton « accélérer ».
Les rênes ne sont pas des poignées sur lesquelles on tire.
Et le poney n’est pas une chose.
Il mérite notre respect avant même que nous posions les fesses sur son dos.
Après plus de 20 ans à transmettre ma passion, je reste convaincue d’une chose : le plus important n’est pas de savoir trotter ou galoper. Le plus important est de savoir qui est celui qui nous porte, de le respecter et de comprendre que l’équitation est une relation entre deux êtres vivants, pas l’utilisation d’un animal comme d’un simple moyen de locomotion.