13/08/2026
Pendant six ans, alors que je travaillais dans le secteur bancaire, je sortais de réunions avec une phrase coincée dans la gorge.
Je l’avais vue, la faille du dossier. Souvent avant les autres. Et je ne disais rien, parce que j’avais appris très tôt que voir trop vite, dire trop clairement, sentir trop fort, ça dérange.
Alors je me suis tue. Poliment. Longtemps.
Le soir, dans la voiture, il y avait cette fatigue bizarre : pas celle du travail, celle d’avoir passé la journée à me tenir. À surveiller mon ton, mon volume, ma manière d’être trop.
Je ne savais pas encore nommer ce que je ressentais. Aujourd’hui, je sais. C’était de la honte. La honte d’être hors-format dans un endroit où on m’avait laissé croire qu’il existait un bon format.
Puis j’ai lu ceci :
« Il n’y a pas de normes. Tous les hommes sont des exceptions à une règle qui n’existe pas. »
Fernando Pessoa
Il m’a fallu du temps pour comprendre ce que ça voulait dire vraiment.
Que la règle n’existait pas. Que ce que j’avais passé six ans à faire à savoir me contenir, m’excuser d’avance, arrondir chaque phrase avant de la poser, je l’avais fait pour rien. Pour un moule que personne n’avait jamais fabriqué.
Ça pique. Et c’est la meilleure nouvelle que je puisse vous annoncer.
Parce que le jour où la honte tombe, il reste dessous quelque chose qu’on ne soupçonnait pas : toute l’énergie qu’on mettait à se retenir. Elle redevient disponible. Et là, on ne devient pas plus dur, ni plus bruyant. On devient enfin audible et surtout, on peut enfin prendre SA place, sans piétiner celle des autres.
C’est exactement de là que je travaille avec les dirigeants et les managers qui pensent trop vite pour la pièce dans laquelle ils sont assis.
Je ne vous change pas. Je vous rends l’accès à ce que vous avez appris à taire.
Chaque semaine, j’écris La Bulle de Sandra. Une lettre pour ceux qui voient juste et qui se taisent quand même.
Le lien est dans ma bio.