24/09/2026
Les Carnets d’un Voyage vers soi
6 – L’Ancrage
« Nous avons parfois tellement cherché nos réponses dans les branches que nous avons oublié d’écouter ce que nos racines avaient à nous dire. »
Après le chaos, il m’est apparu qu’il manquait une étape dans ce cheminement que je partage avec vous à travers ces Carnets.
L’ancrage.
Cette réflexion m’est venue à la fois dans ma pratique de thérapeute, à travers ce que j’observe et accompagne, mais aussi dans mon propre cheminement intérieur et mon travail personnel.
Être thérapeute ne nous met pas à l’écart des mouvements de la vie. Nous traversons, nous aussi, des périodes où nos repères bougent, où quelque chose vient nous questionner, nous bousculer et parfois nous inviter à regarder autrement ce que nous pensions avoir compris.
Et ce que je partage ici, je le vis aussi. Lorsque quelque chose me bouleverse, mon premier mouvement peut être de chercher à comprendre.
Mettre de l’ordre.
Donner du sens.
Ma pensée fonctionne beaucoup par associations. Une idée en appelle une autre, puis une autre encore. Je fais des liens, j’explore plusieurs directions, parfois très vite. Comme les branches d’un arbre qui se divisent et se déploient.
Cette arborescence fait partie de moi.
J’ai longtemps pu penser qu’il fallait surtout la canaliser, peut-être même la contenir. Aujourd’hui, j’apprends davantage à l’accueillir et à l’accepter comme une part de ma singularité.
Parce qu’aujourd’hui, elle est aussi une ressource.
Elle nourrit mon intuition, ma créativité, ma capacité à faire des liens. Elle participe à ma manière d’écouter et d’accompagner les personnes qui viennent me rencontrer.
Mais pour que toutes ces branches puissent se déployer sans que je m’y perde, j’ai besoin de mes racines.
Revenir au corps. À mes sensations. À mes émotions. À mes besoins. À ce qui se manifeste parfois en moi avant même que je puisse le comprendre ou le mettre en mots. Mais attention, le corps ne me donne pas nécessairement « la réponse ».
Mais il me renseigne, il m’alerte.
Et je retrouve ici quelque chose que j’observe aussi dans ma pratique : nous pouvons passer beaucoup de temps à chercher des réponses dans nos pensées. Analyser, anticiper, essayer de comprendre pourquoi, chercher le sens de ce qui nous arrive.
Nos branches deviennent parfois si nombreuses que nous finissons par nous perdre dans leur feuillage. Nous avons parfois tellement cherché nos réponses dans les branches que nous avons oublié d’écouter ce que nos racines avaient à nous dire.
Cette image de l’arbre me parle profondément.
Nous le regardons grandir vers le ciel. Nous voyons ses branches, ses feuilles, les traces visibles de son développement. Mais sous nos pieds, dans l’invisible, ses racines grandissent elles aussi, elles s’enfoncent dans la terre. Elles cherchent ce qui nourrit l’arbre, rencontrent des obstacles, les contournent parfois, trouvent d’autres chemins.
L’arbre grandit autant vers le ciel que dans la profondeur de la terre.
Et finalement, pourquoi faudrait-il choisir entre les racines et les branches ?
L’arbre a besoin des deux. Et entre elles, il y a le tronc.
Notre axe.
Ce qui permet peut-être de remettre en lien ce que nous ressentons, ce que nous éprouvons et ce que nous pensons.
S’ancrer, ce n’est pas faire taire ses branches. C’est prendre soin de ses racines pour pouvoir les laisser se déployer sans s’y perdre. Et c’est peut-être aussi depuis cet endroit que certaines prises de conscience deviennent possibles.
Après les temps d’exploration, de questionnement, parfois de chaos, peut venir celui des compréhensions et des découvertes. Je remarque qu’elles n’arrivent d’ailleurs pas toujours lorsque nous les cherchons avec insistance.
En thérapie, ou à travers nos propres introspections, parfois, quelque chose se relie:
- Une émotion prend un autre sens.
- Un comportement que nous ne comprenions pas devient plus lisible.
- Une protection ancienne apparaît pour ce qu’elle a été.
- Une ressource que nous pensions perdue se révèle encore présente.
Ce ne sont pas toujours de grandes révélations.
Parfois, ce sont de petites compréhensions, presque discrètes, qui viennent pourtant modifier notre regard sur notre histoire et sur nous-mêmes.
Car nos arbres portent aussi les traces de ce qu’ils ont traversé.
- Une branche peut avoir cassé.
- Le vent peut avoir arraché des feuilles.
- L’écorce peut garder la marque d’une blessure.
Nous aussi, au fil de notre histoire, nous avons appris à nous protéger. Nous avons construit des mécanismes de défense, des manières de faire, de penser, parfois de ne plus ressentir certaines choses. Ils ont pu être nécessaires à un moment de notre vie. Ils nous ont aidés à traverser avec les ressources dont nous disposions alors.
Je trouve important de ne pas regarder ces protections uniquement comme des résistances qu’il faudrait faire disparaître, car elles racontent aussi comment nous avons essayé de prendre soin de nous.
Mais certaines protections peuvent continuer à agir alors que nous n’en avons plus besoin de la même manière. Et derrière elles, nous pouvons parfois retrouver des ressources oubliées, cachées, laissées de côté ou celles qui étaient déjà là. Celles que nous avons développées en traversant les épreuves et celles que nous sommes encore capables de créer.
C’est aussi cela que l’ancrage représente pour moi aujourd’hui : retrouver le chemin de ses propres ressources.
Et une nouvelle fois, le vivant me ramène à quelque chose de très simple.
On ne demande pas au soleil de ne pas briller. On ne demande pas à une fleur de ne pas éclore.
Pour autant, elle ne fleurit pas toute l’année. Elle traverse ses saisons. Elle pousse, se transforme, se retire parfois. Et lorsque son temps arrive, lorsque les conditions sont réunies, elle éclot.
Nous appartenons, nous aussi, à ce vivant.
Nous ne choisissons pas toutes les tempêtes ni toutes les saisons que nous aurons à traverser. Mais nous pouvons prendre soin de notre terre, reconnaître ce qui nous nourrit, retrouver nos ressources et en créer de nouvelles.
Nous sommes aussi créateurs dans ce cycle du vivant.
Non pas en contrôlant ce qui doit advenir, mais en participant aux conditions qui permettent à ce qui est vivant en nous de retrouver son mouvement.
Un arbre profondément enraciné n’est pas un arbre immobile.
Il bouge avec le vent. Il plie, il perd parfois ses feuilles ,une branche peut casser, et il continue pourtant à grandir à son rythme.
Peut-être est-ce cela que j’apprends aujourd’hui de l’ancrage ?
Il ne s’agit pas de devenir suffisamment solide pour que plus rien ne nous atteigne, ou de faire disparaître ce qui fait notre singularité. Il s’agit peut-être d’apprendre à l’habiter. À reconnaître ce qui fait partie de nous, à prendre soin de nos racines et à laisser nos branches trouver leur propre manière de se déployer.
Parce que grandir ne signifie pas toujours aller plus loin. Parfois, grandir, c’est aussi aller plus profondément en soi.
Inspiré par le vivant. Éclairé par l’humain.
🌳Astrid Chabarlin- Psychopraticienne
Thérapeute humaniste
06.95.63.69.31
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astrid-chabarlin-therapie.com