26/06/2026
Ceci est une bonne mère.
"C'est la fin de l'année : la saison des kermesses, des spectacles, des examens, des bulletins, des rendez-vous parents-professeurs. Cette période
où les mères déploient des forces proprement stupéfiantes - les costumes cousus à minuit, les révisions accompagnées après une journée
de travail, les plannings tenus à bout de bras, les enfants rassurés, portés, encouragés dans la dernière ligne droite. Et au milieu de ce tourbillon, une phrase manque presque toujours, quatre mots tout simples : < Tu es une
bonne mère. > On les dit rarement. On préfère commenter, conseiller, corriger. Mais lui dire simplement qu'elle fait un travail extraordinaire ? Ça, presque jamais. Et pourtant, il faut le voir. Vraiment le voir : les mères
accomplissent au quotidien des choses qui tiennent du prodige. Elles jonglent avec dix vies à la fois, anticipent ce que personne ne voit, gèrent l'invisible pour que le visible tienne debout. Elles trouvent de l'énergie là où il n'y en a plus, de la douceur au bout de l'épuisement, de la présence quand elles n'ont plus rien à donner. Cette capacité à puiser au fond de soi des ressources insoupconnées est l'une des forces les plus impressionnantes qui soient. On la trouve si normale qư'on ne la nomme jamais.
Et pourtant, ces mêmes femmes capables de soulever des montagnes se jugent en permanence insuffisantes : on n'a pas pu venir au spectacle à cause
du travail. on s'est énervée pendant les révisions, on regarde les autres mères qui semblent tout gérer avec grâce. Cette voix intérieure qui murmure qu'une
autre ferait mieux. Quel paradoxe vertigineux : déployer des forces dingues, et continuer à douter de soi. Alors, quand quelqu'un dit < Tu es une bonne mère >, quelque chose se dénoue. Parce que ces mots disent : < Je vois ta force. Je vois tout ce que tu portes et que personne ne remarque parce que, grâce à toi,
tout tient. Et c'est plus que suffisant. >
Posons-nous la question : à quelle mère,
épuisée par cette fin d'année et pourtant
héroïque dans son quotidien, pourrions-nous tendre ces mots ? Je vous souhaite de les entendre et de les offrir à toutes celles qui soulèvent des montagnes."
Texte de Marie Robert, Philosophe et Conférencière.
Photo: œuvre de Pablo Picasso