06/10/2026
CE QUI SE CACHE DERRIÈRE LA COLÈRE DE NOTRE JEUNESSE
Depuis plusieurs jours, une partie de la jeunesse française se mobilise massivement. Des manifestations, des blocages, de la colère, parfois de la violence et des dégradations. La violence et la casse ne sont évidemment pas à banaliser. Mais réduire ce qui se passe à "des jeunes qui cassent tout" me semble passer complètement à côté de l'essentiel.
Parce que ce que nous voyons aujourd'hui n'est peut-être que "le bouchon qui saute d'une cocotte-minute sous pression depuis longtemps."
Et derrière cette explosion, il y a quelque chose de beaucoup plus profond.
#1. UNE GÉNÉRATION QUI NE VOIT PLUS CLAIREMENT SON AVENIR
À quoi va ressembler notre avenir ? C'est peut-être la question fondamentale. Une question que cette génération porte très tôt. Elle grandit dans un monde marqué par les crises, l'instabilité, les incertitudes, les bouleversements économiques, sociaux, environnementaux et géopolitiques.
Elle voit les adultes eux-mêmes douter. Elle voit un monde qui change à toute vitesse. Elle entend parler de demain, mais elle ne voit pas forcément à quoi ce demain peut ressembler. Et quand on commence sa vie avec aussi peu de visibilité sur l'avenir, il est difficile de se projeter sereinement.
#2. UNE PERTE DE REPÈRES ET DE CONFIANCE
Il y a aussi quelque chose de plus silencieux derrière cette colère : une perte de confiance. Confiance dans les institutions. Confiance dans ceux qui dirigent. Confiance dans les modèles qu'on leur propose. Confiance dans la possibilité de construire une vie stable, cohérente et porteuse de sens.
Et peut-être même, parfois, confiance dans les adultes qui leur demandent de croire en un système auquel eux-mêmes ne semblent plus vraiment croire. Alors forcément, lorsque les repères disparaissent, la colère devient parfois plus facile à exprimer que la peur.
Parce que derrière la colère, il y a souvent une émotion beaucoup plus vulnérable : la peur de ne pas savoir où l'on va.
#3. ET PUIS IL Y A CE DÉCALAGE ENTRE LES GÉNÉRATIONS
C'est là que certains commentaires d'adultes sont particulièrement révélateurs : "ils n'ont même pas commencé à travailler qu'ils se plaignent déjà, "à leur âge, nous, on travaillait", "ils ne savent pas ce que c'est, la vraie vie"... J'ai honte franchement quand j'entends ça.
Parce que leur réalité n'est pas la nôtre. Ils ne grandissent pas dans le même monde. Ils n'ont pas les mêmes perspectives. Ils ne portent pas les mêmes inquiétudes. Et surtout, ils arrivent dans un monde que les générations précédentes leur transmettent.
Alors leur demander simplement de « s'adapter » à ce monde sans jamais entendre ce qu'ils en pensent est peut-être une erreur.
#4. UNE RÉVOLTE QUI DIT AUSSI : "NOUS VOULONS AUTRE CHOSE"
C'est peut-être cela qu'il faut entendre derrière le vacarme. Cette jeunesse ne dit pas seulement : "nous ne sommes pas d'accord".
Elle dit peut-être : "nous ne voulons pas de ce monde-là"
Elle questionne les priorités. Elle questionne les valeurs. Elle questionne ce qui est devenu normal. Elle questionne un modèle de société dans lequel la performance semble parfois avoir pris le dessus sur l'humain, où l'économie semble parfois passer avant le vivant, où la réussite est encore trop souvent mesurée par ce que l'on possède ou par ce que l'on produit.
Et peut-être que cette révolte n'est pas uniquement une destruction. Peut-être est-elle aussi "la manifestation brutale d'un besoin de transformation."
Alors non, tout n'est pas acceptable. La violence ne devient pas légitime parce qu'elle exprime une souffrance. Mais peut-on condamner les actes sans chercher à comprendre ce qui les nourrit ? Peut-on demander à une génération d'avoir confiance en l'avenir lorsque nous-mêmes avons tant de mal à lui montrer cet avenir ?
Et surtout… peut-on continuer à regarder cette jeunesse comme un problème à régler plutôt que comme le symptôme d'une société qui, elle aussi, doit profondément se questionner ?
Parce qu'au fond, derrière cette colère, derrière cette violence parfois, derrière ces cris… il y a peut-être simplement une génération qui nous dit :
"Nous ne voulons pas seulement hériter de votre monde.
Nous voulons avoir une chance d'en construire un autre."
La colère est parfois le signe que quelque chose, en nous ou dans le monde, demande profondément à changer. Une colère qui peut s'exprimer et se transformer peut devenir une formidable énergie de construction. Et c'est sur cette énergie qu'il va falloir maintenant poser notre conscience et aider cette génération à croire en un monde meilleur et plus juste.