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Notre liberté peut-elle nous faire peur, on en parle ?On la réclame, on la revendique, parfois on se bat pour elle. Et p...
30/09/2026

Notre liberté peut-elle nous faire peur, on en parle ?
On la réclame, on la revendique, parfois on se bat pour elle. Et pourtant, quand elle se présente à nous sous la forme d'un choix réel : quitter (un endroit ou quelqu’un), s'engager, dire non, dire ce que l'on désire… elle peut nous faire trembler.
La psychanalyse n'y voit pas un paradoxe, mais au contraire, un fait très ordinaire de notre vie psychique.
• ⛓️‍💥 La liberté n'est pas un état
Freud, dans Le Malaise dans la civilisation (1930), rappelle que la vie en société repose sur un échange : nous renonçons à une part de nos satisfactions pulsionnelles contre de la sécurité. Il ajoute que la liberté individuelle était plus grande avant toute civilisation, mais qu'elle n'avait alors guère de valeur, faute de pouvoir être protégée. Autrement dit, la liberté totale ne serait en fait pas ce que nous cherchons : ce que nous voulons serait plutôt une liberté qui ne nous laisse pas seuls face au danger.
• 🔍 Fuyons-nous la responsabilité ?
Erich Fromm, psychanalyste, a consacré un livre entier à cette question : La Peur de la liberté (1941). Il y distingue la « liberté de » : se libérer d'une tutelle, d'une contrainte… et la « liberté pour » : faire quelque chose de cette liberté…
La première s'obtient souvent par la lutte ; la seconde exige de porter seul le poids de ses choix, sans assurance, sans garantie, ni notice d’usage.
Face à cette solitude, nous inventons des fuites : nous nous soumettons à une autorité, nous nous fondons dans le conformisme, nous devenons ce que « l'on » attend de nous.
Freud avait déjà décrit le ressort de ces fuites dans Psychologie des masses et analyse du moi (1921) : dans le groupe, nous remettons volontiers à un chef ou à un idéal collectif la charge de penser et de décider à notre place.
C'est confortable, reposant, mais cela coûte cher.
• 🧠 Une liberté limitée par notre inconscient
Il faut aussi rester lucide sur ce que la psychanalyse nous enseigne : « le moi n'est pas maître dans sa propre maison ». Par cette formulation, Freud nous dit que nos choix sont infléchis par des désirs, des loyautés et des répétitions dont nous ignorons souvent l'origine : nous rejouons, sans le savoir, des scènes anciennes (remémoration, répétition, perlaboration…) ; On croit décider, mais en fait on répète.
La cure analytique n'ouvre pas une liberté absolue, mais elle rend possible une liberté plus grande, parce que mieux éclairée. C'est le sens de la formule célèbre : « Là où était du ça, le moi doit advenir. »
• 😧 Angoisse et culpabilité : prix de notre liberté ?
Dans Inhibition, symptôme et angoisse (1926), Freud montre que l'angoisse est un signal : le moi avertit d'un danger, réel ou imaginé.
Se permettre d'être libre, c'est souvent se sentir infidèle, déloyale à sa famille, à ce que l'on nous a demandé d'être ou de faire, à ce que l'on croit devoir être ou faire.
Cette peur n'est donc pas un manque de courage, c'est probablement le signe que l'on touche à quelque chose qui compte pour nous.
Lacan pousse la logique très loin dans L'Éthique de la psychanalyse (1959-1960) en écrivant que la seule chose dont on puisse être coupable, est d'avoir cédé sur son désir. La liberté, ici, n'est pas de « faire ce que l'on veut », mais de ne pas trahir ce qui nous fait sujet.
• 🙏 Pouvoir être libre, c'est d'abord avoir été soutenu
Winnicott apporte un éclairage précieux à cette réflexion. Dans La capacité d'être seul (1958), il montre que l'on ne devient capable d'autonomie que si l'on a fait l'expérience, enfant, d'être seul en présence de quelqu'un : une présence fiable qui n'envahit pas. (Cf. mon post sur la capacité à être seul)
Lorsque cette présence fait défaut, ou qu'elle est trop intrusive, l'enfant apprend à se conformer aux attentes de son entourage plutôt qu'à suivre ses propres élans. Pour Winnicott, le « faux self » (1960) serait cette façade adaptée qui se construit pour protéger le « vrai self », c'est-à-dire le sentiment d'exister de façon spontanée et authentique. Ce n'est pas un mensonge conscient, mais une défense très ancienne. Un peu de faux self est d'ailleurs sain : la politesse et les usages sociaux en sont une forme. Le problème survient quand il occupe toute la place. On peut alors être brillant, apprécié, irréprochable, et pourtant avoir le sentiment de jouer un rôle sans vraiment habiter sa vie. On obéit, on réussit, mais on ne se sent pas libre.
• 👩‍🦰 Alors, être libre, faut-il en avoir peur ?
Non, dans le sens où cette peur n'a rien de honteux ni de pathologique : elle accompagne toute existence qui se risque. Mais oui, si l'on entend par là qu'il faut la prendre en compte.
Elle indique où se situe ce que nous n'osons pas encore désirer, décider ou perdre. La question n'est peut-être pas « comment supprimer cette peur ? » mais « que me dit-elle, et de quelle liberté suis-je en train de me protéger ? »
C'est là, souvent, que le travail analytique commence.

Départ des enfants et syndrome du nid vide, on en parle ? Une mère me disait récemment : « Le départ de ma fille pour la...
25/09/2026

Départ des enfants et syndrome du nid vide, on en parle ?
Une mère me disait récemment : « Le départ de ma fille pour la fac m’a complètement désorientée, j’ai réalisé que je ne sais plus vraiment qui je suis quand je ne suis plus en train de m'occuper de quelqu'un».
Si le départ des enfants du foyer est une étape attendue et jugée « normale », elle peut pourtant déclencher une véritable crise psychique : le fameux syndrome du nid vide.
UNE PERTE QUI NE DIT PAS SON NOM
Contrairement à un deuil classique, cette perte n'a pas de rituel social qui la reconnaît. On félicite les parents pour l'autonomie de leurs enfants, on ironise sur la nouvelle liberté gagnée… mais on demande rarement comment eux vivent ce vide.
Pourtant, il s'agit bien d'une perte : perte d'un rôle quotidien, d'un rythme, d'une présence, parfois d'un sens de soi construit depuis des années autour de la fonction parentale.
CE QUE LE DEPART DE L'ENFANT VIENT REACTIVER
D'un point de vue psychanalytique, ce moment agit souvent comme un révélateur. Tant que l'enfant est là, il peut occuper, sans que les parents en aient toujours conscience, une fonction de pare-excitation*, de rempart contre d'autres questions : celles du couple, du vieillissement, du désir propre. Quand il part, ce qui était contenu par sa présence peut resurgir avec une intensité inattendue. Ce n'est donc pas toujours l'enfant lui-même qui manque, mais tout ce que sa présence organisait dans l'équilibre psychique du parent.
* mise à distance psychique pour se protéger d’un afflux d'excitations trop important, venant de l'extérieur comme de l'intérieur
WINNICOTT ET LA NOTION DU "SUFFISAMMENT BON"
Winnicott a beaucoup travaillé la question du désengagement progressif du parent, condition nécessaire pour que l'enfant devienne sujet à part entière. Un parent « suffisamment bon » n'est pas celui qui reste indispensable, mais celui qui accepte de devenir progressivement moins nécessaire. Cette désidéalisation de soi comme parent est un travail psychique à part entière et souvent silencieux, car il n'est jamais complètement achevé avant que le départ ne survienne concrètement.
UN MOMENT DE BASCULE, PAS SEULEMENT UNE PERTE
Ce passage peut aussi ouvrir un espace : celui de retrouver un désir propre, une identité qui ne se définit plus uniquement par la fonction parentale. Mais cette ouverture ne va pas de soi ; elle suppose souvent de traverser d'abord un temps de vide, voire de dépression légère, avant que ce nouvel espace ne puisse être investi. Le nier ou vouloir le combler trop vite (par une hyperactivité, un nouveau projet précipité) empêche parfois ce travail de se faire.
CE QUE LE TRAVAIL ANALYTIQUE PERMET
En séance, accueillir ce vécu sans le minimiser, sans dire simplement « c'est la vie », « il fallait s'y attendre », permet souvent de libérer une souffrance qui se sentait illégitime, alors qu'elle est bien réelle. L'analyse n'a pas vocation à combler ce vide, ni à convaincre que « tout va bien se passer ». Elle offre plutôt un espace où ce silence nouveau peut, pour une fois, être écouté plutôt que fui. Car ce que le nid vide met au jour, c'est souvent une question plus ancienne que le départ de l'enfant lui-même : qu'est-ce qui, dans ce parent, existait avant et pourra exister après ? Le travail analytique ne consiste pas à répondre à cette question à la place du sujet, mais à créer les conditions pour qu'elle puisse enfin se poser, se déplier, sans être aussitôt recouverte par un nouveau projet ou une nouvelle occupation venue combler la place.

Vous traversez ou avez traversé ce moment ? N'hésitez pas à partager votre expérience en commentaire.

Non, le pardon n'est pas une annulation : on en parle ?« J'ai décidé de pardonner. Alors pourquoi est-ce que j'y pense e...
16/09/2026

Non, le pardon n'est pas une annulation : on en parle ?
« J'ai décidé de pardonner. Alors pourquoi est-ce que j'y pense encore tous les jours ? »
Cette phrase, sous mille formes, revient souvent dans le cabinet. Elle dit quelque chose de notre époque : nous avons fait du pardon une opération de nettoyage. Pardonner, ce serait remettre le compteur à zéro. Effacer. Ne plus y penser.
Et si l'on y pense encore, c'est qu'on a échoué, donc qu'on est rancunier, amer, « bloqué ».
Je voudrais défaire ce malentendu, parce qu'il fait beaucoup de dégâts.
✏️Le fantasme de la gomme
Freud a donné un nom à ce désir d'effacer : l'annulation rétroactive (Ungeschehenmachen), littéralement « rendre non-advenu ». Il la décrit en 1926 dans Inhibition, symptôme et angoisse comme un mécanisme de défense : le sujet accomplit un acte -ou une pensée- destiné à supprimer magiquement un événement passé. Comme si, en faisant le geste inverse, on pouvait faire que la chose n'ait jamais eu lieu.
⏳C'est la logique de l'obsessionnel qui revient sur ses pas, qui répète un rituel, qui compte. Mais c'est aussi, plus largement, une tentation très humaine : celle de croire que le temps est réversible.
Le pardon confondu avec l'annulation est cette tentation-là, habillée en vertu. Et elle échoue toujours, pour une raison simple : ce qui a eu lieu a eu lieu. Aucune opération psychique ne défait un fait. Ce qui est refoulé ne disparaît pas, il travaille ailleurs : dans le symptôme, dans le rêve, dans la répétition, dans le corps…
D'où la fatigue de ceux qui « ont pardonné » et se sentent pourtant toujours en charge de quelque chose.
📣Ce que le pardon suppose : que le tort soit nommé
Ferenczi, dans son texte de 1932 Confusion de langue entre les adultes et l'enfant, avance une idée décisive : ce qui traumatise durablement l'enfant, ce n'est pas seulement l'acte subi, c'est le déni de l'acte par l'adulte.
L'enfant, privé de toute confirmation de ce qu'il a éprouvé, finit par douter de sa propre perception. Il s'identifie à l'agresseur, prend sur lui la culpabilité, et devient le gardien du secret de l'autre.
🤫Autrement dit : quand un tort n'est pas reconnu, la victime le loge en elle-même.
C'est pourquoi un pardon qui commence par « ce n'était pas si grave », « il ne l'a pas fait exprès », « il faut comprendre son histoire » n'est pas un pardon. C'est une seconde disparition du fait. Cela porte un nom en clinique : cela s'appelle continuer à protéger l'autre à ses propres frais.
Le pardon authentique exige d'abord que la chose soit dite dans ses vrais termes. On ne peut pardonner que ce qu'on a d'abord nommé. Ce qui n'a pas de nom ne peut pas être remis.
🛠️Réparer, et faire le deuil de ce qui ne se réparera pas
Melanie Klein a décrit un mouvement psychique qu'elle nomme la réparation : le moment où, sortant du clivage entre le tout-bon et le tout-mauvais, l'enfant reconnaît que la personne qu'il aime et celle qui l'a déçu sont une seule et même personne. Ce moment est douloureux ; M. Klein l'appelle la « position dépressive », mais il est fondateur, car il rend possible l'ambivalence : aimer quelqu'un sans le blanchir.
Elle distingue soigneusement cette réparation véritable de ce qu'elle appelle la réparation maniaque : une réparation précipitée, triomphante, qui répare pour ne pas avoir à éprouver la perte. Le pardon-annulation appartient à ce registre. Il va vite parce qu'il ne veut rien sentir.
Le pardon véritable, lui, passe par un deuil, et le deuil porte sur une chose très précise : la réparation qui n'aura pas lieu. Les excuses qui ne viendront pas. L'enfance qu'on n'aura pas eue.
Freud, dans Deuil et mélancolie (1917), montre ce qui se produit quand ce travail n'est pas fait : le reproche adressé à l'autre se retourne contre soi. La mélancolie, écrit-il, c'est l'ombre de l'objet qui tombe sur le moi. Beaucoup de gens qui se croient rongés par la culpabilité sont en réalité habités par une colère qu'ils n'ont jamais eu le droit d'adresser.
✂️Pardonner, c'est délier, pas effacer
La philosophe Hannah Arendt, dans Condition de l'homme moderne (1958), formule ce qui me semble la définition la plus juste : le pardon est ce qui nous délivre de l'irréversibilité de nos actes. Il ne défait pas l'acte, il défait le lien qui nous enchaîne à ses conséquences indéfinies. Vladimir Jankélévitch, dans Le Pardon (1967), va dans le même sens en distinguant le pardon de l'excuse et de l'usure du temps : le vrai pardon est un acte, gratuit, qui sait exactement ce qu'il remet.
Traduit en termes analytiques : pardonner, ce n'est pas dire « cela n'a pas eu lieu ». C'est dire « cela a eu lieu, et cela ne commandera plus ma vie ». Si l'événement garde sa place dans l'histoire, il perd néanmoins sa place de gouvernail.
❓Et si l'on ne pardonne pas ?
Il existe aujourd'hui une véritable injonction au pardon, souvent présentée comme une condition du soin : il faudrait pardonner « pour soi », « pour avancer », « pour se libérer ». Cette injonction redouble parfois la violence initiale, en faisant de la personne lésée la responsable de son propre enfermement.
🛋️La psychanalyse ne prescrit pas le pardon. Elle ne le déconseille pas non plus. Elle travaille en amont : à ce que le tort soit dit, à ce que la colère trouve son adresse, à ce que la culpabilité retourne à qui elle appartient.
Ce qui advient : pardon, distance, silence, rupture, appartient à chacun, et ne se décide pas à l'avance.
Certains, au terme de ce travail, pardonnent. D'autres non, et vont très bien. Ce qui change, dans les deux cas, c'est que la question a cessé d'être une dette.
Alors peut-être vaut-il la peine de se demander, non pas « ai-je pardonné ? », mais : y a-t-il dans mon histoire quelque chose que j'ai pardonné un peu vite, parce qu'il fallait surtout que cela cesse d'exister ?
👩‍🦰Un travail analytique vous permettra d’y voir plus clair et de vous aider à vous libérer vraiment de ce qui vous encombre

Le courage : on en parle ? Il y a quelque chose d'étrange dans la façon dont nous parlons du courage aujourd'hui. On l'i...
27/08/2026

Le courage : on en parle ?
Il y a quelque chose d'étrange dans la façon dont nous parlons du courage aujourd'hui.
On l'imagine volontiers héroïque, spectaculaire, réservé à quelques figures d'exception : le pompier qui entre dans le brasier, le résistant, le lanceur d'alerte.
Mais en séance, le courage prend rarement ce visage-là. Il ressemble plutôt à une parole qu'on ose enfin prononcer, une rupture qu'on décide d'assumer, un silence qu'on choisit de rompre après des années. Le courage, en psychanalyse, commence souvent par un pas minuscule et terriblement risqué : dire « je ».
🧓Le risque comme mode d'existence ?
Peu de penseuses ont exploré cette question avec autant de justesse qu'Anne Dufourmantelle, philosophe et psychanalyste, dans son Éloge du risque (2011). Sa thèse, en substance : notre époque, obsédée par la sécurité, le calcul, le principe de précaution, a fini par confondre prudence et vie. Or pour elle, exister vraiment suppose de consentir à une part d'inconnu ; non par goût du danger, mais parce que la vie elle-même est un risque qu'on ne cesse de renouveler. Elle allait jusqu'à dire que les plus prudents d'entre nous croient tenir leur vie, quand c'est elle, en réalité, qui les tient.
✨Cette idée bouscule notre façon habituelle d'envisager la sécurité psychique. Se protéger à l'excès, éviter le conflit, taire le désir, renoncer par avance, n’est pas toujours signe de sagesse. C'est parfois une manière de mourir un peu, chaque jour, sous couvert de prudence. Anne Dufourmantelle parlait de ces formes de renoncement silencieux, de cette "dépression blanche" qui n'a pas de nom mais qui use de l'intérieur, comme d'un risque plus grand encore que celui qu'on croit éviter.
Le courage n'est pas l'absence de peur
👩‍🦰En clinique, on rencontre souvent ce malentendu : les patients qui viennent nous voir pensent parfois qu'il faudrait ne plus avoir peur pour avancer. Mais le courage, tel que la psychanalyse le pense, ne consiste pas à faire taire l'angoisse ; il consiste à parler, à agir, à désirer avec elle. C'est même souvent l'angoisse qui signale qu'un enjeu véritable est là, qu'un désir cherche à se dire.
Freud lui-même situait le courage du côté de la capacité à affronter ce qui, en nous, résiste à la conscience : nos conflits, nos ambivalences, nos zones d'ombre.
✅Le travail analytique est en ce sens une école du risque : accepter de ne pas tout maîtriser de ce qu'on va découvrir de soi, se laisser surprendre par sa propre parole.
A. Dufourmantelle, en héritière de cette tradition tout en la prolongeant vers la philosophie, ajoutait que ce risque-là est aussi ce qui rend la vie désirable. Sans lui, on survit ; on ne vit pas.
Un courage tragiquement incarné
💙On ne peut évoquer Anne Dufourmantelle sans rappeler la façon dont elle est morte, en juillet 2017, en tentant de sauver de la noyade l'enfant d'une amie. Il y a une résonance bouleversante entre sa pensée et son geste : celle qui avait fait l'éloge du risque comme condition de la vie authentique en a payé, tragiquement, le prix ultime. Ce n'est pas une anecdote biographique anodine, mais peut-être la preuve la plus radicale que, pour elle, penser n'était jamais séparé de vivre.
📌Ce que cela change pour nous
Nul besoin d'actes héroïques pour rencontrer le courage dont parle la psychanalyse. Il est là, discret, chaque fois qu'on choisit de ne pas se dérober à ce qui nous concerne vraiment : nommer une souffrance, quitter une relation qui nous éteint, demander de l'aide, changer de voie professionnelle, aimer à nouveau après une perte. Ce courage-là n'efface pas la peur : il la traverse. Et c'est peut-être cela, au fond, qu’Anne Dufourmantelle nous invite à entendre : que risquer sa vie - au sens le plus quotidien du terme- reste l'une des plus belles façons d'y consentir pleinement.
Et vous, avez-vous identifié ce petit risque que vous ajournez sans cesse, cette parole, ce pas, ce désir ? Et qui, peut-être, n'attend qu'un peu de courage pour trouver sa place, vous libérer et vous permettre d'avancer ?
(Anne Dufourmantelle, Éloge du risque, Payot, 2011)

Éco-anxiété : on en parle ?Vous suivez l'actualité climatique et un poids s'installe. Vous culpabilisez à chaque utilisa...
01/07/2026

Éco-anxiété : on en parle ?
Vous suivez l'actualité climatique et un poids s'installe. Vous culpabilisez à chaque utilisation de la climatisation, à trajet en voiture, devant chaque emballage plastique. Vous vous demandez s'il est raisonnable d'avoir des enfants dans un monde qui se réchauffe. Et parfois, cette inquiétude vous submerge au point de vous empêcher de dormir, de travailler, de profiter d'un moment simple.
Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, sachez d'abord une chose essentielle : votre angoisse n'est pas un dérèglement. Elle est une réponse à un danger réel.
Une angoisse pas tout à fait comme les autres
En psychanalyse, on distingue depuis Freud
l'angoisse comme signal -celle qui nous alerte face à un danger et nous pousse à agir-
de l'angoisse qui envahit et paralyse, déconnectée de toute possibilité d'action.
L'éco-anxiété se situe précisément à cette frontière. Le danger qu'elle signale n'est pas un fantasme ni un conflit purement intérieur : il est partagé, documenté, bien réel.
C'est en cela qu'elle diffère d'autres formes d'anxiété rencontrées en clinique.
Mais parce que ce danger est immense, diffus, et largement hors de notre contrôle individuel, le psychisme peut se retrouver démuni pour le traiter. L'angoisse ne trouve plus d'issue dans l'action et se transforme alors en rumination, en sidération, parfois en évitement complet du sujet, ou à l'inverse, en une hypervigilance toujours épuisante.
Ce que l'éco-anxiété vient souvent réveiller
Ce qui se joue dans l'éco-anxiété dépasse souvent la seule question climatique ou écologique. Elle peut faire écho à une confiance fondamentale ébranlée : d’abord celle qu'on a, enfant, dans un monde stable et bienveillant ; puis, plus t**d, celle que l’on a d’un état protecteur et d’un avenir meilleur qui nous attend.
Winnicott parlait d'un environnement suffisamment fiable pour permettre de grandir en sécurité ; or, quand cet horizon se fissure à l'échelle collective, il n'est pas rare que des angoisses plus anciennes, plus personnelles, viennent s'y accrocher. C'est pourquoi l'éco-anxiété touche différemment chacun d'entre nous : deux personnes exposées aux mêmes informations n'auront pas la même intensité de réaction, selon leur histoire, leurs deuils, leur rapport à l'incertitude.
Mais cette angoisse a aussi une dimension proprement collective, et elle n'est pas inédite. Dans les dernières pages de Malaise dans la civilisation, écrites alors que la menace nazie s'installait en Europe, Freud s'interroge sur la capacité de l'humanité à contenir sa propre pulsion de destruction. Il laisse alors affleurer une inquiétude presque personnelle quant à l'issue de cette lutte à l'échelle de l'espèce. Ce n'était pas la première fois que l'humanité se retrouve confrontée à l'incertitude quant à sa propre survie, face à un péril qu'elle a elle-même engendré.
Alors, que faire de cette angoisse ?
Il ne s'agit pas de s'en débarrasser -elle a sa légitimité- mais de lui trouver une place qui ne vous paralyse pas. Cela suppose souvent de distinguer ce qui relève de l'action possible (à son échelle, dans sa vie) de ce qui relève du deuil à faire face à ce qu'on ne maîtrise pas. Ce travail de distinction, de mise en mots, est précisément ce qui peut se déployer en thérapie.

La mémoire traumatique : on en parle ?Une odeur. Le ton d'une voix. Une porte qui claque.Et soudain, sans prévenir, le c...
16/06/2026

La mémoire traumatique : on en parle ?
Une odeur. Le ton d'une voix. Une porte qui claque.
Et soudain, sans prévenir, le cœur s'accélère, la gorge se serre, une vague d'angoisse surgit.
Pourtant, rien dans la situation présente ne semble justifier une telle réaction. Mais le corps, lui, réagit comme si le danger était toujours là.
✨C'est ce que l'on appelle la mémoire traumatique.
Contrairement aux souvenirs ordinaires, elle ne se raconte pas : elle se rejoue, le corps gardant parfois la trace de ce qui n'a pas pu être pensé.
🌙Dans un fonctionnement "normal", la mémoire d’un souvenir est évolutive : elle change selon les âges et les contextes. Le trauma, lui, fige la personne dans le passé. Le souvenir ne s'efface pas et se répète sans cesse. "La mémoire traumatisée nous fige dans le passé ; il n’y a plus de présent possible.
⚠️ Comment s'inscrit-elle en nous ?
Lorsqu'un événement est trop intense, trop précoce ou trop douloureux pour être psychiquement élaboré, il ne peut être intégré comme une expérience parmi d'autres.
Freud avait déjà repéré ce phénomène : ce qui ne peut être mis en mots ne disparaît pas pour autant. Cela revient sous forme de répétition. Il parlait alors de compulsion de répétition, cette tendance à revivre, parfois à son insu, des situations qui réactivent l'effroi initial.
Ferenczi s'est particulièrement intéressé aux traumatismes précoces, survenant avant même que l'enfant ne dispose des mots ou des repères nécessaires pour comprendre ce qui lui arrive. Dans ces cas-là, le trauma ne devient pas véritablement un souvenir : il demeure comme une empreinte silencieuse.
Comme souvent, les neurosciences contemporaines viennent aujourd'hui éclairer ces « intuitions cliniques ». Lors d'un événement traumatique, certaines sensations, images ou fragments d'expérience pourraient être enregistrés sans être intégrés dans un récit cohérent ni situés dans le temps. Le corps peut alors « se souvenir » d'un danger que l'esprit ne reconnaît pas comme appartenant au passé.
👩‍🦰 Le travail thérapeutique peut-il aider ?
En analyse, il ne s'agit pas nécessairement de retrouver un événement oublié.
Il s'agit plutôt de permettre, progressivement, à ce qui n'a jamais pu être symbolisé de trouver une forme, un langage, une place dans une histoire.
Ce processus demande du temps. Et c'est normal.
L'enjeu n'est pas de revivre le trauma, mais de ne plus avoir à le subir comme une menace toujours présente.
Car ce qui s'est inscrit sans mots peut, un jour, trouver un langage. Et ce qui trouve un langage peut commencer à se transformer.
Si certaines de ces réactions vous sont familières, ou si vous accompagnez quelqu'un qui les traverse, sachez qu'il est possible de travailler sur ces traces, à son rythme, dans un cadre sécurisant.
📩 N'hésitez pas à me contacter ou à prendre rendez-vous.

Enfants parentalisé·e·s, on en parle ?Il/elle range la maison, gère les angoisses de sa mère, console son père pour ses ...
11/06/2026

Enfants parentalisé·e·s, on en parle ?
Il/elle range la maison, gère les angoisses de sa mère, console son père pour ses soucis de travail. En apparence, un·e enfant "sage", "mature", "si adulte pour son âge !
" ; En réalité, un·e enfant qui a dû grandir trop vite.
La parentification désigne le processus par lequel un·e enfant assume, de façon chronique, des rôles ou des responsabilités qui appartiennent normalement à l’adulte.
Ce peut être très concret : s'occuper des frères et sœurs, gérer les factures, assurer les tâches ménagères ou bien affectif et bien moins visible : être le·la confident·e de sa mère, le·la régulateur émotionnel de son père, le pilier invisible d'une famille qui vacille.
Comment la psychanalyse nous éclaire
Depuis les travaux de Winnicott sur le « faux self » jusqu'aux réflexions plus contemporaines sur les transmissions intergénérationnelles, la pensée psychanalytique s'est penchée sur ce que cela coûte à un enfant de renoncer à sa propre subjectivité pour se mettre au service du monde interne de ses parents.
Dans « Confusion de langue entre les adultes et l’enfant : le langage de la tendresse et de la passion », Ferenczi, autre psychanalyste, avait nommé cette réalité dès 1932, en évoquant cette idée d’une « confusion ».
L'enfant vit dans le registre de la tendresse. Il cherche amour, la protection, le jeu. Lorsqu'il se voit contraint d'endosser le rôle de l'adulte, il entre dans un monde dont il n'a pas les clés, portant des émotions et des responsabilités qui ne lui appartiennent pas. Cette confusion laisse des traces profondes sur la façon dont il se perçoit et perçoit ses relations.
L'enfant parentalisé ne disparaît pas. Il se constitue autour d'un noyau d'effacement de soi.
Il apprend que ses propres besoins sont secondaires, menaçants, ou inconvenants. Il devient expert dans la lecture des humeurs de l'autre, au détriment de la reconnaissance de ses propres émotions. Ce que l'on prend pour de la maturité est souvent une adaptation défensive : un·e enfant qui ne peut pas se permettre d'être enfant.
Ce n'est jamais une question de "mauvais parents". Le plus souvent, ces familles traversent des périodes de grande vulnérabilité : deuil, maladie, précarité, violence, solitude, dépression. Les parents transmettent sans le savoir ce qu'ils n'ont pu porter seuls.
Des traces visibles à l'âge adulte
Ces enfants deviennent souvent des adultes au service des autres, naturellement portés vers les professions d'aide, ou vers des relations où l'on prend soin, parfois jusqu'à l'épuisement. Iels ont du mal à recevoir, à demander, à s'autoriser à ne pas être fort·es. Une petite voix intérieure leur dit que leurs besoins ne comptent pas vraiment. Ou qu'iels doivent les "mériter".
En thérapie ou en analyse, ces patient·es découvrent souvent avec stupeur, et soulagement, qu'iels ont aussi le droit d'être porté·es.
Si quelque chose résonne pour vous, que ce soit en lien avec votre propre enfance, ou avec ce que vous observez chez un enfant, n'hésitez pas à en parler avec un·e thérapeute. Ce type de travail sur soi demande du temps, de la douceur, de la bienveillance mais il pourra rendre un droit essentiel : celui d'exister pour soi-même.

Penser à soi, est-ce être égoïste ? On en parle ?Combien de fois avez-vous repoussé vos propres besoins pour ne pas « dé...
12/05/2026

Penser à soi, est-ce être égoïste ? On en parle ?
Combien de fois avez-vous repoussé vos propres besoins pour ne pas « déranger » ou paraître trop centré sur vous-même ? Cette culpabilité, souvent silencieuse, est un motif fréquent de consultation.
En psychanalyse, prendre soin de soi n'est pas un luxe narcissique, mais une nécessité psychique fondamentale.
✨ Le Narcissisme : une base vitale
Contrairement aux idées reçues, le narcissisme est nécessaire. Freud distinguait :
• Le narcissisme primaire : cet amour originel où l'enfant puise ses racines, sa confiance et son estime de soi.
• Le narcissisme secondaire : c'est l'énergie que nous retirons de nos liens extérieurs pour la réinvestir en nous-mêmes.
Aimer et être aimé nourrit le sentiment d'exister. Penser à soi, c'est simplement entretenir ce mouvement naturel de la vie psychique.
📌 Vrai Self vs Faux Self
S'adapter aux attentes des autres est une stratégie de survie durant l'enfance. Mais à l'âge adulte, si cette adaptation devient totale, elle crée ce que Donald Winnicott appelait le "Faux Self" : une façade construite pour plaire ou ne pas décevoir.
🧠Le constat clinique est souvent celui-ci : Ceux qui se sentent les plus « égoïstes » sont souvent ceux qui ont le plus de mal à s’autoriser à exister.
Être constamment dans la préoccupation du désir de l'autre n'est pas de la générosité ; c'est le signe que votre "Vrai Self" — celui qui ressent et désire vraiment — a dû se mettre en retrait pour survivre.
🔍 La confusion entre sacrifice et générosité
Les injonctions de l'enfance ("Sois généreux", "Pense aux autres d'abord") brouillent souvent la frontière entre la générosité authentique et le sacrifice de soi. Pourtant :
• L'égoïsme consiste à nier l'autre.
• S'écouter consiste à occuper sa propre place, sans pour autant prendre celle d'autrui.
👩‍⚕️ Le chemin analytique
La psychanalyse offre ce lieu unique où l'on n'a pas à se conformer. En libérant la parole, le travail analytique permet aux désirs enfouis de retrouver une voix.
L’objectif ? Habiter enfin sa propre vie depuis un lieu intérieur authentique, et non depuis la peur de décevoir. Penser à soi n’est plus alors un acte coupable : c’est le signe que l’on a retrouvé sa place de sujet.
💬 Et vous ? Vous reconnaissez-vous dans cette tendance à vous effacer au profit des attentes ou des désirs des autres ? Je vous invite à partager vos réflexions ou vos questions en commentaire.

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15 Allée Juliette Drouet
Montpellier
34070

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