31/03/2020
Comment rassurer ? Faut-il rassurer ? Et de quoi ? Une immense vague de peur a saisi notre monde. Peur d'être infecté, peur d'être emmené seul dans un hôpital, peur du chaos économique. Peur de l'autre dans la rue. Peur pour nous-même, peur pour nos proches. Il ne faut pas longtemps pour retrouver derrière ces craintes la peur universelle liée à la condition humaine : peur de souffrir, peur de mourir. On a beau essayer de vivre au présent, tenter de voir le bon côté des choses et se raisonner, la peur nous travaille.
Dans la guerre des étoiles, le maître Jedi dit à son élève Padawan : « tu auras peur » et il ajoute « fais bien attention, la peur t’amènera aussi dans le côté sombre de la force ».
La peur est double : elle nous incite heureusement à nous protéger (les "gestes barrière" du confinement) mais peut aussi nous faire plonger, par exemple lorsque nous restons stochés aux infos anxiogènes, à la fois fascinés et effrayés.
Comment rassurer ? Dire : "Sûr de sûr, vous échapperez au virus", c'est idiot. Dire qu'il ne faut pas avoir peur, ça ne tient pas la route : il est normal qu'on aie peur.
Je me suis alors souvenu d'Etty Hillesum, cette jeune hollandaise conduite au "camp de transit" de Westerbork en 1942, consciente du sort qui l'attendait. Dans les lettres qu'elle y écrivit à ses amis d'Amsterdam, j'ai trouvé ces passages qui m'aident à voir ma peur en face. Je vous les confie.
L'éventualité de ma mort est intégrée à ma vie ; regarder la mort en face, l'accepter comme partie intégrante de la vie, c'est élargir cette vie. À l'inverse, sacrifier dès maintenant un morceau de cette vie par peur de la mort et refus de l'accepter, c'est le meilleur moyen de ne garder qu'un pauvre petite vie mutilée, méritant à peine le nom de vie.
Ce qui importe n’est pas de rester en vie coûte que coûte, mais comment l’on reste en vie.
Les gens ne veulent pas l’admettre : un moment vient où l’on ne peut plus agir, il faut se contenter d’être et d’accepter… Mais on ne peut le faire que pour soi, jamais pour les autres.
Il est permis de souffrir, mais pas pour autant de sombrer dans le désespoir.
François Delivré
Auteur de "La seconde joie"
un livre sur la condition humaine et la joie