08/10/2026
TDAH adulte : se récompenser pour réussir à agir ?
Dans le post précédent, je parlais de surjustification : dans certaines conditions, ajouter une récompense à une activité déjà appréciée peut diminuer l’engagement spontané une fois la récompense retirée.
Avec le TDAH, la question devient intéressante parce qu’on conseille souvent l’inverse : externaliser la motivation, rapprocher les conséquences, se créer des récompenses.
Il existe de bonnes raisons à cela. Une méta-analyse des tâches de choix monétaire retrouve chez les adultes avec TDAH une dévalorisation plus forte des récompenses différées (d ≈ 0,40).
Dans une étude portant sur 38 adultes avec TDAH et 40 témoins, une récompense financière a aussi amélioré certains aspects de la performance, notamment la précision de reproduction temporelle.
Mais ces résultats montrent ce qui se passe pendant qu’une récompense est disponible. Ils ne disent presque rien de ce qui arrive ensuite à l’envie de faire l’activité sans récompense.
C’est précisément un angle mort relevé par Morsink et ses collègues en 2022 : la recherche sur la motivation dans le TDAH s’est surtout intéressée au renforcement et beaucoup moins aux motifs internes. Les auteurs proposent explicitement d’étudier si les renforçateurs externes peuvent aussi avoir des effets négatifs sur la motivation intrinsèque, l’affect ou le bien-être.
Rien ne permet donc de conclure que le TDAH protégerait de la surjustification. Mais cela ne justifie pas non plus d’abandonner les récompenses.
Quel problème cherche-t-on à résoudre ?
Pour démarrer une tâche pénible dont le bénéfice est lointain, rendre une conséquence plus immédiate peut être utile. Pour une activité déjà investie parce qu’elle est intéressante ou importante, transformer systématiquement l’action en moyen d’obtenir autre chose pose question.
Qu'en pensez-vous ?
SOURCE :
Marx et al., PLoS One, 2013. DOI : 10.1371/journal.pone.0067002 ; Jackson & MacKillop, Biol Psychiatry Cogn Neurosci Neuroimaging, 2016. DOI : 10.1016/j.bpsc.2016.01.007 ; Morsink et al., J Atten Disord, 2022. DOI : 10.1177/10870547211050948