Victoire Dezitter Psychanalyste à Nîmes

Victoire Dezitter Psychanalyste à Nîmes Psychanalyste de formation - Accompagnement et soutien psychologique, psychothérapie et psychanalyse -Enfant/adolescent/adulte
(1)

Psychanalyste de formation - psychothérapie et psychanalyse, psychanalyse didactique
Transe therapeutique avec la respiration holotropique
Atelier journee de Transe

01/08/2026

« Tous les problèmes les plus importants de la vie sont fondamentalement insolubles…
Ils ne peuvent jamais être résolus mais seulement surpassés.
Ce « surpassement » montre, après un examen plus attentif, qu’ils nécessitent un nouveau niveau de conscience…
Il n’est pas résolu logiquement en ses propres termes, mais disparaît lorsqu’il est confronté à une force de vie nouvelle et plus puissante. »

Carl Gustav Jung , Psychologie et Alchimie .

29/07/2026

« Le perfectionnisme est un redoutable ennemi de la vie psychique. Il est responsable de la quasi-totalité des burn-out et d’un bon nombre de dépressions. Il nous pousse à la honte et à l’autodénigrement, nous enjoint de courir sans cesse après des buts imaginaires, et ses injonctions intériorisées nous parlent en un constant dialogue intérieur, sapant notre confiance en soi et élargissant notre faille narcissique…

Aux yeux de notre perfectionniste intérieur comme du perfectionniste extérieur mis en place par les exigences d’une société basée sur la compétition, tous nos efforts ne seront jamais « assez ». Dans son analyse du modèle de la vulnérabilité comme une libération du courage d’être et d’oser qui se vit au sein même de nos limitations, Brené Brown, chercheuse en travail social, se livre à une critique en règle de ce parasite psychique de première catégorie ! Tout d’abord, et contrairement à ce que l’on s’imagine, le perfectionnisme « diffère de la recherche de l’excellence. Le perfectionnisme n’a rien à voir avec la croissance et l’épanouissement harmonieux.

Le perfectionnisme est un mouvement défensif. Il fait croire qu’en agissant parfaitement et en ayant l’air parfait, on peut minimiser ou éviter la souffrance du reproche, du jugement et de la honte ».

Autre croyance à réviser : « Le perfectionnisme n’a rien à voir avec le fait de devenir meilleur. L’essence du perfectionnisme est de tenter d’obtenir l’approbation d’autrui. La plupart des perfectionnistes ont grandi en étant loués pour leurs comportements et leurs accomplissements (diplômes, manières, obéissance aux règles, apparence, performances sportives).

Quelque part en chemin, ils ont adopté ce dangereux et débilitant système de croyances : “Je suis ce que j’accomplis et la manière dont je l’accomplis. Faire plaisir. Accomplir. Parfaire.” » En réalité et à l’inverse de ce que l’on nous raconte, « le perfectionnisme n’est pas la clé du succès. Au contraire, les recherches montrent que le perfectionnisme freine l’accomplissement. Le perfectionnisme est corrélé avec la dépression, l’anxiété, la toxicomanie, la paralysie affective et les occasions manquées ».

En définitive, le perfectionnisme apparaît comme étant une forme subtile de la honte. S’il constitue un piège redouté, c’est parce qu’il représente « un système de croyances addictif et autodestructeur qui alimente principalement cette pensée : “Si j’ai l’air parfait et que je fais tout parfaitement, je peux éviter ou atténuer les sentiments douloureux de honte, de jugement et de reproche”.

Le perfectionnisme est autodestructeur tout simplement parce que la perfection n’existe pas. C’est un but inaccessible. » Bref : s’il nous faut renoncer à notre inféodation à ce système de pensée asservissant, c’est parce que le perfectionnisme est une arnaque ! La seule manière de se libérer de ce chantage perpétuel consiste à sortir volontairement du cercle en renonçant à être parfait, pour n’en devenir que plus complet… »

Issu du livre « découvrir et accueillir sa part d’ombre »
Christophe THUILLIER

https://www.linkedin.com/.../soyez-imparfait-d-christophe...

18/07/2026

« Si un homme en sait plus que les autres, il devient solitaire. »

Jung explique ici que la lucidité et la compréhension profonde de soi (ou du monde) créent naturellement une distance avec la foule qui préfère vivre dans l'illusion. La fausse solitude face à l'incapacité de communiquer

« La solitude ne vient pas de l'absence de gens autour de nous, mais de notre incapacité à communiquer les choses qui nous semblent importantes, ou de la propension à accorder de l'importance à des points de vue que les autres jugent inconcevables. »

Être « vrai » signifie parfois porter des vérités que l'entourage n'est pas prêt à entendre, ce qui génère le sentiment d'être seul même au milieu d'une pièce bondée. L'éveil se fait en regardant à l'intérieur

« Tu n'y verras clair qu'en regardant en toi. Qui regarde l'extérieur rêve. Qui regarde en lui-même s'éveille. »

Le chemin de la vérité n'est pas un chemin social. C'est une plongée solitaire dans sa propre psyché.
Le courage d'affronter sa propre vérité
« L'expérience la plus élevée et la plus décisive est d'être seul avec soi-même. »
Pour Jung, affronter sa propre solitude sans artifice est le seul moyen de bâtir des fondations intérieures indestructibles, loin de la dépendance au regard des autres

17/07/2026

Le laboratoire américain qui avait lancé le Prozac est prêt à débourser l’équivalent de 3,3 milliards d’euros pour acquérir AtaiBeckley, une start-up new-yorkaise spécialisée dans le traitement des troubles mentaux grâce à des médicaments à base de psychotropes. Un marché naguère marginal auquel les géants pharmaceutiques s’intéressent de plus en plus.

02/07/2026

Frapper le sein nourricier
Quand la faim narcissique attaque l’objet dont elle attend réparation

Joëlle Lanteri – Psychanalyste

I. Le paradoxe de la faim narcissique

Il existe des sujets qui attaquent précisément l’objet dont ils attendent encore réparation.

Ils demandent, mais mordent.
Ils attendent, mais disqualifient.
Ils espèrent, mais détruisent.
Ils ont faim, mais frappent le sein.

Cette faim n’est pas seulement une demande d’amour. Elle est une faim plus archaïque, plus profonde, plus blessée : une faim de reconnaissance, de présence, d’accordage, de réparation narcissique.

Le sujet ne demande pas seulement :
aime-moi.

Il demande :
répare ce qui n’a jamais été nourri en moi.
devine ce qui m’a manqué avant même que je puisse le dire.
sois l’objet que je n’ai pas eu.
mais surtout, ne m’oblige pas à reconnaître que j’ai encore besoin de toi.

C’est là que la scène devient tragique.

Car dépendre de l’objet devient insupportable. Recevoir devient humiliant. Avoir besoin de l’autre expose à la honte, à la dette, à la peur de l’abandon, à la terreur d’être englouti ou rejeté.

Alors le sujet attaque l’objet nourricier.

Il le frappe pour ne pas avoir à s’y abandonner.
Il le dévalue pour ne pas sentir qu’il l’attend.
Il le rend mauvais pour ne pas souffrir de l’aimer.
Il détruit le sein dont il espère encore qu’il le nourrira.

II. Le sein bon, le sein mauvais

Mélanie Klein nous a appris à entendre très tôt cette scène dans la vie psychique du bébé.

Le sein n’est pas seulement un organe nourricier. Il devient, dans le monde interne de l’enfant, la première figure de l’objet.

Quand il donne, il est bon.
Quand il manque, il est mauvais.
Quand il frustre, il devient persécuteur.
Quand il nourrit, il devient source de vie.

Mais le bébé ne peut pas encore unifier ces expériences. Il ne peut pas encore penser que le même objet peut nourrir et frustrer, être présent et absent, aimer et ne pas satisfaire immédiatement.

Alors il clive.

Il y a le bon sein, idéalisé, attendu, réparateur.
Et il y a le mauvais sein, haï, persécuteur, attaqué.

Dans certaines organisations psychiques, ce clivage ne se résorbe jamais tout à fait. L’objet reste alternativement attendu comme sauveur et vécu comme persécuteur.

Le sujet adulte peut alors rejouer cette scène avec l’analyste, le partenaire amoureux, l’ami, le parent, l’institution ou toute figure investie d’une fonction de soin.

Il attend beaucoup de l’objet.
Mais plus il attend, plus il se sent menacé.

Alors il attaque.

III. Attaquer pour ne pas dépendre

La faim narcissique est souvent insupportable au sujet lui-même.

Dire : j’ai besoin peut réveiller une honte ancienne.

Honte d’avoir été dépendant.
Honte de ne pas avoir été nourri.
Honte d’avoir attendu en vain.
Honte d’avoir désiré un objet qui ne venait pas.
Honte d’être encore vulnérable.

L’attaque devient alors une défense contre l’humiliation du besoin.

Le sujet préfère parfois détruire l’objet plutôt que reconnaître qu’il l’attend.

Il dira :
vous ne servez à rien.
vous ne comprenez rien.
vous êtes comme les autres.
je savais que cela ne marcherait pas.
je n’ai besoin de personne.

Mais sous cette attaque, une autre phrase insiste :

j’ai besoin que vous ne disparaissiez pas.
j’ai besoin que vous surviviez à ce que je vous fais vivre.
j’ai besoin que vous ne vous vengiez pas.
j’ai besoin que vous restiez vivant sans me réclamer réparation.

Le sujet attaque donc l’objet dont il attend la preuve la plus difficile : non pas la preuve d’un amour idéal, mais la preuve d’une survivance.

IV. La posture schizoïde : se retirer avant d’être atteint

Dans certaines postures schizoïdes, cette attaque peut prendre une forme très particulière.

Elle n’est pas toujours bruyante. Elle ne passe pas toujours par la colère. Elle peut passer par le retrait, le silence, l’indifférence apparente, la froideur, la non-réponse, la neutralisation de tout affect.

Le sujet se retire avant même que le lien ne puisse le toucher.

Il se protège de l’objet en le tenant à distance.
Il le prive d’accès.
Il ferme les volets.
Il garde son monde interne dans une alcôve secrète.
Il laisse l’autre dehors, parfois dans un profond sentiment d’impuissance.

Cliniquement, ce retrait peut être vécu par l’analyste comme un rejet.

Mais il est parfois une défense extrême contre l’intrusion, l’engloutissement, la dépendance, ou la peur que le lien devienne trop dangereux pour le sentiment d’exister.

Le sujet schizoïde ne manque pas nécessairement de vie intérieure. Au contraire, il peut abriter un monde interne très riche, très sensible, très intense. Mais cette richesse est cachée, protégée, cadenassée.

Le lien est désiré et redouté dans le même mouvement.

Le sujet veut être rejoint.
Mais il craint d’être envahi.
Il veut être nourri.
Mais il craint d’être possédé.
Il veut être reconnu.
Mais il craint d’être capturé par le regard de l’autre.

Alors il frappe le sein avant que le sein ne l’atteigne.

V. L’objet réparateur mis en échec

Dans le transfert, l’analyste peut être placé à cet endroit impossible : il est attendu comme objet réparateur, mais immédiatement attaqué dès qu’il approche cette fonction.

S’il parle, il est intrusif.
S’il se tait, il est absent.
S’il interprète, il persécute.
S’il contient, il étouffe.
S’il garde la distance, il abandonne.
S’il se montre vivant, il devient dangereux.
S’il reste trop neutre, il devient mort.

L’objet est pris dans une contradiction intenable.

Il doit nourrir sans faire sentir la dépendance.
Il doit réparer sans faire honte.
Il doit être là sans s’imposer.
Il doit survivre sans devenir indifférent.
Il doit entendre la haine sans riposter.
Il doit entendre l’amour sans l’exiger.

C’est une clinique de très grande délicatesse.

Car l’analyste ne doit pas se précipiter pour rassurer. Il ne doit pas non plus s’effondrer sous l’attaque. Il doit pouvoir reconnaître que quelque chose se joue là, non du côté d’une simple opposition, mais du côté d’une faim ancienne qui ne sait plus comment recevoir.

VI. L’envie, la gratitude et l’impossible réparation

Chez Mélanie Klein, l’envie occupe une place centrale.

L’envie ne consiste pas seulement à vouloir ce que l’autre possède. Elle attaque ce qui est bon chez l’autre, précisément parce que cela rappelle au sujet ce qui lui manque.

Le bon objet devient insupportable.

S’il est bon, il révèle ma pauvreté.
S’il nourrit, il révèle ma faim.
S’il donne, il révèle ma dépendance.
S’il tient, il révèle ma détresse d’avoir attendu un objet qui ne tenait pas.

Alors l’envie attaque le bon.

Elle le salit.
Elle le rend mauvais.
Elle le mord.
Elle le dévalorise.
Elle cherche à empêcher que l’objet reste tranquillement bon.

La gratitude, elle, suppose un pas psychique immense : reconnaître que l’objet a donné quelque chose de bon, sans se sentir humilié par ce don.

Mais lorsque la faim narcissique est trop ancienne, la gratitude peut être vécue comme une soumission. Remercier l’objet reviendrait à reconnaître qu’il a eu du pouvoir sur soi. Recevoir reviendrait à devoir quelque chose.

Alors le sujet préfère souvent attaquer plutôt que remercier.

Il détruit la scène du don pour ne pas être redevable.

VII. Frapper le sein pour vérifier qu’il survit

L’attaque de l’objet n’est pas toujours haine pure.

Elle peut aussi être une épreuve.

Le sujet semble demander :

Si je vous attaque, allez-vous disparaître ?
Si je vous déçois, allez-vous m’abandonner ?
Si je vous rends impuissant, allez-vous me haïr ?
Si je mords le sein, va-t-il se retirer pour toujours ?
Si je vous fais éprouver ma destructivité, allez-vous me faire payer ma faim ?

C’est ici que Winnicott rejoint Klein.

L’objet doit pouvoir survivre à la destruction. Mais survivre ne veut pas dire se laisser abolir. Survivre ne veut pas dire tout supporter sans parole. Survivre, c’est rester vivant, pensant, non vengeur, mais réel.

L’objet analytique ne doit pas devenir un sein sacrificiel, offert indéfiniment à la morsure du patient.

Il doit pouvoir tenir et nommer.

Non pour dire :
vous me faites mal.

Mais pour dire quelque chose comme :

Il me semble que quelque chose dans le lien vous oblige à vérifier si je peux rester là, même lorsque vous me tenez à distance ou lorsque vous rendez ma présence insuffisante.

Une telle parole ne reproche pas. Elle donne forme.

Elle permet au sujet de découvrir que l’objet n’est ni mort, ni persécuteur, ni effondré.

Il est atteint, mais il survit.

VIII. La réparation : sortir de la haine du besoin

La réparation ne peut pas advenir tant que le sujet reste prisonnier de la haine de son propre besoin.

Il ne peut réparer l’objet que lorsqu’il peut reconnaître qu’il l’a attaqué parce qu’il comptait.

C’est un moment clinique très fin.

Le sujet peut découvrir :

je vous ai attaqué parce que j’avais peur que vous comptiez.
je vous ai rendu mauvais parce que votre présence me faisait espérer.
je vous ai détruit dans ma tête parce que je craignais de dépendre de vous.
je vous ai mis en échec pour ne pas sentir que je vous attendais.

À partir de là, la réparation devient possible.

Non pas une réparation morale, culpabilisante, où le patient devrait s’excuser d’avoir été destructeur.

Mais une réparation psychique : la possibilité de reconnaître que l’objet a été aimé et attaqué, attendu et haï, désiré et redouté.

Le clivage commence alors à se desserrer.

Le bon objet et le mauvais objet peuvent appartenir à la même personne.
L’amour et la haine peuvent coexister.
La dépendance n’est plus une humiliation absolue.
La séparation n’est plus un meurtre.
La gratitude n’est plus une défaite.

IX. Conclusion : le sein n’est pas détruit, le sujet peut recevoir

Frapper le sein nourricier, c’est parfois dire dans l’acte ce qui n’a jamais pu se dire dans la parole :

j’ai faim, mais j’ai honte d’avoir faim.
j’ai besoin, mais dépendre me terrifie.
je veux être nourri, mais je ne supporte pas que l’objet existe séparé de moi.
je veux être réparé, mais je hais l’objet qui me rappelle ma blessure.

La clinique consiste alors à ne pas confondre l’attaque avec une simple volonté de nuire.

Derrière la morsure, il y a parfois une attente.
Derrière le retrait, il y a parfois un appel.
Derrière la froideur, il y a parfois une sensibilité trop exposée.
Derrière la haine du sein, il y a parfois une faim ancienne.

Mais cette faim ne peut se transformer que si l’objet survit sans devenir martyr.

L’analyste doit tenir, penser, sentir, restituer.

Il ne s’agit pas de nourrir sans fin un sujet affamé. Il s’agit de permettre au sujet de découvrir qu’il peut recevoir sans être humilié, aimer sans posséder, attaquer sans anéantir, réparer sans se soumettre.

Alors le sein n’est plus seulement bon ou mauvais.

Il devient un objet réel.

Et le sujet peut commencer à sortir de la guerre contre ce dont il avait le plus besoin.

27/06/2026

Psilocybine et L*D soigneraient des patients en échec thérapeutique, mais leur accès dans les hôpitaux français reste en suspen.

27/05/2026

"- Que pensez-vous de la psychanalyse ?
- Comme dirait Woody Allen, ça fait 41 ans, ça va un peu mieux... Alors... la psychanalyse ne fait aucun miracle, elle n'a aucune transcendance. La psychanalyse a la vertu de vous rendre plus praticable pour les autres... parce que vous transférez toutes vos angoisses sur un monsieur qui est payé pour ça, ce qui vous aide à faire un travail sur vous-même et vous arrêtez d'utiliser l'autre en le manipulant pour en faire un spectateur enfermé-prisonnier. Vous découvrez le miracle de Levinas, c'est que l'autre n'est pas là pour vous aimer ou pour être subjectivisé par vous. Il est là en tant que lui. La psychanalyse t'aide à te libérer de tes grosses névroses manipulatrices et l'autre t’apparaît tel qu'il est... et tu essayes de l'embêter le moins possible."
Fabrice Luchini

23/05/2026

Les Artaud : quand la psychanalyse seule ne suffit plus
Joëlle Lanteri, psychanalyste
I. Entrée : ce jour où le réel a traversé mon cabinet
Quand j’étais une jeune psychanalyste, j’ai rencontré un patient dont la présence m’a immédiatement mise en alerte.
Il parlait peu, regardait le sol, mais quelque chose en lui — une vibration, un tremblement interne — annonçait le vertige d’un effondrement imminent.
Ce n’était ni de la peur, ni de la fuite : c’était une structure trop fragile pour être portée par le seul dispositif analytique.
J’ai appelé un confrère, inquiète pour lui.
Il a souri :
« Tu as encore besoin de te rassurer… Je le prends. »
Quelques semaines plus t**d, il m’a rappelée, la voix encore secouée :
« Tu as bien fait. Il s’est défenestré en pleine séance. Heureusement, je n’étais qu’au premier étage. »
Un autre m’avait approchée dans une salle de sport :
« Vous êtes psy, je crois. Je voudrais vous parler, mais pas ici. Dans un bar, où je ne serai pas suivi. »
Lui aussi, quelques semaines plus t**d, fut hospitalisé en psychiatrie.
Ces patients, je les appelle les Artaud.
Pas par goût du drame, mais parce qu’ils incarnent ce point où le symbolique est tellement troué, la peau psychique si fine, que la scène analytique ne suffit plus à tenir le sujet.
La psychanalyse ne leur tourne pas le dos.
Elle reconnaît simplement que certaines souffrances sont plus archaïques que la parole, plus précoces que le transfert.
II. Artaud : un enfant dépossédé avant même la langue
Artaud n’a pas “sombré” à l’âge adulte.
Il est né fendu.
Dans ses lettres, ses poèmes, ses éclats, on retrouve une constellation d’images traumatiques :
« viol », « trou », « effraction », « vol de l’être », « perversion du père », « mutilation », « fracture ».
Jamais une scène nette.
Jamais un événement posé.
Seulement un avant-symbole, un effroi sans récit.
C’est la marque d’un traumatisme préverbal, peut-être sexuel, peut-être somatique, peut-être les deux — mais définitivement effractif.
Il écrit :
« On m’a volé mon moi. »
Cette phrase n’est pas poétique.
C’est un diagnostic existentiel.
Le père, figure autoritaire, opaque, lointaine, n’a rien transmis du tiers symbolique.
La mère, fervente catholique, n’a pas ouvert le monde.
Artaud naît dans un silence familial qui n’abrite pas, un silence qui laisse l’enfant nu devant l’effraction du réel.
III. Le traumatisme précoce : ce que les psychiatres américains nous apprennent
La littérature psychiatrique contemporaine éclaire puissamment le cas Artaud — et, par extension, tous les patients que nous partageons avec la psychiatrie.
1. Bessel van der Kolk : “Le corps n’oublie rien”
Dans The Body Keeps the Score (trad. Le Corps n’oublie rien) :
« Le traumatisme précoce dissout l’intégration du moi.
Le sujet perd la sensation d’être une personne unifiée.
Une partie de lui reste bloquée dans l’effroi. »
Chez Artaud, c’est le corps qui hurle le trauma : douleurs, névralgies, effondrements nerveux.
2. Judith Herman (Harvard)
Dans Trauma and Recovery :
« Le trauma extrême, surtout dans l’enfance, détruit l’organisation symbolique du monde.
Le langage devient incapable de porter l’expérience. »
C’est exactement ce qu’on lit chez Artaud :
une langue éclatée, non pas f***e, mais incapable de faire bord.
3. Allan Schore (neuropsychiatrie affective)
Schore étudie l’impact du trauma sur le cerveau droit :
« Le traumatisme précoce empêche la régulation interne.
Le sujet ne peut plus contenir l’excitation psychique. »
Les cris d’Artaud, ses éclats, ses spasmes sont des débordements de système nerveux, pas des “délires littéraires”.
4. Donald Kalsched (trauma extrême)
Dans The Inner World of Trauma :
« Quand l’enfant est trop blessé, un système défensif interne se met en place.
Il le protège, mais devient parfois persécuteur. »
Les voix d’Artaud, ses doubles, ses ennemis imaginaires sont les manifestations de ce système interne blessé.
IV. La drogue : non pas la cause, mais la béquille
On a longtemps cru que la drogue avait “rendu fou” Artaud.
C’est l’inverse :
il s’est drogué pour ne pas mourir de sa souffrance.
Pour :
calmer les névralgies,
anesthésier l’effraction,
garder un minimum de cohésion corporelle.
La drogue n’a pas créé la dissolution du sens :
elle a tenté de la ret**der.
V. Le “corps sans organes” : une tentative de survivre
Le “corps sans organes” est souvent lu comme une expérimentation métaphysique.
C’est, en réalité, un cri :
« Je veux un corps qui ne soit plus violable.
Un corps sans trous, sans failles.
Un corps qui ne souffre plus. »
C’est la tentative désespérée d’un sujet de réinventer une peau psychique qui n’a jamais été donnée.
Le “corps sans organes” n’est pas un concept halluciné.
C’est un pansement ontologique.
VI. Les Artaud d’aujourd’hui : là où la psychanalyse rencontre la psychiatrie
Il existe encore des Artaud.
Des sujets :
sans peau psychique,
sans ancrage symbolique,
sans régulation interne,
avec un corps traumatisé,
et une violence interne impossible à contenir.
Ce sont des patients qui :
traversent le dispositif analytique sans s’y accrocher,
risquent des passages à l’acte pulsionnels,
ne peuvent pas investir le transfert sans danger,
chutent dès qu’un mot touche trop juste.
Pour eux, la psychanalyse n’est pas impuissante.
Elle est insuffisante seule.
Ils exigent :
un cadre psychiatrique,
une médication temporaire,
une institution,
une présence contenante réelle,
un travail pluriel et coordonné.
L’analyste n’est pas un mur porteur à lui seul.
Il est une fonction, qui ne s’exerce qu’à condition qu’un minimum d’enveloppe psychique soit présent.
VII. Les traumas majeurs : la leçon clinique d’Artaud
Les traumas majeurs ne sont pas des souvenirs.
Ce sont des catastrophes silencieuses qui fissurent la structure même de l’être.
Ils détruisent :
la continuité du moi,
le sentiment d’habiter son corps,
la capacité de symboliser,
la possibilité du lien.
Comme le rappelle Judith Herman :
« Il faut rendre un corps habitable avant de chercher un récit. »
C’est ce que nous apprenons avec les Artaud.
Conclusion
Artaud n’est pas un échec.
Il est la limite lumineuse et tragique du dispositif psychanalytique,
celle où le soin doit s’articuler, non pas s’opposer :
psychanalyse + psychiatrie.
Il incarne tous ceux qu’il faut tenir à plusieurs,
parce qu’un analyste seul ne peut pas faire peau, ne peut pas faire barrière, ne peut pas remplacer les enveloppes psychiques manquantes. Voir moins

Adresse

5 Rue Cité Foulc
Nîmes
30000

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Mardi 08:00 - 20:00
Mercredi 08:00 - 20:00
Jeudi 08:00 - 20:00
Vendredi 08:00 - 20:00

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