11/08/2026
*Je ne suis ni le corps ni le mental, je suis la Pure Conscience". Cet enseignement de l'advaita vedanta est souvent mal interprété ou utilisé, créant chez de nombreux chercheurs spirituels une sorte de dissociation, de détachement distant, ou même un rejet subtil, du corps et des pensées, en particulier lorsque ceux-ci comprennent des éléments difficiles ou des aspects que l'on préférerait ne pas voir ou ne pas ressentir. Cette mauvaise compréhension et application erronée de cet enseignement créent souvent une dissociation - en particulier en ce qui concerne le corps - chez de nombreux Occidentaux qui sont souvent déjà très cérébraux, déracinés et coupés de leur corps, avec une identité qui est très localisée dans la tête. Cela renforce la dualité cartésienne corps-esprit et l'idée que la spiritualité est "ailleurs", "là-haut", hors du corps, quelque chose d'éthéré et coupé du monde.
Souvent, ce rejet ou cette coupure du corps qui peut découler de cet enseignement mal compris ou appliqué provient d'un désir sincère d'être libre et de transcender les limites de l'identification au corps-esprit conditionné ; mais cette inspiration sincère est corrompue par l'ego et se mélange à une aversion subtile et à un déni de certains aspects du conditionnement du corps-esprit et de notre image de soi qui peuvent être souffrants ou inconfortables. Mais s'il y a déni, c'est qu'il y a toujours identification au corps et au mental ! Il y a des pensées, des émotions ou des sensations difficiles, des aspects de notre personnalité que nous préférions ne pas voir ou ressentir, ou que nous jugeons, et donc nous les rejetons, nous nous disons que nous ne sommes pas tout cela mais la pure Conscience, en les mettant à distance, en les refoulant ou les contournant spirituellement ! Cependant si l'enseignement "je ne suis pas le corps, je ne suis pas le mental" était compris et pratiqué correctement, s'il y avait une véritable compréhension et non-identification au corps et à l'esprit, ceux-ci ne seraient pas vécus comme problématiques, et les sensations corporelles et les pensées pourraient au contraire être pleinement accueillies, vues et ressenties sans aucune saisie ou aversion, qu'elles soient agréables, désagréables ou neutres. Le corps et l'esprit seraient écoutés ou respectés comme le temple ou le véhicule de notre nature fondamentale en tant que conscience non-duelle - la pratique ne serait pas de les rejeter mais de les accueillir pour les accorder davantage à la reconnaissance de qui sous sommes profondément. Car une grande partie des tensions, crispations et souffrances qui s'expriment dans le corps et le mental sont le résultat d'une fixation du moi, d'une identification erronée avec eux, d'un sentiment de séparation, et d'une coupure avec leur source en la Conscience qui leur donne vie.
En réalité, l'enseignement, dans l'advaita vedanta, "Je ne suis ni le corps ni l'esprit, je suis la conscience" ne doit pas être considéré comme une croyance, mais doit être exploré de manière expérimentale, libre de conclusion, quelque chose à réaliser par nous-mêmes. Le but principal de cet enseignement est de pouvoir explorer et questionner la nature profonde de notre expérience et de qui nous sommes à partir de la distinction dont parle Shankara entre ce qui est vu et cela qui voit, entre ce qui est connu et cela qui connaît, entre l'observateur et l'observé. Tout ce qui est perçu, tout objet, qu'il soit "extérieur" (dans le monde) ou intérieur (sensations, perceptions, pensées, émotions, états mentaux et physiques) ne peut pas être cela qui perçoit, le sujet, et ne peut donc pas être qui ou ce que nous sommes fondamentalement. Cela qui perçoit, le sujet ne peut jamais être connu en tant qu'objet, expérience ou état ; nous ne pouvons que l'être, pas le connaître par les modes de connaissances duels ordinaires. Les pensées et les sensations corporelles sont connues et perçues par le sujet que nous sommes, donc si elles sont perçues et connues, elles ne peuvent pas être celui (ou cela) qui connaît ! Il y a toujours quelque chose en amont, en arrière plan, de chaque perception, la conscience, vers laquelle on peut revenir et s'établir en lâchant la saisie et l'identification aux perceptions. Ainsi, grâce à ce discernement expérimental, le but est de libérer la conscience, le corps et l'esprit d'une identité erronée et restreinte. À partir de cette compréhension, nous pouvons explorer et observer n'importe quel sentiment, sensation, pensée ou état émotionnel comme apparaissant et disparaissant en nous, en notre présence, sachant qu’ils ne constituent pas qui ou ce que nous sommes fondamentalement. Ce que nous sommes est la chose la plus proche, indéfinissable et insaisissable, ce sentiment de présence et d'être qui est à zéro distance de nous-mêmes, plus intime que n'importe quel état corporel ou mental, cela qui est toujours là, immuable. L'enseignement "Je ne suis ni le corps ni l'esprit, mais la pure Conscience qui les connaît et qui en est donc libre", s'il est bien compris, au lieu de conduire à la dissociation et au rejet du corps-esprit, nous permet en fait d'explorer plus profondément et d'observer intimement le corps-esprit sans l'identification habituelle qui provoque souvent la réactivité, la saisie, l'aversion ou le jugement. Nous savons qu'avec tout ce qui surgit, il y a toujours quelque chose d'antérieur, la connaissance de cela, la conscience qui connaît, et au moment même où nous remarquons que nous sommes pris dans les contenus du corps et de l'esprit et que nous nous identifions à eux, nous pouvons relâcher cette identification et revenir à cette présence qui connaît, qui est libre et qui peut pleinement inclure et connaître clairement tous les contenus sans se perdre en eux. Plus nous comprenons que toute perception ne peut être qui nous sommes profondément - ce qui perçoit - plus nous pouvons relâcher notre emprise et notre crispation autour de notre expérience, plus nous pouvons laisser notre expérience être ce qu'elle est sans vouloir la changer, et plus nous pouvons ramener notre attention pour qu’elle s’étabisse dans cette Présence ouverte, libre, spacieuse et aimante.
Plus nous pouvons être profondément en contact avec les sensations corporelles et pleinement présents au mouvement de la pensée - sans les saisir ou les rejeter - plus nous pouvons nous sentir et nous reconnaître comme le témoin de ces sensations, comme la lumière consciente qui les illumine, comme ce contenant de toute expérience qui est libre de ses contenus mais qui ne fait qu'un avec eux, de la même manière que le miroir est libre de l'objet qui s'y reflète, tout en ne faisant qu'un avec lui.
Mais nous ne pouvons pas simplement ignorer le corps et l'esprit et les repousser en nous accrochant à la croyance que "je ne suis pas cela mais la conscience". Nous ne pouvons nous libérer que de ce que nous connaissons clairement, nous ne pouvons réaliser encore et encore notre identité profonde en tant que Conscience qu'en voyant et en comprenant clairement ce que nous ne sommes pas - ce qui implique d'explorer et de connaître avec lucidité et sans rejet ce avec quoi nous nous identifions - là où la conscience identifiée s'embourbe. Pour reprendre l'exemple classique védantique du serpent et de la corde, nous ne pouvons réaliser que le serpent illusoire est en fait une corde qu'en observant attentivement ce serpent sans aversion pour nous libérer de notre vision erronée. Si l'on a peur du serpent (le corps-esprit), si l'on ne veut pas le voir et qu'on le rejette, alors on ne peut pas se libérer de la fausse identification/superposition de l'image du serpent sur la corde. De la même manière se dissocier du corps ou rejeter les états mentaux et émotionnels en pensant « je ne suis pas cela » renforce la croyance en leur réalité et nous empêche de les voir et de les explorer pour réaliser leur vraie nature et ce qu’il y a derrière.
Accepter et voir clairement nos identifications, c'est lâcher nos identifications. Et être totalement intime avec le corps et les sensations corporelles sans réaction ni identification c'est permettre à ces sensations de se libérer et de revenir à leur état naturel, libre des tensions et des fixations liées à l'identification. Nous habitons alors pleinement le corps comme véhicule ou jaillissement de la conscience, nous découvrons un corps subtil naturel, plus léger, spacieux, vibrant, transparent et ouvert, pleinement habité par la présence. Alors seulement nous pouvons dire "Je suis le corps" - mais alors ce n'est plus le corps de la pensée, le corps de la représentation, le corps conditionné séparé, le corps de la tension et de la réaction, mais un corps ouvert, un corps qui ne fait qu'un avec l'environnement. Ce n'est pas le corps séparé, mais le corps élargi qui inclut le monde et les autres, sans dualité. Je suis le corps, je suis le monde.
De même, lorsque les pensées sont pleinement acceptées et observées comme de simples pensées, sans les nourrir ni les rejeter, elles peuvent alors se libérer de l'identification du moi et être perçues comme une expression de la Conscience, surgissant et retombant en elle comme les vagues de l'océan.
L'enseignement "tu n'es ni le corps ni le mental" est donc un moyen habile qui permet de les observer en tant qu'objets sans les saisir ou les rejeter, et de permettre à l'attention de retourner vers la Conscience qui les illumine, la Source qui les anime - mais nous devons faire attention à ne pas mal comprendre cet enseignement afin de créer une nouvelle dualité et de renforcer une dissociation ou un contournement spirituel pour éviter d'affronter nos parts d'ombre ou ce qui en nous, au niveau de la personnalité, est encore identifié, vulnérable, non libre ou en réaction.
David C , L'Ouvert - spiritualité, méditation et non dualité
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