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DÉCONSTRUIRE L’HOMME : ET SI ON OUBLIAIT LA BIOLOGIE EN COURS DE ROUTE ?Entre normes sociales à questionner et réalités ...
06/08/2026

DÉCONSTRUIRE L’HOMME : ET SI ON OUBLIAIT LA BIOLOGIE EN COURS DE ROUTE ?
Entre normes sociales à questionner et réalités biologiques à assumer, le débat sur les rapports hommes-femmes mériterait un peu plus de rigueur — et un peu moins de slogans.

"Il faut déconstruire l'homme" : une phrase, mille malentendus
Le slogan revient partout : dans les médias, sur les réseaux sociaux, dans certains discours militants. Il suscite des réactions vives, souvent défensives — et pour cause : il mélange allègrement plusieurs choses qui n'ont rien à voir entre elles.
Car derrière cette formule choc, ce qui est réellement visé n'est pas l'homme en tant qu'être humain, ni la masculinité comme identité. C'est un ensemble de normes culturelles — la fameuse "virilité" — qui dictent ce qu'un homme "doit" être : fort, dominant, invulnérable, pourvoyeur, incapable d'exprimer autre chose que la colère.
Dire "il faut interroger les injonctions à la virilité" invite au dialogue. Dire "il faut déconstruire l'homme" sonne comme une déclaration de guerre identitaire. Le choix des mots n'est pas un détail : il détermine si l'on ouvre une réflexion collective ou si l'on braque instantanément la moitié de la population dans une posture défensive.

Un traitement à sens unique ?
Si l'on est cohérent, cette démarche devrait être symétrique. Et elle l'est en partie : la critique des injonctions à la féminité traditionnelle (minceur obligatoire, maternité comme accomplissement suprême, charge mentale naturalisée) existe depuis longtemps, notamment via les mouvements féministes.
Mais dans le débat public actuel, la déconstruction de la masculinité occupe une place plus visible, plus frontale, sans miroir équivalent médiatisé du côté féminin. Cette asymétrie perçue nourrit un ressentiment — légitime dans son origine, même s'il repose parfois sur une méconnaissance du travail réalisé côté féminin.

Le vrai piège : confondre trois niveaux différents
Le sexe biologique, le genre comme construction sociale, l'identité de genre : trois niveaux d'analyse distincts, que le débat public mélange en permanence, souvent volontairement pour des raisons polémiques. Résultat : une critique sociologique légitime (les rôles sociaux sont-ils rigides et datés ?) se transforme en remise en cause identitaire perçue (es-tu contre les hommes ou contre les femmes ?).

Ce que le tout-social oublie : la biologie ne se déconstruit pas
C'est ici que le débat prend une tournure que l'on aborde peu, par prudence ou par malaise : une partie des différences entre hommes et femmes ne relève pas de normes culturelles arbitraires, mais de réalités biologiques difficiles à nier.

La maternité, un pouvoir historique en pleine mutation. Dans de nombreuses sociétés anciennes, la capacité à enfanter était perçue comme un pouvoir sacré, irremplaçable, échappant totalement à l'homme. Certains anthropologues avancent même que la domination masculine historique serait en partie une réponse compensatoire à cette exclusion biologique du processus reproductif.
Aujourd'hui, cette donnée bascule : la PMA, les dons de sperme, la possibilité pour une femme de concevoir seule dissocient techniquement reproduction et présence masculine. L'homme, qui ne pouvait déjà que féconder de façon ponctuelle, devient technique¬ment superflu dans certains parcours de procréation — alors que l'inverse (une reproduction sans corps féminin) reste hors de portée. L'asymétrie ne s'est pas résorbée : elle a changé de sens.

Le climat hormonal, un facteur documenté mais tabou. La testostérone est statistiquement corrélée à une plus grande propension à la prise de risque et à la compétition directe. Les cycles hormonaux féminins influencent, eux, l'humeur et certaines dispositions sociales. Ce ne sont pas des mythes sexistes : c'est de l'endocrinologie comportementale, documentée scientifiquement.

Attention toutefois à ne pas tomber dans l'excès inverse. Ces différences sont des tendances statistiques moyennes, avec d'énormes recouvrements entre individus. Elles influencent des dispositions probabilistes, pas des comportements déterminés à l'avance. Il existe des femmes plus compétitives que la moyenne des hommes, et inversement. Réduire un individu à sa biologie serait aussi absurde que de la nier entièrement.
Pourquoi ça change tout au débat

Prétendre que tout est construction sociale, sans aucune base biologique, relève d'une idéologie autant que l'inverse. Une approche honnête reconnaîtrait que :
• Une part des différences comportementales entre sexes est bien une norme culturelle arbitraire, historiquement située — donc légitimement questionnable
• Une autre part, plus difficile à quantifier, relève de dispositions biologiques qui ne disparaîtront pas par la seule volonté sociale

Le vrai débat sérieux n'est donc pas "tout est social" contre "tout est biologique", mais : quelle part de chaque facteur, dans quel domaine, et comment construire une société qui n'ignore ni l'un ni l'autre ?

Conclusion : moins de slogans, plus de nuance
Le conflit actuel entre hommes et femmes ne vient pas nécessairement du fond des idées — remettre en question des normes rigides et datées reste, sur le papier, une démarche assez consensuelle. Il vient largement :
• d'un vocabulaire mal choisi, qui confond norme sociale et identité individuelle
• d'une asymétrie de traitement médiatique entre critique de la masculinité et critique de la féminité
• d'un déni de la dimension biologique, aussi malhonnête intellectuellement que le déterminisme biologique pur
Reformuler avec précision — parler de représentations et de normes plutôt que d'individus, reconnaître la biologie sans en faire un dogme — ne réglera pas tout. Mais cela désamorcerait sans doute une bonne partie de l'agressivité inutile qui pollue aujourd'hui ce débat, pourtant essentiel, sur la place de chacun dans une société en pleine mutation.


Dr Patrice Cudicio, Mme Jasmine Saunier, sexologue, hypnothérapeute? Paris

RECHERCHE MÂLE SIGMA: DISPARU DEPUIS SA CRÉATION, JAMAIS VRAIMENT NÉ.*Avis de recherche : si vous croisez un mâle sigma,...
05/08/2026

RECHERCHE MÂLE SIGMA: DISPARU DEPUIS SA CRÉATION, JAMAIS VRAIMENT NÉ.

*Avis de recherche : si vous croisez un mâle sigma, ne l'approchez pas — il n'a probablement pas envie de vous parler, ça fait partie du concept.*

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# # Un phénomène zoologique... sans les zoologistes

Reprenons depuis le début. Dans les années 1940, un chercheur observe des loups **en captivité**, enfermés ensemble sans lien de parenté, et en déduit une hiérarchie de dominance stricte : l'alpha commande, le bêta obéit. Succès immédiat. Plusieurs décennies plus t**d, l'auteur de cette théorie, David Mech, publie lui-même un rétropédalage en expliquant que les loups sauvages vivent en structure familiale, pas en pyramide de pouvoir, et qu'il regrette d'avoir popularisé ce terme.

Personne n'a reçu le mémo. La théorie, entre-temps, avait déjà quitté la tanière pour s'installer dans les forums de séduction, où elle allait mener une deuxième vie, bien plus glorieuse que la première.

# # L'alpha : un CV qui s'auto-délivre

Le mâle alpha, dans la mythologie internet, c'est celui qui parle fort, prend de la place, et dont la légitimité repose essentiellement sur... le fait qu'il se décrit comme alpha, une sorte de superman. Aucun panel d'experts ne valide le diplôme. Aucun protocole de mesure. On est alpha comme on est un "leader né" sur LinkedIn : par autoproclamation, généralement accompagnée d'une photo en costume dans une voiture qui n'est pas la sienne.

Le bêta, lui, c'est tout le monde sauf l'alpha. Une catégorie fourre-tout dont la seule fonction est de faire briller la précédente par contraste, un peu comme les figurants dans un James Bond.

# # Puis arrive le sigma, sauveur inattendu

Vers 2015, quelqu'un se rend compte qu'être décrit comme "dominant et bruyant" (alpha), ça fatigue à la longue, et que "soumis et invisible" (bêta), ça ne fait rêver personne. Solution marketing : inventer une troisième case, plus mystérieuse, plus cool, qui coche toutes les cases sans les inconvénients.

Le sigma, donc : il ne domine pas, il *transcende*. Il ne cherche pas le respect, on le lui donne quand même. Il est solitaire, mais charismatique. Introverti, mais irrésistible. Bref, c'est l'alpha qui aurait fait une thérapie, ou le bêta qui aurait pris des cours de charisme sur YouTube — au choix, ça dépend du jour et de la vidéo TikTok consultée.

Ses représentants officiels ? Des personnages de fiction (John Wick, systématiquement), des tueurs à gages silencieux, et parfois le Joker, ce qui devrait déjà mettre la puce à l'oreille sur la robustesse psychologique du concept.

# # Un protocole scientifique introuvable, et c'est bien normal

Cherchez une étude publiée, avec méthodologie, échantillon, contrôle, sur la validité de la catégorie "sigma" : vous ne trouverez rien, parce que ça n'existe pas. Pas de test validé, pas de définition stable, pas deux vidéos YouTube qui donnent la même liste de traits. C'est une notion qui se définit uniquement *par contraste avec elle-même*, ce qui est la définition assez précise... du néant conceptuel.

En réalité, le mâle sigma fonctionne exactement comme un horoscope ou un test MBTI (de personnalité) : des affirmations suffisamment vagues et flatteuses pour que n'importe qui s'y reconnaisse ("il n'a pas besoin des autres pour se sentir bien", "il suit son propre chemin"), ce qui décrit à peu près... l'ensemble de la population humaine un jour de flemme sociale.

# # Conclusion de l'enquête

Le mâle sigma n'a jamais existé en dehors des threads Reddit qui l'ont vu naître. Ce n'est pas une typologie psychologique, c'est un raffinement marketing d'une théorie déjà fausse à la base, elle-même empruntée à des loups captifs mal étudiés il y a 80 ans.

**Verdict de l'avis de recherche : disparition classée sans suite. La créature n'a jamais eu de corps.**
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Dr Patrice Cudicio, Mme Jasmine Saunier, sexologue, hypnothérapeute, Paris

APRÈS 40 ANS, FAUT-IL RÉINVENTER L’AMOUR OU SE RÉSIGNERLe nombre croissant de "divorces gris" — ces séparations survenan...
01/08/2026

APRÈS 40 ANS, FAUT-IL RÉINVENTER L’AMOUR OU SE RÉSIGNER
Le nombre croissant de "divorces gris" — ces séparations survenant après vingt, trente, parfois quarante ans de vie commune — révèle une réalité longtemps restée dans l'ombre : la crise du couple ne touche pas que les jeunes générations. Elle prend simplement, avec l'âge et la durée, un visage différent.

Le moment du nid vide : une bascule silencieuse
Pendant des années, nombre de couples fonctionnent en mode "gestion commune" : élever les enfants, faire tourner le quotidien, tenir bon malgré les désaccords qu'on préfère taire pour préserver une paix apparente. Le couple devient alors une sorte de coentreprise parentale, où l'intimité passe au second plan sans que cela semble poser de problème immédiat — les enfants occupent l'espace et le temps, et servent, sans qu'on en ait toujours conscience, d'écran à l'érosion du lien.

Puis les enfants partent. Et ce qui avait été mis de côté resurgit, souvent avec une intensité d'autant plus grande qu'il a été contenu longtemps. Cette période coïncide fréquemment, chez les femmes, avec un questionnement profond sur leur pouvoir de séduction, leur désirabilité, leur envie de se sentir encore vivantes avant qu'il ne soit trop t**d. Chez les hommes, la diminution de la fréquence des rapports sexuels — souvent installée depuis des années sans avoir été nommée — devient un terrain propice à la tentation d'aller chercher ailleurs une confirmation que le couple ne semble plus offrir.

Vivre 50 ans avec la même personne : un défi inédit
À cela s'ajoute un facteur nouveau dans l'histoire humaine : l'allongement considérable de l'espérance de vie. Le "jusqu'à ce que la mort nous sépare" que promettaient nos aînés ne recouvrait pas la même réalité temporelle qu'aujourd'hui. Nos structures affectives, nos capacités à renouveler le désir, ont-elles été pensées pour cohabiter avec la même personne pendant cinquante ans ou plus ? Rien n'est moins sûr — et c'est précisément ce défi inédit que les couples d'aujourd'hui doivent apprendre à relever, sans modèle culturel clair pour les guider.

Éros, Philia, Storge : ce que les Grecs savaient déjà
Pour comprendre ce qui se joue, il est utile de revenir à une distinction que les Grecs anciens avaient déjà théorisée. Ils distinguaient plusieurs formes d'amour : Éros, le désir et la passion physique, intense mais naturellement décroissant — les données actuelles suggèrent qu'il s'estompe fortement au bout de trois ans et demi de vie commune ; Storge, l'amour familial, l'attachement tissé par les habitudes et le temps partagé ; et Philia, l'amitié profonde, la complicité, l'estime réciproque.

Ce que l'observation clinique révèle, c'est que la plupart des couples qui s'effondrent après 40 ans n'ont pas simplement perdu Éros — cela est presque inévitable avec le temps — mais qu'ils n'ont jamais suffisamment développé Philia. Storge seul les a maintenus un temps, porté par les enfants et les habitudes, mais Storge sans Philia devient une coquille vide, prête à se fissurer au premier vent contraire : le nid vide, une tentation extérieure, une crise existentielle.

Philia, la clé pour faire renaître le désir
L'hypothèse centrale est la suivante : c'est Philia qui doit devenir le socle véritable du couple durable, et c'est seulement en le cultivant qu'on recrée les conditions du retour possible d'Éros — non de façon automatique, mais comme une possibilité qui redevient accessible.
Cultiver Philia suppose trois choses essentielles : la capacité à se remettre en question, en acceptant que son propre point de vue n'est pas la seule vérité légitime ; un dialogue authentique, qui dépasse le simple échange logistique pour partager ressentis, doutes et envies profondes ; et une bienveillance de fond, qui permet d'exprimer un désaccord sans que cela devienne une remise en cause de la valeur de l'autre — cette même bienveillance qui fait cruellement défaut aux couples plus jeunes, pris dans une logique de confrontation identitaire plutôt que de communication.

Une fois Philia consolidé, il devient possible de recréer les conditions favorables au retour d'Éros : sortir de la routine, réintroduire une forme de légèreté et de jeu dans la relation, et surtout oser partager ses fantasmes. Le fantasme joue ici un rôle central : il réactive l'imaginaire érotique souvent éteint par des années de répétition, permet de se redécouvrir mutuellement même après des décennies de vie commune, et réintroduit une dimension ludique et créative dans la sexualité. Mais cela suppose un préalable indispensable : pouvoir en parler sans honte ni jugement — ce qui n'est possible que si la confiance et la bienveillance propres à Philia sont déjà bien installées.

Une invitation à réinventer le couple, étape après étape
Peut-être que le véritable défi du couple contemporain — qu'il ait 25 ou 55 ans — n'est pas de maintenir Éros à tout prix, mission impossible sur le plan physiologique, ni de se résigner à Storge, solution triste et mortifère, mais bien d'apprendre, ou de réapprendre, à cultiver Philia comme un jardin qu'on entretient patiemment, jour après jour. C'est depuis ce terreau fertile que le désir, sous des formes renouvelées, pourra un jour refleurir.

Lorsque ce travail semble trop difficile à mener seul, notamment après des années d'accumulation silencieuse de désaccords non exprimés, il ne faut pas hésiter à solliciter l'aide de professionnels du couple — thérapeutes conjugaux, sexologues ou médiateurs — qui peuvent offrir un espace neutre et bienveillant pour renouer le dialogue et retrouver le chemin d'une intimité partagée.
A moins que l'avenir soit au CDD, renouvelable tacitement!
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Dr Patrice Cudicio, Mme Jasmine Saunier, sexologue, hypnothérapeute

QUAND L'AMOUR DEVIENT UN CHAMP DE BATAILLE: LE COUPLE FACE À LA CRISE DE COMMUNICATION Il y a une vingtaine d'années enc...
31/07/2026

QUAND L'AMOUR DEVIENT UN CHAMP DE BATAILLE: LE COUPLE FACE À LA CRISE DE COMMUNICATION

Il y a une vingtaine d'années encore, on pouvait écrire un livre expliquant aux couples comment s'écouter sans juger et s'exprimer sans critiquer, même en désaccord. Le message paraissait alors relativement simple à transmettre : apprendre quelques principes d'écoute active, quelques règles de communication non-violente, et la relation avait de bonnes chances de s'apaiser.

Vingt ans plus t**d, et après plusieurs décennies d'observation clinique auprès de milliers de patients, un constat s'impose avec une netteté troublante : chez les couples de moins de 40 ans, la communication semble de plus en plus céder la place à la confrontation. On assiste moins à une recherche mutuelle de compréhension qu'à un affrontement de deux individualités, chacune retranchée sur ses certitudes, cherchant moins à comprendre l'autre qu'à le convaincre — ou à le vaincre.

Deux camps plutôt qu'un couple
Cette évolution se manifeste d'abord sur le terrain idéologique. On observe une polarisation croissante entre un féminisme exacerbé et un masculinisme caricatural, deux postures qui, en se radicalisant, finissent par figer les identités de genre plutôt que de permettre la rencontre singulière de deux personnes. Au lieu de deux individus qui s'inventent une histoire commune, on trouve parfois deux porte-drapeaux qui rejouent, dans l'intimité, les débats les plus clivants de l'espace public.

Cette confrontation ne reste pas seulement verbale ou idéologique : elle s'inscrit dans le corps. De plus en plus d'hommes jeunes développent des dysfonctions érectiles, sans cause organique identifiable. De nombreuses femmes jeunes rapportent une absence de désir, voire de plaisir, dans une hétérosexualité vécue comme problématique, presque suspecte. Le symptôme sexuel devient alors l'expression somatique d'une difficulté relationnelle plus large : le corps dit ce que la relation ne parvient plus à dire, ou à entendre.

Un problème plus profond qu'un simple manque de méthode
Il serait tentant de penser qu'il suffirait de réapprendre quelques techniques de communication pour inverser la tendance. Mais l'hypothèse la plus troublante est ailleurs : ce qui semble faire défaut n'est pas seulement une méthode, mais une compétence plus fondamentale — l'intelligence affective elle-même, cette capacité à ressentir et nommer finement ses émotions, à tolérer le désaccord sans le vivre comme une menace existentielle.
Cette compétence se construit normalement par l'exposition répétée à des interactions réelles, en face à face, avec leurs frustrations et leurs réparations ; par l'expérience que le conflit peut être suivi de retrouvailles ; par le modelage d'adultes capables de désaccord sans rupture ni disqualification. Or les modes de socialisation ont profondément changé.

Le retour de l'image et le déclin de la nuance
Une hypothèse plus vertigineuse encore mérite d'être posée : celle d'un appauvrissement du langage lui-même. L'humanité est passée, au fil des millénaires, de l'image à l'idéogramme puis à l'écriture alphabétique — un processus qui a permis de développer la nuance, la subordination des idées, la capacité à dire l'ambivalence et la complexité. L'écrit impose une linéarité, une distance réflexive entre l'émotion ressentie et sa mise en mots : le temps d'écrire est un temps de pensée.

Aujourd'hui, une partie significative de la communication affective repasse par l'image — l'émoticône, le mème, le symbole — appelée à être sans cesse remplacée par une autre, sans stabilité ni convention partagée dans la durée. Contrairement au mot, dont le sens est fixé par l'usage collectif et le temps, l'émoji reste flou, contextuel, sujet à interprétation. Tout devient imprécis — et donc sujet à contestation plutôt qu'à compréhension mutuelle.

Une chaîne qui mène du mot au corps
On peut ainsi dessiner une chaîne cohérente : un langage affectif appauvri produit des émotions peu différenciées, mal symbolisées ; ce déficit de symbolisation favorise une pensée binaire, faite de camps et de postures plutôt que de nuances ; cette polarisation empêche de métaboliser le désaccord au sein du couple ; et ce désaccord non métabolisé finit par se décharger soit dans le corps — sous forme de symptôme sexuel — soit dans le clivage social, dont le couple n'est finalement qu'un miroir grossissant.

Ce qui demeure possible
Ce tableau, aussi sombre soit-il, n'est pas une fatalité. L'amélioration de la relation reste possible lorsque les deux partenaires sont réellement engagés dans la démarche et disposent — ou acceptent de développer — une intelligence affective suffisante. Le travail thérapeutique, cependant, s'annonce aujourd'hui plus long et plus incertain qu'il y a vingt ans : il ne s'agit plus seulement d'enseigner des outils de communication, mais bien souvent de reconstruire, à la base, la capacité même à ressentir, nommer et partager une émotion sans que cela ne devienne un motif de guerre.
Peut-être est-ce là, avant même les questions de genre ou de sexualité, le véritable défi du couple contemporain : réapprendre à parler, pour ne plus seulement s'affronter.

Dr Patrice Cudicio, Mme Jasmine Saunier, sexologue, hypnothérapeute, Paris

FUITE VEINEUSE ET DYSFONCTION ÉRECTILE: démêler le vrai du fauxLe mécanisme normal de l'érection : un rappel indispensab...
29/07/2026

FUITE VEINEUSE ET DYSFONCTION ÉRECTILE: démêler le vrai du faux
Le mécanisme normal de l'érection : un rappel indispensable
Pour comprendre les débats autour de la "fuite veineuse", il faut d'abord rappeler comment fonctionne une érection normale :

Le relâchement des fibres musculaires lisses intracaverneuses : sous l'effet de la stimulation, un message nerveux provoque le relâchement des fibres musculaires lisses qui tapissent les artères caverneuses et l'intérieur même du tissu érectile. Ce relâchement permet une vasodilatation et une ouverture des espaces sinusoïdaux des corps caverneux, autorisant un afflux sanguin massif. C'est ce relâchement, plus qu'une simple "poussée" artérielle, qui constitue le véritable moteur initial de l'érection.

Le remplissage des corps caverneux : ce tissu, semblable à une éponge, se gorge de sang et augmente de volume.

Le verrouillage veineux (mécanisme "veino-occlusif") : c'est l'étape clé. En se dilatant, le tissu caverneux vient comprimer les petites veines qui le traversent (les veines "émissaires" ou "perforantes") contre l'albuginée — cette enveloppe fibreuse rigide et peu extensible qui entoure les corps caverneux. Écrasées, ces veines laissent beaucoup moins ressortir le sang : la pression monte, la rigidité s'installe et se maintient.

Ce mécanisme ne dépend donc pas d'une qualité intrinsèque des veines, mais de la capacité des fibres musculaires lisses à se relâcher correctement et du tissu caverneux à se distendre suffisamment pour écraser ces veines contre l'albuginée.
Pourquoi le concept de "fuite veineuse primitive" pose question
Si les veines "fuient", ce n'est généralement pas parce qu'elles sont défectueuses en elles-mêmes, mais parce que le système qui devrait les comprimer ne fonctionne plus correctement. Deux causes principales peuvent l'expliquer :
1. L'insuffisance artérielle
Si l'afflux sanguin est insuffisant (athérosclérose des artères caverneuses, souvent liée au diabète, à l'hypertension, au tabac, aux troubles lipidiques), la pression à l'intérieur des corps caverneux n'atteint jamais le niveau nécessaire pour bien écraser les veines. Résultat : une fuite veineuse apparente, mais qui n'est que la conséquence d'un problème d'apport, pas d'un problème veineux.
2. La sclérose du tissu caverneux (fibrose)
Avec l'âge, le diabète, certaines maladies (comme la maladie de La Peyronie), ou après des périodes prolongées sans érections complètes, le tissu caverneux peut perdre son élasticité et se fibroser. Un tissu moins élastique se distend moins bien, comprime donc moins efficacement les veines, et laisse s'échapper une partie du sang — d'où l'illusion d'une "fuite veineuse" alors que le problème initial est la perte de qualité du tissu érectile lui-même.
Pourquoi les traitements ciblant les veines ont souvent déçu

Les embolisations veineuses (bloquer le plexus de Santorini ou les veines dorsales profondes) ont été proposées dans les années 1980-1990.
Les résultats initiaux semblaient parfois encourageants à court terme, mais les études de suivi à moyen et long terme ont montré des taux de récidive très élevés, souvent supérieurs à 50-70% après quelques mois ou années.
La raison est cohérente : si la cause réelle (insuffisance artérielle, fibrose caverneuse) persiste, de nouvelles voies veineuses de "fuite" se recrutent avec le temps, ou d'autres veines prennent le relais. On traite un symptôme, pas la cause.

C'est pourquoi ces interventions chirurgicales sur les veines ont été largement abandonnées par les sociétés savantes d'urologie et de sexologie médicale, qui ne les recommandent plus en pratique courante, sauf dans des cas très spécifiques et sélectionnés.
Et la rééducation périnéale dans tout ça ?
Il est nécessaire ici de corriger une confusion très répandue, y compris dans certains articles grand public :

Les muscles du périnée (notamment le bulbo-caverneux et l'ischio-caverneux) n'ont aucun rôle dans le déclenchement ou le maintien de l'érection elle-même. L'érection, comme on l'a vu, résulte du relâchement des fibres musculaires lisses intracaverneuses et du mécanisme veino-occlusif — un phénomène purement vasculaire et local, indépendant de la musculature striée périnéale.

Ce que la contraction volontaire du périnée peut produire, c'est un phénomène différent, parfois appelé "super-érection" : en comprimant volontairement ou manuellement la base des corps caverneux et des bulbes déjà remplis de sang, on augmente transitoirement et artificiellement la rigidité au-delà de ce qu'elle serait naturellement. Mais ce surcroît de rigidité n'est absolument pas nécessaire pour avoir un rapport sexuel satisfaisant : une érection "normale", sans contraction périnéale, est parfaitement suffisante.

Quant à l'éjaculation, elle n'est en rien améliorée ou contrôlée par une "musculation" du périnée. Il s'agit d'un phénomène réflexe, déclenché automatiquement lorsque l'excitation sexuelle atteint un certain seuil au niveau des centres nerveux médullaires. Contracter volontairement le périnée pendant l'acte ne fait qu'introduire une sollicitation attentionnelle et musculaire parasite, qui détourne l'attention de la sensation érotique plutôt que de l'améliorer. Cela n'a donc aucune action thérapeutique sur l'éjaculation précoce ou sur son contrôle.

Attendre d'une rééducation périnéale qu'elle corrige une dysfonction érectile d'origine artérielle ou tissulaire, ou qu'elle améliore le contrôle éjaculatoire, relève donc d'une extrapolation qui ne repose sur aucune base physiologique solide.

En résumé
Trois idées reçues méritent d'être clairement rectifiées :
"J'ai une fuite veineuse" — dans l'immense majorité des cas, il s'agit d'une conséquence secondaire d'un problème artériel ou d'une fibrose du tissu caverneux, et non d'un défaut propre aux veines.
"Il faut opérer les veines" — cette approche a été largement abandonnée en raison d'échecs fréquents à moyen terme, la cause profonde n'étant pas traitée par ce geste.
"La rééducation périnéale va améliorer mon érection ou ret**der mon éjaculation" — elle n'agit ni sur le mécanisme vasculaire de l'érection, ni sur le réflexe éjaculatoire ; elle ne fait, au mieux, qu'ajouter une rigidité artificielle non indispensable, et peut même nuire au ressenti érotique.

En conclusion
La dysfonction érectile est très souvent un signal d'alerte cardiovasculaire avant d'être un problème local. Un homme qui développe des troubles de l'érection après 50 ans devrait bénéficier d'un bilan vasculaire général, car l'insuffisance artérielle des corps caverneux peut précéder de plusieurs années une maladie coronarienne symptomatique. C'est un message de santé publique important, bien plus utile que la traque d'une hypothétique "fuite" à réparer chirurgicalement ou l'espoir illusoire d'une solution par simple musculation périnéale.
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Dr Patrice Cudicio, Mme Jasmine Saunier sexologue, hypnothérapeute, Paris

 # À QUOI SERT LE SEXE, SI CE N'EST PAS POUR FAIRE DES ENFANTS?Quand on y réfléchit, c'est une drôle d'énigme biologique...
26/07/2026

# À QUOI SERT LE SEXE, SI CE N'EST PAS POUR FAIRE DES ENFANTS?
Quand on y réfléchit, c'est une drôle d'énigme biologique : contrairement à la plupart des espèces animales, dont la sexualité est étroitement liée aux périodes de fertilité, les humains font l'amour toute l'année, bien au-delà de tout objectif reproductif. Cette particularité invite à s'interroger : à quoi sert vraiment le rapport sexuel, une fois écartée la question de la procréation ?
Le plaisir, mais ce n'est pas si simple!

La première réponse qui vient à l'esprit est évidemment le plaisir. Et c'est vrai : le plaisir sexuel joue un rôle central, y compris d'un point de vue évolutif, puisqu'il facilite et encourage le rapprochement des corps nécessaire à la reproduction.

Mais les choses sont plus complexes qu'il n'y paraît. Si le plaisir masculin est relativement fréquent et prévisible, il n'en va pas de même pour de nombreuses femmes. Un fait, en particulier, mérite d'être connu du grand public : chez une partie non négligeable des femmes, le vagin n'est pas bien "intégré" dans la représentation que le cerveau se fait du corps — ce qu'on appelle le schéma corporel. Cette intégration incomplète peut déclencher, au moment de la pénétration, un **réflexe de défense involontaire** : une contraction des muscles périnéaux (releveurs de l'anus, constricteurs de la vulve), que la volonté ne contrôle pas.

Ce réflexe est d'ailleurs responsable, dans bien des cas, de la douleur ressentie lors du premier rapport sexuel — et non, contrairement à une idée reçue très répandue, la déchirure de l'hymen, une structure en réalité très peu innervée. Autrement dit : une femme peut être très excitée, très désirante, et pourtant ressentir une douleur importante à la pénétration, simplement parce que le corps réagit par un réflexe archaïque de défense plutôt que d'ouverture. Ce phénomène, quand il perdure, peut conduire à un trouble bien identifié en sexologie : le vaginisme, parfois responsable d'unions non consommées pendant des années.

Ce simple fait illustre à quel point le plaisir sexuel n'est pas qu'une affaire de stimulation physique : il dépend profondément de la sécurité psychique, de la représentation que l'on a de son propre corps, et du contexte relationnel.

Bien plus qu'une décharge de tension

On a longtemps expliqué le désir sexuel, notamment sous l'influence de la psychanalyse, comme une sorte de pression interne, une "pulsion" cherchant à tout prix une décharge — un peu à l'image d'une soupape qu'il faudrait périodiquement ouvrir. Cette idée, très marquée par la physique du XIXe siècle, est aujourd'hui largement dépassée.

Les neurosciences actuelles montrent que le désir sexuel fonctionne davantage comme un **système motivationnel**, semblable à d'autres circuits de récompense du cerveau, mais hautement sensible au contexte, à l'apprentissage, à la sécurité affective et à la qualité de la relation. Rien à voir, donc, avec un besoin physiologique brut comme la faim ou la soif : on ne meurt pas de l'absence de sexualité, et le désir peut être profondément modulé — voire inhibé — par le stress, l'anxiété ou une mauvaise représentation de son propre corps, comme le montre justement l'exemple du vaginisme.

Alors, à quoi sert vraiment la sexualité ?

Écartons donc l'idée d'une simple pulsion à évacuer, et regardons plutôt les fonctions réelles que remplit la sexualité humaine, indépendamment de la reproduction :

**Un langage du corps.** La sexualité permet d'exprimer, par le geste et le contact, des émotions parfois difficiles à formuler avec des mots : tendresse, besoin de fusion, désir de réassurance, abandon de confiance.

**Un ciment relationnel.** Chez de nombreuses espèces sociales — les bonobos en sont l'exemple le plus frappant — la sexualité sert à apaiser les tensions, réconcilier, consolider les liens du groupe. Chez l'humain, elle joue un rôle comparable au sein du couple, renforçant la complicité et l'attachement mutuel.

**Une confirmation de soi.** Se sentir désiré, désirable, capable de donner et de recevoir du plaisir touche à l'estime de soi et à l'identité profonde de chacun.

**Une fonction apaisante.** En sollicitant les circuits cérébraux de la récompense, une sexualité épanouie contribue à réguler le stress et les tensions émotionnelles du quotidien.

**Un lien durable, utile à la parentalité.** Le fait que la sexualité humaine soit permanente, détachée des cycles de fertilité, suggère une fonction évolutive précise : consolider le couple sur la durée, condition nécessaire à l'investissement parental prolongé qu'exige un enfant humain, dont le développement est particulièrement long comparé aux autres espèces.

En somme

Loin de se réduire à un instinct reproductif ou à une simple pulsion à satisfaire, la sexualité humaine remplit des fonctions psychiques et relationnelles profondes : communication intime, régulation émotionnelle, consolidation du lien affectif, construction de l'identité. Et elle nous rappelle, à travers des phénomènes comme le vaginisme, que le corps et l'esprit sont indissociables : on ne peut parler de plaisir sans parler, aussi, de sécurité, de représentation de soi, et de relation à l'autre.
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Dr Patrice Cudicio, Mme Jasmine Saunier, sexologue, hypnothérapeute

Adresse

Paris
75016

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