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RESSENTIR SANS LE SAVOIR: LE MYSTÈRE DE LA DECONNEXTION SE****LEQuand le corps ressent mais la « tête » est ailleurs : l...
29/09/2026

RESSENTIR SANS LE SAVOIR: LE MYSTÈRE DE LA DECONNEXTION SE****LE

Quand le corps ressent mais la « tête » est ailleurs : l'alexithymie se****le
Ce moment où l'on ne sait plus si l'on ressent du plaisir
Il existe une plainte que les sexologues entendent régulièrement, mais qui reste mal nommée et souvent mal comprise, y compris par ceux qui la vivent : « Mon corps réagit, mais je ne ressens rien. » Ou encore : « Je sais que ça devrait me faire plaisir, mais je n'y suis pas. »
Ce n'est ni un manque de désir, ni une panne mécanique, ni une absence d'amour pour le partenaire. C'est quelque chose de plus subtil et, paradoxalement, de plus déroutant : une déconnexion entre ce que le corps produit et ce que l'esprit ne réussit pas à en faire quelque-chose.
On pourrait appeler ce phénomène, par analogie avec un concept bien établi en psychologie, une alexithymie se****le — littéralement, l'incapacité à "ressentir" dans le langage des émotions ce qui se passe pourtant bel et bien dans le corps.
Un problème de traduction, pas de production
L'alexithymie, décrite depuis les années 1970, désigne une difficulté à identifier et à mettre des mots sur ses propres émotions. Ce n'est pas une maladie mentale au sens classique, plutôt une manière particulière de fonctionner psychiquement — une sorte de myopie émotionnelle.
Appliquée à la sexualité, cette difficulté prend une forme très concrète : le corps s'excite, le sexe lubrifie, la verge durcit, réagit — les signaux physiologiques sont bien là — mais l'expérience subjective de plaisir, elle, reste absente ou floue. Le sujet peut décrire techniquement ce qui se passe ("je ressens quelque chose"), sans que cette description ne débouche sur un vécu émotionnel réel.
C’est un peu comme si deux régions du cerveau ne parvenaient plus à se parler : d'un côté, les structures profondes et archaïques qui génèrent la sensation brute et l'émotion ; de l'autre, les structures d’apparition plus récente, rationnelles, qui devraient transformer cette sensation en expérience consciente et signifiante. Le message part bien, mais il n'arrive jamais vraiment à destination. Il est nommé, mais pas habité.
Trois chemins vers la même déconnexion
D'où vient cette panne de traduction ? L'expérience clinique suggère au moins trois origines possibles, souvent bien distinctes.
Le premier est un défaut de construction. Chez certains sujets, la sensualité elle-même ne s'est simplement jamais développée. Dans la petite enfance, la capacité à ressentir le plaisir corporel, à l'apprécier, à le reconnaître, se construit progressivement — au travers du contact, de la tendresse, de la stimulation sensorielle aimante. Quand cette construction n'a pas eu lieu, faute d'un environnement suffisamment riche sur le plan affectif et sensoriel, l'adulte se retrouve avec un terrain resté en friche. Il n'y a rien à "débloquer" à proprement parler : il y a un apprentissage à faire, et souvent pour la première fois.
Le deuxième est un refus actif. Ici, la capacité de ressentir existe bel et bien, mais elle est tenue à distance — par idéologie, croyance, par une éducation rigide, ou par un sentiment de culpabilité intériorisée. Certaines personnes ont grandi dans un environnement où le plaisir, en particulier se**el, était implicitement ou explicitement associé à la faute, au danger, à la vulgarité. Ressentir devient alors une transgression, et le psychisme préfère couper l'accès plutôt que risquer la culpabilité. Ce n'est pas un manque, c'est un enfermement.
Le troisième, plus surprenant, est une distorsion. La perception existe bien, l'information sensorielle arrive normalement au cerveau — mais elle est traduite en négatif. Ce qui devrait être ressenti comme agréable est perçu comme menaçant, inconfortable, voire insupportable. On pourrait citer l'exemple, cliniquement frappant, d'une jeune femme ayant développé un vaginisme sévère, rendant impossible toute pénétration, non pas à la suite d'un traumatisme se**el, mais après avoir subi, enfant, une maladie grave nécessitant de nombreuses perfusions intraveineuses répétées. Le corps avait associé toute intrusion physique à la douleur et à la menace — bien avant que la sexualité n'entre en jeu. Le traumatisme n'était pas génital, mais son empreinte s'est rejouée sur le terrain se**el des années plus t**d.
Ces trois mécanismes ne s'excluent pas et peuvent parfois se combiner, mais les distinguer change considérablement l'approche thérapeutique : on ne "construit" pas ce qui manque de la même façon qu'on "libère" ce qui est retenu, ou qu'on "corrige" ce qui est déformé.
Pourquoi l'hypnose, plutôt que la pleine conscience ?
Les approches de type mindfulness (méditation de pleine conscience) aujourd'hui très en vogue en thérapie se****le, proposent au patient d'observer consciemment ses sensations corporelles, en pleine présence, sans jugement. L'intention est bonne— mais elle se heurte à un paradoxe : elle demande au patient d'utiliser la fonction même qui lui fait défaut. On demande à quelqu'un qui n'arrive pas à lire une langue de se concentrer davantage sur le texte, alors que le problème n'est pas un manque d'attention, mais une véritable difficulté de traduction.
L'hypnose emprunte un chemin différent. En abaissant le contrôle rationnel et volontaire, elle permet un accès plus direct aux structures archaïques du cerveau, sans passer par ce filtre cognitif qui, chez ces patients, fonctionne davantage comme un écran que comme un pont. Il y a là une stratégie intéressante paradoxale car on utilise un état de dissociation contrôlée et transitoire — la transe — pour dénouer une dissociation pathologique, elle, figée et involontaire. C'est un peu comme si l'on empruntait la même porte que celle par laquelle le trouble s'était installé, mais dans l’autre sens : cette fois pour en sortir plutôt que pour s'y enfermer.
Ce qu'il faut retenir
L'alexithymie se****le n'est pas un diagnostic reconnu au sens strict, ni une maladie identifiable par une prise de sang ou une imagerie. C'est un phénomène clinique, une façon de décrire une expérience réelle et souvent source de souffrance silencieuse — celle de ne pas parvenir à habiter pleinement son propre plaisir, alors même que le corps, lui, semble parfaitement fonctionner.
La reconnaître comme telle, c'est déjà permettre à celles et ceux qui la vivent de comprendre qu'il ne s'agit ni d'un manque d'amour, ni d'une anomalie honteuse, ni d'un problème purement mécanique — mais d'une question de traduction entre deux langages internes qui ne se sont jamais compris ou qui, à un moment donné de leur histoire, ont cessé de se comprendre.


Dr Patrice Cudicio

LE DÉSIR EN ABONNEMENT: CE QU'ONLYFANS RÉVÈLE DE NOTRE INTIMITÉ CONTEMPORAINEFantasme industrialisé : quand l'intimité d...
24/09/2026

LE DÉSIR EN ABONNEMENT: CE QU'ONLYFANS RÉVÈLE DE NOTRE INTIMITÉ CONTEMPORAINE

Fantasme industrialisé : quand l'intimité devient produit sur OnlyFans
Lancée en 2016, la plateforme OnlyFans s'est imposée depuis 2020 comme le symbole d'une transformation profonde : la monétisation directe et désintermédiée du contenu intime par les créateurs eux-mêmes. Plus de 200 millions d'utilisateurs inscrits, plusieurs millions de créateurs actifs, des revenus dépassant le milliard de dollars par an. Derrière ces chiffres vertigineux se cache un phénomène clinique et sociétal bien plus complexe qu'il n'y paraît : celui d'une nouvelle économie du plaisir, où l'intimité elle-même devient un produit calibré pour le marché.
Une inversion apparente du rapport de pouvoir
Contrairement à la p**nographie traditionnelle, où le créateur est généralement employé ou dirigé par un studio, OnlyFans promet à chacun le contrôle de son image, de ses tarifs, de ses limites. Cette promesse d'émancipation mérite d'être interrogée : est-elle réelle, ou n'est-elle qu'une illusion de souveraineté dans un marché toujours structuré par la demande — majoritairement masculine — et par les algorithmes de visibilité de la plateforme ?
Ce qui distingue surtout OnlyFans de la p**nographie classique, c'est la promesse d'un lien quasi relationnel : messages personnalisés, sentiment de proximité, parasocialité assumée et monétisée. On ne vend plus seulement une image, mais l'illusion d'une relation exclusive.
Virtuel qui reste virtuel : un contrat de fiction consentie
Le modèle économique de la plateforme repose structurellement sur l'entretien du manque plutôt que sur sa résolution. Le créateur a intérêt à maintenir le fantasme de proximité sans jamais le concrétiser : une rencontre réelle romprait le charme et, avec lui, l'abonnement mensuel qui fait vivre l'activité.
Il existe certes des dérives — certains créateurs proposant des rencontres payantes ou des expériences de type « girlfriend experience » premium — mais elles restent marginales et souvent contraires aux conditions d'utilisation de la plateforme. Le consommateur, dans l'immense majorité des cas, sait qu'il participe à une fiction. On n'est donc pas dans la tromperie pure, mais dans un contrat tacite de fiction consentie, comparable à celui du cinéma ou du jeu de rôle.
Le trouble surgit lorsque cette frontière fictionnelle se brouille dans le psychisme du consommateur : l'attachement parasocial déborde alors sur ses attentes relationnelles réelles. Le risque clinique n'est pas que « cela reste virtuel » — c'est que certains utilisateurs désinvestissent progressivement le réel, précisément parce que le virtuel est plus simple, plus disponible, et sans risque de rejet.
Se présenter comme un produit : l'auto-marchandisation de l'intime
C'est peut-être l'angle le plus riche pour comprendre ce phénomène. Devenir créateur sur OnlyFans implique de gérer un persona souvent distinct de son identité réelle, une esthétique cohérente et optimisée pour l'algorithme, un rythme de production soutenu — car le contenu régulier est attendu, comme pour n'importe quel produit d'abonnement.
Cette dynamique transforme l'intimité en performance packagée, avec tout ce que cela implique de mise à distance nécessaire de soi pour tenir la posture. Cette dissociation fonctionnelle peut être un mécanisme de protection sain, mais elle peut aussi devenir clivante à long terme.
Pour le créateur, le risque est une forme d'aliénation identitaire : produire en continu une version magnifiée et hypersexualisée de soi-même finit parfois par brouiller la frontière entre désir authentique et performance attendue par le marché. « Est-ce que j'aime encore cela, ou est-ce que je performe ce qu'on attend de moi ? »
Pour le consommateur, la distorsion opère dans l'autre sens : il consomme un produit calibré pour paraître exclusif et authentique — « je fais cela juste pour toi » — alors même que ce contenu est industrialisé et diffusé à des milliers d'abonnés simultanément. Cette illusion d'exclusivité fabriquée à grande échelle peut générer des attentes irréalistes de disponibilité, de dévotion et de personnalisation dans les relations réelles futures.
Ce phénomène radicalise en réalité une tendance déjà présente sur Instagram, LinkedIn ou les applications de rencontre : celle de se présenter soi-même comme un produit optimisé pour capter l'attention. La sexualité devient ici le dernier territoire où ce marché généralisé de l'image de soi s'étend pleinement.
Répercussions sur la vie conjugale
Les consultations autour de ce sujet se multiplient, notamment concernant :

La consommation du contenu d'un partenaire vécue comme une forme de trahison ou d'infidélité
Les couples où l'un des membres devient créateur, nécessitant une renégociation complète de l'intimité, de la jalousie et des limites du couple
La comparaison corporelle et performative, alimentée par une exposition constante à des corps « parfaits » et monétisés

Une question d'estime de soi à double tranchant
Pour certains créateurs, l'activité renforce l'estime corporelle et procure un sentiment réel de reprise de contrôle sur leur sexualité et leur image, longtemps façonnées par le regard extérieur. Pour d'autres, elle engendre une dépendance affective et financière au regard des abonnés, un épuisement émotionnel, et un brouillage progressif entre identité intime et personnage marchand.
Conclusion : comprendre plutôt que juger
Plutôt que d'aborder ce phénomène sous un angle moral, l'enjeu clinique est de comprendre ce qu'il révèle de nos rapports contemporains à l'intimité, à l'argent et à la reconnaissance. Accompagner sans stigmatisation les patients concernés — qu'ils soient créateurs, consommateurs, ou en couple avec l'un ou l'autre — suppose de reconnaître la complexité de ce nouveau territoire du désir : ni simple libération, ni simple aliénation, mais un espace où se rejouent, à l'échelle industrielle, nos besoins les plus anciens de connexion, de reconnaissance et de désir d'exclusivité.


Dr Patrice Cudicio, Mme Jasmine Saunier sexologue, hypnothérapeute, Paris

BODY COUNT ET JUGEMENT SOCIALUn chiffre, deux poids deux mesuresLe « body count » — nombre de partenaires se**el·les cum...
22/09/2026

BODY COUNT ET JUGEMENT SOCIAL

Un chiffre, deux poids deux mesures
Le « body count » — nombre de partenaires se**el·les cumulés au cours d'une vie — est devenu, via les réseaux sociaux et la culture des rencontres, une donnée que l'on s'autorise à demander, à commenter, parfois à exiger dès les premiers échanges. Ce chiffre n'a en soi aucune valeur informative sur la qualité d'une personne, sa capacité d'engagement ou son respect du consentement. Et pourtant, il continue de faire l'objet d'un jugement social profondément inégalitaire selon qu'il concerne un homme ou une femme.
Le tableau de chasse : une valorisation entre hommes
Chez les hommes, un nombre élevé de partenaires est souvent érigé, dans certains cercles masculins, en signe de réussite, de virilité, de désirabilité — le fameux « tableau de chasse ». Cette valorisation se joue surtout entre hommes, comme une forme de compétition sociale et de validation par les pairs, davantage que comme une réelle information recherchée par les partenaires elles-mêmes.

La dévalorisation féminine : un clivage culturellement situé
Chez les femmes, le même chiffre élevé est fréquemment lu de façon négative — jugement de moralité, étiquette de « facilité » — un mécanisme connu sous le nom de double standard se**el, documenté depuis les travaux pionniers de la sociologie de la sexualité (Reiss, 1960 ; Crawford & Popp, 2003).
Ce clivage n'est cependant pas uniforme : il est plus marqué dans certains milieux sous influence culturelle ou religieuse conservatrice, où la sexualité féminine reste associée à la pureté, à l'honneur familial, voire au contrôle social du corps des femmes. On le retrouve également, de façon parfois paradoxale, chez une partie de la jeunesse actuelle : les réseaux sociaux, censés libérer la parole sur la sexualité, réactivent aussi des normes très anciennes — sondages viraux, commentaires moralisateurs, « slut-shaming » 2.0.
Amant désirable, mari peu fiable : le jugement vient aussi des femmes

Un phénomène plus fin, et souvent négligé dans les analyses centrées uniquement sur le sexisme masculin, mérite d'être souligné : une partie du jugement porté sur les hommes au tableau de chasse important vient des femmes elles-mêmes — non pas sous forme de réprobation morale, mais sous forme de doute sur la fiabilité relationnelle.
Un homme multipliant les conquêtes peut être perçu comme un amant séduisant, expérimenté, désirable à court terme — mais peu crédible comme partenaire d'engagement à long terme, susceptible d'infidélité ou d'instabilité. Cette distinction rejoint les théories de la sélection de partenaire à court terme versus long terme en psychologie évolutionniste et en sociologie des relations (Buss & Schmitt, Sexual Strategies Theory, 1993) : les qualités recherchées chez un partenaire de passage (attrait, assurance, expérience) ne sont pas celles recherchées chez un partenaire de vie (stabilité, fidélité perçue, investissement).
Le corollaire de ce mécanisme est révélateur : ce n'est donc pas tant le nombre en lui-même qui est jugé, mais ce qu'il est supposé révéler sur les intentions et la fiabilité future de la personne — et cette lecture diffère selon le genre, selon le contexte culturel, et selon qu'elle est portée par des hommes ou par des femmes.

Ce qu'un chiffre ne dit pas
Aucune donnée sexologique sérieuse ne permet d'établir une corrélation entre nombre de partenaires passés et :
• la capacité à être fidèle,
• la qualité de l'investissement affectif,
• le respect du consentement et de l'autre,
• la santé se****le ou psychologique.
Le body count fonctionne donc moins comme une information que comme un écran projectif : chacun y projette ses propres critères de valeur, de danger ou de désirabilité, souvent hérités de normes culturelles bien plus que d'une réflexion rationnelle.

En résumé
• Le body count est un indicateur quantitatif socialement surinvesti, sans valeur prédictive réelle.
• Le double standard homme/femme reste actif, renforcé dans certains milieux conservateurs et, paradoxalement, chez une partie de la jeunesse connectée.
• Le jugement ne suit pas une ligne unique hommes-juges/femmes-jugées : les femmes elles-mêmes peuvent disqualifier un homme trop expérimenté comme partenaire d'engagement, via la distinction amant/mari.
• Ce chiffre devient surtout un révélateur des normes de genre et des stratégies relationnelles à l'œuvre dans une société donnée, plus qu'une donnée utile sur la personne elle-même.


Dr patrice Cudicio, Mme Jasmine Saunier, sexologue, hypnothérapeute

LE CONSENTEMENT CONTINU : SI LA SOLUTION DEVENAIT LE PROBLÈMEPourquoi ce concept, aussi nécessaire soit-il, ne sauvera p...
19/09/2026

LE CONSENTEMENT CONTINU : SI LA SOLUTION DEVENAIT LE PROBLÈME
Pourquoi ce concept, aussi nécessaire soit-il, ne sauvera pas nos relations s'il devient un protocole

Il y a quelques années encore, le consentement se pensait comme un interrupteur : on disait oui, et ce oui valait accord général, parfois pour toute une soirée, parfois — plus inquiétant — pour toute une relation. Le mouvement et une nouvelle génération d'éducateurs se**els ont fait bouger les lignes avec un concept désormais incontournable : le consentement continu. L'idée, séduisante sur le papier : le oui d'hier, ou même celui d'il y a cinq minutes, ne vaut pas pour maintenant. Chacun peut changer d'avis, à tout moment, sans justification.
Sur le principe, difficile de contester. Mais dès qu'on quitte le terrain théorique pour l'appliquer à une relation amoureuse réelle, les choses se compliquent sérieusement — et peu d'articles osent le dire franchement.
Un concept né d'un vrai problème
Le consentement continu répond à une faille béante de l'ancien modèle : combien de témoignages, depuis 2017, racontent la même histoire — "j'avais dit oui au début, donc on a considéré que je ne pouvais plus dire non ensuite" ? Le modèle pédagogique FRIES (Freely given, Reversible, Informed, Enthusiastic, Specific), popularisé par les associations d'éducation se****le anglo-saxonnes, a permis de nommer ce qui manquait : la réversibilité et la spécificité du consentement. Dire oui à un ba**er n'est pas dire oui à un rapport se**el. Dire oui hier n'est pas dire oui aujourd'hui.
Le droit lui-même évolue dans cette direction. La réforme espagnole "Solo sí es sí" (2022) a inversé la charge : ce n'est plus l'absence de refus explicite qui compte, mais la présence d'un consentement actif. Une avancée juridique majeure, incontestable.
Là où le bât blesse : la spontanéité
Mais voici la question que peu osent poser frontalement : peut-on vérifier en permanence le consentement de l'autre sans détruire ce qui fait l'intimité elle-même ? L'intimité se****le et amoureuse repose largement sur l'implicite, le non-dit, l'abandon partagé. Une part de sa magie tient précisément à ce qu'on n'a pas besoin de tout formuler.
Demander « Est-ce que ça te va ? » toutes les cinq minutes n'est pas qu'une maladresse pratique : c'est une contradiction presque philosophique. On demande à des personnes d'être des communicants limpides et rationnels précisément dans les moments les plus chargés émotionnellement, les plus ambivalents, les plus corporels de leur existence. Le fantasme d'une transparence totale entre deux êtres humains, y compris dans l'intimité, se heurte à une réalité simple : nous ne sommes pas toujours cohérents avec nous-mêmes, encore moins lisibles pour l'autre.
L'incongruence des canaux : un problème non résolu
Ajoutons à cela une difficulté rarement évoquée : verbal, non-verbal et paraverbal ne racontent pas toujours la même histoire. Une personne peut dire "oui" d'une voix hésitante, le corps légèrement crispé, le regard fuyant — et être sincère malgré tout, simplement nerveuse. Une autre peut dire "oui" avec assurance tout en ressentant, confusément, une réticence qu'elle ne s'avoue pas encore à elle-même.
Aucun protocole, aussi bien intentionné soit-il, ne transforme quiconque en expert de la communication non-verbale capable de décoder ces signaux en temps réel avec certitude. Le consentement continu, dans sa version la plus exigeante, présuppose une acuité relationnelle que même les couples les plus soudés n'ont pas toujours.
L'intimité n'est pas une échelle, elle a plusieurs dimensions
Un exemple révélateur, souvent observé dans les nouvelles générations : une personne accepte volontiers un rapport se**el avec son partenaire, mais refuse de dormir dans le même lit — jugeant cela "trop intime". Contre-intuitif ? Seulement si l'on pense l'intimité comme une échelle unique et linéaire, où le sexe serait "plus intime" que le sommeil partagé.
En réalité, l'intimité a plusieurs dimensions indépendantes : physique, émotionnelle, symbolique. Dormir ensemble implique une vulnérabilité particulière — perte de contrôle, abandon prolongé, exposition dans un état non maîtrisé — différente de celle d'un acte se**el consenti et cadré dans le temps. Cet exemple illustre bien que le consentement ne puisse pas être standardisé selon une hiérarchie logique des actes : chaque personne a sa propre cartographie de ce qui est intime pour elle, parfois inattendue, toujours légitime.
Alors, à quoi sert vraiment le consentement continu ?
Peut-être faut-il changer d'angle. Le consentement continu n'est pas un protocole de vérification permanente — ce serait une version anxiogène et appauvrie du concept. C'est plutôt un climat relationnel : celui où chacun sait, sans avoir besoin de le tester sans cesse, qu'il peut changer d'avis à tout moment sans que cela déclenche un conflit, une pression, ou une remise en cause de la relation.
Ce n'est pas une technique de communication à appliquer scrupuleusement. C'est une sécurité psychologique de fond, qui permet à l'ambivalence de s'exprimer quand elle survient — plutôt que d'être étouffée par peur de gâcher le moment ou de décevoir l'autre.
Dans cette perspective, la vraie question n'est pas "ai-je bien redemandé son consentement à chaque étape ?" mais plutôt : "mon/ma partenaire se sent-il/elle suffisamment en sécurité avec moi pour me dire non, même après avoir dit oui, même en plein milieu, même après des années ensemble ?"
Ce que cela change concrètement dans une relation
Voici quelques repères pratiques, sans prétendre à un mode d'emploi universel :
1. Construisez la sécurité en amont, pas la vérification en temps réel. Des conversations en dehors des moments d'intimité — sur ce qui met à l'aise ou non, sur les limites de chacun — sont plus efficaces que des check-points pendant l'acte lui-même.
2. Apprenez à lire les changements, pas à interroger sans cesse. Une crispation, un silence qui s'installe, un corps qui se raidit : il ne s'agit pas de tout interpréter avec anxiété, mais de rester attentif et de savoir marquer une pause simple ("Tout va bien ?") sans en faire un interrogatoire.
3. Acceptez l'incohérence de l'autre (et la vôtre). Vouloir une chose et son contraire, se sentir à l'aise avec l'intimité physique mais pas avec d'autres formes de proximité (comme dormir ensemble) : ce n'est pas de la contradiction, c'est humain. Inutile de chercher une logique parfaite là où il n'y en a pas.
4. Normalisez le retrait, à tout moment, sans drame. Le vrai changement culturel n'est pas de multiplier les demandes de confirmation, mais de rendre normal et sans conséquence négative le fait de dire "en fait, non, pas maintenant" — même après avoir dit oui.
5. Distinguez consentement continu et hypervigilance anxieuse. Si chaque interaction intime devient une source de stress où l'on redoute la moindre ambiguïté, ce n'est plus de la sécurité relationnelle, c'est de l'anxiété de performance. L'objectif n'est pas la perfection communicationnelle, mais la confiance suffisante pour que les erreurs d'interprétation puissent être corrigées sans drame.

En bref
Le consentement continu est une avancée réelle et nécessaire — mais transformé en check-list, il devient une fiction rassurante qui masque la complexité irréductible de l'intimité humaine. Ni protocole rigide, ni retour à l'ancien modèle du "oui qui vaut pour toujours", il se situe dans un espace plus inconfortable, plus incertain, mais aussi plus honnête : celui de la confiance construite, de l'attention mutuelle, et du droit assumé de se contredire.
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Dr Patrice Cudicio, Mme Jasmine Saunier, sexologue, hypnothérapeute, Paris

DEEPFAKES PORNOGRAPHIQUES : QUAND L’IA TRANSFORME VOTRE VISAGE CONTRE VOUSUn phénomène en pleine explosion, encore mal e...
18/09/2026

DEEPFAKES PORNOGRAPHIQUES : QUAND L’IA TRANSFORME VOTRE VISAGE CONTRE VOUS
Un phénomène en pleine explosion, encore mal encadré, et des solutions concrètes pour se défendre

Imaginez découvrir, un matin, une vidéo p**nographique de vous circulant sur les réseaux sociaux. Le corps n'est pas le vôtre. Le visage, si. Vous n'avez jamais tourné cette scène. Elle n'existe que parce qu'une intelligence artificielle l'a fabriquée à partir de vos photos publiques — celles de votre profil LinkedIn, de vos vacances postées sur Instagram, ou d'une simple photo de classe.
Ce scénario, longtemps cantonné à la science-fiction, est devenu une réalité quotidienne pour des dizaines de milliers de personnes à travers le monde. Bienvenue dans l'ère des deepfakes p**nographiques.
Un phénomène qui explose
Il y a encore cinq ans, créer un deepfake convaincant nécessitait des compétences techniques pointues et une puissance de calcul importante. Aujourd'hui, une poignée d'applications — certaines gratuites, accessibles en quelques clics — permettent à n'importe qui de « déshabiller » virtuellement une personne à partir d'une seule photo. Le site Sensity AI, qui traque ces contenus, estime que 96% des deepfakes en ligne sont de nature p**nographique, et que les femmes en sont les cibles écrasantes.
Les victimes ne sont plus seulement des célébrités. En janvier 2024, des images truquées de Taylor Swift ont été vues plus de 45 millions de fois avant leur retrait, provoquant un électrochoc médiatique. Mais loin des projecteurs, ce sont des lycéennes, des collègues de bureau, des ex-partenaires, des femmes politiques locales qui subissent ce même sort, dans un silence souvent assourdissant. En Corée du Sud, une vague de scandales impliquant des groupes Telegram où des lycéens échangeaient des deepfakes de leurs camarades de classe a provoqué une crise nationale en 2024.
Pourquoi c'est grave, même si "ce n'est pas vraiment vous"
Un argument revient souvent pour minimiser le problème : "ce n'est qu'un montage, ce n'est pas réel." Cet argument passe à côté de l'essentiel.
D'abord, le préjudice, lui, est bien réel. Les victimes témoignent d'anxiété profonde, de honte, de perte de contrôle sur leur propre image, parfois de conséquences professionnelles ou familiales dévastatrices. Une adolescente victime de ce type de contenu ne fait pas la distinction entre "vrai" et "faux" quand ses camarades de classe partagent la vidéo en riant.
Ensuite, c'est une question de consentement. Le corps et l'image d'une personne lui appartiennent. Les utiliser pour créer du contenu se**el sans autorisation est une forme de violation, au même titre qu'une agression — numérique, certes, mais aux effets bien tangibles.
Enfin, ce phénomène s'inscrit dans un rapport de pouvoir genré. Les femmes sont ciblées de manière disproportionnée, souvent dans un but explicite d'humiliation, de contrôle ou de vengeance (par un ex-partenaire, par exemple). C'est une nouvelle déclinaison numérique de violences déjà anciennes.
Un droit qui court après la technologie
Face à ce phénomène, les législations ont longtemps été prises de court. Le "revenge p**n" — la diffusion d'images intimes réelles sans consentement — était déjà encadré dans plusieurs pays, mais les lois ne prévoyaient pas le cas d'images entièrement fabriquées.
Les choses évoluent cependant rapidement :
• En France, la loi SREN de 2024 a créé une infraction spécifique pour la diffusion de contenus se**els générés par IA sans le consentement de la personne représentée, avec des peines pouvant aller jusqu'à deux ans de prison et 60 000 euros d'amende.
• Aux États-Unis, le DEFIANCE Act (2024) permet désormais aux victimes d'engager des poursuites civiles, tandis que plusieurs États ont voté leurs propres lois pénales.
• Au Royaume-Uni, l'Online Safety Act impose de nouvelles obligations aux plateformes.
Mais l'application reste complexe : les créateurs de ces contenus sont souvent anonymes, les plateformes qui les hébergent basées à l'étranger, et la viralité des réseaux sociaux rend le retrait complet quasiment impossible une fois le contenu diffusé.

QUE FAIRE SI VOUS ÊTES VICTIME ? GUIDE PRATIQUE
Si vous découvrez un deepfake p**nographique vous représentant, voici la marche à suivre, étape par étape.
1. Ne paniquez pas, mais agissez vite
La rapidité de diffusion joue contre vous. Plus vous agissez tôt, plus vous limitez la propagation.
2. Rassemblez des preuves avant tout retrait
Avant de signaler ou de faire supprimer le contenu, faites des captures d'écran : l'URL, la date, le nom du compte qui l'a publié, le nombre de vues/partages. Ces preuves seront essentielles pour toute démarche judiciaire ultérieure.
3. Signalez le contenu sur la plateforme
Toutes les grandes plateformes (Meta, X, TikTok, Reddit, sites p**nographiques) ont des procédures de signalement pour ce type de contenu, souvent classées sous "contenu intime non consenti" (Non-Consensual Intimate Imagery, NCII). Utilisez ces catégories spécifiquement — elles sont généralement traitées plus vite qu'un signalement générique.
4. Utilisez les outils spécialisés
• StopNCII.org : un outil gratuit et confidentiel qui crée une "empreinte numérique" (hash) de l'image sans jamais la partager, permettant aux plateformes partenaires (Meta, TikTok, Bumble...) de bloquer sa diffusion automatiquement.
• En France, la plateforme PHAROS (service officiel de signalement de contenus illicites) permet de signaler directement aux autorités.
5. Portez plainte
Rendez-vous en commissariat ou gendarmerie, ou déposez plainte directement auprès du procureur de la République. Apportez toutes vos preuves. Si l'accueil est difficile (cela arrive encore trop souvent), n'hésitez pas à insister ou à vous faire accompagner par une association.
6. Consultez un avocat spécialisé
Certains avocats se spécialisent désormais dans le droit numérique et les violences en ligne. Ils peuvent engager des procédures civiles (dommages et intérêts) en parallèle du pénal.
7. Faites-vous accompagner psychologiquement
Ce type d'agression laisse des traces. Des associations comme e-Enfance (pour les mineurs) ou des cellules psychologiques spécialisées dans les cybersviolences peuvent apporter un soutien précieux. Vous n'avez pas à traverser cela seul(e).
8. Alertez votre entourage professionnel/scolaire si nécessaire
Si le contenu risque de circuler dans votre milieu (école, travail), il peut être stratégique de prévenir vous-même les personnes concernées, en expliquant la situation, plutôt que de subir la découverte par un tiers dans de mauvaises conditions.

En bref
Les deepfakes p**nographiques ne sont pas un simple gadget technologique inquiétant : c'est une nouvelle forme de violence, aux conséquences bien réelles, qui touche des personnes ordinaires bien plus que des célébrités. Le droit progresse, mais lentement, et la meilleure protection reste la rapidité de réaction et la connaissance des recours existants. Si vous êtes concerné(e) — ou si un proche l'est —, sachez que des outils gratuits et des démarches concrètes existent dès aujourd'hui pour agir.


Dr Patrice Cudicio, Mme Jasmine Saunier sexologue, hypnothérapeute, Paris

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