08/06/2026
Des chercheurs de l’université de Cambridge testent sur des sujets humains un vaccin conçu à l’aide de l’IA et capable de cibler toute une famille de coronavirus. Une première mondiale, qui pourrait redéfinir la prévention des pandémies.
Et si la prochaine pandémie était stoppée… par un algorithme ? Pour la première fois, une équipe de chercheurs de l’université de Cambridge a testé sur l’humain un vaccin dont l’antigène a été entièrement conçu par une intelligence artificielle. Une révolution qui pourrait redéfinir la course contre les maladies infectieuses. Cette avancée ouvre la voie à une nouvelle ère de protection sanitaire, où les vaccins pourraient neutraliser non seulement les virus connus, mais aussi ceux qui n’ont pas encore franchi la barrière interespèces.
Depuis des décennies, la vaccinologie fonctionne selon un principe simple : identifier un virus, l’analyser, puis créer un vaccin adapté. Une stratégie efficace, mais vite dépassée lorsque les virus mutent à un rythme effréné. Le Covid-19 en a été la preuve vivante, avec ses variants successifs exigeant des mises à jour constantes des vaccins. La grippe saisonnière suit la même logique, nécessitant une nouvelle formule chaque année.
Pour le professeur Jonathan Heeney, spécialiste des maladies infectieuses à Cambridge, cette approche atteint aujourd’hui ses limites. « Nous sommes toujours en ret**d », explique-t-il à la BBC. « Ce que nous essayons de faire, c’est prendre de l’avance sur la courbe. »
Quand l’algorithme imagine un « super-antigène »
Pour y parvenir, les chercheurs ont alimenté une intelligence artificielle avec des milliers de séquences génétiques issues de différents coronavirus, recensés dans les programmes internationaux de surveillance des zoonoses. À partir de cette immense base de données, l’algorithme a identifié les caractéristiques communes à l’ensemble de ces virus et conçu un antigène inédit, baptisé « super-antigène » par l’équipe de recherche.
Ce dernier ne reproduit pas un virus existant. Il constitue une synthèse artificielle destinée à entraîner le système immunitaire à reconnaître les traits fondamentaux de toute une famille virale. Pour Jonathan Heeney, il s’agit d’« un changement fondamental dans notre manière de nous préparer aux pandémies ». Le chercheur souligne également que l’intelligence artificielle continue de surprendre les scientifiques eux-mêmes : « C’est extraordinaire ce que nous pouvons accomplir avec elle au bénéfice de l’humanité. »
L’étude, publiée dans le Journal of Infection, demeure à un stade précoce. Les premiers essais cliniques ont porté sur 39 volontaires. Leur objectif principal était de vérifier l’innocuité du vaccin. Les résultats obtenus sont jugés encourageants : « aucun signal majeur de sécurité n’a été identifié ». Les chercheurs ont également observé une réponse immunitaire, même si celle-ci reste pour l’heure qualifiée de « modeste ».
Une seconde étude, impliquant environ 200 participants, est désormais en cours afin d’évaluer plus finement l’efficacité immunologique du candidat vaccin. Pour le professeur Saul Faust, qui a participé aux essais à l’université de Southampton, la technologie présente un potentiel considérable. « Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que cette approche semble beaucoup plus performante lorsqu’il s’agit de concevoir des vaccins contre des virus en constante évolution », estime-t-il auprès de la BBC.
Grippe aviaire, Ebola, grippe saisonnière…
L’intérêt de cette technologie réside précisément dans sa capacité à dépasser le cadre des coronavirus. À Cambridge, plusieurs programmes sont déjà en développement. Les chercheurs travaillent notamment sur un vaccin universel contre la grippe saisonnière qui ne nécessiterait plus de reformulation annuelle.
Un vaccin contre le virus H5N1 est également à l’étude. Si cette grippe aviaire, qui frappe actuellement les populations d’oiseaux à travers le monde, acquérait la capacité de se transmettre efficacement entre humains, elle pourrait constituer l’une des prochaines menaces pandémiques.
Les équipes britanniques explorent par ailleurs la piste des fièvres hémorragiques virales, notamment les différentes espèces du virus Ebola. Un enjeu d’autant plus sensible qu’une épidémie touche actuellement la République démocratique du Congo et que certaines souches ne disposent toujours d’aucun vaccin homologué.
La vigilance reste de mise
Pour les spécialistes du secteur, la portée de cette avancée dépasse le seul vaccin présenté aujourd’hui. Le professeur Andy Pollard, directeur de l’Oxford Vaccine Group, estime que les résultats obtenus constituent déjà un signal scientifique particulièrement prometteur.
« Ce sont des données fascinantes », explique-t-il à la BBC. « Peu de chercheurs auraient prédit que de telles réponses immunitaires puissent être obtenues. » Le scientifique appelle néanmoins à la prudence. Les modèles animaux produisent fréquemment des résultats spectaculaires qui ne se confirment pas toujours chez l’être humain, dont le système immunitaire est façonné par une vie entière d’expositions infectieuses.
Mais pour lui, une chose paraît désormais acquise… l’intelligence artificielle s’annonce comme un « game changer » de la recherche vaccinale. À terme, ces outils pourraient non seulement concevoir des antigènes optimisés, mais aussi prédire la manière dont le système immunitaire réagira à un vaccin.
Source: Le Point