07/10/2026
Parfois, il suffit de presque rien pour que s’enclenche un mouvement qui peut profondément fragiliser les relations auxquelles nous tenons le plus.
Une réponse dans laquelle nous percevons une pointe de sarcasme, ou une critique détournée.
Le sentiment que l’autre n’écoute pas vraiment ce que nous essayons de lui dire.
Une réaction qui nous donne l’impression que ce que nous ressentons est exagéré, déplacé, ou simplement pas important.
Alors nous insistons.
Parfois, nous essayons de mieux expliquer.
Ou nous commençons tout de suite à nous défendre.
L’autre se sent à son tour attaqué et se défend aussi.
Le ton change. La pression monte.
Une phrase en appelle une autre.
Et à un certain moment, ce n’est plus seulement ce qui s’est passé qui fait mal. Parfois, nous en avons même complètement perdu la notion.
Ce qui fait mal, c’est ce qui est en train d’arriver entre nous.
Quelque chose du lien semble soudain menacé.
C’est là que se trouve l’un des aspects les plus intéressants des recherches menées pendant des années par le psychologue John Gottman auprès des couples :
Ce n’est pas le fait d’avoir des disputes qui fragilise une relation.
C’est aussi ce qui arrive à la relation lorsque la dispute est en cours.
Il a notamment identifié quatre mouvements particulièrement destructeurs lorsqu’ils deviennent une manière habituelle de nous rencontrer :
La critique.
Je ne parle plus de ce que tu as fait ou de ce dont j’ai besoin. J’attaque qui tu es.
Le mépris.
Je ne suis plus seulement en désaccord avec toi. Quelque chose en moi commence à te regarder d’en haut : sarcasme, humiliation, moquerie, condescendance.
La défensive.
Je n’arrive plus à recevoir ce que tu me dis, je ne t’entends plus. Je me justifie, je nie ma part, je retourne l’accusation : « Oui, mais toi… »
Le retrait. Le mur de silence.
Je ne suis plus vraiment dans la rencontre. Je me ferme, je ne réponds plus, je disparais peu à peu de l’échange.
Ce qui m’intéresse dans cette lecture n’est certainement pas d’en faire une nouvelle liste de comportements qu’il faudrait réussir à ne jamais avoir.
Nous connaissons probablement tous certains de ces mouvements.
Ce qui m’intéresse est ce qu’ils viennent révéler :
Que devient notre lien lorsque nous nous sentons menacés ?
Puis-je être en colère contre toi sans attaquer qui tu es ?
Puis-je entendre ta souffrance sans devoir immédiatement prouver que je n’ai rien fait de mal ?
Puis-je être profondément en désaccord avec toi sans cesser de te respecter ?
Puis-je sentir que je suis débordée, prendre de la distance, et pourtant ne pas disparaître de la relation ?
Et surtout : savons-nous revenir ?
Parce qu’une autre dimension essentielle concerne les tentatives de réparation.
Parfois, elles sont minuscules.
Un geste, une main qui se tend pour faire retomber la pression, une reconnaissance, un peu d’humour.
Un « je crois qu’on est en train de se faire du mal ».
Un « ce n’est pas ce que je veux avec toi ».
Parfois, dans l’intensité du conflit, nous ne voyons plus la main que l’autre est en train de tendre.
Il y a enfin quelque chose que je trouve essentiel.
Dans ses recherches, Gottman a également montré que la présence répétée de ces quatre cavaliers n’est pas seulement un signe de conflit ou de souffrance relationnelle. Lorsqu’ils s’installent durablement dans les échanges, ils deviennent un indicateur très fort de la fragilisation du couple. Selon les résultats souvent cités de ses travaux, ils permettent de prédire, avec une précision d’environ 86 %, qu’un couple ne durera pas.
Ces comportements ne sont pas de simples maladresses de communication sans un véritable impact. Lorsqu’ils deviennent habituels, ils peuvent profondément altérer la relation.
Et je crois que cela ne concerne pas seulement les relations de couple.
Cela vaut aussi pour toutes les relations qui nous tiennent à cœur, celles qui sont un peu plus intimes, dans lesquelles la différence peut devenir une dispute, et la dispute, peu à peu, devenir une forme de destruction.
Une grande partie des divergences dans une couple ne sera jamais complètement « résolue », et cela n’a pas besoin de l’être.
Parce que nous pouvons nous aimer profondément et rester différents.
Avoir des besoins différents.
Des sensibilités différentes.
Des manières différentes de nous protéger, de nous rapprocher, de prendre de la distance, d’aimer.
Alors peut-être que la maturité relationnelle ne consiste pas à construire une relation dans laquelle nous ne nous disputons plus,
mais à développer suffisamment de sécurité intérieure et relationnelle pour que le conflit ne signifie plus la destruction du lien.
Pouvoir rester deux sans devoir devenir identiques.
Être en désaccord sans devenir ennemis.
Ne pas avoir besoin de vaincre l’autre pour ne pas nous perdre nous-mêmes.
Avec amour,
Ilaria