09/08/2026
Veauce, la légende éteinte du paranormal
Il y a quelques jours, j’ai été invitée par Quentin, un abonné, à séjourner au château de Veauce. C’est après quelques échanges de mails que j’ai tout simplement accepté de profiter de mes vacances d’été dans le Sud-Ouest pour le rejoindre, lui et ses amis, des passionnés de paranormal. J’étais si heureuse de cette opportunité de fouler à nouveau le sol de ce lieu incroyable qui m’avait tant marquée en été 2022, à l’occasion de ma toute première enquête avec JRM PARANORMAL.
Dès mon arrivée, je ne peux que constater l’aggravation des stigmates de la dégradation avancée de cette forteresse médiévale désormais en situation de péril. Les toitures effondrées, les tuiles arrachées, les fragments de pierres dispersés ici et là sur le sol d’une cour d’honneur ayant perdu son éclat d’autrefois. Quelle désolation, quelle tristesse aussi que d’assister, impuissante, à l’effondrement d’un monument vieux de plusieurs siècles.
Le temps, les intempéries, le manque d’entretien réel, l’absence de travaux de conservation. Le bilan est désastreux, voire effrayant.
Je franchis le seuil de l’entrée principale et une sensation de vide m’envahit totalement. Les meubles, les tableaux, les armures qui meublaient autrefois le couloir principal ont disparu. Il ne reste rien qu’un parquet gondolé comme le ventre d’un accordéon par l’humidité, des papiers peints déchirés par le temps, des plafonds lézardés qui s’effritent.
Faute de moyens et de ressources, les propriétaires actuels n’ont eu d’autres choix que de se délester, petit bout par petit bout, de ce qui pouvait encore être vendu à des amateurs d’art ou à des brocanteurs.
Après quelques bavardages avec l’équipe, je tente à plusieurs reprises quelques contacts avec l’invisible. Rien. Seule réponse à mes nombreuses interpellations, le silence inquiétant d’un lieu semblant avoir rendu son dernier souffle depuis longtemps.
Nous passons le début de la soirée à faire connaissance dans la cuisine actuelle du château. Quentin est intimidé, il ne pensait jamais que j’aurais accepté son invitation et pourtant je suis là, installée en face de lui, à lui conter mes anecdotes de tournages et mes expériences avec l’invisible. Ses amis sont charmants, le courant passe bien et déjà nous nous préparons à cette soirée tant attendue.
Nous prenons place dans l’ancienne cuisine du château, là où se trouve encore une grande table de bois à laquelle je m’étais installée quatre ans auparavant. Nous tentons de nouveau quelques interpellations avec l’invisible. J’appelle les entités du passé qui avaient accepté autrefois de se manifester. Quelques sensations fugaces, une présence derrière moi, une seconde près de la fenêtre, puis… plus rien. Comme évanouie dans l’air poussiéreux et âpre, seule la sensation du silence s’installe à nouveau.
Un peu plus t**d, nous déambulons de pièce en pièce. Le second étage, là où se situait la fameuse galerie des portraits qui m’avait fait tant frissonner autrefois, est lui aussi dépouillé de ses biens et de toute présence. Les petits pas d’enfants qui faisaient craquer le parquet devant moi autrefois ont disparu, la dame en noir de la chapelle également. Le parquet tremble désormais seulement sous chacune de nos foulées, il est certain qu’il ne faut pas s’att**der ici si l’on ne veut pas voir le sol s’effondrer sous nos pieds.
Nous empruntons l’escalier devenu branlant et bancal pour rejoindre le troisième étage, tout aussi délabré, sinon plus que les autres. Partout, les plafonds sont éventrés par les infiltrations d’eau, laissant même apparaître des morceaux de bois et de toitures. Les plâtres tombent en lambeaux sur les tomettes, certains murs déchirés par de profondes fissures laissent même entrevoir l'extérieur. Le spectacle de désolation se poursuit dans le, devenu trop célèbre, chemin de ronde. À l’endroit exact où Monsieur Tagori de la Tour prétendait rendre visite au fantôme de la jeune Lucie et où il ne reste rien désormais que des pierres, une flopée d’insectes et de la poussière à n’en plus finir.
Dans la chaleur suffocante de ce mois d'aout, je cherche encore et encore une quelconque trace du passé. Le soldat qui semblait garder le lieu il y a quatre ans n’est plus là. Les odeurs de bois brûlé non plus, pas plus que Lucie.
Nous terminons notre visite nocturne au rez-de-chaussée. Il n’est pas si t**d, mais je pense qu’il est utile de laisser les explorateurs se faire leur propre expérience. Surtout, je ne veux pas leur gâcher ce plaisir, cet espoir de pouvoir peut-être encore vivre l’expérience tant attendue.
Je regagne ma chambre avec, pour seule compagnie, la nostalgie imposée par les quelques bribes de souvenirs d’une aventure qui m’avait fait tellement vibrer de frissons et d’émotions il y a quelques années. Je crois que quelque chose en moi ignorait jusqu’alors qu’un lieu si riche, autrefois si beau, si « habité », pouvait, en seulement quelques années, se retrouver dans un tel état d’agonie.
Ce château, autrefois si fort, n’est plus qu’un monceau de pierres qui s’effondre un peu plus à chaque instant dans une indifférence collective inquiétante.
Je m’endors rapidement, sans la moindre compagnie subtile, au rythme du ronronnement du ventilateur, à quelques mètres seulement de la tour de l’horloge, figée elle aussi depuis longtemps. Comme si le temps lui-même avait renoncé à poursuivre sa course.
J’ai quitté Veauce le lendemain avec l’étrange sentiment d’assister aux derniers soupirs d’une légende. Le château se meurt, pierre après pierre, et avec lui disparaissent les récits, les souvenirs et les âmes qui ont fait sa renommée. Veauce n’est plus et ses habitants invisibles semblent l’avoir compris bien avant nous.