10/10/2026
MEDITATION DU KINTSUGI.
Nous traversons une époque compliquée et brutale ou insécurisante. Personne n’est indemne de ce que le monde nous montre et nous donne à vivre aujourd’hui. Alors comment faire pour limiter l’impact de ces vécus blessants ? Je vous propose une méditation, extraite de mon livre « Dis moi COMMENT aller chaque jour de mieux en mieux ».
Cette méditation est très puissante. J’utilise pour cela une visualisation qui est celle d’un art japonais, le Kintsugi (金継ぎ), qui signifie « jointure en or ». Cet art est particulièrement étonnant pour nous. Il va au delà de ce fameux « repentir » (correction ou modification) que l’on connait en peinture. Le Kintsugi est l’art de réparer les céramiques précieuses qui ont été fendues voire brisées. Chez nous, en occident, lorsqu’un tel objet est cassé, on cherche à le restaurer en cachant ou en faisant disparaitre la trace de l’accident, tout comme nous le faisons bien trop souvent avec nos blessures.
Au Japon, lorsqu’une céramique est brisée, au lieu de dissimuler la cassure, on la met en avant. Tout l’art de l’artisan est de réparer la brisure en la mettant en valeur, comme une cicatrice de héros, blessé au combat. On montre combien la céramique en question a affronté le temps ou les différents lieux et propriétaires. Pour cela, on répare la faille avec de l’argile (ou de nos jours une colle spéciale), magnifiée par de la feuille d’or. Ces petites fêlures dentelées, toutes les brisures aléatoires, deviennent ainsi des fragments d’or dont l’esthétique est incomparable et unique. Ce qui a été un évènement accidentel pour la céramique d’origine, en devient une valorisation, au point même que pour certaines d’entre elles, cela en a amélioré l’esthétique et augmenté la valeur marchande.
L’exercice.
Je m’allonge sur mon lit ou sur le sol et je respire calmement, les yeux ferm és tout en laissant mon corps se détendre. Lorsque je me sens calme et tranquille, j’imagine sur l’écran intérieur de mon esprit, une céramique qui représente mon être, mon âme. Je la vois avec une fêlure, plus ou moins grande, selon mon vécu. Je prends cette céramique délicatement (ne suis-je pas un être délicat, digne de précautions?) et la pose sur une sorte de support comme les sculpteurs en ont et dont le plateau supérieur est tournant (si c’est trop compliqué, posez la sur une console). Je place la fêlure face à moi et je la regarde en laissant venir en moi les sentiments que j’ai eus lors de l’évènement qui m’a blessé. Je me vois me retourner pour prendre un bol de terre glaise blanchâtre et un couteau à mastic. Je mélange la glaise avec un peu d’eau puis rebouche la zone de faille délicatement en appliquant par petites touches la glaise cicatrisante et en ressentant combien cela m’apaise progressivement. Les bords de la plaie (la cassure) ne sont plus remplis d’aspérités car elles ont été comblées par la glaise, cette matière pleine et grasse qui bouche tout et qui absorbe tout, comme la générosité du coeur accueille tout. Avec mon couteau, je lisse bien la surface, intérieure et extérieure de la réparation.
Je laisse ensuite ma céramique quelque temps, la cicatrisation en a besoin, en visualisant une pendule qui tourne sur quelques heures. Puis je reviens à elle. Je prends sur le coté, une sorte de petit cahier à la couverture douce et souple. Ses pages sont d’un papier spécial et cachent, entre chacune d’elles, une petite feuille d’or. Je prends une sorte de petit pinceau plat, aux poils fins. Je me place ensuite face à ma céramique (mon âme blessée), prends avec un appui léger du pinceau, une feuille d’or (de l’amour) qui flotte légèrement lorsque je la déplace dans l’air. Je l’applique délicatement sur la faille comblée par l’argile encore un peu humide. La feuille d’or adhère aussitôt au support. Je l’applique alors avec douceur et précision, par petits plats de pinceau, jusqu’à ce qu’il ne reste de l’or que très exactement sur la fêlure et la glaise encore fraiche qui l’a comblée. Je brosse ensuite cette zone délicatement et peut découvrir le résultat de cette brisure magnifiée. C’est beau, unique. Personne ne pourra avoir un jour une même céramique avec une telle décoration. La paix totale vient en moi. La fêlure n’est plus une mémoire de souffrance. C’est une trace de beauté d’un vécu que le pardon a magnifié. Et celui qui en est embelli, n’est personne d’autre que moi.
La méditation n’est pas tout à fait terminée. Après avoir regardé, apprécié le résultat, je finis mon travail en récupérant, avec le pinceau de mon coeur, les petits déchets de feuille d’or. Ce sont autant de parcelles de trésors et d’amour que je dois respecter et qui seront autant de cicatrisants futurs dont je pourrai avoir besoin un jour.
Faites cette méditation, chaque fois que possible et chaque fois que besoin est. Elle est une réponse face aux blessures de l’existence, à tous ces moments qui nous ont fait mal et dont il nous faut, si ce n’est nous débarrasser, au moins éviter qu’ils adhèrent en nous ou laisse une trace qui nous enlaidit, comme l’amertume ou la rancoeur.