09/06/2026
Suite à mes storys de la semaine dernière où je partageais la manifestation citoyenne pacifique en hommage à Lyhanna et pour dire notre indignation, quelqu’un m’a dit : « Tu as l’air si calme, posée, je ne pensais pas te voir dans cette manifestation. »
Alors j’aimerais répondre ici car cela me paraît important.
J’ai grandi dans une famille où l’engagement associatif était très fort et la mixité culturelle très forte. J’ai toujours connu mon père notamment, qui fédérait autour de lui, et ses copains aussi. Et les choses bougeaient, les impacts étaient réels et pratico-pratiques dans ma vie d’enfant et d’adolescente. La coopération, le partage, aller vers l’autre font partie de mon ADN.
Pour avoir choisi le métier que je fais depuis bientôt 9 ans, c’est bien parce que j’aime profondément l’Humain, en tout ce qu’il a de vivant en lui.
La douceur n’est pas la candeur. Ni être indifférente au monde. Je suis sensible et je me souhaite de ne jamais perdre cette sensibilité, elle est ma force et me prouve chaque jour que je suis vivante.
Je suis en colère et indignée et ça aussi fait partie de la palette des émotions. Elles ne sont pas négatives. La colère est un moteur ! C’est elle qui m’a fait quitter tous les endroits où je ne me sentais plus écoutée et/ou respectée et, heureusement, qu’elle a été là à des moments clés. C’est une force brute, vivante. Ça ne veut pas dire que je suis hystérique. Une colère peut être dirigée vers un autre but, servir à quelque chose de plus grand que soi.
L’indifférence, le découragement figent, empêchent d’avancer.
J’entends tous les jours des histoires qui peuvent me mettre très en colère : d’un système qui ne protège pas, qui ne veut pas voir et qui profite de son pouvoir pour écraser, rabaisser, intimider et faire taire.
Des violences se*****es, des incestes (pour beaucoup avec les agresseurs toujours en liberté), des harcèlements au travail, des burn-out, des épisodes dépressifs, des violences psychologiques et/ou physiques.
J’entends les maladies et ce système de soin à l’agonie.
J’entends les pertes, trop peu d’espace pour accueillir et traverser ensemble ce chagrin. J’entends toutes ces émotions fortes qui ne trouvent pas assez d’espace sûr pour être partagées et évacuées et qui finissent par créer des boules à la gorge, des boules au ventre.
Nombre de fois ces dernières années, je me suis dit que mon travail était vain, que je rafistolais ce qu’un système ne veut pas voir et dont il ne s’occupe pas, et ce n’est pas normal. Aller mieux pour retourner dans le même système finit par apporter les mêmes problématiques.
Et pourtant je sais que ce que j’offre au cabinet est un espace sûr, où chacun peut se sentir en sécurité et en pleine confiance, et ça m’est si précieux ! Mais seule, ce n’est pas suffisant. J’aimerais que d’autres espaces se construisent, je me bouge aussi pour en créer et j’aimerais bientôt vous en parler.
Et d’autres fois, comme hier soir, je vois les gens se rassembler, des regards se croiser, des sourires échangés, des larmes couler, des cris partagés, des histoires racontées. Et ça me fait du bien de voir que le vivre-ensemble n’est pas une utopie, il existe aussi.
Je ne le vois juste pas car ce que je vois, c’est les gens qui s’indignent sur les réseaux sociaux mais qui ne bougent pas dans le réel. Et pour ça, je dois dire que je ressens du dégoût. Ça a été aussi la raison pour laquelle j’ai coupé mes réseaux sociaux en 2022, l’indifférence et le chacun pour soi sont insupportables.
L’indifférence ambiante et le manque d’attention aux autres me questionnent beaucoup.
L'espoir demande d'agir. À force de se taire devant l'inacceptable on finit par lui faire de la place.
Émilie