08/09/2026
Ce texte est un peu long mais j'ai vraiment beaucoup réfléchi et analyse sur ce que je ressens actuellement.
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Quand la honte de l’auteur devient plus visible que les conséquences pour la victime.
Je regarde, avec une certaine sidération, ce qui se joue autour de l’affaire Greg Guillotin.
Un homme reconnaît des violences physiques et psychologiques. Il dit avoir honte. Il parle de son suivi thérapeutique. Il présente des excuses.
Et soudain… on entend beaucoup parler de son courage.
De sa capacité à reconnaître.
De son cheminement.
De sa thérapie.
De sa honte.
Mais j’aimerais poser une question qui dérange :
Et la victime, dans tout ça ?
Parce que les violences intrafamiliales ne sont pas simplement une succession de « mauvais comportements » dont on pourrait prendre conscience, s’excuser, faire quelques années de thérapie et tourner la page.
Les violences sont souvent systémiques.
Elles s’installent dans des mécanismes de domination, de contrôle, d’emprise, de dévalorisation, de peur et d’isolement.
Et pour celui ou celle qui les subit, le travail de reconstruction ne commence pas nécessairement lorsque l’auteur dit :
« J’ai compris. J’ai honte. Je me soigne. »
Il peut commencer bien avant.
Et surtout, il peut durer longtemps après.
Très longtemps.
Alors oui, qu’un auteur reconnaisse ses actes peut être une étape nécessaire.
Oui, un travail thérapeutique spécialisé peut être indispensable.
Oui, il est souhaitable qu’un auteur de violences entreprenne un véritable travail sur lui-même.
Mais la thérapie n’efface pas les violences.
La honte n’est pas une réparation.
Les excuses ne sont pas une reconstruction.
Et la reconnaissance des faits ne doit pas devenir une nouvelle manière de reprendre le centre du récit.
Parce qu’il y a quelque chose qui me met profondément mal à l’aise dans notre fascination collective pour les « hommes qui reconnaissent leurs violences » :
nous sommes parfois beaucoup plus prompts à applaudir leur prise de conscience qu’à entendre les conséquences de ce qu’ils ont fait.
On aime tellement les histoires de rédemption.
Elles nous rassurent.
Elles permettent de refermer rapidement le dossier :
« Il a reconnu. »
« Il se soigne. »
« Il a honte. »
« Il va changer. »
Et tout le monde peut alors respirer.
Sauf peut-être celle qui, elle, doit encore digérer ce qu’elle a vécu.
En tant que professionnelle de l’accompagnement, je sais qu’un travail thérapeutique sérieux ne consiste pas seulement à dire « je regrette ».
Il consiste à accepter de regarder longtemps ce que l’on a fait, les mécanismes qui ont permis que cela arrive, les stratégies de domination, les justifications, les répétitions… et surtout à accepter que la réparation ne nous appartient pas entièrement.
Parce que la personne victime n’a pas à guérir au rythme de notre prise de conscience.
Et peut-être faudrait-il apprendre, collectivement, à faire une chose beaucoup plus difficile que d’applaudir la rédemption :
laisser la responsabilité rester là où elle doit être.
Sans déplacer une nouvelle fois le centre de gravité.
Des violences vers la honte.
De la victime vers l’auteur.
De ce qu’elle a subi vers ce qu’il ressent.
La honte peut être le début d’un travail.
Elle ne doit jamais devenir la fin de notre réflexion.