06/08/2026
UNE PERSONNE QUE VOUS AIMEZ A ÉTÉ AGRESSÉE : COMMENT L’ACCOMPAGNER SANS L’ENVAHIR ?
Lorsqu’une femme, un homme, une adolescente ou un adolescent révèle avoir été agressé, les proches peuvent se sentir totalement démunis.
Un conjoint peut ressentir une colère immense.
Un parent peut être envahi par la culpabilité.
Un proche peut vouloir obtenir immédiatement tous les détails, confronter l’agresseur ou pousser la victime à porter plainte.
Ces réactions sont humaines. Pourtant, dans les premiers instants, la priorité n’est pas de comprendre toute l’histoire ni de décider immédiatement de la marche à suivre.
La priorité est d’accueillir la parole.
« JE TE CROIS »
Ces trois mots sont fondamentaux.
Une personne agressée peut avoir gardé le silence pendant quelques heures, plusieurs mois ou même de nombreuses années. Elle peut avoir peur de ne pas être crue, se sentir coupable, minimiser ce qu’elle a vécu ou douter elle-même de la légitimité de sa souffrance.
Elle peut également raconter les faits de manière fragmentée, confuse ou apparemment contradictoire.
Cela ne signifie pas nécessairement qu’elle ment.
Face à un événement traumatique, la mémoire ne fonctionne pas toujours comme un récit parfaitement organisé. Certaines sensations peuvent rester très présentes, tandis que d’autres éléments demeurent flous ou semblent avoir disparu.
Il est donc essentiel de ne pas transformer la confidence en interrogatoire.
Évitez les phrases telles que :
« Pourquoi n’as-tu pas crié ? »
« Pourquoi ne t’es-tu pas défendue ? »
« Pourquoi étais-tu à cet endroit ? »
« Pourquoi ne me l’as-tu pas dit avant ? »
« Es-tu vraiment certaine de ce qui s’est passé ? »
Le silence, la sidération, l’impossibilité de réagir, le fait de céder ou de continuer à fréquenter l’agresseur ne signifient jamais que la personne était consentante.
L’agression reste toujours de la responsabilité de l’agresseur.
REDONNER DU CONTRÔLE À LA PERSONNE
Une agression constitue une effraction profonde : les limites, le corps, la sécurité et parfois l’intimité de la personne ont été bafoués.
Vouloir tout décider à sa place, même avec de bonnes intentions, peut involontairement lui faire vivre une nouvelle perte de contrôle.
Lorsqu’il s’agit d’une personne adulte, il est préférable de demander :
« De quoi as-tu besoin maintenant ? »
« Souhaites-tu que je reste avec toi ? »
« Veux-tu que je t’accompagne chez un médecin, dans une association ou auprès des forces de l’ordre ? »
« Souhaites-tu en parler ou préfères-tu que nous restions simplement ensemble ? »
Accompagner ne signifie pas abandonner la personne à elle-même.
Cela signifie lui présenter les possibilités, l’aider à se protéger et avancer à ses côtés, sans s’approprier son histoire.
Lorsqu’un enfant ou un adolescent est concerné, sa protection doit en revanche passer avant tout. Il est important de ne pas confronter soi-même l’agresseur et de solliciter rapidement les professionnels et services compétents.
LE REGARD PSYCHANALYTIQUE : RETROUVER UNE PAROLE QUI APPARTIENT À SOI
Après une agression, la victime peut avoir l’impression que son histoire ne lui appartient plus.
Elle peut se sentir réduite à ce qui lui est arrivé, enfermée dans la honte, la peur ou le silence.
Le travail thérapeutique ne consiste pas à lui faire répéter les faits jusqu’à obtenir un récit parfaitement détaillé. Il s’agit de lui offrir un espace dans lequel elle pourra progressivement mettre des mots sur ce qu’elle a vécu, sur ce qu’elle ressent aujourd’hui et sur les conséquences que l’événement a laissées dans sa vie.
Parler peut permettre de remettre de la continuité là où l’agression a créé une rupture.
Mais cette parole doit rester libre.
Il ne faut ni l’arracher, ni la précipiter, ni l’imposer.
Certaines personnes auront besoin de beaucoup parler. D’autres commenceront par évoquer leur sommeil, leurs peurs, leurs relations ou leurs sensations corporelles avant de pouvoir nommer directement l’agression.
Chaque chemin est différent.
L’HYPNOTHÉRAPIE : RETROUVER UN SENTIMENT DE SÉCURITÉ
L’hypnothérapie peut être envisagée dans un accompagnement thérapeutique adapté, lorsque la personne le souhaite et se sent suffisamment en sécurité.
Elle ne doit pas servir à forcer la récupération de souvenirs, à rechercher des détails prétendument oubliés ou à imposer une confrontation avec l’événement.
Le travail peut plutôt porter progressivement sur :
– le sentiment de sécurité intérieure ;
– l’apaisement de certaines réactions anxieuses ;
– la reconnexion au corps sans contrainte ;
– la restauration des limites personnelles ;
– la diminution de certains déclencheurs ;
– la capacité à retrouver des ressources et du contrôle.
La personne doit pouvoir interrompre la séance, ouvrir les yeux, changer de sujet ou refuser un exercice à tout moment.
Dans tout accompagnement du traumatisme, le consentement reste central.
LE REGARD DE LA SEXOLOGIE : LE CORPS ET L’INTIMITÉ PEUVENT ÊTRE BOULEVERSÉS
Après une agression sexuelle, mais également après certaines violences physiques ou conjugales, la relation au corps et à l’intimité peut être profondément modifiée.
La personne peut ressentir :
– une peur d’être touchée
– une baisse ou une disparition du désir
– un dégoût de son corps
– une difficulté à se déshabiller
– des douleurs pendant les rapports
– une hypervigilance
– un besoin de contrôler chaque geste
– une impossibilité temporaire de supporter certaines caresses
– ou, au contraire, des comportements sexuels inhabituels qui peuvent constituer une manière de tenter de reprendre le contrôle.
Il n’existe pas une seule réaction « normale ».
Le conjoint ou la conjointe ne doit pas prendre personnellement un refus de contact, une absence de désir ou un changement dans la sexualité.
Il est essentiel de demander l’accord avant tout contact, même dans une relation ancienne :
« Est-ce que je peux te prendre dans mes bras ? »
« Souhaites-tu que je te touche ? »
« Dis-moi si tu veux que j’arrête. »
La tendresse ne doit jamais devenir une obligation thérapeutique. La sexualité ne doit pas être utilisée pour vérifier si la personne « va mieux ».
La reconstruction de l’intimité se fait progressivement, dans le respect du corps, des limites et du rythme de chacun.
LE PROCHE A AUSSI BESOIN D’ÊTRE SOUTENU
Apprendre qu’une personne que l’on aime a été agressée peut provoquer un véritable bouleversement.
Le proche peut ressentir de la colère, de l’impuissance, de la tristesse, des images envahissantes ou une culpabilité intense :
« J’aurais dû le voir. »
« J’aurais dû la protéger. »
« J’aurais dû comprendre plus tôt. »
Il a lui aussi le droit d’être accompagné.
Mais il est important qu’il cherche ce soutien auprès d’un professionnel ou d’une personne de confiance, afin que la victime n’ait pas à consoler son entourage ou à gérer sa colère.
Sa douleur mérite d’être entendue, sans prendre toute la place.
ACCOMPAGNER, C’EST AUSSI RESTER PRÉSENT DANS LE TEMPS
Les conséquences d’une agression ne s’arrêtent pas au moment où les faits prennent fin.
Des difficultés peuvent apparaître ou persister :
– cauchemars
– anxiété
– flashbacks
– irritabilité
– honte ou culpabilité
– isolement
– troubles du sommeil
– peur de certains lieux ou de certaines personnes
– difficulté à faire confiance
– modification du rapport au corps et à la sexualité.
Évitez de demander :
« Quand vas-tu enfin passer à autre chose ? »
« Pourquoi cela te fait-il encore souffrir ? »
La reconstruction n’est pas linéaire. Une personne peut aller mieux pendant plusieurs semaines, puis être bouleversée par une date, une odeur, un lieu, une information ou un contact inattendu.
Rester présent ne signifie pas surveiller constamment.
Cela peut simplement consister à dire :
« Je suis toujours là. »
« Tu n’es pas obligée ou obligé de m’en parler, mais tu peux le faire quand tu le souhaites. »
Vous ne pourrez peut-être pas effacer ce qui s’est passé.
Mais vous pouvez empêcher qu’une personne reste seule avec ce qu’elle a vécu.
Croyez-la.
Déculpabilisez-la.
Protégez-la.
Respectez son rythme.
Aidez-la à retrouver du pouvoir sur son corps et sur sa vie.
NUMÉROS UTILES EN FRANCE
• Danger immédiat : 17 ou 112
• Urgence médicale : 15
• Urgence par SMS, notamment lorsqu’il est impossible de parler : 114
• Violences Femmes Info : 3919
• Aide aux victimes et à leurs proches : 116 006
• Enfance en danger : 119
⚠️ Cet article fournit des repères généraux. Il ne remplace pas une prise en charge médicale, psychologique, associative ou judiciaire adaptée à chaque situation.
Natacha Guiraud
Psychanalyste, hypnothérapeute, Sexologue
📍Saint-Ciers-d’Abzac
📅 en cabinet ou en visioconférence
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