03/07/2026
Billet d’humeur….
L’inceste n’est pas une énigme morale à résoudre par des clichés : ce n’est ni une “maladie”, ni une fatalité héréditaire, ni une histoire qu’on peut balayer d’un revers de main. Dire cela, c’est déjà rendre justice à celles et ceux qui ont vécu l’inimaginable. Voici un texte honnête, sans sensationnalisme, pour tordre le cou aux idées reçues et replacer le sujet là où il doit être : au cœur du pouvoir, du consentement et de la réparation.
L’inceste, d’abord, se comprend par le pouvoir. Ce mot, parfois froid, éclaire pourtant l’essentiel : l’inceste naît d’un rapport où l’un impose, contrôle, exploite la confiance liée aux liens familiaux. Ce n’est pas un malheur abstrait qui “arrive” comme une maladie ; c’est un acte qui se nourrit d’une inégalité — d’âge, d’autorité, d’information, de dépendance matérielle ou affective. Le fait que l’agresseur soit de la famille rend la blessure plus profonde : la maison, l’image de la protection, devient le lieu où a été trahi le contrat le plus fondamental.
Il est faux et dangereux de penser que les victimes sont “faibles”. La vulnérabilité imposée n’est pas un choix. Dire “je suis plus faible” revient à reprendre à la personne une responsabilité morale qui n’est pas la sienne. La vérité est que la plupart des actes incestueux s’inscrivent dans des mécanismes de manipulation, de chantage émotionnel, de menace, ou d’isolement. Les réactions immédiates — paralysie, acceptation forcée, silence motivé par la honte ou la peur — sont des réponses humaines à une situation où se défendre peut sembler impossible.
Autre idée fausse : l’inceste toucherait des “familles malheureuses” ou “anormales”. L’inceste traverse toutes les couches sociales, cultures et milieux. Il n’a pas de visage unique. Le déni social et l’omerta renforcent le risque : plus un fait est tu, plus il peut durer, se répéter, se transmettre dans le silence. Combattre l’inceste, c’est briser ce silence en protégeant et en croyant celles et ceux qui parlent.
La séduction du mythe selon lequel “le temps guérit tout” est un piège. Si le temps peut apaiser certaines douleurs, il n’efface pas le traumatisme non traité. La parole et l’accompagnement sont essentiels : un soutien psychologique adapté, des professionnels formés, des réseaux de protection et des réponses judiciaires claires. La justice ne remplace pas la guérison, mais elle reconnaît le tort et protège d’autres possibles victimes.
Il faut aussi rappeler une évidence trop souvent oubliée : le consentement est central. Lorsqu’il y a intrusion dans un cadre de dépendance — qu’on soit enfant, adolescent, ou adulte dans une relation de pouvoir — le consentement est vicié. Les lois existent pour cela : protéger les personnes incapables d’un libre consentement et sanctionner les abus de pouvoir.
Enfin, espérer la réparation, c’est possible. La route est longue et exige courage et patience. Les survivant·es ne sont pas des êtres brisés à jamais : ils et elles portent des cicatrices, apprennent à se reconstruire, à redéfinir leur intimité et leurs limites. La société doit offrir des espaces sûrs pour raconter sans être jugé·es, un accompagnement psychologique accessible, une écoute qui croit et protège, et des institutions qui agissent.
Pour conclure, changeons le regard : voyons l’inceste pour ce qu’il est — un abus de pouvoir qui détruit la confiance — et non comme une tare individuelle ou familiale immuable. Croyons les survivant·es, offrons-leur des réponses concrètes, et refusons la logique du silence qui protège l’agresseur. Parler, accompagner, légiférer et éduquer : voilà les leviers qui permettront de diminuer ces violences et d’aider celles et ceux qui en portent les séquelles à retrouver dignité et avenir.
Sylvie Tissier
Maître praticien en hypnose
TCC, coach en cohérence cardiaque
https://www.smartagenda.fr/pro/sylvietissier-hypnose/rendez-vous/