06/05/2026
Ton ostéo est insistant et à une pratique étrange voir vraiment border ? C'est interdit et puni par la loi. Des décrets réglementent notre professions mais certains par l'intermédiaire de porter une blouse blanche font des actes inexcusables. Il faut les dénoncer !
Quand la blouse blanche devient un bouclier : un ostéopathe des Hauts-de-Seine jugé pour agressions sexuelles sur ses patientes, dont une mineure de 14 ans
Il se présentait sur son site professionnel comme un spécialiste des adolescents, capable d'aider les jeunes à traverser leur croissance avec sérénité. Ce lundi 4 mai 2026, Arthur C., ostéopathe de 35 ans exerçant à la fois à Courbevoie et à Boulogne-Billancourt, comparaissait devant le tribunal correctionnel de Nanterre pour agressions sexuelles aggravées sur deux de ses patientes, dont une adolescente de 14 ans au moment des faits.
Ce n'est pas une affaire anodine. C'est le symbole d'une réalité que trop de femmes connaissent : la violence qui se glisse là où l'on devrait être le plus en sécurité, dans le cabinet d'un soignant, en position de vulnérabilité, dévêtue, confiante.
Une adolescente seule, une lumière éteinte, et une voix
C'est pour des douleurs de dos liées à une croissance rapide que Manon, 14 ans, consulte ce praticien fin 2024. La première fois, elle est venue accompagnée de sa mère. Le cabinet étant proche de son collège, elle s'y rend ensuite seule. Lors d'une séance, alors qu'il a les mains sur sa poitrine et ses fesses, le praticien lui demande si elle a déjà eu des problèmes. Gênée, l'adolescente lui confie avoir été victime d'agressions sexuelles. Au rendez-vous suivant, il lui présente la séance comme particulière, la qualifiant de nettoyage en profondeur : lumière éteinte, yeux fermés, elle est priée de se concentrer uniquement sur sa voix. Elle rentre chez elle et confie à ses parents avoir été caressée sous les sous-vêtements. Le soir même, accompagnée de ses parents, elle va porter plainte.
L'ostéopathe n'est pas inquiété. Ce n'est que neuf mois plus t**d, quand une autre patiente, âgée de 35 ans, dénonce des faits similaires, qu'une enquête est enfin déclenchée.
Une première plainte classée sans suite dès 2021
Ce qui rend cette affaire particulièrement révoltante, c'est que les faits jugés ce lundi ne constituent pas les premiers signaux d'alarme. Une première plainte avait été déposée contre cet homme dès 2021. Elle avait été classée sans suite. Des années durant lesquelles il a continué d'exercer, de recevoir des patientes, de se présenter comme spécialiste des adolescents.
Au cours de l'enquête ouverte en 2025, une quatrième patiente a livré un témoignage concordant avec ceux des deux victimes officielles, bien qu'elle ait choisi de ne pas porter plainte. Quatre femmes. Quatre témoignages qui se recoupent. Un praticien qui continuait de travailler.
La stratégie du déni et du retournement
Face aux enquêteurs, Arthur C. a nié l'ensemble des accusations. Il a expliqué aux policiers que ses patientes avaient sans doute mal interprété ses gestes, ou avaient fait un transfert en libérant leur mémoire d'une agression sexuelle vécue auparavant. Il a également ajouté qu'il ne travaillait pas que sur le corps physique mais aussi sur les plans énergétique et émotionnel. Et il a fini par concéder que certains de ses protocoles ne lui avaient pas été enseignés en école d'ostéopathie.
C'est le mécanisme classique de la mise en cause des victimes : si elles souffrent, c'est qu'elles ont mal compris. Si elles témoignent, c'est qu'elles projettent. Si elles portent plainte, c'est qu'elles confondent. Ce type d'argumentation n'est pas seulement odieux : il constitue une violence supplémentaire infligée à celles qui ont eu le courage de parler.
La qualification retenue par la justice est sans ambiguïté : agressions sexuelles aggravées, car commises par une personne abusant de l'autorité que lui confère sa fonction.
La parole de Me Rongier : nommer ce qui n'est pas de la thérapie
L'avocate des deux victimes, Me Pauline Rongier, a rappelé qu'une patiente qui se retrouve en sous-vêtements dans le cabinet d'un professionnel de santé lui a accordé sa confiance, et qu'elle se trouve forcément dans une situation de vulnérabilité face à lui. Abuser de cette vulnérabilité est grave. Me Rongier a également annoncé sa volonté de faire citer à l'audience un expert ostéopathe, afin de distinguer clairement ce qui relève d'actes professionnels et ce qui n'en relève clairement pas du tout dans cette affaire.
Le Collectif féministe contre le viol s'est constitué partie civile dans ce dossier, représenté par la même avocate. Sa présence à l'audience dit l'enjeu systémique de ce procès, bien au-delà du seul cas individuel.
Une interdiction d'exercer... levée trop vite
Après les premières révélations, Arthur C. a bien fait l'objet d'une courte interdiction d'exercer. Il a ensuite pu reprendre son activité, à la seule condition qu'une tierce personne soit présente dans son cabinet lorsqu'il reçoit des patientes.
Une condition dérisoire au regard des faits reprochés. Une adolescente de 14 ans avait porté plainte. Une enquête avait abouti à des poursuites. Et pourtant, il continuait de travailler.
Ce système protège les agresseurs, pas les victimes
Cette affaire ne tombe pas du ciel. Elle s'inscrit dans un contexte documenté et alarmant. Selon l'Observatoire national des violences faites aux femmes, dont les données ont été publiées en novembre 2025, 277 000 femmes majeures déclaraient avoir été victimes de viols, tentatives de viols ou agressions sexuelles en France en 2023, soit une femme toutes les deux minutes. Parmi elles, seulement 7 % déclaraient avoir porté plainte.
Ces chiffres disent tout. La grande majorité des femmes qui subissent des violences sexuelles se taisent, précisément parce qu'elles savent ce qui attend celles qui parlent : le doute, la minimisation, le classement sans suite.
Manon avait 14 ans. Elle a eu le courage de porter plainte le soir même. Et rien ne s'est passé pendant neuf mois supplémentaires.
Le procès qui s'est ouvert ce lundi à Nanterre n'est pas qu'un procès de plus. C'est l'occasion pour la justice de dire clairement que la blouse blanche n'est pas une protection contre la loi, que la confiance accordée à un soignant ne peut jamais devenir une arme contre les patient.e.s, et que les victimes qui parlent méritent d'être entendues dès la première fois.
Sources : France Info, France 3 Île-de-France, 20 Minutes
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