18/04/2026
https://youtu.be/D4ixTkpvgSc?is=_zHQiB3kzAadEYw3
Chez les personnes victimes de stress post-traumatique, les mémoires traumatiques n'ont pas pu s'intégrer, s'assimiler, s'élaborer dans une mémoire narrative autobiographique car se confronter à elles est trop douloureux et terrifiant. Se rendre compte de ce qui m'est arrivé ce serait réaliser qu'il m'est personnellement arrivé des choses horribles, violentes ou cruelles. Et toute la lutte intérieure consiste à ne pas réaliser cela, en évitant de se confronter à son expérience intérieure car ce serait trop dangereux, confrontant et cela risquerait de mettre en péril, voire d'effondrer mon fragile équilibre intérieur. Alors, je fais tout mon possible pour éviter cette confrontation si angoissante à ma mémoire traumatique et pourtant, malgré tous mes efforts, ces mémoires ressurgissent dans le présent des personnes sous formes de déclencheurs divers (une couleur, un bruit, une odeur, un son, un lieu, un type de personne, une idée...) qui provoquent des flashbacks et des réactivations traumatiques absolument terribles à vivre. Afin d'éviter ces réactivations les personnes sont prêtes à tout, et souvent sans avoir conscience de la cause qui les fait agir. Elles adoptent des conduites addictives (pour d'anesthésier, s'engourdir, ne plus penser), souffrent de déréalisation, de dépersonnalisation, d'amnésie, adoptent des conduites dissociatives pour se couper des réactivations (mise en danger: se balancer au bord d'un ravin, conduire à toute vitesse, sexualité à risques...), se figent, ne ressentent plus rien émotionnellement et physiquement ou encore font des crises de rages...À écouter cette conférence, je trouve fascinant et vertigineux les similitudes des mécanismes à l'échelle de nos collectifs nationaux. Les mémoires traumatiques collectives non digérées, non assimilées, non-intégrées ressurgissent de la même manière que les parties émotionnelles traumatisées dans nos réactions individuelles et dans celles de nos politiques. Et cela crée des conflits ouverts, des confrontations violentes entre divers courants de la même manière qu'une personne traumatisée se retrouve en lutte contre elle-même et certaines de ses parts intérieures qu'il s'agit de pouvoir apprivoiser, comprendre et pacifier en les mettant en dialogue pour recréer de l'unité là où les personnes (les groupes, les sociétés, les pays...) sont dissociées.
Conférence de Pascal Blanchard : "Lien entre le traumatisme colonial, son omniprésence dans le présent et l'impossible mémoire collective" à l'occasion du co...