Un Comm' un Accord

Un Comm' un Accord Psychopraticienne en thérapies brèves, coach en développement personnel et professionnel.

Psychopraticienne en thérapies brèves ,coach en développement personnel. pour traiter: dépression,angoisses,TCA,deuil,sommeil, changement de vie, confiance en soi,crise du couple, hypersensibilité...
Outils: DECEMO traitement des traumatismes par mouvements oculaires (issue de l'EMDR), analyse transactionnelle, thérapie des schémas, thérapie d'acceptation et d'engagement, hypno-analyse, coaching,

Hypnose Ericksonienne et conversationnelle, PNL,CNV;
Séances individuelles et couples, adultes et enfants en cabinet privé ou à distance en visio .

05/09/2026

Plaidoyer pour les papillons dans le ventre ! Recette maison d'une repentie pour systèmes d'attachement anxieux.
Conversation avec moi-même.

​— Moi : Si tu te dis ça alors que tu es enfin sortie de l'attachement anxieux et « Trop fière d'être sécure », est ce que tu ne serais pas plutôt en train de régresser sévère, là ?
​— Moi-même : Non ! Je voudrais juste qu'on me foute la paix avec mes papillons dans le ventre ! Je veux bien être sécure, mais laissez-moi ça ! Comme le formulait si bien Spinoza, la joie n'est pas une simple régression, c'est le passage d'une moindre à une plus grande perfection, l'augmentation même de notre puissance d'agir. Veut-on vraiment stériliser toute vitalité sous prétexte qu'elle décoiffe ?

​— Moi : D'accord pour la joie mais les « papillons dans le ventre » c'est justement le contraire de la joie... Tu lis partout qu'ils sont une activation du système nerveux sympathique, identique à celle produite par le stress et la peur. C'est un symptôme typique d'un attachement anxieux... Tu vois bien que tu te refugies derrière de grands concepts pour nier ta propre réactivation.
​— Moi-même : Sauf que c'est exactement ce genre d'amalgame qui m'agace profondément dans le prêt-à-penser psychologique ambiant. On nous rabâche à longueur de temps que ces fameux « papillons dans le ventre » ne seraient jamais qu'un signal d'alarme de l'anxiété, la preuve irréfutable qu'on replonge dans l'insécurité affective. Résultat : la doxa du développement personnel voudrait nous faire avaler que le « vrai » amour adulte devrait ressembler à une tisane tiède et plate, un long fleuve de raison sans vagues et sans secousses, sous prétexte qu'une émotion trop vive serait forcément suspecte. Du coup, maintenant, dès qu'on a des papillons dans le ventre, on se met à psychoter ! Attention ! Montagnes russes, chaud et froid,passion amoureuse en vue ! Danger ! C'est sûrement une relation toxique... bouhhhhh ! Et hop ! On jette le bébé qui papillone avec l'eau du bain de l'anxiété.
​— Moi : Pourtant les spécialistes de la question affirment que ce que la personne ressent avec les papillons dans le ventre, c’est la signature physiologique de l’anxiété d’attachement : une hyperactivation du système de surveillance interne, conçu pour détecter et prévenir l’abandon. L’intensité n’est pas proportionnelle à la qualité du lien, elle est proportionnelle au degré d’insécurité. John Bowlby l'a assez répété : le système d'attachement s'affole face à la menace de séparation.
​— Moi-même : Oui mais c'est un raccourci qui frôle la caricature réductionniste ! Réduire un frémissement intérieur à un symptôme de névrose, c'est d'une tristesse infinie. Parce que non, je persiste, les papillons ne sont pas du stress ! Ils n'ont rien à voir avec des menaces relationnelles. Ils sont l'expression de la joie vibrante. Qu'elle vienne d'un accomplissement créatif ,d'une fierté légitime ou d'un amour partagé, c'est un mouvement d'abondance. Regarde ce qui se passe quand tu termines enfin une œuvre qui t'a demandé des mois de sueur, ou quand tu reçois le résultat d'un concours pour lequel tu as trimé. Ce frisson d'électricité pure qui part du plexus, cette espèce de jubilation qui te chatouille le ventre quand tu es profondément fière de toi... Est-ce que ça, c'est du stress anxiogène ? Est-ce que c'est une pathologie de l'ego ? Bien sûr que non ! C'est exactement la même sensation d'euphorie lumineuse que lorsque tu croises le regard plein d'étoiles de ton amoureux au milieu d'un moment de grâce, ou quand un élan de bonté sincère vient te rappeler exactement la personne que tu as envie d'être. Ce n'est pas le manque qui frémit, c'est la plénitude qui déborde. Quand tu réussis quelque chose de grand ou que tu te sens profondément aligné avec tes valeurs, ce frémissement n'est pas une alerte rouge, c'est un feu d'artifice. C'est l'excitation saine d'un gamin le matin de Noël, le goût jubilatoire d'être vivant.
​— Moi : Donc pour toi, les papillons dans le ventre, c'est bon signe ! Alors comment tu expliques que ça produise exactement la même sensation physique quand on est stressé ?
​— Moi-même : C'est là toute la subtilité qu'on oublie trop souvent, et que William James soulignait déjà dans sa théorie des émotions : le corps ne sait pas tricher avec l'intensité, mais le cerveau, lui, interprète. Il confond la peur et la joie parce qu'elles partagent le même carburant physiologique, le même afflux d'adrénaline.
Je sais parfaitement faire la différence entre l'estomac noué d'une peur viscérale, la gorge qui se serre, les sueurs froides quand le corps s'affole parce qu'il redoute le rejet, l'abandon, la perte , l'anxiété qui cherche à combler un vide en s'agrippant à l'autre comme à une bouée, avec le ventre qui se tord parce qu'il crie au secours et....
les papillons qui petilles ,cette décharge d'allégresse pure, les fameux papillons, qui vous traversent quand la vie vous sourit. Le premier est toxique, pas le deuxième ! Les papillons de la joie, qu'ils soient amoureux ou créatifs, ne sont pas des anomalies à soigner, ce sont les battements de cœur d'une âme qui refuse de s'endormir.
​— Moi : Ok, je comprends pour la confusion physiologique, mais défendre l'amour passion? Tout de même !Tu es d'accord pour admettre que la passion n'est pas un amour sain ? La littérature romantique nous a assez vendu le drame comme idéal amoureux pour qu'on se méfie des embrasements destructeurs.
​— Moi-même : Prétendre que l'amour sain est nécessairement plan-plan et sans le moindre battement d'ailes, c'est confondre la paix de l'esprit avec la thanatose. Comme le formulait si bien le philosophe Edgar Morin, la vie humaine a besoin de poésie et d'excès, pas seulement de prose gestionnaire.
​— Moi : C'est quand même toi qui admets que les personnes à attachement anxieux présentent un système d'attachement particulièrement réactif, qu'il se déclenche facilement et intensément dans l'incertitude, et que c'est précisément cette intensité qu'on confond avec la grande passion amoureuse !
​— Moi-même : Et c'est pour cela que je dis qu'il faut éduquer notre conscience, pas castrer nos élans. Le véritable ancrage sécure ne stérilise pas la magie : il lui offre simplement un sol assez solide pour danser dessus sans avoir peur de s'effondrer. Éduquons notre cerveau à reconnaître nos émotions et à trier le grain de l'ivraie, mais de grâce, n'éradiquons pas la joie sous prétexte qu'elle remue les tripes.
​— Moi : C'est l'ennui qui te fait peur?L’amour sécurisant est par nature plus calme, plus stable et moins « excitant » au sens physiologique. Ce n’est pas de l’ennui, c’est de la sécurité.
​— Moi-même : Pas vraiment fan de l'ennui en effet... Mais l'intensité, ça n'est pas le chaos. Ça peut être intense tout en étant sécure. Il y a autant de relations incandescentes qui s'épanouissent que de relations plan-plan qui finissent par pourrir de l'intérieur dans un ennui mortel. L'intensité brute d'une sensation ne signe ni la toxicité ni la santé d'un lien ; c'est la structure psychique qui l'accueille qui fait toute la différence.
Vouloir éliminer les papillons sous prétexte qu'ils partagent la même artère que l'angoisse, c'est décréter qu'on arrête de courir, de danser ou de s'émerveiller sous prétexte que le cœur s'accélère aussi lors d'un infarctus. La maturité affective ne consiste pas à vivre dans un monastère émotionnel où l'on prend son pouls toutes les cinq minutes pour vérifier qu'on reste bien sagement sous la barre des quatre-vingts battements par minute. C'est accepter que le corps vibre fort, tant qu'on sait enfin qui mène la danse .

Moi: ok mais je ne vois pas en quoi tout cela va secourir les attachements anxieux? Tu ne veux pas les aider à devenir sécure pour qu'ils arrêtent de souffrir? Parce que là tu les confortes dans l'apologie béate de l'attachement anxieux sous prétexte qu'il a le mérite de vibrer !
Remettons l'église au milieu du village : cette façon de s'accrocher à l'autre comme à une bouée de sauvetage sous haute tension, ce n'est pas juste un "joli brin de sensibilité", c'est une galère quotidienne. Vivre en permanence avec le radar branché sur le moindre micro-silence, interpréter un simple re**rd de texto comme l'annonce de l'apocalypse et passer ses journées à mendier des preuves d'amour en s'épuisant à la tâche, c'est un véritable enfer relationnel.
Tu le sais bien toi l'ex anxieuse que ce système-là est profondément problématique parce qu'il transforme chaque relation en zone de combat et qu'il nous épuise à petit feu.
​— Moi-même : Et tu as cent fois raison de le rappeler pour ne pas tomber dans l'angélisme. L'attachement anxieux reste une stratégie de survie dysfonctionnelle qui coûte un pognon de dingue en énergie psychique. Il maintient prisonnier dans un cycle infernal où l'on confond l'amour avec la dépendance, et où l'on fait porter à l'autre la responsabilité impossible de colmater nos propres failles narcissiques. C'est pour cela qu'on veut en sortir : non pas parce que ressentir des émotions est un crime, mais parce que cette anxiété-là, elle, vous pourrit la vie et saborde systématiquement ce qu'on essaie de construire.

Moi: Je ne comprends pas... Tu dis qu'il faut sortir les anxieux de leur souffrance mais en quoi les papillons et la passion que tu défends va les aider?

Moi-même : Très bonne question !
Parce que c'est le meilleur levier pour activer le changement !
Regarde:Si on leur vend l'attachement sécure comme un enterrement de première classe et une vie de couple plan-plan, ils vont fuir en courant. Mais si on leur prouve qu'on peut migrer vers un attachement sécure sans avoir l'impression de tout perdre, ni de renier tout ce pourquoi ils s'accrochent à leurs tripes, on change complètement la donne. Bref, ils n'avaient pas tort sur tout.
C’est tout l’art d’une transition réussie : on ne demande pas à l’anxieux de se lobotomiser ou de signer un pacte de neutralité affective. On lui offre simplement une réhabilitation. En décodant la différence entre la panique du manque et l’élan de la plénitude, on lui permet de quitter son système de survie sans avoir le sentiment de trahir sa propre sensibilité.
​— Moi : J'avoue, c'est quand même beaucoup plus encourageant que de lui balancer un traité de psychologie austère qui lui interdit d'aimer fort.
​— Moi-même : C’est surtout la seule manière de rendre la guérison désirable. La sécurité n’est pas une camisole chimique ou un renoncement à la poésie du lien ; c’est le seul sol assez stable pour que la joie puisse enfin danser sans finir par tout incendier. On ne jette pas les papillons aux orties : on leur apprend juste à voler au grand air, loin des courants d'air de l'angoisse.

Frederique Fisch

01/09/2026

A l'assaut du bunker de l'évitant : anatomie d'un grand huit émotionnel
Conversation avec moi-même

​— Moi-même : Notre société moderne est devenue le paradis de la double peine affective. les évitants chroniques qui pullulent planqués derrière leur agenda blindé et leur « travail sur soi » brandi comme un certificat de non-contagion ; de l'autre, les secures( où ceux qui ont bossé sur leurs insécurités pour devenir à peu près secure) et qui tendent l'élastique jusqu'à la rupture...
​— Moi : Le vrai défi, plutôt que de s'envoyer des parpaings à la figure, ce serait peut-être de comprendre comment aider les évitants pour retrouver des relations un tant soit peu civilisées.... Et puis, regarde toi ! Tu dis ça avec la distance du grand sage sécure, mais tu oublies un détail : moi, sur le terrain, je ne suis pas une spectatrice neutre. J'oscille en permanence entre un mode secure et le vieux fond anxieux qui s'affole au moindre silence radio.

_ Moi-même : je suis entièrement d'accord avec toi, il faut les aider. On a tous à y gagner. Et ne t'inquiète pas, j'ai prévu un petit chapitre rien que pour les anxieux ! on s'occupera de mon cas plus t**d ... Pourquoi il faut toujours que je me cogne à mes propres contradictions ?

_Moi: Et ben il va t'en falloir de l'objectivité et du recul pour traiter cette question sans être influencée par tes propres insécurités. Alors dis-moi , comment on traite le problème de l'évitant pour qu'il devienne enfin sécure ?
​— Moi-même : La première question est pourquoi l'evitant saborde ce qu'il désire le plus au monde par pure frousse de l'intimité. Préférer le calme plat d'une vie sous cloche pour ne pas s'épuiser dans le drame relationnel, ce n'est pas de la « saine préservation », c'est juste une belle flemme psychologique.
​— Moi : Oui, enfin, tu y vas un peu fort ! Quand on s'est pris assez de gadins dans la vie, ce que tu appelles de l'évitement , c'est un système de survie archaïque. L'amygdale cérébrale reste bloquée au paléolithique : dès que la vulnérabilité menace d'être réelle, l'ego sort l'artillerie lourde pour maintenir l'homéostasie. On a le droit d'avoir un système nerveux cabossé sans se faire insulter par sa propre conscience, non ?
​— Moi-même : C'est un fait clinique indiscutable : ce n'est pas de la lâcheté, c'est un vieux logiciel de survie qui est resté bloqué en boucle sur la version de 1995. Sauf que le drame, c'est qu'on traite une banale histoire d'amour comme une attaque de sabre-à-dents. Et s'en remettre à des théories d'attachement pour légitimer son quant-à-soi ou son besoin de fusion, c'est oublier qu'un style insécure est un point de départ, pas une assignation à résidence à vie. Vouloir fuir l'autre pour ne plus risquer d'avoir mal, c'est appliquer la solution du pyromane : brûler la maison pour ne plus payer le chauffage.
​— Moi : Bon, d'accord, le constat pique un peu les yeux. Mais tu proposes quoi concrètement ? On ne change pas des décennies de blindage et d'angoisse par la simple force de la volonté, le cerveau reptilien se moque bien de nos belles résolutions de rentrée.
​— Moi-même : Heureusement, oui, parce que la volonté seule face à une phobie de l'intime, c'est comme essayer de convaincre un incendie de s'éteindre avec un discours motivant. Mais la bonne nouvelle, c'est que ce conditionnement neurobiologique se désamorce exactement comme n'importe quelle peur panique : par la bonne vieille thérapie comportementale . On n'éteint pas une alarme en fuyant la maison, mais en y restant jusqu'à ce que le corps pige qu'il n'y a pas le feu.
​— Moi : C'est-à-dire en pratique ? On s'attache au radiateur avec un chronomètre ?
​— Moi-même : Presque ! On procède par exposition graduelle et désensibilisation systématique. La première étape, c'est d'observer la vague d'anxiété ou l'impulsion de fuite sans y céder : rester cinq minutes de plus au lieu de couper court, exprimer une micro-vulnérabilité au lieu de blinder son armure derrière l'humour, ou accepter de tolérer le silence sans paniquer. C'est un entraînement de sportif de l'intime : on expose le système nerveux à des micro-doses de sécurité, encore et encore, jusqu'à ce que l'amygdale comprenne que l'autre n'est pas un prédateur.
​— Moi : Attends, ton histoire d'entraînement de sportif de l'intime et d'exposition répétées à dose homéopathique, ça a l'air super propre sur le papier, mais tu oublies un détail éthique majeur : quand tu t'exposes en mode tâtonnement avec tes névroses, tu fais quoi de la personne en face ? Si tu restes dans une relation où tu te sens mal à l'aise juste pour faire ton petit exercice de désensibilisation, tu t'entraînes sur un cobaye qui n'a rien demandé ! Tu maintiens l'autre dans un lien bancal, tu le laisses espérer, et tu te retrouves avec une belle facture de culpabilité parce que tu es en train de faire souffrir un innocent. Comment on gère la casse humaine pendant qu'on fait joujou avec son amygdale ?
​— Moi-même : C'est l'objection fatale, celle qui donne bonne conscience à l'évitant pour rester planqué dans son bunker : « Je ne bouge pas, c'est pour protéger les autres de ma toxicité ! » Sauf que c'est un sophisme magnifique. Le problème n'est pas de s'entraîner sur quelqu'un en cachette comme un petit chimiste pervers, mais de sortir de l'hypocrisie relationnelle. S'exposer, ce n'est pas faire croire à l'autre qu'on est le gendre ou la belle-fille idéale alors qu'on a envie de sauter par la fenêtre ; c'est précisément l'inverse : c'est oser dire la vérité de son inconfort sans tout brûler.
​— Moi : C'est-à-dire ? Annoncer au premier rendez-vous : « Salut, je suis un mélange explosif d'anxiété et d'évitement, mon système nerveux va te fuir d'ici mardi, tu veux un café ? »
​— Moi-même : Pas besoin de déballer ton dossier clinique comme un extrémiste de la transparence ! Mais il y a un juste milieu entre le mensonge par omission et la fuite cavalière. Être sécure, c'est arrêter de faire porter à l'autre la responsabilité de sa propre panique. Si tu te sens mal à l'aise, la vraie exposition, elle est là : nommer l'inconfort à l'intérieur du lien au lieu de décamper en douce ou de sur-réagir. C'est dire : « Là, je sens que je panique et que j'ai envie de couper les ponts, ce n'est pas de ta faute, c'est juste mon vieux système qui s'affole. »
​— Moi : Oui, enfin, tout le monde n'a pas envie d'entendre les états d'âme de ton système nerveux en direct live. Ça reste lourd à porter pour l'autre.
​— Moi-même : C'est infiniment moins lourd d'entendre quelqu'un formuler sa limite avec calme que de le voir disparaître du jour au lendemain ou devenir glacial sans explication. La culpabilité dont tu parles, elle ne vient pas du fait d'essayer de changer ; elle vient du mensonge, de cette tentative permanente de colmater les brèches pour éviter l'affrontement. On blesse les gens non pas parce qu'on est maladroit ou en réparation, mais parce qu'on leur cache nos stratégies d'esquive.
​— Moi : Donc, en gros, s'exposer, ce n'est pas torturer son prochain, c'est enfin accepter d'être un tout petit peu authentique au lieu de jouer au preux chevalier ou à l'ermite intouchable ?
​— Moi-même : Exactement. Ce n'est pas un laboratoire humain où l'on teste des cobayes, c'est juste l'apprentissage de la franchise. Entre manipuler l'autre par peur de l'affronter et s'enfuir en invoquant la protection de la faune et de la flore, il y a la posture adulte : dire ce qui se passe, là, maintenant, sans drama ni bunker. On ne demande à personne d'être un saint de l'attachement, juste d'arrêter de se cacher derrière son propre chaos pour ne pas avoir à grandir.
​— Moi : Bon, d'accord, on arrête de se planquer derrière l'excuse du cobaye et on nomme les choses. Mais concrètement, une fois que l'évitant a accepté de faire ces petits pas de côté, ça donne quoi ? Elle ressemble à quoi, au final, la vraie sortie du bunker ?
​— Moi-même : La vraie sortie du grand huit pour l'évitant, elle est là : comprendre que l'autonomie n'est pas un isolement carcéral et que la vulnérabilité n'est pas une abdication. Le jour où il accepte d'entrebâiller la porte de son bunker non pas pour faire coucou de loin, mais pour aller s'asseoir à la table des autres sans armure de téflon, il découvre enfin ce que c'est que de vivre en vrai... plutôt que de passer son existence à surveiller le bon fonctionnement de ses verrous, et accepter qu' un peu de panique en chemin n'a jamais empêché personne de remonter en selle, de réessayer ,pour finir enfin par trouver la sortie!

Frederique Fisch

01/09/2026

La mort, notre meilleure ennemie : plaidoyer pour la finitude contre le mirage transhumaniste
Conversation avec moi-même

— Moi-même : Tu sais à quel point je passe mon temps à défendre l'attachement, le lien et la dépendance affective entre humains. Mais paradoxalement, je soutiens que la mort est une bénédiction!
— Moi : Pardon ? Tu es en train de nous faire l'apologie du néant après avoir passé ton temps à prêcher le soin, la reliance et le care ? C’est d'une incohérence totale ! Si la peur de perdre l'autre dans la mort est ce qui rend l'attachement si précieux, tu acceptes l'idée que notre bonheur est structurellement nourri par le poison même qui finira par le détruire. C'est le syndrome de Stockholm métaphorique par excellence ! : tu te réconcilies avec ton bourreau en prétendant qu'il donne du sel à ton dernier repas. Tu essaies juste d'aimer ta propre cage !
— Moi-même : L'objection a le mérite de piquer, je te l'accorde. On frôle effectivement la compromission avec le bourreau. Mais examinons ce que nous propose en face le grand marché transhumaniste : l'éradication de la maladie, le rajeunissement cellulaire et la promesse d'une vie sans fin, comme si la mort n'était qu'un simple bug informatique à patcher.
— Moi : Justement ! Pourquoi ce serait une erreur de vouloir s'en affranchir ? Vladimir Jankélévitch voyait dans la mort un « scandale » absolu et une mutilation inacceptable. Et regarde Miguel de Unamuno : il nous collait dans les dents que l'homme est le seul animal conscient qu'il va caner, et que cette conscience-là, cette lucidité morbide qui nous distingue des bêtes, est une véritable torture viscérale. L'angoisse de la cessation de la conscience, c'est l'addition salée de notre grande conscience humaine ! Prétendre que ce néant est un bienfait, c'est faire de la philosophie de comptoir pour anesthésier notre terreur.
— Moi-même : Certes, la perspective de tirer sa révérence provoque une saine sueur froide, et Unamuno a le mérite de ne pas nous vendre du rêve en barre. Mais faisons l'expérience de pensée de l'immortalité qu'on nous vend : que devient un être dont le temps n'a plus de borne ? Regarde les mythes, regarde Tithon doté de la vie éternelle qui finit par sécher sur pied dans un ennui abyssal. Une vie sans fin, c'est le triomphe de la nausée et de l'indifférence. Si tu as toujours « demain » pour dire je t'aime, tu ne le dis plus jamais aujourd'hui. L'immortalité, c'est l'asepsie totale de l'existence : le congélateur éternel.
— Moi : C'est bien beau de poétiser la finitude, mais cela n'efface pas la violence de la perte. Prétendre que la mort est notre « meilleure ennemie », n'est-ce pas juste une rationalisation pour ne pas hurler d'angoisse face au néant ?
— Moi-même : C'est bien plus que cela : c'est reconnaître la structure même du vivant. Prétendre qu'on peut aimer sans l'ombre portée de la fin, c'est exiger un tableau sans toile ou une symphonie sans silence final. Si l'on supprime la finitude, on supprime l'enjeu, et par conséquent la valeur de l'attachement que je défends par ailleurs. La mort n'est pas la négation du lien, elle en est la gardienne et la matrice.
— Moi : Autrement dit... refuser la mort par peur de souffrir, ce serait finalement refuser d'avoir vécu.
— Moi-même : Exactement. Entre l'angoisse de périr et l'ennui mortel d'un paradis transhumaniste sans fin, l'équation est définitive : faisons de la mort notre meilleure ennemie, c'est la seule qui nous évite de mourir d'ennui avant l'heure.

Frédérique Fisch

31/08/2026

Halte au mythe de l’autonomie : plaidoyer rationnel pour la dépendance affective . Conversation avec moi-même...

​— Moi : En relisant ce titre, je m'interroge : est-ce une provocation stérile de réhabiliter la dépendance affective, ou l'énoncé d'une vérité que notre époque refuse de voir ? Est-ce qu'à force de confondre l'autonomie avec l'imperméabilité, nous sommes tombés dans le piège de l'autosuffisance dogmatique ?
​— Moi-même : C’est bien plus qu'un paradoxe, c'est une nécessité critique. Le prêt-à-penser contemporain érige l'indépendance en absolu morale, suggérant qu'un individu accompli ne devrait jamais vaciller par la faute d'autrui. Or, cette injonction masque une régression anthropologique majeure : elle criminalise l'attachement sous prétexte de nous prémunir contre la souffrance.
​— Moi : Pourtant, l'histoire de la pensée philosophique nous enseigne le contraire. De la quête d'ataraxie chez les stoïciens au détachement bouddhiste, la sagesse n'a-t-elle pas toujours consisté à s'affranchir de la dépendance pour atteindre la paix de l'esprit ? Redouter la perte ou pleurer l'absence, n'est-ce pas précisément ce que ces traditions invitent à dépasser ?
​— Moi-même : C’est le grand idéal de l'ascèse, certes. Mais en cherchant à anesthésier la vulnérabilité pour échapper aux turbulences, on troque la vie contre sa conservation. Qu'est-ce qui donne réellement de la valeur à une existence ou à un lien, sinon sa finitude et l'intensité de ce qui y est investi ?
​— Moi : Justement, on pourrait objecter que les plaisirs simples (une musique, un paysage, un repas ) suffisent à colorer le quotidien sans qu'il soit besoin d'y adjoindre le vertige tragique de l'angoisse.
​— Moi-même : C'est une illusion confortable, et c'est précisément là que notre société fait fausse route. Les plaisirs de surface, aussi harmonieux soient-ils, ne suffisent pas à fonder l'envie de se lever le matin ou à donner une épaisseur réelle à notre passage. Si l'on pousse cette logique de l'asepsie relationnelle jusqu'au bout, on se retrouve tout droit dans Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley : un univers où l'on a méthodiquement éradiqué la souffrance, le manque et l'angoisse de perdre, mais où l'existence entière a été vidée de sa substance, réduite à un hédonisme de pacotille et de consommation neutre.
​— Moi : Tu veux dire que supprimer le risque de souffrir, c'est anéantir le sel même de l'existence ?
​— Moi-même : Exactement. Qu'est-ce qui structure le relief de nos journées si ce n'est le contraste ? Le bonheur humain n'a aucun sens s'il est déconnecté du risque. Refuser la souffrance sous prétexte d'atteindre un bonheur lisse est un non-sens absolu, puisque notre bonheur dépend précisément de l'attachement, et donc de la possibilité même de souffrir. Si l'on neutralise la peur de perdre au nom d'un équilibre autosuffisant, on n'atteint pas la sagesse : on installe un congélateur émotionnel. Dire à autrui « je t'aime, mais je serais exactement aussi heureux si tu t'en allais demain », c'est du Huxley pur jus : le *soma émotionnel appliqué au couple, une abdication totale du vivant.
​—Moi : C'est une position abrupte. On pourrait objecter, à l'instar de Spinoza, que la béatitude humaine réside dans la stabilité de la joie, et non dans les fluctuations erratiques de l'angoisse et du manque.
​— Moi-même : Précisément, Spinoza fondait sa dynamique sur le conatus, cet élan vital qui pousse l'être à persévérer dans son être par le contact et l'affect. Cet élan ne s'épanouit pas dans un laboratoire aseptisé. Si l'on regarde notre réalité biologique et psychologique ( à la manière de la théorie de l'attachement de John Bowlby ), l'humain naît dans un état de néoténie totale, totalement impuissant, programmé structurellement pour s'accrocher à l'autre pour survivre. Vouloir devenir un monolithe hermétique contredit notre nature de mammifères sociaux. Ce que je nomme dépendance consentie, ce n'est pas de l'aliénation, c'est l'acceptation lucide de notre vulnérabilité.
​— Moi : Admettre rationnellement que l'exposition au risque de la perte et la traversée de la souffrance sont les conditions mêmes de la joie et de la profondeur du lien?
​— Moi-même : Exactement. Il n'existe pas de haute intensité relationnelle sans l'acceptation d'être bousculé. Entre la sécurité glaciale d'un système clos où l'on ne risque plus aucune friction ( ce monde sans vagues) et le mouvement d'un lien qui nous met en péril, la voie la plus juste n'est pas de fuir le besoin d'autrui, mais d'en reconnaître la pleine et entière légitimité.
​— Moi : Mais comment penser cette dépendance sans sombrer dans l'aliénation de l'emprise ? N'y a-t-il pas un risque permanent de bascule ?
​— Moi-même : Le risque est inhérent à toute matière vivante. La pathologie commence là où l'on cherche à posséder l'autre pour anihiler sa propre peur du vide. Mais la dépendance affective consentie (ou plutôt l'attachement assumé ) opère le mouvement inverse : elle accueille le vertige de l'altérité. Ce n'est pas une soumission à l'autre, c'est la reconnaissance lucide que notre complétude est une chimère.
​— Moi : Autrement dit, pacifier notre rapport au manque plutôt que de chercher à l'abolir par un vœu pieux d'autosuffisance.
​— Moi-même : Tout à fait. C'est en cela que ce plaidoyer n'est pas une incitation à la souffrance, mais une réhabilitation de la condition humaine. Prétendre qu'on peut s'affranchir de l'autre sous prétexte de sérénité huxleyenne, c'est confisquer l'essence même du lien.
​— Moi : Admis pour l'hypothèse. Mais n'y a-t-il pas malgré tout une noblesse d'âme, un idéal de maîtrise de soi, à vouloir se suffire à soi-même, quand bien même ce serait au prix d'une forme d'ascèse ?
​— Moi-même : Aucune, car c'est un sophisme absolu. Prétendre qu'on peut s'affranchir de la dépendance affective au nom de la liberté, c'est confondre la liberté avec l'abolition de la vie. Vouloir un amour sans peur de la perte, c'est exiger le feu sans la brûlure, le mouvement sans l'espace, la joie sans le cœur qui bat. Ce n'est pas de la sagesse, c'est une démission métaphysique. L'équation est définitive : puisque notre capacité à être heureux est directement proportionnelle à notre capacité à nous attacher, refuser la dépendance par peur de souffrir revient à mourir de son vivant pour s'épargner la peine de vivre. Le débat est clos : il n'y a pas d'alternative, à moins de confisquer l'humain.

Frédérique Fisch

*Dans Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley, le soma est une drogue officielle, universelle et parfaite.
​Distribuée gratuitement et par l'État à tous les citoyens, c’est une pilule miracle qui permet d'annihiler instantanément la moindre contrariété, le plus petit chagrin, l'angoisse ou le vague à l'âme. Dès qu'un citoyen commence à ressentir une émotion négative ou un vide existentiel, il prend un "gramme de soma" et il retrouve artificiellement le sourire, l'euphorie et une paix béate.
​C'est l'outil suprême du contrôle social : il supprime toute souffrance et toute révolte en transformant le peuple en consommateurs heureux, mais lobotomisés par le confort chimique.

29/08/2026

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