28/09/2026
# Et si je n'avais pas été guérie ?
Aujourd'hui, quelqu'un de précieux m'a envoyé une vidéo. Un extrait de "The Chosen". Je précise tout de suite que ce n'est pas vraiment le côté religieux qui m'a interpellée. C'est le message derrière. Dans cette scène, Jacques demande à Jésus pourquoi il ne le guérit pas. Et la réponse est, en gros : peut-être que ce que tu vis va te permettre de devenir quelqu'un capable d'aider les autres d'une façon que tu n'aurais jamais pu imaginer si tu avais été guéri.
Et là… ça m'a attrapée, j'ai regardé cette scène plusieurs fois aujourd'hui. Parce que cette question, je me la suis posée tellement de fois. Pourquoi ? Pourquoi ce corps qui me lâche à certains endroits alors que ma tête, elle, continue à partir dans tous les sens ? Pourquoi la douleur ? Pourquoi cette fatigue qui peut me mettre KO alors que, dans ma tête, j'ai encore et encore des idées , des nouvelles idées (au grand dam de mon mari, de la chambre de commerce, de ma startup manager) ?
Pourquoi avoir dû arrêter un métier que j'aimais ? Pourquoi cette sensation étrange d'être passée, en quelques années, de celle qui prend soin des autres à celle qui doit apprendre à accepter qu'on prenne soin d'elle ? Je n'ai pas la réponse...
Et honnêtement, je ne suis pas sûre qu'il y en ait une.
Je ne veux surtout pas raconter l'histoire merveilleuse de la maladie qui serait finalement un cadeau. Parce que non!!! La maladie, quand on est dedans, ce n'est pas un cadeau. La douleur ne m'a pas rendue meilleure. La fatigue ne m'a pas rendue plus sage (quoi que si, ça un peu). Et mes limitations ne sont pas là pour donner du sens à ma vie. J'aurais préféré apprendre certaines choses autrement.
Mais voilà. Je suis là. J'en suis là et je peux peut-être décider de ce que j'en fais.
Pendant une grande partie de ma vie, j'ai été du côté de ceux qui accompagnent. Infirmière aux urgences, en soins intensifs cardio... Puis directrice de 4 EHPAD, j'ai accompagné des personnes âgées, des familles, des équipes. J'ai géré des situations compliquées, des urgences, des conflits, des personnes épuisées. Je pensais savoir ce qu'était l'usure. En réalité, je savais ce que c'était vu de l'extérieur!
Et puis je suis passée de l'autre côté petit à petit...Et ça change tout. Parce qu'il y a une différence entre dire à quelqu'un « il faut prendre soin de vous » et découvrir qu'on n'a parfois même plus l'énergie nécessaire pour savoir comment on va prendre soin de soi! Et même souvent, on ne sait pas comment faire!
Il y a une différence entre parler de prévention et comprendre, dans son propre corps, ce qui se passe quand on a dépassé depuis longtemps la ligne rouge. Et c'est probablement là que quelque chose a commencé à changer chez moi.
Aujourd'hui, avec "Comme une envie d'air", je ne veux pas apprendre aux gens à devenir des super-héros. Parce que personne ne l'est, personne ne peut le devenir. Ce que je veux, c'est plutôt créer des endroits et des accompagnements où l'on peut s'arrêter avant que tout casse. Où l'on peut dire : "Là, ça ne va plus", sans avoir honte; Où l'on peut chercher ce dont on a réellement besoin; Où plusieurs compétences peuvent se croiser parce qu'une personne n'est jamais simplement " son stress ", " sa douleur ", " son travail " et encore moins " son diagnostic " (nombre de fois où j'ai entendu à l'hôpital: elle est où la prothèse de hanche de ce matin?)
Et surtout, où l'on peut recommencer à avancer sans forcément chercher à redevenir la personne qu'on était avant parce que peut-être que le but n'est pas de revenir en arrière. Peut-être qu'il faut parfois accepter de construire autrement...
Je crois aussi de plus en plus que certaines personnes développent, à force de vivre certaines choses, une façon particulière de regarder le monde. Je pense aux personnes malades, aux personnes handicapées, aux neurodivergents, aux aidants... À tous ceux qui ont appris à fonctionner dans un monde qui n'avait pas forcément été pensé pour eux. Je ne crois pas qu'ils aient tous des « super-pouvoirs », même si c'est que je dis à mes enfants pour qu'ils restent positifs faceà la maladie et aux nombreux examens qu'ils doivent passer...
Et surtout, je ne crois pas qu'il faille souffrir pour devenir quelqu'un de bien! Mais je crois que certaines expériences donnent une autre profondeur au regard. Et qu'il serait dommage que notre société ne sache voir chez ces personnes que leurs difficultés.
Alors je ne sais toujours pas pourquoi tout ça m'est arrivé. Je ne sais pas si c'est un Dieu. Je ne sais pas si c'est la vie. Je ne sais pas si certaines choses ont un sens ou si c'est nous qui essayons d'en fabriquer un parce que c'est plus facile à supporter.
Mais je sais quelque chose!
Je peux choisir ce que je vais faire de mon histoire. Je peux continuer à subir ce que je ne peux pas changer. Ou je peux essayer, petit à petit, d'en faire quelque chose qui puisse servir: pas quelque chose d'extraordinaire, pas une grande leçon de résilience (il y en a déjà assez qui le font) ...Juste quelque chose d'utile.
Si mon parcours peut permettre à une personne de reconnaître plus tôt qu'elle est en train de s'épuiser... Si quelqu'un peut se dire qu'il a le droit de demander de l'aide... Si un dirigeant comprend qu'un salarié qui va mal n'est pas simplement " moins performant "... Si une personne neurodivergente arrête de penser qu'elle est cassée parce qu'elle ne fonctionne pas comme les autres... Alors peut-être que tout ce chemin n'aura pas été complètement inutile!
Et finalement, c'est peut-être ça que j'ai envie de faire avec "Comme une envie d'air": pas guérir les gens (dédicace à l'ordre des médecins que je salue), pas leur promettre que tout ira bien... Mais leur offrir, autant que possible, un endroit où ils peuvent reprendre leur souffle. Et repartir. À leur manière...
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