23/08/2026
Parce qu'il faut du temps....
Je travaille depuis de longs mois avec un homme condamné pour violences conjugales, sous injonction de soins. Il est enfermé dans un discours de haine vis à vis de sa femme et surtout de la justice...
Il n'a de cesse de détailler chaque mot de l'audience, de la garde à vue.
Il répète en boucle son ressenti d'avoir été manipulé, dénigré par tous les acteurs de la chaîne judiciaire et se revendique victime d'un système.
Il développe un discours de rejet massif vis à vis de la victime qui devient inévitablement "le bourreau " ...
J'écoute ces mêmes révoltes à chaque séance, n'arrivant pas à le decentrer de cette colère envahissante qui se mue inexorablement en haine et atteint jusqu'à son corps qui développe tout un tas de symptômes.
Sa plus grande émotion est liée à l'interdiction de contact avec ses enfants, considérés comme victimes collatérales. Il ne peut accepter cette situation.
Au détour d'une parole, il nomme une autre femme dans sa vie... Un premier amour... avec laquelle il a " choisi" de ne pas s'engager du fait de son infertilité... Elle ne pouvait pas le "Créer père"...
Et aujourd'hui, la justice lui soustrait ce droit d' " Être père "...
Il aura fallu des dizaines de séances pour commencer à envisager un autre chemin pour notre travail, il m'a fallu accepter cette plainte lancinante et dévastatrice.
Et désormais un horizon se dessine qui s'appelle : souffrance.