17/05/2026
[ Epidemiezh - Épidémie ]
Pour avoir des informations claires, scientifiquement valables, sans alarmisme ni laxisme, c’est sur cette page qu’il faut vous rendre !
La « Dendrobate Doctor » fait ici le point sur ce qu’on sait, à ce stade de cet hantavirus.
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Aujourd'hui, c'est dimanche. Vous êtes donc bien sur Radio Croisière, je suis le Dendrobate Doctor et nous sommes ensemble pour faire l'état de la recherche sur ce qui est, peut-être, ou pas, le successeur de l'épidémie de Covid-19.
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Bienvenue à tous sur l'Echo des Labos, édition spéciale hantavirus, suivi de situation
Lors de la dernière chronique, j’ai reçu beaucoup de questions et constaté pas mal de confusion par rapport à ce qui s’était ou non passé et vers quoi on allait actuellement. Je vais donc essayer de faire un point chronologique, si vous cherchez des informations sur ce qu’est ce virus, ce qu’il cause et pourquoi il pose problème, je vous renvoie à la chronique de la semaine dernière.
QUE S’EST-IL PASSE REELLEMENT ?
Il y a bien sûr encore des zones d’ombre et de supposition, donc je vais essayer de m’en tenir à ce dont on est sûrs ou quasiment certains à ce stade.
Tout commence à bord d’un bateau de croisière expédition polaire (un mode de navigation qui permet à la fois à des touristes de faire des visites en zones polaires et à des chercheurs de rejoindre des zones isolées ou de faire des mesures sur le trajet) avec une capacité de 196 âmes (humaines, si personne ne doute de l’existence de l’âme des labradors, ils n’entrent pas en ligne de calcul) appelé MV Hondius, et que nous allons appeler dans le reste de cette chronique « le ‘ti bateau ».
Le 1e avril (l’univers se fout vraiment de notre gu**le les enfants…) le ‘ti bateau quitte Ushuaïa (pour ceux qui pensaient que c’était juste une marque de shampooing, vous allez faire un voyage) avec 175 passagers et membres d’équipage pour une visite des îles atlantiques sud et de l’Antarctique.
Sauf que, le 6 avril, un ornithologue à la retraite néerlandais de 70 ans commence à présenter des symptômes s’apparentant à la grippe. Nous, on sait ce que c’est, mais il faut bien se dire que, au début, ça ressemble vraiment à la grippe, et il n’y a pas de raison de penser que ça va mal se passer. Le médecin de bord s’en occupe, mais son état se dégrade. Le problème, c’est qu’ils sont un peu au milieu de nulle part. L’équipage décide alors de faire route plus vite que prévu vers la première île à leur portée du Territoire de Sainte-Hélène-Ascension-Tristan-da-Cunha, l’île de Tristan da Cunha au sein de l’archipel du même nom, et île habitée la plus isolée du monde (habitée tout le temps je veux dire, les îles où y a que des scientifiques, des militaires et des pingouins, ça compte pas). Malheureusement le trajet sera trop long pour le septuagénaire, qui meurt le 11 avril. A ce moment, le décès est considéré comme étant de cause naturelle non identifiée (autrement dit « bah c’était un vieux et il a eu la grippe quoi »).
Déjà à ce stade, une première question se pose : où était cet homme avant d’embarquer ? Car la souche des Andes a un délai d’incubation d’entre une et six semaines en moyenne : pour présenter des symptômes le 6, notre malheureux ornithologue a été infecté au mieux la veille de son départ (et c’est pour ça qu’il y a enquête générale avec prélèvement de rongeurs en ce moment-même à Ushuaïa), au pire au mois de février. Lui et sa femme avait, de sources concordantes, visité d’autres parties de l’Argentine avant… après avoir également traversé l’Uruguay. Et on ignore ce qui a pu exactement leur arriver sur le trajet, puisque sa femme ne peut plus témoigner non plus…
Reprenons. Le 13 avril, le ‘ti bateau arrive donc à Tristan da Cunha. Echaudé par le fait d’avoir un cadavre à bord sans doute, un habitant de l’île d’une soixante d’année qui était sur le ‘ti bateau décide que ça suffit pour lui et qu’il rentre au bercail (gardez ça en tête). Les habitants de l’île sont aux petits soins et organise une courte veillée funèbre dans la petite église pour le passager néerlandais décédé. Sa v***e est sous le choc, mais sans aucun symptôme à ce stade. Le 15, ils reprennent la route vers la seconde île du Territoire, Ste-Hélène. Mais à bord, l’épouse du premier patient commence à se sentir fébrile. Son état est d’abord attribué au choc, et ce serait compréhensible. Le médecin de bord ne s’alarme pas, elle débarque le 24 avril avec la dépouille de son mari et (et c’est LA, précisément, que se situe le plus gros problème qu’on a à l’heure actuelle) 28 passagers qui sont trop refroidis par l’expérience et qui veulent rentrer chez eux… dans 12 pays différents. Alors qu’il n’y a encore aucune alerte parce que, à ce stade, l’hypothèse retenue est toujours « un vieux est mort de la grippe et sa v***e le vit mal ». La v***e, justement, embarque dans un avion, afin de rentrer aux Pays-Bas via l’Afrique du Sud. Si le premier vol se passe correctement, lorsqu’elle embarque dans le deuxième, elle est clairement très malade, et le personnel de bord la fait débarquer puis hospitaliser mais il est trop t**d : le 26 avril, elle s’éteint aux soins intensifs de Johannesburg.
Pendant ce temps-là, le ‘ti bateau est reparti, mais son escale suivante, sur la troisième île du Territoire, l’île de l’Ascension, commence à avoir un air de déjà vu, puisque c’est un troisième passager, cette fois-ci Britannique, qui y est débarqué le 27 avril pour être hospitalisé. Mais rapidement, les équipes de l’hôpital de Georgetown comprennent qu’elles ont affaire à quelque chose de beaucoup plus grave que ce qu’elles sont capables de traiter. 48h plus t**d, il est à son tour évacué vers l’hôpital de Johannesburg, où il est toujours en train de recevoir des soins importants. Le ‘ti bateau a repris sa route, mais lorsqu’une passagère Allemande meurt à bord le 2 mai, il est clair que quelque chose ne tourne définitivement pas rond : l’équipage fait un signalement à l’OMS, indiquant qu’ils ont une épidémie à bord, et que le médecin à bord suspecte un hantavirus. Et si je dis « médecin à bord » et non « médecin de bord », c’est pour une bonne raison…
A partir de là, les choses changent : l’OMS active l’ensemble de son réseau mondial et coordonne la réponse internationale. A Johannesburg, on autopsie la patiente décédée et on pousse les analyses sur le patient hospitalisé. Après échange avec l’équipage, on comprend également qu’il y a des cas contacts dans au moins un vol, et peut-être aussi dans un second, même si elle est sortie avant le décollage. L’Afrique du Sud se lance la première dans le traçage des cas contact. Le 3 mai, notre ‘ti bateau accoste au Cap-Vert, mais évidemment sans que personne ne débarque cette fois-ci. En revanche, les autorités du pays envoient du matériel médical et du personnel formé pour soutenir l’équipage : en effet, à ce moment-là, le médecin de bord… est un patient, et il est dans un état grave ! A bord, les soins sont assurés par Stephen Kornfeld, un oncologue Américain à la retraite, qui dispose d’une petite infirmerie de soins courants, beaucoup de bonne volonté (il s’est proposé pour aider le médecin de bord dès que le premier passager s’est dégradé) et aucune expérience de maladies infectieuses. Le 4 mai, Johannesburg confirme avoir isolé le génome de la souche des Andes dans ses prélèvements, et l’OMS envoie à bord deux épidémiologistes pour seconder l’oncologue. Ils seront rejoints le lendemain par deux infectiologues Néerlandais, envoyés par le Centre de Contrôle Européen des Maladies. Mais avec le diagnostic, le jeu change : le Cap-Vert n’est pas équipé pour faire face à une épidémie d’ampleur de quelque chose d’aussi létal et demandant des soins aussi lourds. Avec sa nouvelle équipe médicale à bord, l’équipage quitte le pays et se dirige vers les Canaries.
Vous vous souvenez des 28 passagers qui avaient débarqué à Ste-Hélène en se disant « c’est trop dark pour moi j’me casse » ? Le 6 mai, Zurich déclare que l’un d’entre eux, un Suisse rentré au bercail, est infecté et hospitalisé. Le même jour, trois autres passagers, dont le guide d’expédition et le médecin de bord, sont évacués du ‘ti bateau qui vogue toujours vers les Canaries pour être hospitalisés, mais au final seuls les deux membres d’équipage sont positifs (l’autre a vraisemblablement réellement juste la grippe).
Dans les jours qui suivent, c’est la foire aux tests et au traçage : on cherche les passagers des deux vols empruntés par la v***e Néerlandaise, on cherche quels trajets ont effectués les 28 débarqués à Ste-Hélène, on récupère les plans de réservations des sièges, plein de gens passent des milliers de coups de fil et des laborantins travaillent jour et nuit sur les tests qu’on leur envoie.
Le 8 mai, les habitants de Tristan da Cunha (vous vous souvenez, les gars qu’on a vus au tout début de ce bazar) appellent la métropole à l’aide (leur métropole, donc l’Angleterre) : le passager qui avait débarqué le 13 pour rentrer chez lui est gravement malade, ils n’ont que deux médecins et l’oxygène s’épuise. Qui plus est, comme il est rentré le 13 avril, bien avant l’alerte, il n’a pas été isolé tout de suite, et si le virus se répand sur l’île, elle ne peut pas faire face. Mais elle est, on l’a dit, la zone habitée la plus isolée du monde, un bateau va mettre une semaine à arriver et le patient n’a pas une semaine devant lui. On peut reprocher beaucoup de choses aux Britanniques (comme d’avoir coloniser la moitié du monde pour les épices et de refuser d’en utiliser une seule dans leur cuisine), mais pas de laisser tomber leurs ressortissants, fussent-ils à l’autre bout du monde. En moins de 48h, la Royal Air Force va organiser l’opération de parachutage la plus lointaine de la métropole de son histoire, ravitaillant un de ses avions de transport 4 fois en vol pour lui permettre de parachuter plusieurs caisses de matériel médical et 6 membres du 16e régiment de parachutistes… auxquels sont sanglés un médecin réanimateur et un infirmier de soins intensifs.
Enfin, le ‘ti bateau arrive aux Canaries, où l’Espagne épaulée par l’Europe coordonne tous les pays du monde pour que chacun vienne chercher ses ressortissants, un peu comme quand y a une épidémie de rougeole à la crèche et que toutes les familles doivent venir récupérer leurs gamins en urgence (vaccinez vos enfants bo**el, une épidémie de rougeole n’est plus un truc sensé arriver dans aucun pays qui ne soit pas aux prises avec un conflit armé). On met tout le monde dans des avions avec des gens en tenue de cosmonautes, et on teste à tour de bras. Deux autres passagers sont positifs, un Espagnol et une Française, et un cas est « douteux » parce qu’on comprend pas ce que les Amerloques ont encore trifouillé avec leurs tests : Stephen Kornfeld. L’OMS demande à ce que les cas contact soient placés à l’isolement, à l’heure actuelle du coup des centaines de gens dans le monde sont en quarantaine, et pour l’instant, on en est là.
DU COUP, CA FAIT COMBIEN DE CAS A CE STADE ?
On va dire 11, le cas de Stephen Kornfeld est toujours considéré comme douteux.
1- L’ornithologue Néerlandais de 70 ans, malade le 6 avril et mort le 11, considéré patient zéro, mais aussi cas non-confirmé, car aucun prélèvement n’a pu être fait à temps ;
2- Son épouse, Néerlandaise de 69 ans, malade le 24 avril et morte le 26, cas confirmé ;
3- Le Britannique débarqué sur l’île de l’Ascension, malade le 24 avril, toujours en soins intensifs à Johannesburg, cas confirmé ;
4- La touriste Allemande qui a décidé l’équipage à donner l’alerte mondiale, malade le 28 avril et morte le 2 mai, cas confirmé ;
5- Le médecin de bord Britannique, malade le 30 avril, actuellement hospitalisé dans un état stable (ça veut pas dire qu’il va bien, stable en langage médical, ça veut juste dire « pas activement en train de mourir »), cas confirmé ;
6- Le guide d’expédition Néerlandais, malade le 27, toujours hospitalisé et aussi stable que le toubib, cas confirmé ;
7- Le Suisse qui a eu l’idée brillante de prendre trois vols différents pour rentrer chez lui, malade le 1e mai, toujours hospitalisé mais semble un peu moins malade que les autres, cas confirmé ;
8- L’habitant de Tristan da Cunha (Britannique), malade le 28 avril, actuellement chouchouté par les premiers urgentistes à avoir jamais été parachutés par la RAF, cas non-confirmé car impossibilité d’avoir accès à un laboratoire pouvant traiter un test ;
9- La passagère Française, malade le 11 mai lors de son rapatriement, toujours en train de lutter contre la mort, cas confirmé ;
10- Le touriste Espagnol, testé positif à son rapatriement et malade le 12 mai, hospitalisé sans plus de précision, cas confirmé ;
11- Stephen Kornfeld l’Américain, à l’isolement le temps qu’on arrive à faire un test correctement mais ne présentant aucun symptôme à ce jour, cas possible.
Il est intéressant (et rassurant) de noter qu’à ce stade, aucun des cas contact des malades n’est positif ni ne présente de symptômes : tout le monde est directement lié au ‘ti bateau.
IL VA SE PASSER QUOI MAINTENANT ?
Selon toute vraisemblance, d’autres cas vont apparaitre dans les jours/semaines à venir. On est encore dans la période d’incubation de virus, il serait normal (même si malheureux) que d’autres passagers s’avèrent infectés. Si la réponse internationale s’est activée à temps (et si on a un peu chance, ça ferait pas de mal non plus à ce stade), tous ces cas se révèleront en quarantaine, coupant la chaîne de contamination, et laissant le virus s’éteindre de lui-même.
Au vu de la létalité attendue de la souche, il est un craindre que un des 7 (je refuse de compter Stephen) malades soit actuellement dans un combat qu’il ne gagnera pas. Je souhaite me tromper (mais pas trop quand même, parce que sur un si petit échantillon, les stats c’est chafouin et on peut aussi bien les perdre tous…).
En espérant avoir pu apporter un peu de lumière dans le chaos ambiant, je rends l'antenne, et on y retourne la semaine prochaine, car l'épidémie ne se termine pas encore, même si en vrai, on retient tous sa respiration ensemble et ça devrait bien se passer. En attendant, prenez soin de vous et des chercheurs qui bossent dur, et, aimez la science, la vraie, et ceux qui la font. Bisous.
(illustration par Soph' )
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