10/06/2026
LE SYSTÈME DE SANTÉ FRANÇAIS N’EST PAS EXCEPTIONNELLEMENT GÉNÉREUX
Par notre correspondant le Dr Christophe Prudhomme
Une note récente du Haut Conseil pour l’assurance-maladie répond de manière très claire à ceux qui considèrent que le système de l’assurance-maladie en France est particulièrement généreux, ce qui conduirait à des dépenses inutiles. Il y est souligné que si la part des dépenses de santé directement financées par les patients est faible en France, cela résulte d’un système à deux étages avec une couverture publique, l’assurance-maladie, et une couverture privée, les assurances complémentaires appelées à tort mutuelles. La prise en charge publique situe la France au 12e rang européen, soit dans la moyenne.
En revanche, la part des assurances privées y est particulièrement élevée et, sur 31 pays étudiés, elle se classe 4e.
Seule la Slovénie nous dépasse en Europe, et le Canada et les États-Unis dans le reste du monde. Les assurances privées sont inégalitaires et leur fonctionnement n’est pas basé sur la solidarité : le niveau de remboursement dépend du niveau de cotisation, alors que les cotisations d’assurance-maladie publique sont proportionnelles aux revenus.
Un autre enseignement de cette publication : faire payer davantage le patient n’améliore pas la pertinence médicale des dépenses. La « responsabilisation » du patient à travers l’avance de frais, le ticket modérateur ou les franchises ne réduit pas les consommations non pertinentes. L’absence de complémentaire santé est cependant associée à une moindre consommation de soins et les franchises ont entraîné une baisse de la consommation de médicaments par les ménages les moins aisés et les personnes ayant un moins bon état de santé. Une hausse de la participation financière du patient réduit le recours aux soins, particulièrement pour ceux à bas revenus. Par ailleurs, accroître la participation financière sur les soins de ville peut se traduire par une hausse des hospitalisations.
Ce travail montre que la politique dite de « responsabilisation » est un échec total en termes de santé publique. Il s’arrête malheureusement au constat et ne pose pas la question des changements nécessaires pour obtenir de meilleurs résultats. C’est compréhensible, car ce serait entrer dans le dur au niveau politique en interrogeant la pertinence du maintien d’un double système d’assurance et d’une absence de couverture à 100 % des dépenses de santé. La santé a été très présente lors des élections municipales et le sera sûrement lors des prochaines échéances nationales.
La première question qui devra être posée est celle d’une assurance-maladie unique qui collecte les cotisations et paie les prestations, ce qui implique une disparition des assurances complémentaires privées.
La deuxième est celle d’une prise en charge à 100 % avec la disparition du ticket modérateur et autres restes à charge.