10/08/2026
J’hallucine…
Je viens de lire sur Facebook le post d’un monsieur en plein burn-out, ayant vécu un gros trauma.
Il aimerait partir faire le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Mais depuis ce qu’il a vécu, il explique qu’il se sent complètement en insécurité.
Il se questionne sur sa capacité à partir, sur le fait de savoir où il va dormir, sur ce qu’il est capable de vivre aujourd’hui.
Puis je lis les commentaires.
Et j’hallucine.
(Oui, je sais, l’ancienne infirmière psy que je suis utilise très mal le mot « halluciner » 😅.)
Et je vais être transparente : j’écris ce post depuis une part de moi qui est en colère.
En colère parce que ce que je lis vient toucher quelque chose que j’ai moi-même vécu.
Je vois bien que certaines personnes veulent bien faire. Elles veulent l’encourager, le motiver.
« Vas-y sans calculer où tu vas dormir, le chemin le fera pour toi. »
« Quand on veut, on peut. »
Et puis il y a aussi des critiques, parfois sous couvert de bienveillance.
Mais comment pouvons-nous imaginer mieux savoir que l’autre ce dont il a besoin ?
Ça m’a rappelé quand je me suis retrouvée en survie, explosée sur mon canapé.
Quand on vit en mode survie, quelque chose en nous fonctionne comme si notre propre vie était en danger.
Et le plus fou, c’est qu’on n’en a pas forcément conscience.
On peut avoir envie de faire des choses, de sortir, de travailler, de partir, de construire, de vivre…
Et pourtant, nos pensées viennent parfois tout squizzer.
Pas parce qu’on ne veut pas.
Mais parce qu’à l’intérieur, quelque chose cherche avant tout à nous protéger.
C’est aussi pour ça que le « quand on veut, on peut » me dérange autant.
Parce que parfois, on veut.
On veut même très fort.
Mais à l’intérieur de nous, tout dit encore : danger.
J’en ai entendu, moi aussi, des commentaires.
« Patricia, elle n’aime pas le boulot. »
J’étais infirmière.
J’ai vécu un trauma en travaillant de nuit dans un centre psychiatrique.
Mais ça, ce n’est pas écrit sur mon front.
Les gens qui me regardaient ne pouvaient pas savoir ce qui se passait à l’intérieur de moi.
Et oui, si j’avais pu choisir, j’aurais certainement travaillé à mi-temps plutôt qu’à temps plein.
Mais comment faire ce genre de métier à mi-temps quand tu vis seule et que tu as ta fille en garde alternée ?
Et ce que les autres ne voyaient pas non plus, ce sont toutes ces heures où je travaillais depuis chez moi pour créer la vie que je désirais.
Toutes ces recherches.
Toutes ces formations.
Toutes ces idées.
Toutes les pierres que j’ai posées depuis des années me permettent aujourd’hui d’être ici.
Alors oui, une part de moi est en colère.
Parce que nous oublions parfois quelque chose d’essentiel :
Nous ne savons pas ce qui se passe à l’intérieur d’une personne.
Nous ne savons pas tout ce qu’elle traverse.
Nous ne savons pas tout ce qu’elle fait lorsque personne ne la regarde.
Nous regardons avec nos yeux, notre histoire, nos possibilités.
Mais nous ne sommes pas dans son corps.
Nous ne sommes pas dans sa vie.
Alors comment pouvons-nous imaginer mieux savoir que l’autre ce dont il a besoin ?
Il y a cette phrase :
« Avant de juger quelqu’un, enfile ses chaussures. »
Et peut-être que même là, nous ne saurions pas tout.
Parce qu’enfiler les chaussures de quelqu’un ne nous donnera jamais complètement accès à ce qui se passe à l’intérieur de lui.
Alors parfois, plutôt que de chercher tout de suite à conseiller ou à motiver… écoutons.
Peut-être que cet homme fera le chemin de Saint-Jacques.
Peut-être qu’il le fera autrement que ceux qui lui conseillent de partir sans rien prévoir.
Peut-être qu’il aura besoin de savoir chaque soir où il va dormir pour pouvoir avancer.
Et peut-être que c’est très bien comme ça.
Son chemin lui appartient.
Comme le nôtre nous appartient.
Et avant de conseiller, de motiver ou de juger quelqu’un sur ce qu’il devrait faire, peut-être pouvons-nous simplement essayer d’entendre ce qu’il est en train de vivre.
Nous ne savons jamais vraiment ce qui se passe à l’intérieur de l’autre.