02/10/2025
Tout commence avant d’être malade
On croit souvent que la maladie commence le jour où elle frappe à notre porte. Quand une amie nous appelle avec la voix tremblante, quand une sœur nous avoue qu’elle a peur après un examen médical, quand une collègue se met en arrêt, ou quand c’est nous-mêmes qui découvrons une boule ou recevons un résultat qui nous glace le sang. Pourtant, la vérité est plus subtile. La maladie ne commence pas toujours quand elle se déclare. Elle commence bien avant, parfois des années avant, en silence. Et surtout, la santé aussi commence bien avant la maladie.
La médecine nous répète inlassablement une vérité simple : mieux vaut prévenir que guérir. Ce proverbe n’est pas qu’une phrase de sagesse populaire. C’est une réalité scientifique. La prévention est notre premier bouclier.
Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), 30 à 50 % des cancers pourraient être évités grâce à des habitudes de vie plus saines et à une meilleure prévention (OMS, 2023). Autrement dit, presque un cancer sur deux ne surviendrait pas si nous adoptions certains gestes au quotidien. Ou encore que la moitié de ces vies pourrait être épargnées, la moitié pourrait ne pas souffrir ou la moitié de ces familles pourrait être soulagées.
Et pourtant, malgré ce chiffre vertigineux, nous continuons à minimiser la prévention. Pourquoi ? Parce qu’elle est discrète. Parce qu’elle ne fait pas de bruit. Parce qu’elle n’apporte pas de résultats spectaculaires et immédiats comme une opération chirurgicale ou une chimiothérapie. La prévention agit dans l’ombre, mais elle agit en profondeur.
Qu’est-ce que la prévention
La prévention, c’est tout ce qu’on fait avant d’être malade pour réduire les risques d'apparition d'une maladie. C’est différent du dépistage, qui cherche à repérer une maladie avant qu’elle ne se manifeste, et différent encore du diagnostic, qui confirme ce que nous redoutons quand la maladie est déjà là.
Il existe 3 niveaux :
• Prévention primaire : c’est celle qui nous intéresse le plus ici. Il s'agit d'éviter que la maladie n’apparaisse, en agissant sur nos habitudes de vie et sur notre environnement (ex. vaccination, mode de vie équilibré).
• Prévention secondaire : détecter tôt les anomalies, grâce au dépistage (ex. frottis, mammographie).
• Prévention tertiaire : limiter les complications d’une maladie déjà installée.
Aujourd’hui, concentrons-nous sur la prévention primaire. Celle qui se joue dans nos gestes simples du quotidien. Car c’est souvent là que tout se joue, et c’est aussi là que nous avons le plus de pouvoir.
La prévention primaire, c’est quoi dans la vie de tous les jours ?
Elle passe par des choix simples, qui peuvent faire la différence :
• une alimentation équilibrée:
En effet, elle commence dans l’assiette. On le sait, mais on l’oublie trop facilement : ce que nous mangeons construit nos tissus, nourrit nos cellules, influence nos défenses. Une alimentation riche en fruits, en légumes, en fibres, réduit le risque de nombreuses maladies. On parle souvent d’antioxydants, ces petites molécules présentes dans les fruits colorés, dans le thé vert, dans certaines épices comme le curcuma. Elles aident nos cellules à lutter contre les agressions invisibles. À l’inverse, les produits ultra-transformés, riches en sucres cachés, en graisses saturées et en additifs, affaiblissent notre équilibre. Manger équilibré n’est pas une règle stricte à suivre à la lettre : c’est une habitude à cultiver.
• une activité physique régulière:
La prévention passe aussi par l'activité physique. Le corps n’est pas fait pour rester assis toute la journée. Il a besoin de marcher, danser, courir, sauter. Pas besoin de devenir marathonienne ni d’investir dans une salle de sport. Marcher vingt minutes par jour, prendre les escaliers, danser en rangeant la maison, c’est déjà un cadeau immense pour le cœur, pour les os, pour le moral. L’OMS recommande 150 minutes d’activité modérée par semaine, soit un peu plus de vingt minutes par jour. Vingt minutes : le temps d’un appel à une amie, le temps d’un épisode de série, le temps de préparer un repas. Ce petit investissement rend d’immenses dividendes.
• limiter l’alcool et arrêter le tabac:
Évidemment, il y a ces deux grands ennemis légendaires. On sait qu’ils tuent, et pourtant, ils séduisent toujours. Arrêter de fumer reste l’un des plus grands cadeaux que l’on puisse se faire. L’alcool, lui, s’installe plus insidieusement, parce qu’il est associé à la fête, au partage. Mais là encore, limiter sa consommation, c’est réduire son risque de cancer, d’hypertension, de maladies du foie.
• la vaccination contre le papillomavirus humain:
Ce virus est beaucoup incriminé dans des lésions tumorales. Il existe une vaccin contre le papillomavirus humain, qui protège contre le cancer du col de l’utérus. Dans certains pays, la généralisation de cette vaccination a permis de réduire drastiquement les cas. C’est une arme simple, efficace, et pourtant encore trop sous-utilisée ou pas accessible dans certaines régions.
Et parce que nous parlons ici de la santé de la femme, j’ajoute deux points parfois oubliés mais essentiels :
• une bonne hygiène intime douce, sans produits agressifs, sans parfums qui n’ont rien à faire dans nos muqueuses intimes.
• et une hygiène sexuelle respectueuse pour se protéger des infections génitales répétées qui fragilisent nos tissus. C’est sexy aussi.
Mais il existe un autre ennemi, plus discret, plus insidieux : les produits chimiques. Ceux qui se cachent dans nos cosmétiques, dans nos plastiques, dans nos produits ménagers. Ceux que les scientifiques appellent « perturbateurs endocriniens ». Le mot est compliqué, mais l’idée est simple. Imaginons que nos hormones soient une mélodie. Chaque note est juste, chaque instrument est à sa place, et l’ensemble crée une harmonie qui régule nos cycles, nos humeurs, notre croissance, notre fertilité. Les perturbateurs endocriniens, ce sont comme des fausses notes qui viennent troubler la partition. Ils imitent nos hormones ou les bloquent, et finissent par dérégler notre équilibre. Ce qui va fragiliser nos organes et peut entrainer l'apparition de diverses lésions.
Où les trouve-t-on ? Dans les bouteilles en plastique chauffées au micro-ondes, dans certains cosmétiques bourrés de parabènes, dans les déodorants contenant du triclosan, dans les solvants des produits ménagers, dans la fumée du tabac, dans l’air pollué. Ils sont partout, invisibles, familiers, presque banals.
Toutefois, il est essentiel de nuancer.
Oui, ces expositions existent et oui, elles peuvent influencer notre santé. Mais il ne s’agit pas de vivre dans la peur ni de soupçonner chaque geste ou chaque produit. Il faut aussi savoir que chaque corps est unique. Nous ne réagissons pas tous de la même manière :
• certaines personnes peuvent être exposées et ne jamais développer de pathologie,
• d’autres seront plus sensibles et réagiront plus rapidement,
• parfois, deux personnes exposées à la même chose auront des réactions totalement différentes.
Le but n’est pas de s’alarmer, mais de s’informer. Connaître ces notions nous aide à être plus attentifs dans nos choix du quotidien, à réduire les expositions évitables, et surtout à adopter des habitudes qui améliorent notre qualité de vie.
Il existe des moyens d'agir:
- Privilégier le verre ou l’inox plutôt que le plastique.
- Faire attention aux étiquettes et mieux choisir des cosmétiques.
- Laver ses fruits et légumes.
- Préférer les circuits locaux ou bio quand c’est possible.
- Simplifier le ménage avec du vinaigre blanc, du savon noir, du bicarbonate au maximum.
- Ne pas fumer, évidemment.
Ces gestes ne révolutionnent pas une vie. Mais accumulés, ils changent beaucoup. Ils s’ajoutent les uns aux autres, et deviennent une barrière invisible, solide. Même si la prévention n’est pas une garantie absolue. Elle n’est pas une promesse de vie éternelle. Mais c’est une chance supplémentaire, un terrain gagné sur les pathologies cancéreuses.
La prévention n’est pas une prison. Elle ne doit pas devenir une obsession. Elle est un art de vivre, un choix d’amour envers soi-même. Il ne s’agit pas non plus de se flageller quand on craque pour un fast-food, ni de culpabiliser quand on oublie une marche quotidienne. Il s’agit de construire une base solide, de minimiser les expositions, de multiplier les gestes protecteurs, pour que le corps ait plus de chances de rester en bonne santé.
Alors, que retenir ? Que chaque geste compte. Que chaque effort est une promesse tenue envers soi-même. Que la prévention n’est pas une contrainte, mais une liberté. Elle nous offre du temps, de la sérénité, une qualité de vie meilleure. Elle nous permet d’espérer, non pas d’éviter tout malheur, mais de mettre toutes les chances de notre côté. Ces gestes impliquent le sport et à l’alimentation. Elle passe aussi par une vigilance vis-à-vis des produits chimiques qui nous entourent. Connaître les perturbateurs endocriniens, c’est mieux comprendre comment protéger son corps, et en particulier sa santé gynécologique.
Chaque geste est une petite victoire, chaque effort est une promesse tenue envers soi-même.