20/07/2026
La résilience est le moyen et non la fin : le droit d’être vulnérable et responsabilité collective.
Saviez-vous que le mois de juillet est consacré à la visibilité des personnes handicapées aux États-Unis ?
Chaque mois de juillet, depuis la signature de l’Americans with Disabilities Act (ADA) en 1990 – une loi interdisant les discriminations envers les personnes handicapées dans de nombreux domaines de la vie quotidienne – est l’occasion de mettre en lumière les réalités des personnes vivant avec un handicap, quelle que soit sa nature.
Les handicaps sont multiples : ils peuvent être sensoriels, mentaux, physiques ou encore invisibles.
Vivre avec un handicap, comme son nom l’indique, signifie faire face à de nombreuses limitations et à des défis quotidiens dans un monde qui n’est pas toujours adapté à nos besoins spécifiques. Pour avancer malgré ces obstacles, la résilience est souvent mise en avant.
La résilience est une ressource précieuse. Elle permet de surmonter des épreuves difficiles, de s’adapter et, parfois, de transformer une expérience douloureuse en une force. Pourtant, cette injonction permanente à être résilient peut aussi devenir un véritable fardeau.
Dans un monde encore largement inadapté et parfois hostile aux personnes handicapées ou vivant avec des conditions qui limitent leurs capacités, la résilience ne devrait pas être une obligation.
Lorsque chaque déplacement représente un coût, que les bâtiments restent inaccessibles aux fauteuils roulants, que les établissements scolaires et les entreprises peinent à mettre en place des aménagements adaptés, que les regards sont insistants ou que les préjugés persistent, attendre des personnes handicapées qu’elles gardent toujours le sourire et ne se plaignent jamais revient à nier la réalité de leur quotidien.
Cette vision empêche également de reconnaître la responsabilité collective et institutionnelle dans les difficultés qu’elles rencontrent. Car si l’environnement était davantage inclusif, une partie de ces obstacles disparaîtrait.
Beaucoup de personnes ont en tête l’image du « parfait handicapé ». Celui qui ne parle de son handicap que pour raconter une histoire inspirante, marquée par un extraordinaire dépassement de soi. Celui qui semble ne jamais être affecté par les remarques, les discriminations ou les moqueries. Celui qui travaille, vit « comme tout le monde », ne demande jamais d’aide et ne constitue un « fardeau » pour personne.
C’est aussi cette personne que l’on prend souvent en exemple lorsqu’une personne valide exprime son découragement : « Regarde cette personne, elle vit sans jambes, sans bras ou sans la vue, et pourtant elle ne se plaint pas. »
Mais cette image ne représente pas toutes les réalités.
La société accorde finalement peu de place à celles et ceux qui mettent plus de temps à s’adapter, qui traversent des périodes de colère, de tristesse ou de découragement, et dont l’histoire ne ressemble pas à un récit inspirant.
Vivre avec une condition physique ou psychologique particulière n’est pas de tout repos. Devenir handicapé à la suite d’un accident est un bouleversement majeur qui ne se surmonte pas en quelques jours ou quelques semaines. Pourtant, nous nous impatientons souvent lorsque la souffrance dure, lorsque le deuil de son ancienne vie prend du temps ou lorsque l’adaptation est difficile.
Celles et ceux qui ne correspondent pas à cette image idéalisée de la résilience se retrouvent parfois isolés, culpabilisés ou contraints de porter un masque pour donner le change.
La résilience ne devrait jamais être imposée.
Chaque personne a le droit d’avancer à son propre rythme. Elle a le droit d’être triste, d’être en colère, de ne pas aimer ce que son handicap lui fait vivre, de demander de l’aide et de reconnaître ses limites.
Lorsqu’elle est érigée en obligation, la résilience invisibilise toutes les histoires qui ne connaissent pas une « belle fin ». Pourtant, ces récits comptent tout autant. Ils témoignent des difficultés bien réelles auxquelles sont confrontées des millions de personnes.
Très souvent, lorsque l’on pense aux personnes handicapées, on pense immédiatement à leur résilience. On admire leur capacité à travailler, à étudier ou à construire une vie malgré leurs limitations. Bien sûr, nous ne pouvons que leur souhaiter de trouver cette force intérieure. Mais nous ne pouvons pas exiger qu’elles soient fortes chaque jour alors que nos sociétés ne leur offrent pas toujours les conditions nécessaires pour vivre dignement.
Oui, vivre avec un handicap est plus difficile lorsque les espaces publics sont inaccessibles. Lorsqu’il y a trop peu de places de stationnement réservées, de sanitaires adaptés, de rampes d’accès ou d’aménagements permettant une véritable autonomie.
Nos villes ont longtemps été pensées avant tout pour les personnes valides, laissant de côté une partie importante de la population.
Il est essentiel de garder cela à l’esprit. Les personnes handicapées ont, elles aussi, le droit d’aller mal, d’exprimer leur fatigue, leur colère ou leur découragement. Elles ont le droit de ne pas être résilientes tous les jours.
Parce qu’au fond, l’objectif ne devrait pas être de fabriquer des personnes toujours plus résilientes, mais de construire une société où elles auraient moins besoin de l’être.