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בעזרת מומחים וקורסים אלו תוכלו לשפר משמעותית יכולות חברתיות ,עסקיות,תקשורתיות ולהינות ממבט מרענן על החיים שלכם.
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Noah 5787Au-delà des eaux : La chute morale de la génération de NoéLa xection de Noah Présente pour la première fois dan...
16/10/2026

Noah 5787
Au-delà des eaux : La chute morale de la génération de Noé
La xection de Noah Présente pour la première fois dans la Bible le terme « Déluge » ('Maboul'):
« Et moi, voici que j'amène le déluge d'eau sur la terre pour détruire toute chair ayant en elle un souffle de vie sous le ciel ; tout ce qui est sur la terre expirera » (Genèse 6, 17).
Rachi explique le mot « Déluge »:
«Le déluge Le mot maboul (« déluge ») contient l’idée de tout « détruire » (bila), de tout « bouleverser » (bilbél), et de tout déporter (hovil) de haut en bas. C’est ce que signifie le mot toufna, employé dans le Targoum Onqelos» (Rachi sur Genèse 6, 17).

La conception de Rachi soutient que ce terme décrit une inondation dévastatrice qui anéantit et détruit tout, mélange et confond la réalité, et entraîne tout ce qui se trouve sur son passage vers le bas. Cette explication s'appuie sur la traduction d'Onkelos de la Bible, qui a traduit le mot « Déluge » par « Tofana » – c'est-à-dire une submersion, une inondation violente ou des eaux qui submergent et emportent leur environnement. D'un point de vue linguistique, l'origine de la racine n'est pas tranchée ; en araméen, on dit couramment « Mabboula », qui provient peut-être de la racine Y-B-L (mener, transporter) ou de la racine B-L-L (mélanger), tandis que certains chercheurs proposent un lien avec la racine akkadienne « nabalu », qui signifie détruire par l'eau. La génération du Déluge était-elle une génération confuse et perdue dans des illusions de la pensée, ou a-t-elle plutôt été victime de dirigeants arrogants et mégalomanes asservis à une foi aveugle en la technologie ? Ou bien s'agissait-il d'une génération animée par une profonde pulsion destructrice ?
L'événement du Déluge dans son ensemble est lié à des phénomènes naturels d'eau, de pluies et d'une submersion vaste de la Terre, mais le livre du Zohar présente une perspective existentielle extraordinaire sur les hommes qui ont lutté contre l'inondation à l'extérieur de l'arche de Noah:
« Rabbi Hiya et Rabbi Yehouda marchaient en chemin. Ils arrivèrent à de grandes montagnes et trouvèrent entre les montagnes des os d'êtres humains, qui appartenaient à ces hommes de la génération du Déluge. Ils marchèrent trois cents pas le long d'un seul os, et furent grandement étonnés. Ils dirent : C'est ce qu'ont dit nos compagnons, que ces hommes ne craignaient pas le jugement du Saint, béni soit-Il, comme il est écrit : 'Et ils disaient à Dieu : Éloigne-toi de nous, nous ne voulons pas connaître tes voies' (Job 21, 14). Que faisaient-ils ? Ils bouchaient de leurs pieds les sources de l'abîme, mais de l'eau bouillante en sortait et ils ne pouvaient y résister, jusqu'à ce qu'ils se disloquent, tombent sur la terre et meurent » (Zohar, volume I, 62a).
Le verset du livre de Job reflète la vision du monde des impies orgueilleux, et en particulier des hommes de la génération du Déluge mis en avant dans les midrashim de nos Sages. Ceux-ci vivaient dans une immense prospérité et une confiance en soi excessive, au point de croire qu'ils n'avaient besoin ni de providence divine ni de guidance morale. Leur appel envers le Créateur « Éloigne-toi de nous » exprimait un rejet actif de la morale et des lois divines, nés de la conviction que leur puissance physique et matérielle leur accordait une indépendance absolue. De même, leur affirmation « nous ne voulons pas connaître tes voies » souligne que la rupture avec le Divin ne découle pas de l'ignorance ou d'un manque de compréhension, mais d'un choix conscient et délibéré de rejeter tout joug et d'abandonner tout lien spirituel.
La description du Zohar présente une rencontre dramatique entre des Sages et d'immenses vestiges physiques du passé. Alors qu'ils marchent entre les montagnes et découvrent un os humain d'une taille gigantesque de trois cents pas, leur émerveillement ne se limite pas aux dimensions physiques, mais sert d'ouverture vers la signification spirituelle et morale de la découverte. Cette rencontre fait resurgir l'affirmation des Sages liant les hommes de la génération du Déluge à leur orgueil extrême ; leur corps gigantesque et leur vigueur matérielle ont alimenté un sentiment d'illusoire invulnérabilité, qui les a conduits au mépris du jugement et au rejet de l'apprentissage des voies de la droiture. Le sommet dramatique du passage révèle le fossé entre ce sentiment de puissance terrestre et leur impuissance absolue face au fléau divin. Lorsque les sources du grand abîme ont jailli et déversé des eaux bouillantes, les hommes du Déluge ont tenté d'utiliser leur corps colossal pour bloquer et boucher de leurs pieds les sources jaillissantes. Cette tentative représente le comble de l'arrogance : la pensée que par la force matérielle et physique, on peut annuler un décret moral divin. Cependant, les eaux bouillantes, symbolisant l'embrasement de leurs pulsions et de leurs fautes, les ont vaincus – leurs articulations se sont disloquées, leur corps s'est effondré, et ils sont restés gisants sur le sol. Ce passage retrace l'effondrement de la puissance matérielle lorsqu'elle est coupée de la spiritualité, et illustre que la force physique et l'orgueil ne peuvent résister à la justice et au jugement.
Une autre source talmudique détaille la réaction des hommes de cette génération face aux avertissements qui leur avaient été transmis avant la catastrophe:
« Rava a enseigné : Que signifie ce qui est écrit dans le verset 'Flambeau de mépris pour la pensée du voisin sans souci, sort réservé à ceux dont le pied chancelle.' (Job 12, 5) ? Cela enseigne que Noah le juste les réprimandait, et leur disait des paroles aussi dures que des torches, mais ils se moquaient de lui. Ils lui disaient : 'Vieillard, pourquoi cette arche ?' Il leur disait : 'Le Saint, béni soit-Il, amène sur vous le Déluge.' Ils disaient : 'Un déluge de quoi ? Si c'est un déluge de feu – nous avons une chose nommée Alita. Et si c'est un déluge d'eau qu'il amène – si cela vient de la terre, nous avons des plaques de fer dont nous couvrons la terre. Et si cela vient du ciel – nous avons une chose nommée Akav, et certains disent nommée Akesh.' » (Sanhedrin 108b).
Rava explique le verset de Job comme la description d'un homme qui dirige un flambeau de mépris et de dédain envers celui dont le pied a chancelé dans la détresse, par des pensées d'insouciance et une confiance en soi exagérée. Dans le contexte de la génération du Déluge, les paroles d'admonestation perçantes de Noah le juste – comparées à des torches éclairantes – se sont heurtées à un rejet total de la part des hommes de sa génération qui vivaient dans l'aisance matérielle. Noah a tenté de les avertir que leur temps était compté et que le fléau allait venir, mais ils lui ont répondu avec une arrogance technologique et matérielle. À leur question moqueuse «Vieillard, pourquoi cette arche ?», ils ont présenté une solution d'ingénierie pour chaque scénario : face au feu, ils avaient l'intention de se protéger au moyen d'abris couverts (« Alita »), face aux eaux souterraines jaillissant de la terre, ils prévoyaient d'étaler des plaques de fer hermétiques, et face à la pluie tombant du ciel, ils se fiaient à des mécanismes de drainage et à des moyens technologiques dédiés. L'analyse talmudique révèle le profond aveuglement spirituel de cette époque ; les hommes de la génération du Déluge croyaient que la science, la technologie et la force physique étaient capables de contourner les lois morales et de surmonter le jugement, sans comprendre que lorsqu'un fléau survient dans le but de corriger une perversion morale fondamentale, aucune solution d'ingénierie ou matérielle ne peut sauver.
La fin de la génération du Déluge laisse une leçon percutante et intemporelle sur le rapport de force entre le progrès matériel et la solidité morale. Les récits homilétiques et cabalistiques ne se concentrent pas seulement sur la puissance des forces de la nature qui se déchaînaient à l'extérieur, mais sur l'aveuglement intérieur d'une humanité qui a placé sa confiance dans la technologie, la taille physique et les ressources modernes de son époque, au point de se croire dispensée de responsabilité morale et de lien avec son Créateur. Lorsque les plaques de fer, les abris et les solutions d'ingénierie se sont effondrés face aux eaux bouillantes, la poignante vérité s'est révélée : face à l'immense puissance de la nature et au décret du Très-Haut, l'illusion du contrôle humain s'évapore en un clin d'œil. Sans une base solide de morale, de valeurs et d'humilité – même les plus grands accomplissements technologiques et physiques ne peuvent sauver. L'homme doit ressentir en lui un profond sentiment de respect, issu d'une pure prise de conscience de la grandeur, de la sublimité et de la majesté du Créateur, ainsi que de la puissance infinie de la Création. C'est là la "crainte révérencielle" ('Yirat HaRomemout', selon les termes du Ramhal) — une modestie existentielle absolue face à ce qui le dépasse, lui rappelant sa juste place au sein du tissu de la nature et de la chaîne de la vie.

נח תשפזמעבר למים: הנפילה המוסרית של דור המבולפרשת נח מציגה לראשונה במקרא את המונח "מבול":"וַאֲנִי הִנְנִי מֵבִיא אֶת הַמ...
16/10/2026

נח תשפז
מעבר למים: הנפילה המוסרית של דור המבול
פרשת נח מציגה לראשונה במקרא את המונח "מבול":
"וַאֲנִי הִנְנִי מֵבִיא אֶת הַמַּבּוּל מַיִם עַל הָאָרֶץ לְשַׁחֵת כׇּל בָּשָׂר אֲשֶׁר בּוֹ רוּחַ חַיִּים מִתַּחַת הַשָּׁמָיִם כֹּל אֲשֶׁר בָּאָרֶץ יִגְוָע" (בראשית ו, יז).
רש"י מפרש את המילה "מבול":
"מַבּוּל – שֶׁבִּלָּה אֶת הַכֹּל, שֶׁבִּלְבֵּל אֶת הַכֹּל, שֶׁהוֹבִיל אֶת הַכֹּל מִן הַגָּבוֹהַּ לַנָּמוּךְ. וְזֶהוּ לְשׁוֹן אוּנְקְלוּס שֶׁתִּרְגֵּם 'טוֹפָנָא'."
תפיסתו של רש"י גורסת כי המונח מתאר שיטפון כבד המכלה והורס את הכול, מערבב ומבלבל את המציאות, וגורם לכל העומד בדרכו להיסחף ולהידרדר מגובה למטה. פירוש זה נשען על תרגום אונקלוס למקרא, שתרגם את המילה "מבול" כ"טופנא" – כלומר הצפה, שיטפון עז או מים המציפים וסוחפים את הסביבה. מן הבחינה הבלשנית, מקורו של השורש אינו חד-משמעי; בארמית נהוג לומר "מבולא", ייתכן מהשורש יב"ל (להוביל) או מהשורש בל"ל (לערבב), בעוד חוקרים מסוימים מציעים זיקה לשורש האכדי "נבל", שמשמעותו להחריב באמצעות מים האם דור המבול היה דור מבולבל ושקוע בתעתועי מחשבה, או שמא נפל קרבן למנהיגים יהירים ומגלומנים שהשתעבדו לאמונה העיוורת בטכנולוגיה? לחלופין, אולי מדובר היה בדור המונע מדחף הרסני עמוק?
אירוע המבול כולו קשור בתופעות טבע של מים, גשמים והצפה נרחבת של כדור הארץ, אך ספר הזוהר מציג זווית חווייתית יוצאת דופן על בני האדם שנאבקו בשיטפון מחוץ לתיבתו של נח:
"רבי חייא ורבי יהודה היו הולכים בדרך. הם הגיעו להרים גדולים ומצאו בין ההרים עצמות של בני אדם, שהיו מאותם אנשים מדור המבול. הם צעדו שלוש מאות צעדים לאורכה של עצם אחת, והתפלאו מאוד. אמרו: זהו מה שאמרו חברינו, שאותם בני אדם לא פחדו מהדין של הקדוש ברוך הוא, כמו שכתוב: 'וַיֹּאמְרוּ לָאֵל סוּר מִמֶּנּוּ וְדַעַת דְּרָכֶיךָ לֹא חָפָצְנוּ' (איוב כא, יד). מה עשו? היו סותמים ברגליהם את מעיינות התהום, אך מים רותחים יצאו מהם והם לא יכלו לעמוד בהם, עד שהיו מתפרקים, נפלו על הארץ ומתים" (זהר חלק א, סב א.(
הפסוק בספר איוב משקף את תפיסת עולמם של רשעים גאוותנים, ובפרט את בני דור המבול המודגשים במדרשי חז"ל. הללו חיו ברווחה עצומה ובביטחון עצמי מופרז, עד שהאמינו כי אינם זקוקים להשגחה אלוהית או להנחיה מוסרית. קריאתם כלפי הבורא "סור ממנו" ביטאה דחייה אקטיבית של המוסר ושל החוקים האלוהיים, מתוך אמונה כי עוצמתם הפיזית והחומרית מעניקה להם עצמאות מוחלטת. כיוצא בזה, קביעתם "ודעת דרכיך לא חפצנו" מדגישה כי הנתק מן האל אינו נובע מבורות או מחוסר הבנה, אלא מבחירה מודעת ומכוונת לפרוק עול ולנטוש כל זיקה רוחנית.
התיאור בזוהר מציג מפגש דרמטי בין חכמים לבין שרידים פיזיים אדירים מן העבר. בעודם צועדים בין ההרים ומגלים עצם אנושית בגודל עצום של שלוש מאות צעדים, התפעלותם אינה מצטמצמת לממדים הפיזיים בלבד, אלא משמשת כצוהר למשמעות הרוחנית והמוסרית של הממצא. המפגש מציף את קביעת החכמים הקושרת בין בני דור המבול לבין גאוותם הקיצונית; גופם העצום וחוסנם הגשמי הזינו תחושת חסינות שווא, אשר הובילה לזלזול בדין ולמאיסה בלמידת דרכי הישר. השיא הדרמטי של הקטע חושף את הפער שבין אותה תחושת כוח ארצית לבין אוזלת ידם המוחלטת מול הפורענות האלוהית. כאשר נבקעו מעיינות תהום רבה והציפו מים רותחים, ניסו בני המבול להשתמש בגופם האדיר כדי לחסום ולסתום ברגליהם את מקורות הבעבוע. ניסיון זה מייצג את שיא היהירות: המחשבה כי בכוח גשמי ופיזי ניתן לבטל גזירה מוסרית אלוהית. אולם המים הרותחים, המסמלים את התלהטות יצריהם וחטאיהם, הכריעו אותם – פרקיהם התפרקו, גופם הכביר קרס, והם נותרו מוטלים על הארץ. הקטע משרטט את קריסתה של העוצמה החומרית כשהיא מנותקת מרוחניות, וממחיש כי כוח פיזי וגאווה אינם יכולים לעמוד בפני הצדק והדין.
מקור תלמודי נוסף מפרט את תגובתם של בני הדור לאזהרות שנמסרו להם טרם האסון:
"רבא דרש: מהו שכתוב בפסוק 'לַפִּיד בּוּז לְעַשְׁתּוּת שַׁאֲנָן נָכוֹן לְמוֹעֲדֵי רָגֶל' (איוב יב, ה)? מלמד שהיה נח הצדיק מוכיח אותם, ואמר להם דברים שהיו קשים כמו לפידים, והיו מזלזלים בו. אמרו לו: 'זקן, תיבה זו למה?' אמר להם: 'הקדוש ברוך הוא מביא עליכם את המבול.' אמרו: 'מבול של מה? אם מבול של אש – יש לנו דבר אחד ששמו עליתה. ואם של מים הוא מביא – אם מן הארץ הוא מביא, יש לנו פלטות של ברזל שאנו מכסים בהן את הארץ. ואם מן השמים הוא מביא – יש לנו דבר ששמו 'עקב' ויש אומרים ששמו 'עקש'.” (סנהדרין קח ב.(
רבא מפרש את הפסוק מאיוב כתיאור של אדם המפנה לפיד של בוז וזלזול כלפי מי שרגלו מעדה בצרה, מתוך מחשבות שאננות וביטחון עצמי מופרז. בהקשר של דור המבול, דברי התוכחה הנוקבים של נח הצדיק – שנמשלו ללפידים מאירים – נתקלו בביטול מוחלט מצד בני דורו שהיו שרויים ברווחה חומרית. נח ניסה להתריע בפניהם כי זמנם קצוב והפורענות נכונה לבוא, אך הם השיבו לו ביהירות טכנולוגית וחומרית. לשאלתם הלעגנית "זקן, תיבה זו למה?", הציגו פתרון הנדסי לכל תרחיש: מול אש התכוונו להתגונן באמצעות מקלטים מקורים ("עליתה"), מול מי תהום הפורצים מן הארץ תכננו לפרוס לוחיות ברזל אטומות, ומול גשם מן השמים סמכו על מנגנוני ניקוז ואמצעים טכנולוגיים ייעודיים. הניתוח התלמודי חושף את העיוורון הרוחני העמוק של אותה תקופה; בני דור המבול האמינו כי המדע, הטכנולוגיה והכוח הפיזי מסוגלים לעקוף חוקים מוסריים ולהתגבר על הדין, מבלי להבין כי כאשר מגיעה פורענות שמטרתה לתקן עיוות מוסרי שורשי, שום פתרון הנדסי או חומרי אינו יכול להושיע.
סופו של דור המבול מותיר תובנה נוקבת ועל-זמנית על יחסי הכוחות שבין הקדמה החומרית לבין החוסן המוסרי. הסיפורים הדרשניים והקבליים אינם מתמקדים רק בעוצמת כוחות הטבע שהשתוללו בחוץ, אלא בעיוורון הפנימי של אנושות שבטחה בטכנולוגיה, בגודל הפיזי ובמשאבים המודרניים של ימיה, עד שראתה עצמה פטורה מאחריות מוסרית ומזיקה לבוראה. כאשר קרסו לוחיות הברזל, המקלטים והפתרונות ההנדסיים מול המים הרותחים, נחשפה האמת המטלטלת: מול עוצמתו הכבירה של הטבע וגזירתו של העליון, אשליית השליטה האנושית מתפוגגת כהרף עין. ללא תשתית איתנה של מוסר, ערכים וענווה – גם ההישגים הטכנולוגיים והפיזיים הכבירים ביותר אינם יכולים להושיע. על האדם לשאת בקרבו תחושה עמוקה של כבוד, הנובעת מהכרה זכה בגדולתו, בנשגבות וברוממות של הבורא, כמו גם בעוצמתה הכבירה של הבריאה. זוהי 'יראת הרוממות' (בלשונו של הרמח"ל) – ענווה צרופה למול הנשגב ממנו, המזכירה לו את מקומו המדויק במארג הטבע ובשלשלת החיים

Béréchit 5787Raphael RosnerLumière cachée et obscurité créée : Du commencement de la Création jusqu'à la conscience huma...
09/10/2026

Béréchit 5787

Raphael Rosner

Lumière cachée et obscurité créée : Du commencement de la Création jusqu'à la conscience humaine

Le livre de Béréchit commence par des versets qui traitent, entre autres, de la lumière et de l'obscurité :

Béréchit chapitre 1, versets 1 à 5
בְּרֵאשִׁית, בָּרָא אֱלֹהִים, אֵת הַשָּׁמַיִם, וְאֵת הָאָרֶץ. וְהָאָרֶץ, הָיְתָה תֹהוּ וָבֹהוּ, וְחֹשֶׁךְ, עַל-פְּנֵי תְהוֹם; וְרוּחַ אֱלֹהִים, מְרַחֶפֶת עַל-פְּנֵי הַמָּיִם. וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים, יְהִי אוֹר; וַיְהִי-אוֹר. וַיַּרְא אֱלֹהִים אֶת-הָאוֹר, כִּי-טוֹב; וַיַּבְדֵּל אֱלֹהִים, בֵּין הָאוֹר וּבֵין הַחֹשֶׁךְ. וַיִּקְרָא אֱלֹהִים לָאוֹר יוֹם, וְלַחֹשֶׁךְ קָרָא לָיְלָה; וַיְהִי-עֶרֶב וַיְהִי-בֹקֶר, יוֹם אֶחָד.
« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Or la terre était solitude et chaos, l'obscurité couvrait la surface de l'abîme, et le souffle de Dieu planait sur la surface des eaux. Dieu dit : "Que la lumière soit !" Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière de l'obscurité. Dieu appela la lumière "jour", et l'obscurité il l'appela "nuit" ; il y eut un soir, il y eut un matin : un jour. »

Qu'a été créé en premier, l'obscurité ou la lumière, et quelles en sont les conséquences?

Dans le livre d'Isaïe, il est écrit :

Isaïe 45, 7
יוֹצֵר אוֹר וּבוֹרֵא חֹשֶׁךְ עֹשֶׂה שָׁלוֹם וּבוֹרֵא רָע אֲנִי יְהֹוָה עֹשֶׂה כׇל אֵלֶּה.
« Il forme la lumière et crée l'obscurité, fait la paix et crée le mal, Moi le Seigneur, Je fais toutes ces choses. »

Selon ce verset, l'obscurité a été créée à partir du néant (ex nihilo), tandis que la lumière a été formée à partir de quelque chose qui existait déjà (ex materia) ; dès lors, selon cette approche, l'obscurité a été créée en premier. En revanche, dans le Talmud, il est dit le contraire :

Hagigah 12a
אוֹר שֶׁבָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בְּיוֹם רִאשׁוֹן, אָדָם צוֹפֶה בּוֹ מִסּוֹף הָעוֹלָם וְעַד סוֹפוֹ.
« La lumière que le Saint, béni soit-Il, a créée le premier jour, l'homme pouvait y observer d'un bout du monde à l'autre. »

Nos Sages expliquent que la lumière créée le premier jour était une lumière spirituelle suprême, qui éclairait d'un bout du monde (de la création) à l'autre, et qu'elle a précédé le cycle journalier matériel du jour et de la nuit. C'est-à-dire qu'au moyen de la lumière que le Créateur a créée le premier jour (lumière originelle), l'homme pouvait voir d'une extrémité du monde à l'autre – une lumière spirituelle et sublime qui différait de la lumière matérielle que nous connaissons aujourd'hui. Selon le Midrash et la Kabbale, cette lumière n'était pas une lumière physique limitée par la distance ou la matière, mais une conscience spirituelle purifiée et divine qui permettait au premier homme de voir et de saisir l'ensemble de la réalité au-delà des limites du temps et de l'espace. Nos Sages poursuivent et expliquent que lorsque le Créateur a vu les actions des générations futures, Il a compris qu'une lumière aussi puissante et pure ne convenait pas à leur usage, et c'est pourquoi Il l'a « cachée » (la lumière cachée – Or Hagganouze) – c'est-à-dire qu'Il l'a dissimulée et retirée du monde matériel quotidien. Cette lumière cachée n'est pas perdue, mais réservée pour le monde à venir ; de même, elle a été cachée au sein de la Torah, de la sagesse et des bonnes actions, de sorte que tout homme qui s'investit dans le travail spirituel, dans l'étude et dans le raffinement des traits de caractère, peut mériter des illuminations et des perceptions tirées de cette lumière spirituelle première permettant une vision profonde et intérieure de la réalité.

Dans le Midrach Rabba, Rabbi Yehouda a soutenu que la lumière a été créée en premier :

Béréchit Rabba 3, 1
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר הָאוֹרָה נִבְרֵאת תְּחִלָּה, מָשָׁל לְמֶלֶךְ שֶׁבִּקֵּשׁ לִבְנוֹת פָּלָטִין, וְהָיָה אוֹתוֹ מָקוֹם אָפֵל, מֶה עָשָׂה, הִדְלִיק נֵרוֹת וּפַנָּסִין לֵידַע הֵיאַךְ הוּא קוֹבֵעַ תִּימִלְיוֹסִים, כָּךְ הָאוֹרָה נִבְרֵאת תְּחִלָּה.
Rabbi Yehouda dit : la lumière a été créée en premier. Parabole d'un roi qui voulait bâtir un palais (palatine), or cet endroit était obscur ; qu'a-t-il fait ? Il a allumé des bougies et des lanternes pour savoir comment poser les fondations (théméliose). Ainsi, la lumière a été créée en premier.

Rabbi Yehouda soutient que la lumière a été créée en premier, et apporte à cela une parabole sur un roi qui voulait bâtir un palais, mais l'endroit destiné à cela était obscur et ombragé. Qu'a fait le roi ? Il a allumé des bougies et des lanternes afin d'éclairer le terrain et de savoir où creuser les fondations du palais. De manière analogue, Dieu a d'abord créé la lumière pour poser les fondations de l'ensemble de l'œuvre de la Création.
Dans ce Midrach, Rabbi Yehouda utilise des termes grecs usités à son époque : «palatine» signifie palais (Palatium), et « théméliose » sont des fondations (Themelios). L'idée centrale ici est que la lumière n'est pas simplement un objet ou un corps supplémentaire créé dans le monde, mais la condition préalable et essentielle elle-même qui permet la conception de la création et sa réalisation. La lumière apporte l'ordre, la clarté et la capacité de construire les autres parties de l'univers de manière planifiée et précise.

À un autre endroit du Talmud est rapportée une discussion qui résout la contradiction apparente entre les versets et les propos de la Gemara dans Hagigah :

Traité Tamid 32a
אָמַר לָהֶן [אלכסנדר מוקדון] : שָׁמַיִם נִבְרְאוּ תְּחִלָּה אוֹ הָאָרֶץ? אָמְרוּ: שָׁמַיִם נִבְרְאוּ תְּחִלָּה, שֶׁנֶּאֱמַר: בְּרֵאשִׁית בָּרָא אֱלֹהִים אֵת הַשָּׁמַיִם וְאֵת הָאָרֶץ. אָמַר לָהֶן: אוֹר נִבְרָא תְּחִלָּה, אוֹ חֹשֶׁךְ? אָמְרוּ לוֹ: מִילְּתָא דָּא אֵין לַהּ פָּתַר. וְנֵימְרוּ לֵיהּ חֹשֶׁךְ נִבְרָא תְּחִלָּה, דִּכְתִיב: וְהָאָרֶץ הָיְתָה תֹהוּ וָבֹהוּ וְחֹשֶׁךְ, וַהֲדַר וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים יְהִי אוֹר וַיְהִי אוֹר! סָבְרִי, דִּילְמָא אָתֵי לְשַׁיּוֹלֵי מָה לְמַעְלָה וּמָה לְמַטָּה, מָה לְפָנִים וּמָה לְאָחוֹר.
Il [Alexandre le Grand] leur demanda : le ciel a-t-il été créé en premier ou la terre ? Ils répondirent : le ciel a été créé en premier, comme il est dit : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre ». Il leur demanda: la lumière a-t-elle été créée en premier, ou l'obscurité ? Ils lui répondirent : cette chose n'a pas de solution. Mais qu'ils lui répondent que l'obscurité a été créée en premier, car il est écrit : « Or la terre était solitude et chaos, et l'obscurité... », puis seulement ensuite « Et Dieu dit : Que la lumière soit, et la lumière fut » ! Ils se sont dits : peut-être en viendra-t-il à demander ce qui est au-dessus et ce qui est en bas, ce qui était avant et ce qui sera après.

Alexandre le Grand a demandé aux Sages du Néguev [Les Sages du Néguev mentionnés dans la littérature talmudique sont un groupe de Tannaïm et d'Amoraïm qui ont opéré dans les régions du sud de la terre d'Israël, principalement dans la région de Lod, Gophena, Beth Guvrin et le sud du mont Juda. Dans le Talmud, ils apparaissent souvent sous les désignations « Sages du Néguev », « Rabbanan de-Daroma » (les Sages du Sud) ou « Sabeï de-Daroma » (les Anciens du Sud)] si le ciel a été créé en premier ou la terre, et les Sages lui ont répondu que le ciel a été créé en premier comme il est dit dans le verset « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre », où le ciel est mentionné en premier. Lorsqu'il ajouta et leur demanda si la lumière avait été créée en premier ou l'obscurité, les Sages lui répondirent que cette chose n'a pas de solution. La Guemara demande à ce sujet pourquoi ils ne lui ont pas répondu que l'obscurité a été créée en premier, puisqu'il est écrit « Or la terre était solitude et chaos, et l'obscurité couvrait la surface de l'abîme », et seulement ensuite «Et Dieu dit : Que la lumière soit, et la lumière fut ». La réponse de la Guemara est que les Sages craignaient que s'ils lui répondaient que l'obscurité avait précédé la lumière, il continuerait à poser des questions interdites sur ce qui est au-dessus du monde, ce qui est en bas, ce qui était avant qu'il ne soit créé et ce qui sera à sa fin – des questions qui touchent aux secrets de la Création et à ce qui dépasse la perception humaine – et ils ont donc préféré esquiver et ne pas répondre. Plus loin dans le traité, la Gemara apporte le verset d'Isaïe et explique que les dix choses créées le premier jour (parmi lesquelles la lumière et l'obscurité) ont toutes été créées ensemble en une seule parole :

Dans le traité Hagigah (12a, il est dit) :
וְאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: עֲשָׂרָה דְּבָרִים נִבְרְאוּ בְּיוֹם רִאשׁוֹן, וְאֵלּוּ הֵן: שָׁמַיִם וָאָרֶץ, תֹּהוּ וָבֹהוּ, אוֹר וָחֹשֶׁךְ, רוּחַ וּמַיִם, מִדַּת יוֹם וּמִדַּת לַיְלָה. שָׁמַיִם וָאָרֶץ — דִּכְתִיב: בְּרֵאשִׁית בָּרָא אֱלֹהִים אֵת הַשָּׁמַיִם וְאֵת הָאָרֶץ, תֹּהוּ וָבֹהוּ — דִּכְתִיב: וְהָאָרֶץ הָיְתָה תֹהוּ וָבֹהוּ, אוֹר וָחֹשֶׁךְ, חֹשֶׁךְ — דִּכְתִיב: וְחֹשֶׁךְ עַל פְּנֵי תְהוֹם, אוֹר — דִּכְתִיב: וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים יְהִי אוֹר, רוּחַ וּמַיִם — דִּכְתִיב: וְרוּחַ אֱלֹהִים מְרַחֶפֶת עַל פְּנֵי הַמָּיִם, מִדַּת יוֹם וּמִדַּת לַיְלָה — דִּכְתִיב: וַיְהִי עֶרֶב וַיְהִי בֹקֶר יוֹם אֶחָד.
Et Rav Yehouda dit au nom de Rav : Dix choses ont été créées le premier jour, et les voici : le ciel et la terre, la solitude et le chaos (tohou va-bohou), la lumière et l'obscurité, le souffle et l'eau, la mesure du jour et la mesure de la nuit. Le ciel et la terre — car il est écrit : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » ; la solitude et le chaos — car il est écrit : « Or la terre était solitude et chaos » ; la lumière et l'obscurité, l'obscurité — car il est écrit : « Et l'obscurité couvrait la surface de l'abîme », la lumière — car il est écrit : « Et Dieu dit : Que la lumière soit » ; le souffle et l'eau — car il est écrit : « Et le souffle de Dieu planait sur la surface des eaux » ; la mesure du jour et la mesure de la nuit — car il est écrit : « Il y eut un soir et il y eut un matin : un jour ».

Rav Yehouda dit au nom de Rav que dix choses ont été créées le premier jour de la Création, et les voici : le ciel, la terre, le tohou (l'avant matière, spiritualité), le bohou (matièren et contenu), la lumière, l'obscurité, le souffle (l'air ou le souffle divin pour ainsi dire), l'eau, la mesure du jour et la mesure de la nuit (l'étendue du temps et la cyclicité du jour et de la nuit). Chacune de ces choses, nos Sages l'apprennent des versets de l'Écriture : le ciel et la terre comme il est dit «Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre» ; la solitude et le chaos comme il est dit « Or la terre était solitude et chaos » ; l'obscurité comme il est dit « Et l'obscurité couvrait la surface de l'abîme » ; la lumière comme il est dit « Et Dieu dit : Que la lumière soit » ; le souffle et l'eau comme il est dit « Et le souffle de Dieu planait sur la surface des eaux » ; et la mesure du jour et la mesure de la nuit comme il est dit « Il y eut un soir et il y eut un matin : un jour ».
Ce passage du traité Hagigah présente une conception cosmologique selon laquelle dès le premier jour ont été créées toutes les infrastructures de l'univers – la matière, les éléments, les oppositions fondamentales (lumière et obscurité, tohou et bohou) et le temps qui les organise. Au lieu de voir dans la création un processus aléatoire, nos Sages présentent un lien étroit entre la réalité physique et le texte biblique, où chaque élément de la réalité est directement ancré dans la description du livre de Béréchit.

Rabbenou Bahya explique cela dans son commentaire :

Rabbenou Bahya sur Béréchit 1, 3
יהי אור ויהי אור. על דרך הפשט שני אורים היו, הראשון האור שמשתמשין בו בעולם הזה הוא אור חמה ולבנה, והשני האור הגנוז לצדיקים לעתיד לבא, וידוע כי האור שמשתמשים בו בעולם הזה הוא נאצל (הונבע) מן האור הגנוז לצדיקים לעתיד לבא.
« "Que la lumière soit, et la lumière fut". Selon le sens littéral (pchat), il y avait deux lumières : la première est la lumière dont on fait usage dans ce monde-ci, c'est la lumière du soleil et de la lune ; et la seconde est la lumière cachée réservée aux justes pour le monde à venir. Et il est connu que la lumière dont on fait usage dans ce monde-ci émane de la lumière cachée réservée aux justes pour le monde à venir. »

Le Sefer HaBahir commence lui aussi par la question de la lumière et propose une explication fascinante sur la lumière et l'obscurité. Le Sefer HaBahir (connu également sous le nom de « Midrach de Rabbi Nehounya ben HaKanah ») est considéré comme l'ouvrage fondateur et premier de la Kabbale médiévale et comme le texte qui a posé l'infrastructure conceptuelle, symbolique et herméneutique de la pensée ésotérique juive. Le livre est apparu publiquement pour la première fois en Provence, dans le sud de la France, à la fin du XIIe siècle (vers l'an 1180) et a commencé à se diffuser dans les cercles kabbalistiques d'Ashkenaz, et de là est parvenu en Catalogne et à Gérone. Le livre est attribué au Tanna Rabbi Nehounya ben Hakanah, du Ier siècle de notre ère, et s'ouvre sur le verset : « Et maintenant, on ne voit plus la lumière claire (bahir) qui est dans les cieux » (Job 37, 21). L'attribution au Tanna a conféré au texte une autorité antique et sacrée. Rabbi Nehounya ben HaKanah était un Tanna de la deuxième génération, élève de Rabban Yohanan ben Zakkai et maître de Rabbi Yichmaël. Dans sa figure historique et spirituelle s'articulent deux mondes : le monde de la Halakha et du domaine révélé, et le monde du secret et de la mystique juive. Dans la tradition des Sages de la Merkavah (char divin), il est perçu comme l'un de ceux qui sont « descendus dans le Char », montés dans les palais supérieurs et ayant consigné les secrets des anges et des Noms sacrés (comme dans Hekhalot Rabbati:

Sefer HaBahir Michnah 1
אָמַר ר' נְחוּנְיָא בֶּן הַקָּנָה: כָּתוּב אֶחָד אוֹמֵר (אִיּוֹב ל"ז כא) וְעַתָּה לֹא רָאוּ אוֹר בָּהִיר הוּא בַּשְּׁחָקִים, וְכָתוּב אֶחָד אוֹמֵר (תְּהִלִּים י"ח י"ב) יָשֶׁת חֹשֶׁךְ סִתְרוֹ וְאוֹמֵר (תְּהִלִּים צ"ז ב) עָנָן וַעֲרָפֶל סְבִיבָיו קַשְׁיָא, בָּא הַכָּתוּב הַשְּׁלִישִׁי וְהִכְרִיעַ בֵּינֵיהֶם (שָׁם קל"ט יב) גַּם חֹשֶׁךְ לֹא יַחְשִׁיךְ מִמֶּךָ וְלַיְלָה כַּיּוֹם יָאִיר כַּחֲשֵׁיכָה כָּאוֹרָה:
Rabbi Nehounya ben HaKanah a dit : un verset dit (Job 37, 21) « Et maintenant, on ne voit plus la lumière claire qui est dans les cieux », et un verset dit (Psaumes 18, 12) « Il fait de l'obscurité Sa retraite », et il dit (Psaumes 97, 2) « La nuée et la brume L'environnent » ; contradiction. C'est alors qu'intervient le troisième verset qui tranche entre eux (ibid. 139, 12) « Même l'obscurité n'est pas obscure pour Toi, et la nuit comme le jour éclaire, l'obscurité est comme la lumière ».

Cet enseignement de Rabbi Nehounya ben HaKanah, qui apparaît à l'ouverture du Sefer HaBahir, traite de l'un des sujets les plus profonds de la pensée juive et de la théologie en général : la tension entre la révélation divine et la lumière infinie d'une part, et la dissimulation, l'obscurité et la limitation de la perception humaine d'autre part. La Beraïta présente une contradiction apparente entre des versets décrivant la présence de Dieu au moyen d'images opposées : d'une part une lumière claire et transparente, et d'autre part l'obscurité, la nuée et la brume cachées autour de Lui ; elle résout cette contradiction au moyen d'un troisième verset qui enseigne que la distinction entre obscurité et lumière n'est qu'une distinction humaine, tandis que devant la Divinité « l'obscurité est comme la lumière ». Au niveau du sens littéral (pchat) et de l'exégèse juive traditionnelle, les Sages de la Bible et les commentateurs de la Kabbale ont vu dans cette contradiction l'expression de la fracture entre l'essence de Dieu et la manière dont Il se révèle aux créatures.
Rabbi Nehounya ben HaKanah apporte quatre versets qui se contredisent les uns les autres. Le premier verset est tiré du livre de Job, et c'est d'après lui qu'est nommé le Sefer HaBahir :

Job 37, 21
וְעַתָּה, לֹא רָאוּ אוֹר בָּהִיר הוּא, בַּשְּׁחָקִים; וְרוּחַ עָבְרָה, וַתְּטַהֲרֵם.
« Et maintenant, on ne voit plus la lumière claire qui est dans les cieux ; mais un souffle a passé et les a purifiés. »

Ce verset utilise une parabole tirée des phénomènes naturels pour décrire la manière dont les hommes perçoivent la conduite du Créateur dans le monde. La première partie du verset, « Et maintenant, on ne voit plus la lumière claire qui est dans les cieux », décrit une situation où les êtres humains sont plongés dans l'obscurité ou dans le manque de compréhension, incapables de voir la lumière claire et brillante du soleil parce qu'elle est masquée par d'épais nuages. Cette conceptualisation symbolise les moments de souffrance, de détresse ou de dissimulation de la Face divine où l'homme sent que la justice et le bien ont disparu de sa vie (a comparer avec le mythe de la caverne de Platon). Cependant, la seconde partie du verset, « mais un souffle a passé et les a purifiés », apporte avec elle le changement et le tournant, lorsqu'un vent soudain passe dans le ciel, nettoie et dissipe les nuages épais et révèle à nouveau la lumière claire qui était là tout le temps mais cachée aux yeux. La leçon profonde du verset soutient que même lorsque l'homme éprouve de la difficulté, du chagrin ou une perte d'orientation et ne comprend pas l'ordre divin, il ne s'agit que d'un état temporaire où la vision humaine est limitée par une brume passagère, et qu'en fin de compte viendra le souffle purificateur qui dissipera l'obscurité, révélera la finalité et la justice divine et permettra à l'homme de voir à nouveau la lumière dans toute sa force. Le Sefer HaBahir met l'accent sur la première partie du verset et ignore apparemment sa fin. Le second verset provient du livre des Psaumes :

Psaumes 18, 12
יָשֶׁת חֹשֶׁךְ סִתְרוֹ סְבִיבוֹתָיו סֻכָּתוֹ חֶשְׁכַת מַיִם עָבֵי שְׁחָקִים.
« Il fait de l'obscurité Sa retraite ; autour de Lui est Son abri, des eaux sombres, d'épais nuages. »

Ce verset utilise des images du monde de la nature et de la tempête pour décrire la majesté, le mystère et l'éloignement de la Divinité lors de Sa révélation. La première partie du verset, « Il fait de l'obscurité Sa retraite », décrit comment le Créateur place l'obscurité comme une sorte d'écran ou de cachette qui L'entoure, chose qui symbolise l'incapacité humaine à saisir et comprendre Son essence et Ses voies de conduite dans le monde. La seconde partie, « autour de Lui est Son abri des eaux sombres, d'épais nuages », continue et établit cette image picturale en montrant que Son abri ou Son pavillon divin sont composés de nuages épais et de cieux remplis d'eau, produisant un voile dense et sombre de brume et de tempête. La signification profonde de cette description est que c'est précisément au sein de la difficulté, de la confusion et de l'obscurité impénétrable que la présence du Créateur s'exprime avec une grande puissance, même si elle est cachée aux yeux de l'homme; la description dramatique des nuages de tempête et de l'obscurité suscite chez l'homme le respect et illustre le fossé entre la limitation humaine et ce qui est caché et infini en Dieu. Dans ce cas également, Rabbi Nehounya ignore la fin du verset. Il apporte un verset supplémentaire :

Psaumes 97, 2
עָנָן וַעֲרָפֶל סְבִיבָיו צֶדֶק וּמִשְׁפָּט מְכוֹן כִּסְאוֹ.
« La nuée et la brume L'environnent ; la justice et le droit sont la base de Son trône. »

Ce verset décrit l'écart entre la manière dont la Divinité apparaît pour ainsi dire à l'homme et le fondement moral et essentiel qui la constitue. La première partie, « La nuée et la brume L'environnent », décrit ce qui apparait à l'œil sur le plan sensoriel et perceptif – la nuée et la brume épaisses entourent Dieu et Le masquent, chose qui symbolise la puissance de l'infini, la dissimulation de la Face et la limitation de l'esprit humain à pénétrer le mystère divin. En revanche, la seconde partie, « la justice et le droit sont la base de Son trône », va au-delà de l'apparence visuelle trompeuse et sombre et révèle le fondement intérieur et permanent de la conduite du monde – la justice et le droit ne sont pas seulement des attributs aléatoires, mais ils sont eux-mêmes la base et le socle (makhon) sur lesquels repose le trône royal. Le message profond qui dérive du verset est que même lorsque l'homme se trouve dans la brume, la perplexité ou le manque de compréhension de la réalité qui l'entoure, et qu'il lui semble que la conduite du monde est couverte de nuages sombres de dissimulation, il doit savoir et croire que dans son niveau le plus profond et le plus intérieur, la conduite du monde est fondée de manière absolue sur les socles de la justice, de la vérité et du droit. Il est intéressant de noter qu'ici aussi, la discussion ignore la seconde partie du verset. À ce stade, la Michnah du Sefer HaBahir proclame: «Kachya » (difficulté) – c'est-à-dire que la contradiction ou la difficulté entre les versets par lesquels s'ouvre le premier enseignement du Sefer HaBahir est la contradiction entre la lumière du Créateur et l'obscurité qui Lui est attribuée. La Michnah poursuit et apporte à partir des règles de l'exégèse (derach, fondées sur les 13 règles de Rabbi Yichmaël) : « C'est alors qu'intervient le troisième verset qui tranche entre eux ». Cette règle apparaît comme règle d'exégèse dans plusieurs sources majeures de nos Sages, au premier rang desquelles la Beraïta de Rabbi Yichmaël (qui ouvre le Torat Kohanim / Sifra) parmi les 13 règles par lesquelles la Torah est interprétée. Cet enseignement exprime un principe de l'exégèse des Sages selon lequel, lorsque deux versets se contredisent en apparence, on n'interprète pas que l'un d'eux est erroné ou annule l'autre, mais on cherche une solution synthétique qui concilie les deux extrêmes. La solution vient au moyen d'un troisième verset qui présente une image plus complexe et plus large, révélant que chacun des premiers versets décrit un aspect particulier, une perspective définie ou un moment précis ; ainsi, le troisième texte crée un équilibre et une harmonie qui permettent aux deux textes opposés d'exister ensemble dans le système de pensée ou de Halakha sans contradiction. L'auteur de la Michnah du Sefer HaBahir apporte un verset supplémentaire pour résoudre la contradiction :

Psaumes 139, 12
גַּם חֹשֶׁךְ לֹא יַחְשִׁיךְ מִמֶּךָּ וְלַיְלָה כַּיּוֹם יָאִיר כַּחֲשֵׁיכָה כָּאוֹרָה.
« Même l'obscurité n'est pas obscure pour Toi, et la nuit comme le jour éclaire, l'obscurité est comme la lumière. »

Le psalmiste clarifie que l'obscurité ne possède pas de réalité entravante ou masquante devant le Créateur. Le mot « pour Toi » (mimekha) indique l'objet – l'obscurité n'assombrit pas pour Toi ou devant Toi, car aux yeux du Créateur la nuit ne diffère pas du jour, et la séparation physique ou visuelle que l'obscurité produit pour des créatures de chair et de sang n'existe pas du tout par rapport à la Source divine. Cette fois, l'auteur de la Michnah apporte le verset dans son intégralité et souligne à sa fin que pour le Créateur « l'obscurité est comme la lumière », et qu'au niveau suprême il n'y a aucune différence entre la lumière et l'obscurité. Au premier regard sur cet enseignement du Sefer HaBahir (section 1), une étonnante interrogation structurelle et textuelle s'impose : la Beraïta utilise la règle connue des 13 règles par lesquelles la Torah est interprétée – « deux textes qui se contredisent jusqu'à ce que vienne le troisième texte et tranche entre eux » – mais dans les faits, quatre versets sont cités dans le texte, et les penseurs cherchent à résoudre cette difficulté. Le Sefer HaBahir n'est pas un livre écrit d'un seul trait par un auteur unique, mais une compilation de fragments anciens (midrachim orientaux ou de la Hassidout Ashkenaz au Moyen Âge) édités en Provence à l'époque de Rabbi Yitzhak Saggi Nahor (l'aveugle) à la fin du XIIe siècle. Les éditions critiques révèlent que dans les manuscrits anciens figurait une version courte du sermon qui comprenait trois versets, comme l'exige la Beraïta de Rabbi Yichmaël, tandis que des copistes ultérieurs ont ajouté en marge (glose) un verset parallèle supplémentaire des Psaumes pour élargir la discussion sur la nature de l'obscurité, et qu'un copiste plus tardif a inséré la note marginale dans le corps du texte. En dehors de cela, nos Sages et les premiers maîtres du Midrach kabbalistique ne se sont pas toujours soumis aux règles formelles et rigides de la logique aristotélicienne ou grammaticale ; l'éditeur du Bahir a utilisé la formule consacrée «est venu le troisième verset et a tranché entre eux» comme ossature rhétorique et midrachique, et a apporté un ensemble de versets (quatre) présentant le conflit et la solution sans s'astreindre à un décompte mathématique de trois versets seulement. Il existe d'autres explications liées à la tradition et à la doctrine ésotérique : selon ces explications, le troisième verset (« La nuée et la brume L'environnent ») n'est pas un verset indépendant dans le débat, mais le renforcement et l'élargissement de la seconde affirmation. La raison d'apporter deux versets traitant de l'obscurité est que le verset « Il fait de l'obscurité Sa retraite » décrit l'obscurité comme une couverture et une dissimulation. Pour qu'un homme ne pense pas qu'il s'agit d'une obscurité matérielle qui disparaîtrait à la lumière, le texte apporte le verset « La nuée et la brume L'environnent » afin d'enseigner que la dissimulation n'est pas aléatoire mais constitue une structure intégrée de la révélation divine (trois séparations : obscurité, nuée et brume). L'ouverture du Sefer HaBahir ne sert pas seulement de sermon cosmologique, mais de description d'une expérience cognitive et psychologique : la lumière « claire » (bahir) n'est pas une lumière qu'on regarde, mais une lumière déferlante et aveuglante qui pousse la conscience vers l'obscurité. Dans le passage d'ouverture du Sefer HaBahir, la dialectique de la vision et de la cécité reflète un mécanisme psychique intérieur : la lumière claire n'est pas cachée en raison de son absence, mais en raison de sa puissance aveuglante, et l'âme humaine construit l'obscurité comme un voile protecteur permettant à la pensée de contenir ce qui aurait autrement brisé ses limites. De ce point de vue, on peut dire que pour les êtres humains, la question de savoir si nous sommes dans la lumière ou dans l'obscurité est un état de conscience. Une plaisanterie amusante traite de ce sujet : on demande où vont les hommes après la mort, et la réponse est « à la Yéchiva » (maison d'étude(. Pourquoi à la Yéchiva ? Parce que pour les personnes qui aiment étudier, c'est le Paradis et elles profitent de chaque instant, tandis que pour les personnes qui détestent étudier, c'est l'Enfer ; dans le même lieu exactement, l'homme peut faire l'expérience des meilleures choses comme des pires, voire la lumière ou les ténèbres.

En fin de compte, le débat philosophique et kabbalistique sur la question « qu'a été créé en premier? » ne reste pas sur le plan cosmologique lointain, mais parvient jusqu'à l'intérieur de l'âme de l'homme. Si dans l'essence de la Divinité « l'obscurité est comme la lumière », alors la distinction entre obscurité et lumière n'est qu'un miroir de la conscience humaine – un outil au moyen duquel nous traitons la réalité, les difficultés et les perceptions dans notre vie. L'obscurité et la brume ne représentent pas une absence absolue ou un manque, mais un voile qui protège l'esprit humain contre la puissance aveuglante de la lumière originelle. La lumière cachée n'a pas disparu, mais a été enfouie au plus profond de la Torah, de la sagesse, des bonnes actions et de l'ensemble de la Création.

Shabbat Shalom

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