02/08/2026
Cette semaine s’est achevé l’un des programmes VIF que j’anime au centre de détention de Tatutu à Papeari.
Chaque fin de programme est l’occasion de mesurer ce qui a réellement été intégré et au fond, une seule question m’intéresse : Qu’est-ce qui reste une fois la porte de la salle refermée ?
À chaque début de séance, j’invite l’un des participants à venir au tableau pour reprendre les notions vues la semaine précédente. Nous revenons ensemble sur le fonctionnement du système nerveux, les mécanismes qui influencent nos réactions et la manière dont nos automatismes se construisent. J’essaie de rendre ces notions accessibles avec des mots simples afin que chacun puisse comprendre un peu mieux son propre fonctionnement.
Très vite, tout le monde participe. Chacun apporte une idée, aide l’autre à retrouver une notion oubliée. Je guide les échanges, je questionne, je relance. Ce n’est jamais un contrôle. C’est un moment où le groupe apprend ensemble. J’essaie aussi, lorsque c’est possible, de proposer cet exercice à celui qui a besoin de reprendre confiance en lui. Expliquer une notion avec ses mots, l’écrire au tableau, l’entendre à nouveau, tout cela participe déjà à son intégration.
Puis vient toujours la même question : « Comment s’est passée votre semaine ? »
C’est souvent à ce moment-là que je me dis que les apprentissages commencent réellement à quitter la salle pour trouver leur place dans le quotidien.
Cette année encore, plusieurs participants sont revenus en racontant qu’ils avaient mis en pratique ce que nous avions travaillé ensemble. L’un m’a raconté avoir reconnu que la colère montait et avoir choisi d’utiliser ce qu’il avait appris. Un autre avait partagé ces apprentissages avec sa famille. Un troisième m’a expliqué avoir reconnu ce qui était en train de se jouer en lui et avoir choisi de réagir autrement face à une provocation…
Comprendre est une première étape. Le changement s’installe ensuite grâce à l’expérience, à la répétition et à ce qui est vécu entre les séances. C’est ainsi que de nouvelles façons de réagir peuvent progressivement trouver leur place dans le quotidien.
On entend souvent : « Quand on veut, on peut. » Au fil des années, j’en suis arrivée à une autre conclusion, ce n’est pas parce que je veux que je peux, c’est parce que je peux que je veux.
Merci aux équipes du centre de détention de Tatutu et aux surveillants, pour leur accueil, leur disponibilité et leur confiance. Leur professionnalisme contribue pleinement au climat de respect et de sécurité qui rend ce travail possible.