04/10/2026
UNE SEMAINE, UNE HISTOIRE — #5
Quand une technologie améliore l’efficacité, comment vérifier qu’elle ne retire pas en même temps une barrière humaine de sécurité ?
Au printemps 2026, douze infirmières de Montefiore Medical Center, dans le Bronx à New York, apprennent que leurs postes vont être supprimés.
Elles ne travaillent pas directement au chevet des patients.
Elles travaillent en utilization review : elles examinent des dossiers médicaux, évaluent la nécessité des soins et communiquent avec les compagnies d’assurance autour de la couverture de traitements, d’hospitalisations ou d’autres services.
Parmi elles se trouve Marilyn Shuler.
Elle travaille à Montefiore depuis près de 39 ans.
Après une longue grève des infirmières new-yorkaises au début de 2026, elle reprend son poste avec ses collègues.
À leur retour, une nouvelle technologie fait désormais partie de leur travail : Datavant, une plateforme qui utilise notamment l’intelligence artificielle pour faciliter le traitement et la transmission d’informations cliniques.
Au départ, les infirmières pensent que cet outil servira notamment à résorber le re**rd accumulé pendant la grève.
Mais son utilisation se poursuit.
Puis, le 28 mai, les douze infirmières reçoivent une lettre annonçant la suppression prochaine de leurs postes.
Le syndicat NYSNA affirme que l’automatisation du travail de utilization review est liée à cette décision.
Montefiore conteste cette interprétation.
L’établissement présente l’outil comme faisant partie d’un programme non clinique destiné à faciliter certaines tâches administratives et documentaires.
Mais les infirmières concernées expliquent que leur travail ne consistait pas uniquement à transmettre des informations.
Elles disent y apporter également de l’expérience clinique, du jugement, une connaissance du système et la capacité d’examiner des situations qui ne correspondent pas toujours parfaitement à une règle standard.
Marilyn Shuler, après près de quatre décennies dans l’établissement, fait partie de celles qui s’interrogent sur la possibilité de remplacer cette expérience par une technologie.
Et c’est peut-être là que cette histoire devient intéressante pour nous.
L’arrivée d’une nouvelle technologie change-t-elle seulement les outils… ou aussi les barrières de sécurité ?
L’intelligence artificielle peut apporter de nouvelles possibilités.
Elle peut accélérer certaines tâches.
Elle peut aider à traiter davantage d’informations.
Elle peut modifier profondément notre manière de travailler.
Mais lorsqu’un système évolue, d’autres questions apparaissent aussi.
Que faisait réellement le professionnel avant l’arrivée de la technologie ?
Parmi toutes ses tâches, lesquelles peuvent être automatisées ?
Lesquelles reposent encore sur l’expérience, le jugement ou la connaissance du contexte ?
Et lorsqu’un rôle change ou disparaît, est-ce qu’une fonction de sécurité disparaît également avec lui ?
À l’inverse, comment les professionnels peuvent-ils eux aussi évoluer avec ces nouveaux outils et les nouvelles opportunités qu’ils créent ?
Peut-être que la question n’est donc pas simplement :
« Faut-il utiliser l’intelligence artificielle ? »
Mais plutôt :
Comment intégrer une nouvelle technologie tout en comprenant ce que l’on transforme autour d’elle ?
Parce qu’en qualité et en sécurité des soins, une innovation ne change jamais seulement un outil.
Elle peut également transformer des rôles, des habitudes, des compétences et parfois des protections que nous ne voyions même plus.
SécuSanté — Une semaine, une histoire